08 septembre 2011

Au Comptoir des poètes

 

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AU COMPTOIR DES POÈTES, CES QUELQUES MOTS DE BIENVENUE …

 


La poésie ne gouverne rien, c’est bien connu, elle a son énergie d’imaginaire, ses vides et ses débordements, mais surtout son désir fervent d’intensifier le rapport qui nous relie au monde.

 

À chaque instant, elle s’emploie à partir dans le langage à la rencontre du réel qui se dérobe.  La tâche est ainsi toujours à reprendre dans un contexte de société  qui  étend l’illusion du prévisible dans des systèmes clos. Mais ce temps immédiat est sans trame ni épaisseur ni point de fuite, il appelle de fait un autre regard, d’autres façons de vivre ensemble.

 

Marien_Guillé.jpgLe Scriptorium est un de ces espaces de vie minuscule qui croit aux cailloux blancs et noirs du poème, comme  une façon possible, si infime soit-elle, de lever à plusieurs voix un chant inattendu et fervent dans le monde contemporain.  Dans sa progression en constante métamorphose, il tente des formes variées de rencontres qui ont pris les noms étranges d’Intervalles, de Caravane poétique, de Jumelage, d’Instant Bateau Ivre, de Transcontinentale, avec toujours la même instinctive recherche : stimuler des temps de « raison ardente » avec le pouvoir régénérateur des mots comme medium entre les instants. D’un bord à l’autre du monde fait parole.

 

Aujourd’hui, il invite à une nouvelle escale : le Comptoir des Poètes.

 

La modalité proposée ici est d’établir un  comptoir de parole créatrice en territoire public.  La poésie, dans ses multiples variations, y offrira son goût d’étrangeté, ses denrées rares de mots qui remuent, déconcertent, son art du troc des phrases pour mieux tenir l’échange des émotions. Comptoir heureux et provisoire en terre étrangère du langage.

 

Et vous vous retrouverez sans nul doute, accoudés à votre tour à cet autre comptoir, entre brèves et lenteurs, carafes et ballons, selon la circonstance, qui vous attend, la soif aux lèvres. Parce que parler en poésie a  toujours  un goût de « vie interprétée » et qu’il nous plaît de croire à nos utopies actives, irréductibles, toujours en attente de lumineuses coïncidences.

 

Mots roulant sur le zinc, mots revenus de songes lointains, chacun choisira sa fortune, son humeur du jour ou de la nuit. Voilà le nouveau pari du Scriptorium dans son existence nomade.

 

Sans compter le plaisir de vous retrouver, en voyageurs de l’immobile, prêts à allumer vos salves d’étonnement.

 

 

                                                           Dominique Sorrente

 

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1er RdV: samedi 17 septembre 2011 - 16h00 - Marseille 7e, Maison des Jeux des Catalans (voir ICI ) 

22 décembre 2010

Sous la déferlante des voeux...

 

 

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QUELQUES SOUHAITS À MINUIT PILE

 

 

                                                                 pour ouvrir l’année 2011

 

 

Sous la déferlante des vœux,

je vous souhaite

 

la liesse de la bulle,

la grandeur d’âme de la goutte d’eau,

les honneurs rendus à la flamme

pour l’ensemble de son œuvre,

 

le beau geste et l’instant décisif

d’une page de vent à l’écriture sympathique,

 

je vous souhaite aussi

des histoires fabuleuses de limaces

qui laisseront des traces après l’oubli,

un oiseau de toutes couleurs à ne plus avoir peur du noir,

des adieux

en forme d’antichambres de vie,

 

je vous souhaite de rencontrer

le souffle épique du papillon, la bonhomie cajolante du gouffre,

 

je vous souhaite des rires d’enfants si purs

que les ennemis ne pourront les atteindre,

une mélodie de pierres à feu

à offrir au chant fatigué de la terre,

 

je vous souhaite d’heureux midis

à loger la part nécessaire de l’ombre,

 

je vous souhaite des tournesols cherchant leur astre, toute la nuit,

et encore des danses qui virevoltent sous terre

à la bonne fortune du pot,

et des pensées d’amour qui auront si bon dos

qu’il leur poussera des ailes,

 

je vous souhaite de tendre l’arc en ciel

en plein milieu de la saison des pluies,

 

mais par dessus tout, je vous souhaite

de faire de votre rêve

le vrai héros irréprochable

qui vous tiendra compagnie, jours fériés

et même jours ouvrables.

