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10 avril 2018

OLIVIER BASTIDE

Il s’agit ici de donner un texte qui me présente comme poète, présente ma poésie ; c’est la règle du jeu que j’ai acceptée. Pourtant, voilà bien un exercice qui me convient peu, parler de moi, parler de moi poète… Ecrire de la poésie, en lire, lire les autres, se lire, être donc un poète défini par l’acte du poème, là oui, à l’évidence oui ! Mais se dire…

Je serai donc bref : Minerve, La tour, Les pins

 

Je lis des poèmes, silencieusement ou dans ma chambre d’abord, à pleine voix et en public ensuite,  depuis ma rencontre avec les Solicendristes après l’an 2000 (Cf. Henri Tramoy) ; j’en écris, simples éructations puis avec plus de sérieux, selon le même tempo. C’est dire l’importance de la revue Soleils et cendre qui, en accueillant mes premiers poèmes dans une publication, m’a rendu poète quand je n’étais jusque-là, plus ou moins, qu’un loustic-poète fort discret, timide, secret, reclus dans mon for intérieur.

Avant tout, pour moi, la poésie est une parole ; elle est mon chant intime entre crudité du propos, dévoilement, exhibition, et passage par l’à-côté.

Je photographie également, un regard qui utilise un autre média, mais participe d’une même posture que la poésie.

Je confirme être bref, quelques poèmes puis une bibliographie…

 

Quelques textes :

 

Faveur du feu

 

Celui qui prit vent aux soubresauts des lunes

Raconte l’an et son chevet

J’en suis l’intime frère

Pauvre de soleil

Décharné jusqu’à l’œil souffreteux

Sans la rigueur des sucs brunis

 

Par l’os

Je ronge l’herbe douce à l’agneau

Je suis loup costumé

 

Extrait de Chansons à la lanterne/Inédit

 

Contre le rêve, je fais choix du réel. J’absous mon illusoire pantomime dans le bourbier conjoint. Ainsi, je n’attends de mes rires ou de mes pleurs que notre vérité. A cette condition, je vis.

 

Fragment inédit

 

Incidemment

(écrit pour Poèmes d'un angle à l'autre, lecture publique du Scriptorium en marge de l'exposition Le Corbusier, J1, Marseille, le 21 décembre 2013)

Bataille à Hastings

Mon poème prend pour support l'angle des choses, le biais des  incidences, l'abord des anarchies. Il suffit d'un regard ému sur un visage,  l'oreille surprise par ton souffle, une clarinette remerciant Satan. Il suffit du grand éclat de rire, éclat de vent, éclair solide et enchanteur.

Si nous sommes vaste boucan, c'est par souci de ne pas mourir. C'est par souci de ne pas mourir que je vous parle, que j'écoute les flots, le bastingage, que j'engage bataille à Hastings.

 

En Bref

Là-bas, il y a toi. Toi que je ne suis pas, qui penses peut-être qu'ici il y a moi. C'est une question sans douleur aucune ; se la poser précise une certaine conscience des choses, une lucidité bienvenue mais non indispensable.

Parfois, je choisis le repos. Je reste pelotonné dans l'angle obtus et j'y suis bien. Ça ne dure pas ; je pourrais mourir.

 

Ouvrage déposé dans l'angle

Il semble que l'angle symbolise très précisément notre situation ; Je m'explique. En premier lieu, il se considère dans deux sens, celui de son ouverture ou de  sa fermeture. En second lieu, il est le point précis de la rencontre et l'indice de la divergence des lignes supposées.

A la recherche de la base et du sommet, le poète avait déjà dit le caractère crucial de la géométrie. J'en suis le simple disciple, un ouvrier des mots et du constat.

 

Précision

Depuis le lever, s'entrevoit, se distingue, s'interpelle tout depuis nous, nous défini comme tout un chacun disposé aléatoirement de place en place et doué de mouvement. C'est dire la presque impensable diversité de pensée, diversité d'être, dépendant pour une bonne part de notre siège, siège imposant un point de vue, point de vue décidant de l'Angle.

 

Ainsi disent mes mots

Quand nos pieds échouent à nous porter de l’autre côté, quand l’intervalle s'affirme presque gouffre, quand la vague ou le vent sont deux houles par lesquelles le destin meurtrier joue de nous à l’envi, nous ballotent poupées et chiffons déchirés, nous devons fuir par la barque ou le pont, par-delà l'océan ou la vallée tragique. Nous devons fuir, franchir l'écume trouble des tempêtes le vertige des jours. Nous devons inculper les sirènes et leurs chiens, décapiter gibets et juges. Peut-être alors sommes-nous aptes au commerce des œillets, à l’écriture des rêves.

