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26 février 2012

Du Scriptorium à Podio, paroles en écho

 

meyber_catalans.jpg

 © Photo Bernard Meyran

 


                               AUX COMMENCEMENTS PARLAIT PODIO


Tout ce qui arrive est toujours un commencement, écrit Rainer Maria Rilke. C’est dans ce temps de l’ouvert, plaisir et risque, modulation et stridence, que ce 18 février, le Scriptorium a convié le public à rencontrer quatre poètes de l’association Podio venus de Grasse et ses alentours. Fidèle à sa formule, le Comptoir des poètes proposa le bel échange des voix, dans le parti-pris de ne pas gloser, mais de tenter des résonances.  C’est ainsi que successivement  la parole fut donnée à Daniel Schmitt, Yves Ughes, Alain Freixe, et  Brigitte Broc pour donner à entendre un peu du parcours de chacun,  en sa tonalité particulière. Au voisinage de la chanson, le goût d’enfance sur les lèvres, Daniel Schmitt comme une évidence des mots tendres et joueurs. L’emprise du tumulte des légendes urbaines pour Yves Ughes dans sa Décapole aventureuse. La vigilance solaire des empreintes et le questionnement insistant dans les ramas d’Alain Freixe. Le par cœur des rivières données en partage par Brigitte Broc. Quatre façons d’entreprendre la « défense et illustration de la poésie » à Vence, Nice, Cannes et à l’entour.

 

Une deuxième tournée était alors proposée par les scripteurs présents ou les poèmes, intercesseurs des absents. On entendit ainsi Angèle Paoli, Nicolas Rouzet, Patrick Druinot, André Ughetto, Leonor Gnos, Valérie Brantôme, et encore des extraits du fertile Chant déraisonnable de Martial Teboul ou le saisissant Arabian Blues de Amin Khan*,  autant de formes de commencements à saisir comme des occasions inespérées. De fulgurantes brèves de comptoir, en somme…

 

Aux poètes invités revenait le plaisir d’un contre-écho, comme la reprise des sillons après les échappées des scripteurs. Un troisième mouvement allegro ma non troppo, de quoi fixer à nouveau l’attention et nous laisser surprendre. Près de deux heures avaient passé quand le signal de la dispersion fut donné.

 

salle_angèle.jpgCurieux sentiment que procurent ces confluences de mots, si rares, si insaisissables comme seul les transforme le mode opératoire de la poésie. Dont on ne sait pas dire grand-chose, et qui pourtant témoignent d’une accroche intime exposée à l’oreille comme un secret public. À l’image d’une salve de commencements toujours à réinventer.

Le nombreux public qui avait répondu présent en ce samedi soir de février à la salle Tempo de la rue Sylvabelle à Marseille ne s’y est pas trompé. De Podio au Scriptorium, ils ont pu rêver à une nouvelle tâche à accomplir : relier les comptoirs de la poésie dans la promesse d’un paysage commun, et d’abord sur ce littoral méditerranéen. Et faire la part belle à cette minuscule communauté de destin des introuvables.


Dominique Sorrente



 .........Textes et extraits à suivre.....  Album-Photo de la rencontre ICI ....



24 septembre 2011

Septembre en mer, à boire au Comptoir

 

Autour du Premier Comptoir

 

 

 


La poésie, ce n’est pas la mer à boire, annonçait la parodie de slogan. 

Est-ce alors la terre ? 

À manger ? suggérait un passant du jour...


L'équipe du Comptoir 1.JPGDans ces jours de septembre en mer, nous avons mené l’enquête à la façon des éphémères que nous sommes. En baptisant notre nouvelle saison « Comptoir des poètes » avec la voix des autres mêlée aux mots en carafe. Jetant sur le tapis les noms de Delteil, Cabral, Saint-John Perse, Tagore, Baudelaire même dans ses manières d’enivreur. Tentant des croisements de voix en forme de ping-pong, rive à rive. Plaçant les écarts d’harmonica ou de guimbarde pour glisser autour des phrases.  Deux heures durant, à se reconnaître assoiffés, réclamant à la fin à sortir sur la place. Le temps d’emporter le dernier poème vivant : un paquebot  sorti du port, traversant l’instant en ligne d’horizon.

 

À l’entrée du Vallon des Auffes, c’est promis : malgré la tentation des anagrammes, le comptoir des poètes ne sera jamais le dépotoir des comètes…

 

 

 

 

*

 

Ces petits riens

 

Un vent

va

 

prend

l’air

 

inspire

douze éoliennes

 

On se laisse griser.

 

 

Laurence Verrey

 *

 

Quand le bateau boit…

  

Je suis un chat marin.

J’habite une barque amarrée au Vieux-Port. 

Je suis un chat inquiet : mon bateau boit. 

Il est trop accueillant pour les eaux et marées, 

Et le sel le grignote. 

Parfois, sans vent ni vagues ballottantes,

 Il se penche sans raison.  

Parfois, il navigue en zig, en zag… 

Mon bateau boit et le fond de sa cale me mouille les pattes, 

De petites vagues me chatouillent le ventre. 

Pour aller au Frioul, il s’en va par Gaby. 

