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Le Scriptorium - Page 140

  • Caravane de printemps

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    CARAVANE  POÉTIQUE 

     

    « Des vagues et du rire »

     

     

      

     LE SCRIPTORIUM 

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    2ème édition

     

     

     *

     

    samedi 21 mars 2009

     

    10 heures

     

     *

     

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    « Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »

                                          Apollinaire

     

     

     

     

     

    « L’appel du large », « Rire aux éclats », « Où tous les mondes prennent place », «  Cultiver son jardin secret » : tels sont les quatre stations-bivouacs  annoncées par la caravane des poètes du Scriptorium pour sa deuxième édition.

     

    Mais qu’est-ce qu’une caravane poétique ? C’est la façon insolite que propose l’association littéraire Le Scriptorium pour  partager des textes, à ciel ouvert, dans les rues de la ville, tout en pratiquant l’exercice salutaire de la marche à pied.  Pour cette seconde édition, elle se déroulera durant deux heures environ dans son quartier d’ancrage, le 7ème du bord de mer à Marseille : le port du Vallon des Auffes, la Corniche, les Catalans.

     

    La caravane cheminera dans le sillage de l’événement national du  « Printemps des poètes » dont le thème de cette année est « En rires », tout en gardant son style particulier. C’est ainsi qu’elle lancera des éclairs de rire, mais aussi accueillera des éclats de vivre. Elle donnera rendez-vous à Jean Tardieu au détour de la place Cieussa, par nous renommée « Place des Poètes » et s’attardera à l’heure du pique-nique au jardin secret. Ainsi par quatre fois elle fera halte en ces oasis où seront invités à lire au vent sept nomades inspirés par le thème annoncé – chaque texte ne devant pas excéder deux  minutes. Chacun pourra présenter un écrit personnel ou une page d’un auteur qu’il  souhaite transmettre. Les textes non lus pendant les haltes pourront être lus ou dits en chemin de façon informelle dans le plus parfait désordre de marche… On peut également rejoindre la caravane en cours de route, en se signalant auprès des caravaniers.

     

      

     

    Feuille de route :

     

    Rendez-vous à 10h précises sur le parking devant la Maison des Jeux des Catalans   (7, boulevard Cieussa, 13007 Marseille)

    Prévoir des chaussures confortables pour marcher environ 2 heures

    et un pique-nique à partager à l’arrivée.

     

     

    *

    • Oasis 1 : placette du bout du port du Vallon des Auffes (devant l’entrée du restaurant L’épuisette -  juste après la place Pierre Barbizet)

                      Thème :  « Le Scriptorium prend le large »

     

    • Oasis 2 : esplanade des Catalans sur la Corniche

                     Thème : « en rire »  

     « Rire est le propre de l’homme » (Rabelais)

     

    • Oasis  3 : place des poètes (Bd Cieussa)

                      Thème : hommage à Jean Tardieu

    « J’aime cet espace où tous les mondes prennent place» 

    JeanTardieu  (Le bon citoyen de l’univers)   

                                                                                                                 

    • Oasis 4 :  jardin du Bd de la Rade

                      Thème : Le jardin et ses secrets

     

     

     * * *

     

     

    Pique-nique au jardin (bancs-fontaine-poubelles !) ou en cas d’intempérie,

    à la Maison des Jeux des Catalans.

     

     *

     

    Limite d’inscription pour les lectures : le 14 mars 2009

    à scriptorium13@club-internet.fr

     ou sur le website Peuplade (Marseille),

    au rendez-vous  « Caravane du rire poétique »,

    ou par courrier à l’adresse : Le Scriptorium,

    16 boulevard Cieussa, 13007 Marseille.

    Téléphone ( faute de mieux) :  0650912617

     

     *

     

    En cas d’intempérie, la Caravane ne sera pas annulée, mais nous la transformerons en caravane d’intérieur à la Maison des Jeux des Catalans (7, boulevard Cieussa, 13007 Marseille).

     

     

     

     

     

     

  • Nicolas Rouzet ou l'instinct d'inversion

     

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    N.Rouzet
     
     
     
     
    L’ENVERS DU DECOR

     

    Ils séjournaient dans un refuge de montagne aux confins des frontières, dans un pays peu fréquenté dont les contours s’effaçaient souvent sous la marée de nuages hostiles.

    Lorsque le temps le permettait, ils faisaient le tour du sommet.