Disant cela je me souviens du mulet mort coulé dans la première pile du pont, pont initialement construit pour le projet mort-né d’une ligne ferroviaire Barcelone-Paris… Pont butant sur le village, quasiment à la verticale de l'église sanctifiant l’ironie assortie à toute chose par la formidable contraction de la naissance et de la mort.

Je me souviens tout en bas du cimetière, de son portail grinçant, de sa fontaine et ses cyprès immobiles. Comme de coutume, un état civil limité précise le séjour de défunts dont on méconnait heureusement la proximité décharnée ; près de là, l’eau a troué par deux fois la montagne, le vin épais parcourt les gorges.

Je rame désormais sur le Styx, ni bien vivant ni bien mort. J’envie le rat d’égoût se délectant des miasmes. Que n’ai-je sa soif de haine, son altière souffrance ?

Un jour, par-delà ponts et rives.

Inédit écrit pour la revue Saraswati, numéro à paraître en 2017

 

Bibliographie relativement exhaustive

 

Articles de ménage et de bazar, Polder, 2001

Certitude première, Les solicendristes, 2001

BestiAire, Les Solicendristes, 2002

L’Arpenteur, Les Solicendristes, 2002

Sédimentaires suivi d’Originaires, Encres vives, 2003

Le bouilleur de cru, Klanba, 2005

Traverse, Encres vives, 2005

Le Matamore sous l’étoile, Les Solicendristes, 2008

Les fastes du monde foutant ou le Libertinage de Nerciat romancier, thèse de doctorat, 2009

Dans le ventre bleui de soufre, après le vent furieux, advint le jour, Encres vives, 2011

Fragmentaires, Editions de l’Atlantique, 2012

Petits poèmes, diversement appréciables mais néanmoins écrits avec grande attention..., Editions Cardère, 2014 (livre et CD)

La figure et l'élan, Editions Alcyone, 2016

Tout le Toutime !, Editions La Porte, 2017

 

Et des publications en revues et anthologies poétiques…

 

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Expositions photographiques 

28, via della Madonna, Pistoia, dans le cadre du festival Trace de poète  2015

Quinze vues/quinze voix, dans le cadre du festival Trace de poète   2016 (avec le concours de quinze poètes du Scriptorium ayant écrit sur des photographies d’Olivier Bastide)

 

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Blog personnel : http://www.depositions.fr/

Courriel : olivier-bastide@orange.fr

 

 

26 avril 2010

Intervalle de printemps

 

IKebana_mai2010.jpg

 

à Coudoux (13)

le 8 mai 1010 à 14h30 *

 

 

Intervalle animé par Geneviève Bertrand

 

 

* * *

 

 

Après avoir ainsi cu

Exister est impensable

Présence des fleur

 

                               Issa

 

 

 

 

Il s’agira, le temps d’un intervalle, de partir en quête de son identité végétale, de converser avec les plantes, d’éveiller l’âme-fleur qui vit en chacun.

 

                Dans cette rencontre intime, tactile avec le végétal à la manière de l’ikébana* l’enjeu sera de trouver la racine commune qui réunifie le geste de cueillir une branche, d’entrer en relation avec elle, et celui de l’écriture à l’écoute du rythme de l’univers.

 

                L’ikébana autant que la poésie est un art d’être au monde, de partager une joie, de faire vibrer le regard, d’aller jusqu’à la pointe de beauté vivante, du secret intime de la nature, et même un peu au-delà.

 

 

 

volubilis.jpgPoésie de l’instant – autant que celle transmise par les haikus, tankas, rengas, haîbuns et autres poèmes brefs.

 

Instantanéité de passage, rencontre végétale, dialogue de cœur à cœur, humilité qui donne à chacun sa juste mesure dans l’univers, et qui se pratique comme un exercice spirituel.

 

 

 

Laisser fondre les frontières qui nous séparent, nous emprisonnent, inverser le regard, garder l’exigence, laisser couler l’impermanence.

 

 

 Rêvant chaque année

aux chrysanthèmes

   rêvé par eux    

 

Shiki                                      A chaque pétale qui tombe

Les branches du prunier

      Vieillissent                        

 

                                                            Buson                                      Remets au saule

Tout le dégoût

Tout le désir de ton cœur   

 

 Bashô

 

 

Les scripteurs sont appelés à laisser la nature traverser leur cœur, leur plume,  leur pinceaux,  à s’inscrire à la fois dans une tradition centenaire et dans une expérience spécifique et personnelle.