 

Dominique Sorrente

 

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02 février 2010

Pour saluer Luc Bérimont,

Un heureux soulignage en rouge

À l’heure où le soulignage en rouge doit être chassé à tout prix par la seule activité du dictionnaire interne de l’ordinateur, je confesse un plaisir insistant qui peut-être deviendra une rareté pour demain : faire surgir des textes où le soulignage en rouge persiste, sans être dû à l’incompétence inavouable de l’écrivain ou à la pratique d’une langue étrangère. Je crois à cette agilité, qui elle-même plus secrètement, est l’envers d’un trauma d’origine dont « l’enfant muet du langage » (A. Du Bouchet) a appris, comme il a pu, à jouer.

Aucun volapük « rationnel-légal » (Wax Weber), aucun jargon standard, aucune langue administrative ou marketing d’imitation bois ne résistera longtemps à ces quelques secondes d’enchantement qu’on nomme parfois poème.

Ce poème malicieux de Luc Bérimont, comestible pour chacun, et déroutant pour tous ceux qui le diront à voix haute, est un bel exemple d’une telle pratique.

Au moment où les Presses Universitaires d’Angers ont la riche idée de publier les œuvres complètes de l’auteur de Soleil algonquin, il me plaît de partager le bonheur de ces vrais « coups tordus » qui, prononcés en poésie, nous gardent notre part d’innocence.

 

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J'ai geigné la pirafe

J'ai cattu la bampagne

J'ai pordu la moussière

J'ai tarcouru la perre

J'ai mourru les contagnes

J'ai esité l'Vispagne

Barcouru la Pretagne

J'ai lo mon vieux vépris

Je suis allit au lé

J'égué bien fatitais

Luc BÉRIMONT

 

***

 

Le Centre poétique de Rochefort-sur-Loire (ville d’élection des poètes de l’école de Rochefort) a l’excellente idée d’organiser le 6 février prochain une célébration de Luc Bérimont dont l’œuvre mérite un nouveau regard d’étonnement. Elle aura lieu en présence de Marie-Hélène Fraïssé-Bérimont et avec le concours du chanteur Jacques Bertin, fidèle ami du poète.

 

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Pour toute information : Centre poétique de Rochefort-sur-Loire

( : 02 41 78 79 14 ou  centrepoetique@wanadoo.fr

05 janvier 2010

L'An X à ouvrir

 

 

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PAS DE SOUCI…PAR CONTRE…

 

 

 

Ce dialogue au sommet des mots,           

pour saluer l’année 2010…

 

 

 

À l’heure où je tente de vous parler, il est évident que c’est bien lui qui occupe le haut du pavé, qui défraie la chronique, qui ponctue nos existences quotidiennes. Et même pour mettre en ébullition les gouvernants qui s’échauffent, au lieu de faire refroidir la planète, il s’invite à la table.   En trois mots comme un seul !

 

« Pas de souci »  règne en maître à chaque bout de phrase.  Il est le mot de passe semi-conducteur de l’instant. Un sésame pour les conversations. La palme d’or de la réassurance. Bientôt on commencera tout échange ordinaire, non par le banal Bonjour qui perd de plus en plus de terrain, mais  en posant devant soi, avant toute parole, une effigie  de : « Pas de souci ».

 

À dire vrai,  je ne connais à « Pas de souci » qu’un rival sérieux.

 

Ce n’est plus depuis des lustres « Par ailleurs », qui a pris un terrible coup de vieux avec ses lunettes d’universitaire sur le retour. « Pour autant », ronfle trop souvent dans son sofa devant son écran  pour faire froncer les sourcils. « Quoique… » tente quelques percées, mais ses bégaiements l’empêchent de s’imposer durablement.

 

Personne ne saurait miser sur le trop scolaire « Cependant »,  ni sur ce pitre repenti  qu’est « Néanmoins ».

 

« Cela dit », bien qu’il soit mieux élevé que « Ceci dit », est trop consciencieux pour  répandre de l’inquiétude, au-delà des quelques secondes d’usage.

