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02 mars 2011

Corps - Anthologie poétique aux Editions Sillages

INFO - Lecture, dans le cadre du Printemps des Poètes, à Chateauneuf de Gadagne (84), le mardi 15 mars 2011 à 19 H, bibliothèque Raoul Milhaud.

>> Voir ICI, Dépositions.

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SILLAGES

 

1ereCouv_Sillages-Corps.jpgAu pays des Sorgues, entre Rhône et Vaucluse, Benoît Chérel (alias Benoît-Léon Rebichet, lorsqu’il s’affiche poète) conduit les éditions associatives Sillages. Treize livres parus depuis 1999 témoignent d’un souci de rencontre, du goût de l’image et de l’attrait de la poésie. Les premiers ouvrages, plus ouverts à la photographie, ont laissé la place à des recueils dans lesquels le texte est prééminent. Si des contraintes budgétaires sont à l’origine de cette évolution éditoriale, les poètes sollicités peuvent s’en réjouir. Ils sont divers et nous citerons, sans exhaustivité ni ordre aucun, André Ughetto, Dominique Sorrente, Marc Rousselet, Jean-Claude Xuereb, N.S. Montebello, Henri Tramoy, Sylviane Werner, Misette Falt-Bedot… tous invités sous les auspices, entre autres, de René Char, mais aussi de Julien Gracq, de Pierre-Albert Jourdan pour citer quelques poètes majeurs présents par courts extraits dans les divers ouvrages.

  

L’anthologie Corps, dernière parution (2010), reflète parfaitement la nature des recueils de Sillages : un bel assemblage de textes poétiques écrits autour d’un thème avec des illustrations (photographies, gravures, dessins et autres représentations artistiques). La facture des livres est toujours de qualité, ce qui témoigne du soin, de l’attention, prêtés par Benoît Chérel à son travail ; la qualité de plasticien (peintre, sculpteur et fabriquant d’objets) du poète-éditeur, parfois libraire encore, n’y est pas étrangère.

 

De l’aventure qu’est Sillages, Benoît Chérel nous dit ceci : « Que la poésie naisse au pays de CHAR, quoi de plus normal après tout et que nous marchions dans son sillage, cela allait de soi. Tout a commencé pour nous dans les années quatre-vingts quand un sidérurgiste en rupture de ban avec la Lorraine déstructurée décida d’investir sa prime de départ dans la création d’un local de vente de livres d’occasion tout au fond de la place de l’église de L ‘Isle sur la sorgue. C’est ainsi que naquit, dans un merveilleux hommage à l’immense Julien GRACQ, « La Presqu’île ». C’est là que nous nous rencontrâmes , apprîmes à nous connaître et découvrîmes que nous étions quelques-uns à écrire nos envies d’être et nos révoltes à travers des textes qui resteraient à jamais emmurés si nous ne décidions pas de les éditer nous-mêmes».


A partir de là, les choses deviennent simples. Créer une association loi 1901, lui donner comme but d’encourager la culture sous toutes ses formes et tout particulièrement à travers l’édition d’ouvrages de poésie, lui trouver un nom : «  SILLAGES », chercher des financements publics voire privés et partir pour notre aventure. Après quelques soirées-lecture organisées pour trouver les premiers deniers nous éditons «  SOURCES » en 1999, petite plaquette originelle écrite à trois mains avec l’appui généreux de Gaston PUEL. Douze ans plus tard notre catalogue compte treize titres et a réuni pour cela presque une centaine d’auteur(e)s, photographes et plasticien(ne)s dont voici le cheminement :

 

1999 : Sources

2000 : L’Isle insolite

2001 : Au pays des Sorgues et Monts de Vaucluse (épuisé)

2002 : Le décagone suivi de La fête d’amour

2002 : Mars1961 Piaf en studio

2002 : Chemins (épuisé)

2003 : Solitudes

2004 : Sorgues des brumes

2004 : Enfances

2005 : Traces (épuisé)

2006 : Femmes (épuisé)

2008 : Résistances

2010 : Corps

2012 : à paraître Palestine »

 

 

En conclusion, nous laisserons parler le poète Benoît-Léon Rebichet dans Corps :

 

 