 

Geneviève Bertrand

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* « L'ikebana, art floral japonais, est un art millénaire dans lequel la disposition des éléments du bouquet est réglée par une symbolique héritée des offrandes de fleurs faites au Bouddha depuis le VIIème siècle.   Aimer et respecter les végétaux, connaître leur caractère, partir de l'écorce pour arriver au cœur... Peu à peu la pratique nous amène à entrer en relation avec la nature par l'intermédiaire des végétaux utilisés.  Que l'on fasse son premier ou son centième bouquet, l'émotion est la même. Car chaque branche, chaque fleur est unique. » [Extraits de l’introduction  à l’ikébana écrite par Marette Renaudin dans le site de l’école de Toulouse]

- Lien à visiter : http://www.ikebana-toulouse.com/ (page Expositions)

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* Renseignements & Inscription avant le 3 mai à l'adresse                                        poesiescriptorium13@gmail.com (détails en retour).

 

 

 

12 novembre 2009

Cette recherche qu'on nomme poésie

Lorsqu'un philosophe se met à méditer sur la poésie, il arrive que le poète arrête un moment de parler pour se découvrir un "allié" exigeant qui croit à la vertu de l'échange entre les disciplines, à la rigueur des formules, à la fertilité de l'étude... Michel Nodé-Langlois nous propose ici sa réflexion d'une autre rive où les mots de recherche, de science mais aussi de gratuité communiquent volontiers avec le geste poétique. Esprits zappeurs, s'abstenir...

 

Sculpt_R. Long.jpg

 


 

Recherche se dit en grec méthodos, terme qui révèle par son étymologie que notre moderne concept de méthode renvoie d’abord, comme toutes les abstractions, à une image des plus concrètes, celle d’un chemin (hodos) qu’il faut suivre pour atteindre une destination visée. Certains penseurs contemporains, inspirés de Nietzsche, ont prétendu qu’un concept n’était rien d’autre qu’une métaphore. C’est douteux puisque, pas plus que les grecs, nous ne confondons le concept de chemin avec celui de ce que nous continuons d’appeler, en grec, une méthode. Mais il est clair néanmoins que l’usage de ce dernier terme signifie que nous apercevons, comme les Anciens, et à leur école, la parenté analogique qui existe entre l’opération qui consiste à se rendre d’un point à un autre en marchant, et celle qui vise à découvrir un élément de connaissance, activité qui peut elle-même susciter pas mal de déplacements, mais peut aussi s’exercer, comme on dit, en chambre, ou, comme disait Descartes, dans son « poêle »...

Quelque chose de remarquable apparaît déjà ici, qui mérite d’être souligné. Lorsque nous appelons méthode l’ensemble des démarches qui assurent la fécondité heuristique des disciplines que nous considérons comme des sciences, voire l’efficacité de nos techniques rationalisées, nous effectuons, en l’oubliant, une opération de métaphore, dont Aristote dit qu’elle est essentiellement « poétique » : elle consiste en effet à prendre une activité - le cheminement - comme image d’une autre - l’investi­gation, faisant par là-même apparaître une parenté intelligible entre deux réalités dont nous ne manquerons pas de souligner la différence si nous entreprenons de les définir conceptuellement. Tout se passe comme si le recours au mot porteur d’image était propre ici à rendre manifeste un aspect de la réalité que l’exigence de distinction conceptuelle tendrait à effacer.

Dans la conscience d’un Aristote, c’est donc poétiquement que se laisse désigner un type d’activité que lui-même distingue fortement de cet autre type qu’il appelle en grec poïèsis - par quoi il faut en­tendre non pas seulement l’activité de celui que nous appelons poète, mais bien toute forme de pro­duction. Les Grecs, notamment, regroupaient sous ce terme des activités que nous avons pris l’habi­tude d’opposer, comme techniques d’une part, et artistiques de l’autre : n’ignorant aucunement la distinction entre ces fins que sont l’utile et le beau, ils voyaient cependant que la production de l’un et de l’autre consiste toujours dans une transformation, c'est-à-dire dans la communication d’une nouvelle forme, inédite, à un matériau dont on dispose, qu’il s’agisse du métal pour le forgeron, ou des mots pour le dramaturge.

Ainsi opposées l’une à l’autre, les deux formes d’activité ont toutefois en commun de s’opposer à une troisième forme qui ne vise, elle, aucune sorte de transformation d’une situation ou d’un matériau, mais plutôt, selon l’idée que s’en fait Aristote, une transformation du sujet humain lui-même, en tant qu’il cherche à ajuster sa pensée au réel par le moyen de la connaissance. Il s’agit là de l’ensemble d’activités que le grec désigne par le mot de théôria, terme qui n’est pas moins que celui de méthode une métaphore poétique, puisqu’il désigne originellement l’acte de la vision, voire de la considération attentive. Ici encore, notre propre usage nous fait oublier ce que les grecs avaient aperçu au cœur de ces activités que nous continuons d’appeler théoriques, mettant sous le mot de théorie au mieux une construction intellectuelle à vocation explicative, au pis une spéculation si abstraite qu’elle apparaît oublieuse des réalités les plus communes.

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