 

D’évidence, aucun de ceux-là n’arrive à la cheville de « Pas de souci ».

 

Non, le seul qui tienne la route aujourd’hui  s’appelle « Par contre ». Quel caractère celui-là ! « Par contre » a damé le pion à « En revanche » ; il a mis un chapeau de clown au latin « A contrario ».  Et maintenant, il se répand, tel une algue langagière, sans que personne ne puisse contrecarrer sa tendance  naturelle à l’expansion.

 

Bran sent bien qu’une rencontre au sommet doit avoir lieu entre les deux seigneurs du moment. À ma droite, « Pas de souci », avec ses airs d’angoissé qui camoufle… » À ma gauche, Par contre », en empêcheur de tourner en rond. Messieurs, à vous de jouer. Quel match en perspective !

 

On ne compte  plus les rounds qui eurent lieu entre nos deux héros. Chaque fois que « Pas de souci » annonçait la couleur, « Par contre » renversait les tubes ; quand « Pas de souci » claironnait un monde à sécurité optimale, « Par contre » donnait de la grimace, comme si quelque chose devait inexorablement se gripper. Au jeu de la grippe, justement, « Pas de souci » fut  remarquable  pour distiller les perles d’inquiétude  dans l’enveloppe de sérénité ;  « Par Contre », de son côté, lui tînt la dragée haute, avec ses aimables klaxons d’avertissement et ses doses de culpabilité sucrée.

 

 

Le pays vécut ainsi dans ce vis-à-vis quotidien et démultiplié qui s’emparait de toutes les conversations dans les chaumières et en dehors.

 

Pas de souci,  prévenait le chauffeur de bus.

Par contre, murmurait la petite dame au chien.

 

Pas de souci,  claironnait le gouvernant.

Par contre, répliquait en jazzant le peuple.

 

Pas de souci, dictait la maîtresse à la craie.

Par contre, objectait l’écolier rêveur.

 

Pas de souci, annonçait la nuit.

Par contre, réclamait l’insomnie.

 

Et peu à peu, c’est à l’intérieur de chaque habitant  que le dialogue au sommet fit entendre sa ritournelle.

Pas de souci, je suis le meilleur.

Par contre, je pourrais attraper froid.

 

Pas de souci, je vais rembourser mon emprunt.

Par contre, je vais en baver ce qu’il faut.

 

Pas de souci, la terre est ronde.

Par contre, elle ne tourne pas trop bien.

 

Et ainsi de suite en suite, de suite en suite…

 

Bran se demandait comment tout ce dialogue inlassable  pourrait  un jour finir.

 

C’est alors qu’il finit par dénicher, dans un coin de sa chambre qu’il n’avait pas dépoussiéré depuis longtemps, une forme sans forme, comme un habit hors d’usage, une sorte de breloque indéfinie, un objet sans carte d’identité, un vocable mou et fier à la fois, inconsistant et sûr de lui, une sorte de mutant sans passé et sans avenir, mais semblant heureux de son sort, une présence en creux narguant tous les usages conformes.

 

Il convoqua « Pas de souci » et  Par contre »   au centre de la pièce, leur demanda de se regarder les yeux dans les yeux, sans loucher.

 

Puis défiant toutes les lois de la pesanteur verbale, Bran s’exclama dans son plus tonique charabia local : 

« Autant pour moi ! »

 

« Pas de souci » et « Par contre » disparurent sur le champ, honneur perdu et tout le reste. Ce n’est que le matin suivant, profitant de l’amnésie ambiante, que nos héros recommencèrent leur manège routinier, avec quelques écorchures en plus.

 

Mais ceci  est une autre histoire qui mérite bien de ne pas être racontée.

 

 

 

Dominique SORRENTE

 

12 novembre 2009

Cette recherche qu'on nomme poésie

Lorsqu'un philosophe se met à méditer sur la poésie, il arrive que le poète arrête un moment de parler pour se découvrir un "allié" exigeant qui croit à la vertu de l'échange entre les disciplines, à la rigueur des formules, à la fertilité de l'étude... Michel Nodé-Langlois nous propose ici sa réflexion d'une autre rive où les mots de recherche, de science mais aussi de gratuité communiquent volontiers avec le geste poétique. Esprits zappeurs, s'abstenir...