     

    La nuit tombée, vint l’heure de passer à table. La vaisselle était belle, les convives joyeux. Tout était presque consommé, lorsque l’un d’eux eut l’idée de retourner son assiette, pour chercher à tâtons, à la lueur d’une chandelle, la marque de fabrique de cette porcelaine immaculée. L’assiette à son envers, portait une croix gammée. Chacun des convives fit de même, chaque assiette à son envers, portait le même signe. Un ange passa…

     

     

     

    Nicolas Rouzet ou l’instinct d’inversion

     

     

    Et si cette écriture qui ne paie pas de mine abritait quelques intuitions troublantes ? Je la devine capable de renifler l’imminence d’une catastrophe dont personne aujourd’hui ne pourrait prétendre rester indemne. Je la vois vivre de bricolages dans les possibles. Elle traque le monstrueux qui s’est allongé par fausse inadvertance dans nos divertissements de saison. Derrière les éléments les plus prosaïques de notre décor quotidien, n’est-il pas salutaire de démasquer une forme grotesque, peut-être démoniaque, fantastique à coup sûr ? Tel est, me semble-t-il, l’instinct d’inversion de Nicolas Rouzet.

     

    Voici un inventeur d’images d’Épinal inédites qui a choisi d’entreprendre le monde à l’envers. Par des phrases qui endorment le lecteur, une distanciation d’avec les sentiments, l’humour au coin des lignes, tout est prêt pour qu’en ce temps-là, l’horreur n’ait plus besoin de film. Entre sacre et massacre, dans le jeu d’apparitions et de disparitions, toutes inspirées d’une histoire vraie, le lecteur se retrouve où souvent il ne voudrait pas être. Emportée de l’âge d’or à la chute, la poésie en déroute a ici sa façon de faire carnaval, en humeur limite, jusqu’à un amour du prochain devenu l’adoration d’un gros lézard vert.

     

    Dominique Sorrente

     

     

      

    pendule.jpgL’ HISTOIRE CACHÉE DU SCRIPTORIUM

     

     

    Au début ils se réjouirent : lorsque les livres eurent disparu du commerce et de la circulation, choses devenues sans valeur, depuis que le nouvel ordre mondial avait organisé les loisirs de masses relayés jusqu’à l’asphyxie par des écrans géants, toute la somme de ce qui avait été écrit tenait désormais dans quelques entrepôts dont ils étaient désormais les seuls à avoir encore le mot de passe.

     

    Délaissant leur travail, leurs enfants, leurs épouses, ils se gorgeaient de textes jusqu’à l’infini. Leurs corps devenus diaphanes étaient d’une extrême maigreur depuis qu’ils ne se nourrissaient plus que de papier, s’en gargarisant en infusion, dans d’invraisemblables borborygmes…

     

    Mais lorsque les choses prirent un autre tour, leur déception fut grande : peu à peu les lettres imprimées s’effaçaient ne laissant que des pages blanches au milieu des reliures. Cela ne toucha d’abord que quelques auteurs mineurs, des romans de gare dont on pouvait aisément se délester. Mais ce phénomène sans précédent frappa finalement tout ce qui avait été imprimé depuis l’époque des Lumières. Ils se consolèrent alors en relisant les sermons de Bossuet et Massillon, les œuvres complètes de Pascal et de Montaigne, les dénonciations tonitruantes de Luther, la Bible du Maître de Sacy et les commentaires de l’Evangile par un chartreux anonyme. Parfois, ils avaient encore la joie de trouver des romans d’amour courtois, voire des œuvres plus licencieuses dont l’Enfer faisait leur miel. Après avoir espéré une rémission, ils virent finalement le mal s’étendre à tout ce qui avait été imprimé depuis  l’époque de Gutenberg.

     

    Ils se consolèrent alors avec des cadastres sur des parchemins notariés, de rares enluminures, des traités de démonologie écrits avec du sang séché sur des peaux de bouc, des interdits gravés dans les répliques des tables de la Loi.

     

    En attendant la mort, ils passèrent le temps, se récitant les uns aux autres, quelques-uns des textes qu’ils avaient pu sauvegarder en mémoire, et qui bientôt disparaîtraient avec eux.

     

    Nicolas Rouzet

     

     

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    Portrait au crayon de Nicolas Rouzet réalisé par Jacques Basse
    extrait de l'anthologie «Visages de poésie» (Tome 2)

     

     

         Voir la Scriptothèque, références des deux dernières publications citées :  L'envers du décor  &   Le voyage sans retour de Juan Martinez.           