« On se dit qu’il sera sans gouvernement possible. Mais à la nuit tombée, une fenêtre voisine s’éclaire comme un démenti. Une scène unique s’offre pour peu de temps devant un seul spectateur mesurant sa chance. Ce soir il y aura bien une étoile ; lentement filante, elle sera d’ordre terrestre. »


 

 

Olivier Bastide

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Corps (Sillages 2010) / ISBN 2-915945-03-9 / 15 euros

Editions Sillages,

 Le Haut-lieu,

 2 bis, rue saint Paul

 84470 Châteauneuf-de-Gadagne

sillageseditions@laposte.net



 


22 janvier 2011

Le pardon, par Danielle Berthier

 

Le pardon_1ecouv_DanielleBerthier.gifLE PARDON

Danielle Berthier

 

 

 Il y a peu de temps,  lors d’une lecture publique, un auditeur m’a demandé : « À quoi cela vous sert-il d’écrire ? ». Sous forme de boutade, j’ai répondu par une formule cueillie chez George Bernard Shaw : « Quand on enlève tout ce qui ne sert à rien, tout le reste s’écroule ». Et j’y suis allé d’un petit commentaire facétieux : j’écris donc en revendiquant le droit que cela ne serve à rien. À côté de moi, un très cher ami poète a aussitôt proposé sa réponse : « Quant à moi, j’écris parce que c’est une nécessité ». Nous nous connaissons suffisamment, lui et moi, en complicité d’écriture et de vie, pour savoir que nos réponses venues de paysages différents se faisaient naturellement écho.

 

             En lisant Le Pardon de Danielle Berthier,  je n’ai pu m’empêcher d’inviter à la tourne des pages ce dialogue aussi souriant que tragique qui donne au livre ainsi porté par son auteur sa place si particulière parmi les vivants et les morts.  Combien de haltes, combien de retours  et de questions auront été vécus pour qu’un tel ouvrage soit lâché par son auteur comme la plus précieuse des embarcations de fortune ? Nous l’ignorons, mais ce que nous sentons est l’empreinte du temps  éprouvé,  dans un texte tout en pudeur, en énoncés qui procèdent par étapes, par séquences du regard comme des angles de vue choisis pour rendre compte de la vie  qui se cherche après l’insupportable, ici l’accident mortel dans la nuit à peine éclairée qui emporte un fils. 

 

            On songe aux phases du deuil, identifiées en profondeur par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross (souvent hélas dénaturées par la psychologie fast-food de notre époque), ici comme revisitées par Danielle Berthier à travers les planches  successives du récit.  Le lecteur participe ainsi à l’épreuve dans son cheminement, et dans la relation unique avec cet autre, homme anonyme dans sa caverne devenu présence obsédante, interlocuteur décisif, parce que sa voiture a percuté la vie d’un enfant. C’est de ce travail de l’ombre que Danielle Berthier témoigne, de ce processus de dépassement qui ne fait l’économie d’aucun geste, qui se fraie un récit entre colère, désarroi, révolte, apaisement et besoin de savoir. Et il nous semble alors assister à une scène, la plus pure du théâtre antique, où se déplacent  et prennent sens les figures sacrées qui ont pour nom le Jeune Homme, Charly, la Mère, le Chœur, le Père, l’Ami, ceux du Chalet, l’écureuil, le Mékong, l’Océan même…Où le pardon serait la voie cathartique menant à l’album des mémoires partagées, dans le Chalet en retrouvailles avec les saisons par quoi le livre s’achève :        

 « Ils étaient redevenus  nos semblables

    De nouveau, ils étaient vivants ». 

  

Doué juin 2009 Jardin de la rose treille métal.jpg

 

 

            Il faut être une femme, dans le secret de la douleur méditée, écrivain, portée par un désir de justesse de tous les instants, pour donner à un tel sujet des mots saturés de silence et qui pourtant  nous conduisent, d’une page à l’autre, avec conviction, insistance, dans la simplicité ouverte qui ne trompe pas. S’il consent à entrer dans cette traversée née d’un malheur brutal, promise à l’errance et appelant pourtant la paix des jours réconciliés, le lecteur sentira alors cette main qui à son tour l’accompagne, mue par des vibrations d’amour, symbole d’un parcours terrestre qui n’a pas renoncé à capter à même l’absurde l’indicible lumière.