 

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Recherche se dit en grec méthodos, terme qui révèle par son étymologie que notre moderne concept de méthode renvoie d’abord, comme toutes les abstractions, à une image des plus concrètes, celle d’un chemin (hodos) qu’il faut suivre pour atteindre une destination visée. Certains penseurs contemporains, inspirés de Nietzsche, ont prétendu qu’un concept n’était rien d’autre qu’une métaphore. C’est douteux puisque, pas plus que les grecs, nous ne confondons le concept de chemin avec celui de ce que nous continuons d’appeler, en grec, une méthode. Mais il est clair néanmoins que l’usage de ce dernier terme signifie que nous apercevons, comme les Anciens, et à leur école, la parenté analogique qui existe entre l’opération qui consiste à se rendre d’un point à un autre en marchant, et celle qui vise à découvrir un élément de connaissance, activité qui peut elle-même susciter pas mal de déplacements, mais peut aussi s’exercer, comme on dit, en chambre, ou, comme disait Descartes, dans son « poêle »...

Quelque chose de remarquable apparaît déjà ici, qui mérite d’être souligné. Lorsque nous appelons méthode l’ensemble des démarches qui assurent la fécondité heuristique des disciplines que nous considérons comme des sciences, voire l’efficacité de nos techniques rationalisées, nous effectuons, en l’oubliant, une opération de métaphore, dont Aristote dit qu’elle est essentiellement « poétique » : elle consiste en effet à prendre une activité - le cheminement - comme image d’une autre - l’investi­gation, faisant par là-même apparaître une parenté intelligible entre deux réalités dont nous ne manquerons pas de souligner la différence si nous entreprenons de les définir conceptuellement. Tout se passe comme si le recours au mot porteur d’image était propre ici à rendre manifeste un aspect de la réalité que l’exigence de distinction conceptuelle tendrait à effacer.

Dans la conscience d’un Aristote, c’est donc poétiquement que se laisse désigner un type d’activité que lui-même distingue fortement de cet autre type qu’il appelle en grec poïèsis - par quoi il faut en­tendre non pas seulement l’activité de celui que nous appelons poète, mais bien toute forme de pro­duction. Les Grecs, notamment, regroupaient sous ce terme des activités que nous avons pris l’habi­tude d’opposer, comme techniques d’une part, et artistiques de l’autre : n’ignorant aucunement la distinction entre ces fins que sont l’utile et le beau, ils voyaient cependant que la production de l’un et de l’autre consiste toujours dans une transformation, c'est-à-dire dans la communication d’une nouvelle forme, inédite, à un matériau dont on dispose, qu’il s’agisse du métal pour le forgeron, ou des mots pour le dramaturge.

Ainsi opposées l’une à l’autre, les deux formes d’activité ont toutefois en commun de s’opposer à une troisième forme qui ne vise, elle, aucune sorte de transformation d’une situation ou d’un matériau, mais plutôt, selon l’idée que s’en fait Aristote, une transformation du sujet humain lui-même, en tant qu’il cherche à ajuster sa pensée au réel par le moyen de la connaissance. Il s’agit là de l’ensemble d’activités que le grec désigne par le mot de théôria, terme qui n’est pas moins que celui de méthode une métaphore poétique, puisqu’il désigne originellement l’acte de la vision, voire de la considération attentive. Ici encore, notre propre usage nous fait oublier ce que les grecs avaient aperçu au cœur de ces activités que nous continuons d’appeler théoriques, mettant sous le mot de théorie au mieux une construction intellectuelle à vocation explicative, au pis une spéculation si abstraite qu’elle apparaît oublieuse des réalités les plus communes.