Pour aller à l’Estaque, il mouille à Morgiret. 

Mon bateau boit. 

Ses vieilles bordées font corps avec la mer. 

S’il croit ainsi attirer les girelles, 

C’est plutôt le contraire. 

Je suis un chat marin, qui sera un nageur. 

Car mon bateau, à boire sans soif, 

Dans un moment d’ivresse 

Rejoindra un beau jour, les poissons les coraux. 

Les oursins et les poulpes viendront l’habiter. 

Je serai chat nageur, 

Ma maison sous les eaux, sera loin de mon port. 

Et je miaule ce soir, ce qui dans la langue des chats, veut dire pleurer.

 

 

 Gérard Boudes

 

*

 

 Quelle certitude

 

 

Quelle certitude a-t-on

que la mouette n’emporte pas

les notes de musique ?

Et comment savoir

si cet oiseau n’est pas l’enfant

d’un ourlement de vague

ou celui de la risée d’un océan ?

 

Le musicien face au vent

est devenu invisible ;

l’oiseau traverse l’horizon,

gris-menaçant :

Tout s’explique ;

tout a une cause première,

une raison d’être ;

sauf quelquefois le hasard

quand il vient chambouler l’instant.

 

Philippe Deniard 


 

 

 

 

21 février 2011

La poésie s'écrit aussi sur le sable

 

mots sur le sable.jpg

Pour lire le texte de l'HOMMAGE AU POèTE INCONNU, cliquer ICI.

 

 

Ce 14 février, de 17 heures à 22 heures (et plus, car affinités), s’est déroulée, à l’occasion de la Saint-Valentin, une cérémonie atypique sur et autour de la plage des Catalans à Marseille. Un temps particulier, une fondation poétique, l’autre versant de l’âme résistante, quand les mots  trouvent leur plaisir à respirer à l’air libre.  En complicité avec le journal Marseille l’Hebdo qui a pris part à cette aventure. En amitié, mais aussi en synchronie avec le festival de Trois Rivières au Québec, notre glorieux devancier, qui a fêté l’événement au même instant…Des 26 ans de ce Festival québécois aux 2600 ans de la naissance de Marseille, les compteurs ont pu s’en donner à cœur joie.

 

Et les menaces de la météo n’y ont rien changé. Les mots des poèmes ont ceci de miraculeux qu’ils se faufilent volontiers. Entre ondées intermittentes sur la Provence aux allures celtiques et  forte tempête de neige investissant Trois-Rivières,  tout a trouvé sa place naturellement. Sur la plage revisitée en hiver, se sont succédé tracé de cursives à même le sable, hommage au poète inconnu, célébration des voix de chaque continent se rapprochant peu à peu pour défier la dérive ordinaire,   lâcher de ballons d’écriture au-dessus de la mer. Un moment d’ivresse aux couleurs de parapluies et de sourires, face aux îles du Frioul.

 

Puis après le ciel ouvert, ce fut le temps du Scriptorium entre les murs. Un deuxième public avait pris place après celui de la plage. à la Maison des Jeux des Catalans. L’heure de la joute du poème amoureux pouvait s’ouvrir avec lecture des textes primés, des coups de cœur insolites, facétieux ou émouvants à partager. Liban, Québec, Catalogne, Maroc, Roumanie, Grèce, Algérie ont alors croisé la Savoie, la Bretagne, la Touraine et …Marseille, dans une rafraîchissante géo-poétique de l’instant. Les grandes voix de Robert Desnos, Eluard, Ronsard, Verlaine, Prévert, Roberto Juarroz,  eurent leur temps, à côté des gourmandises à invention portés par les auteurs présents, toutes générations mêlées ente 7 et 87 ans…Plus tard, le son de l’accordéon  a conduit au pas de danse les plus assidus qui, c’est bien connu, n’avaient pas trouvé de raison suffisante pour que la fête finisse. Andrée Chedid, récemment disparue, dont un poème avait ouvert la cérémonie était de ces  présences traversières qui nous ont accompagnés de leurs poèmes bien vivants.

 

Ceux qui ont partagé cet intervalle entre éphémères et traces vous saluent. Ils vous donnent rendez-vous le samedi 19 mars pour un Instant Bateau Ivre Spontané.

À Marseille, près du monument Amado, sur la Corniche, puis à la Salle Tempo Sylvabelle pour d’Infinis paysages à parcourir, notre manière de déjouer l’ennui et les murs de parole. À l’occasion du Printemps des Poètes. Avec œillets du poète et freesias pour compagnons de route. 

 

Hors les comptages artificiels, vivre ensemble d’une rive à l’autre un moment dans l’intense : c’est là tout notre programme, minuscule et ardent, au sémaphore du Scriptorium. Il se peut que le mot inspiration ait repris des couleurs dans l’espace commun où nous croyons toujours aux rencontres et aux poignées de main. Pour nous, et pour ceux qui nous rejoindront. Comme dit la chanson de Theodorakis qui ne faiblit jamais : Nous sommes deux, nous sommes trois, nous sommes mille et treize,  nous chevauchons le temps… surtout s’il est versatile ! 

 

 

sourires et ballons.jpg

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