 

             Cela ne sert à rien, bien sûr, d’écrire ainsi, me direz-vous. Ou alors pour empêcher que tout le reste s’écroule. Mine de rien, voilà donc un petit miracle accompli qui opère par ce récit du Pardon. Le sait-elle, Danielle Berthier nous emmène loin,  au fond de notre conscience de vivre, dans une  langue sûre et dépouillée qui sait le prix des espaces intérieurs, le pouvoir des sapins sous leur écorce, l’enfance qui fait toujours signe derrière l’hiver, le besoin de comprendre et, plus encore, de recevoir et de faire pardon. Alors, autant signer ainsi : cela qui s’appelle écrire fait bien ici nécessité.

 

Dominique Sorrente

 

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 Le Pardon, récit (automne 2010) - Danielle Berthier

Editions MLD

ISBN (13) : 978-2-917116-20-3, 78 p, 13 euros

 



02 août 2010

Portrait de groupe en poésie, Traces.

Sur le très beau site de Terres de Femmes :

 

HISSEZ HAUT


    Il y avait déjà, pour les amoureux du septième art, Gruppo di famiglia in un interno et Portrait de groupe avec dame (Gruppenbild mit Dame). Il existait également quelques célèbres portraits d'artiste. En jeune ho
mme, en saltimbanque, en jeune chien et en motocycliste. Il manquait à cette chatoyante composition d'œuvres cinématographiques, littéraires et artistiques, une mosaïque particulière façonnée par les mots et par le souffle du verbe. 

    Réalisé par Valérie Brantôme et paru en février 2010 aux éditions BoD, Portrait de groupe en poésie vient compléter par une palette poétique originale et typée, le paysage déjà très riche du « portrait de groupe ». À la fois mémoire d'expériences partagées au cœur des mots, anthologie poétique et réflexions ouvertes sur le futur, le livre du Scriptorium retrace l'aventure vitale-viscérale et enthousiaste de ses membres et partenaires. Une aventure de dix ans d'âge que ce galion poétique, Le Scriptorium Marseille, fondé en 1999 par Dominique Sorrente, poète et grand timonier. Dix années se sont en effet écoulées depuis le lancement de l'association du « Scriptorium » jusqu'à ce printemps 2010. Dix années qui ont été marquées par la saisie au fil des mois de « coïncidences » propices à l'inventivité. Individuelle et collective. Et à la « poésie vécue ensemble ». Intervalles, Caravane, Transcontinentale, Poésie chorus, Jumelages (dont celui tout récent avec nos amis de Pistoia), Chapitres, sont autant de cairns qui ont jalonné le parcours pluriel du Scriptorium, depuis ses origines. 

    Il fallait bien marquer d'une balise particulière cette date-charnière du Scriptorium. Le Scriptorium vient de fêter ses dix ans. Il fallait marquer d'un sémaphore plus lumineux encore dans le paysage poétique phocéen, cette épopée humaine de la parole et de l'écriture qu'est l'expérience vécue par le Scriptorium, au cours de la décennie 1999-2010. 

« Je tiens pour vrai ce voyage du poème
    et toutes les errances les routes
    où je marche avec lui »

écrit Laurence Verrey dans le poème intitulé « Je tiens pour vrai ». 

    La genèse de cette « traversée insolite » du temps, sa raison d'être, la philosophie sur laquelle elle repose, sont évoquées à différentes reprises par Dominique Sorrente dans Portrait de groupe en poésie. Dans « Parole première », texte fondateur, le poète invite chacun des scripteurs à se mettre à l'épreuve du langage de l'autre. Dans son avant-propos, en même temps qu'il réaffirme avec ferveur la nécessité « d'assouplir les ego pour les orienter vers plus qu'eux-mêmes dans une démarche où le collectif redevient possible », Dominique Sorrente dit sa passion pour une poésie « hors les murs qui remue au-dedans et déborde d'une frontière à l'autre ». Et si la Méditerranée et Marseille sont le point de départ de cette passion, son port d'attache, le poète n'en affirme pas moins le désir résolu de contribuer à bâtir l'Europe. Et peut-être, au-delà, avec les moyens modestes de la poésie, le monde. Car la poésie est de « tous lieux, de toutes mers ». Et Marseille, comme le disait le poète Saint-Pol Roux, est «  sœur du monde entier ».

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