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16 octobre 2009

L'irraison d'écrire de Jean-Pierre Cramoisan

 

       Dans un paysage polissé de tous bords, l’humeur en pétard de Jean-Pierre Cramoisan est insolite, salutaire également. On n’y trouve aucune maxime pour déjouer les insomnies et les déversements de blues, aucune consolation à bon marché, pas trop de résolutions, non plus ; et pour les modes d’emploi d’envolées glorieuses, on repassera… Et pourtant, quelque chose attire l’œil, comme une manière instinctive d’attraper une baudruche, de multiplier les tours de piste, de redemander de l’assaisonnement. Le style y va sans ménagement, bizarroïde, débridé, marchant de guingois, libre avant tout de tenter ses incursions, ses bricolages de métaphysicien sur quai de gare d'après minuit. Ça éclate de tous côtés. Ça disjoncte. Ça trouble. Ça désespère proprement. Il n’y a plus alors qu’à attendre que l’apparition se produise : j’imagine l’écrivain penché comme un passe-muraille du vide, lâchant ses phrases à l’assaut du monde, tandis que ses mots n’en finissent plus de jouer à chat perché avec lui. En pleine déroute, savoir ainsi réjouir le passant-lecteur : tout un art d’écrire, en somme. Le témoignage qui suit en est la saisissante signature.

 

Dominique Sorrente

 
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...Je crois vraiment que la littérature sert à défoncer les murs de la réalité et faire voler le monde en éclats. Ce qui ne veut pas forcément dire qu’il y a quelque chose derrière. Et comme les choses-trappes de l’esprit m’attirent davantage dans des culs-de-sac métaphysiques que dans des grandes avenues d’insouciance soleilleuse, autant y aller de bon cœur. Je ne vois pas d’issue par le bout de la lorgnette de cette vie et encore moins dans l’autre ou dans une autre. Je quête, comme je peux, clopin-clopant, dans les petits mystères de la mort, de l’âme, du néant, ou dans les multiples états de la décomposition de Dieu, en ne me tenant à aucune rampe, mais en me servant des armes de la moquerie, de la dérision, de la distorsion du réel, de l’absurdité, du grotesque et du dérèglement généralisé de l’écriture. Chaque fois que je tente de passer à travers les choses, j’y laisse des plumes ; je me sens vacillant, trempé par l’angoisse de faire un faux-pas et de me retrouver… Où ça ? Va savoir ! J’ai l’impression d’être pris dans un millefeuille de mots. Mais lequel d’entre eux peut qualifier le désespoir et le chagrin de l’impuissance à ne jamais comprendre la Vérité ? L’histoire de tout ce fourbi est déjà écrite et je ne fais, hélas, que repasser par-dessus la couche de mes contradictions. L’écrivain est une sorte de guignon de l’absolu, un clown a qui l’on aurait troqué son nez rouge contre une trompe et ses grosses chaussures contre pas de pieds. Dire les choses, tenir le ton, rester debout pour applaudir plaisamment à toutes les inepties qui traversent la nature et le monde ; rire pour ne pas crever d’être là, tant la farce est solide, voilà ce qu’il convient d’appeler le voyage dans le réel sans boussole, à l’estime, comme jadis les navigateurs vikings quand ils lançaient leurs drakkars à la conquête des mers.

La prochaine fois, si j’en ai la force, les moyens et surtout le courage, j’aimerais bien écrire un texte pour expliquer comment Grigri est parvenu à tuer le Temps...

 

Jean Pierre Cramoisan

Octobre 2009

 

 

On peut retrouver les textes de Jean-Pierre Cramoisan dans la Revue des Archers, dont le siège est au théâtre Toursky à Marseille.

 

02 mars 2009

Pour ouvrir le Printemps des Poètes «en rires»

 

  Et à part ça…

 

                                                              à ceux qui vous demanderont

 

 

 

 

Et à part ça, 

qu’est-ce que vous faites dans la vie ?...

 

- Oh dans la vie, vous savez, pas grand-chose, j’ai fait à tout hasard,

j’aurais peut-être pas dû faire, mais enfin,

c’est plutôt  en dehors de la vie, tout en dehors, si vous saviez,

mais là, pas vraiment fait, plutôt défait,

expérimenté des défaites, votre mine de maintenant en est une,

par exemple, mais moi, c’est en dehors de la vie,

pas le petit

dehors 

de l’autre côté de la porte et qu’on entend dedans,

non le vrai, enfin un début de vrai, au-delà même du dehors,

quand dehors en prend de la graine, celle des oiseaux, par exemple qui sont postés au-dessus de leur cage,

qu’il ne se retourne plus, dehors,

pour compter les cailloux,

si vous saviez le nombre des cailloux,

 

au dehors du dehors, ça commence à faire loin à vue de nez,

c’est toujours drôle de tenter « à vue de nez », ça vous met de la brouillade

dans les sens, ça vous rend perplexe, presque comme vous en ce moment de maintenant,