     

  • Lovichi ou l'enivrante tristesse de vivre

      JLovichi.jpg

    J’ai rencontré Jacques Lovichi à la fin des années 70 ; c’était un temps déraisonnable mais riche de tous les possibles. Nous allions écouter le Cuarteto Cedron à Marseille, discutions politique et mangions sous les pins dans un jardin tout voisin de la maison où j’habite maintenant. C’était le temps de Définitif Provisoire, un temps où Lovichi pouvait déjà produire dans un recueil la somme d’une expérience poétique attentive aux remous de l’époque (en témoignent les vers de L’égorgement des eaux aussi remarquables par l’audace formelle que par la violence prophétique qui les parcourt), mais entièrement engagée dans la recherche d’une expression intemporelle au service d’une sensibilité mélancolique, d’une vision tragique du monde. Le titre de ce recueil désignait ce qui me semble être le motif obsédant de tout l’œuvre poétique, le temps, ainsi que l’insupportable tension entre la volonté de le fixer et la soumission héraclitéenne au passage, à la dilution. Tension de la corde vibrant dans l’écriture chargée d’atteindre la cible mouvante, infiniment. D’où le désir déjà de finir dans le silence, désir exprimé dans Derniers retranchements qui clôture le recueil. Duquel je retiens les poèmes de Préhistoires, écrits sur ce mode inventé par Lovichi pour déjouer le temps, les infini(tif)s présents.

     

     

    Préhistoire 3

     

     

    Comme vous êtes en retard

    ce soir

    dans les corridors glacés de la mémoire

    se faufilent les intersignes s'entrecroisent les destinées.

     

    S’il n’est plus temps laissez leur croire

    que rien ne presse

    on est si près

    si près et puis….

    rien

     

     

    Ensuite m’intéresse le parcours qui dans l’œuvre en prose (j’utilise ce terme par commodité, Jacques Lovichi est toujours poète) mène de Mangrove au Sultan des Asphodèles. Mangrove, publié en 1982, est à l’image de son sujet « cette zone marécageuse du sud-est asiatique lentement conquise sur la mer par les palétuviers-mangliers qui y installent une faune extraordinairement adaptée à ce milieu, foisonnante et étrange comme un paysage de matin du monde » Motifs proliférants, intrigue haletante, écriture inspirée, Mangrove tient à la fois de la fabrique de l’écrivain, de l’autoportrait baconien, du cauchemar surréaliste, du roman d’aventures. Cette œuvre peut à la première lecture paraître baroque mais le délire y est fermement enclos dans une architecture répétitive savamment maîtrisée, dans une écriture précise et rigoureuse, même et surtout dans le pastiche (me semble-t-il) du roman de gare ou du nouveau roman. C’est que Lovichi est un écrivain exact, si exact que l’expérimentation à l’œuvre dans Mangrove a pu lui sembler trop erratique. C’est pourquoi je vois dans  Le Sultan des Asphodèles, publié en 1995, la mise au point de ce qui était visé dans Mangrove. Dire un lieu (jamais nommé car avant tout paysage mental)  qui permette à la fois le rapport au mythe et l’abouchement au réel.

     

    Le Sultan des Asphodèles est d’une eau limpide comme celle des torrents corses, sans doute parce que la Corse est au cœur de l’expérience sensible et affective de Lovichi. Mais peut-être plutôt parce que Le Sultan des Asphodèles est le vrai portrait de l’artiste en humaniste désenchanté : le More envahisseur interprète le Coran pour apporter la prospérité aux Infidèles « Du verset quatre-vingt-dix-neuf de la dixième sourate, j’ai fait en quelque sorte une règle de vie. Mieux que détruire vaut bâtir. Mieux que la dévaster vaut cultiver la terre et lui faire produire son fruit en abondance. »  Il paiera de sa vie cette volonté utopiste.

     

    Fractures du silence a obtenu le Prix Artaud, l’ensemble de l’œuvre a été couronné par le Prix Mallarmé, autant dire que je n’ai fait qu’effleurer mon sujet ; c’est que le temps m’est compté, pourtant je voudrais encore lire un poème dans lequel j’entends cette voix claire mais frémissante, cette langue simple mais mystérieuse qui dit ce qui surtout m’émeut : l’enivrante tristesse de vivre. 

     

     

    Françoise Donadieu

     

     

     

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    Poème publié dans la revue Autre Sud, «D’Allemagne et de Méditerranée », 

    HS n°2, janvier 2003.

     

     

     

     

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