 

au dehors du dehors, on va si dehors qu’on en est tout retourné en fait,

il y aurait comme un retournement, le dehors d’avant

pas vraiment gaillard, souffreteux, coincé on dirait,

pas espacé pour deux sous, pour tout dire, trop en dedans,

le dehors sortirait de ses gonds, dans un état pareil,

second est le mot, avec le c qui se prononce g, allez savoir pourquoi,

sans doute justement parce qu’il est dans cet état-là,

ce con, ça serait pas correct de dire,

 

à longueur de journées de ces dehors-là, on finit bien

par perdre une ou deux dents, n’est-ce pas,

on se met à prendre part à tout ce qu’on ignore, et on mesure le démesuré

avec un pied à coulisse,

étrange ce pied qui s’allonge, s’allonge, s’arrondit aussi,

se rétracte, se dilate,

souple et centré comme on est dans les coulisses avant de faire la scène,

dans le dehors à donner son avis,

comme on fait, à soi tout seul, bande à part,

et ça peut vous tenir lieu de vie sur l’agenda troué du temps, vous savez,

chacun ses marottes

 

et à part ça, vous, Monsieur le banquier, vous,

mais il n’y a pas de sot métier,

je vous l’assure,

qu’est-ce que vous faites dans la vie ?     

 

                                                              

 

                                                                    Dominique Sorrente,

                          (tiré des Contre-Performances, inédits mars 2009)

 

 

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A l'affiche à Marseille, au Théâtre des 3 ACTES,

le mercredi 4 mars 2009 à 20h30.

 

(voir rubrique blog Marseille Bateau Ivre)

 

14 décembre 2008

Le sens de l'humeur

 

 

L’époque requiert autre chose que de fades ressassements, des discours de mise en conditionnement sur la sortie d’une crise dont nous ne savons pas même épeler le nom et qui nous tient lieu de réserve en hystérie. La vie mérite plus que joliesses en sucre, visages dépités devant une caisse d’hypermarché ou exercices douteux de mise en urne.

 

Devant l’enchaînement des rouages qui nous gardent collés à la métaphore de la machine, que proposer, que dire ? Nous n’avons que faire de « faire bouger les lignes » (laissons aux pêcheurs et aux poissons ce grand art) comme s’exténuent à le répéter ceux qui ont le "sentiment" de tout dans leurs commentaires journaliers. 

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Nous sommes démunis, c’est un fait. Un fait et une chance. La pauvreté essentielle des mots, dont le sac dans lequel nous piochons, appartient à tous. La seule question alors qui importe est la suivante : quels mots choisirons-nous pour passer le trottoir, brouiller les codes, risquer un vrai bonjour, adresser les messages personnels  qui  annoncent un débarquement de l’âme ?

 

Ce que nous voulons apprendre à vous offrir, toujours mieux : des humeurs de sacre et de massacre, spontanément distribuées. Au gré d’événements manifestes ou insoupçonnés. Tentatives d’aller visiter l’envers du décor, le trou dans la serrure, les dévastations au réveil et le génie du millimètre accompli en tenue d’insecte. Elles sont colères sans auréoles contre les lieux communs qui nous badigeonnent malgré nous ; elles s’espèrent salutaires, au moins comme les planches qui n’ont pas encore atteint leur état de moisissure sans retour.

 

Le Scriptorium, en doutiez-vous,  est aussi un petit village latin qui résiste contre tous les envahisseurs de la parole-poésie. Pays de flèches acérées qui rêvent de surprendre un jour la surprise, sans pour autant en faire tout un plat. Terre meuble d’une caravane invisible qui passe. Geste d’insurrection des phrases et d’avènement du rire nouveau.

Un cryptorium, si l’on veut ! 

 

Pour saluer le tournant de l’année qui vient, notre vœu pour vous et vos proches est que la joie d’être ensemble circule de fond en comble, de la cave au grenier, et par toutes les trouées du jour, parce qu’entre nous et ceux qui nous rejoindront, il y a de plus en plus à voir comme à entendre et à toucher.

 

 

 Dominique Sorrente