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01 mai 2021

RETOUR GAGNANT SUR LA CARAVANE DU SCRIPTORIUM du 24 avril 2021

 

IMG_1079  phrase d'HORACE- copie.jpg

L'homme a beau parcourir les mers, le ciel change, mais non son âme

( citation d' Horace, trouvée en graffiti à l'entrée de ce porche

situé sur notre parcours de Caravane poétique du Scriptorium ,

à côté de la dernière habitation de Christian Gabriel/le Guez Ricord)

 

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Dominique Sorrrente lit Louis BRAUQUIER, près du quai Rive Neuve

 

Que fut la caravane poétique urbaine du 24 avril à Marseille ?

Un mistral encore bien présent qui eut le mérite de chasser les velléités des nuages mais proposa en début de parcours un défi de Stentor aux orateurs du moment...avant de s'apaiser. Un public participant, curieux de connaître et aussi heureux de se retrouver à plusieurs ( des petits groupes avaient été formés pour respecter les mesures sanitaires et favoriser les échanges ).

 

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Couverture (par Johanna Heeg) du numéro 23 "Marseille, terrain vague" de la revue des ARCHERS , 2013

 

En ouverture, devant la librairie-galerie des Arcenaulx, Dominique Sorrente fit lecture d'un extrait du superbe numéro 23 de la revue des Archers (née au Théâtre Toursky, il y a vingt ans, et pleine d'une énergie nouvelle aujourd'hui ), nommé "Marseille, terrain vague". Plus d'une vingtaine de personnes       ( auxquels, ça et là, venaient se mêler des passants...) ont ensuite suivi l'insolite cortège des amoureux de poésie du cours d'Estienne d'Orves au Vieux-Port, puis devant les greniers des Cahiers du Sud quai Jean Ballard.

 

Les caravaniers.jpeg

Au retour de la rue Pythagore après la halte Gerald Neveu

 

Durant tout ce parcours, bien des personnalités furent évoquées, notamment les poètes, les écrivains autour de Jean Ballard qui firent des Cahiers du Sud une revue majeure en littérature durant plus de 50 ans. André Gaillard, Léon Gabriel Gros, Simone Weil, Gabriel Audisio, Louis Brauquier...

 

À côté de Dominique Sorrente, on put entendre l'éditeur-écrivain Jacques Lucchesi lire un extrait de Je connais des îles lointaines de Brauquier, près du Vieux Port. Puis c'est la photographe Marjolaine Heeg, aimantée par la poésie depuis quelques années, qui prit le relais pour une halte pleine, consacrée à Axel Toursky. Devant un beau demi-cercle ouvert, elle sut dire, avec un naturel plein d'émotions et beaucoup d'élégance, comment elle avait retrouvé le chemin de Toursky, grâce à Richard Martin, fondateur du théâtre qui porte son nom, puis en téléphonant à Anne-Marie Toursky, femme du poète, tout émue d'évoquer ses années amoureuses à Marseille...Un saut dans le temps en forme de rebond.

 

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Marjolaine HEEG évoque le poète AXEL TOURSKY

 À la porte du 62 de la rue Sainte, Dominique Sorrente évoqua la figure de Jean Malrieu, le fondateur de la revue Sud (1970-1997), les rendez-vous du mercredi, son compagnonnage avec Frédéric Jacques Temple, Yves Broussard, Jacques Lovichi, Jean-Max Tixier, André Ughetto, Jeanine Baude...le numéro-culte Méditerranées...avec, entre autres, les premiers poèmes publiés par Antoine Emaz.

Numéro MÉDITERRANÉES SUD.jpg

Couverture du numéro 64/65 "Méditerranées" de la revue SUD -1986

 

Le groupe remonta ensuite jusqu'à l'habitation dernière d'un poète invraisemblable et beaucoup trop méconnu encore, Christian Gabriel/le Guez Ricord (1948-1988), auquel Dominique Sorrente prêta sa voix, notamment dans une lettre adressée à Yves Bonnefoy. Il fit également partager quelques souvenirs ardents de cette époque des vingt ans partagés à Marseille, nouvelle Éphèse. On nota la rencontre fortuite et très amicale du maire de secteur qui écouta la séquence avec une réelle curiosité, découvrant une page précieuse des rues de sa ville qui mérite d'être connue. Puis ce fut la montée jusqu'à l'escalier André Suarès où Charlotte Hamer lut, d'une voix chaude et claire, résistant à la circulation environnante, deux textes sur Notre-Dame de la Garde par mistral ( tiré de Marsiho) et sur le livre "dernier refuge de l'homme libre".

CHARLOTTE lit Suares copie.JPG

Charlotte Hamer lit ANDRÉ SUARÈS

Plus haut encore, l'escouade grimpa jusqu'au cabanon de Gerald Neveu sur les hauts de Vauban, rue Pythagore, une des ces rues à escaliers dont ce quartier est friand, Nicolas Rouzet et Marc-Paul Poncet évoquèrent, chacun à son tour, de façon sensible, le chemin bref et douloureux du poète de Fournaise obscure(1967), l'ami de Jean Malrieu.  Enfin par le Bois Sacré, gorgé d'orties de saison, la petite troupe fit retour jusqu'à la montée de l'Oratoire, sur la colline Notre-Dame de la Garde pour un ultime partage autour d'une collation. Avec une mini-exposition privée surprise sur Christian Gabriel/le Guez Ricord.

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                      Christian Gabriel/le Guez Ricord - collection particulière

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REVUE SORGUE, n°2, editeur LE BOIS D'ORION, 2000

 

Ce 24 avril, la Caravane poétique du Scriptorium eut donc sa route, ses étoiles, ses oasis, son caravansérail. Un plaisir nomade de "faire poésie".  Elle a surtout montré ce qu'elle était: un geste accompli au-delà du temps pour relier par la poésie la mémoire des émotions et le présent incandescent.

 

Caravane urbaine dans un espace inspiré.

Il y en aura d'autres sûrement, ici ou ailleurs. En ville ou en campagne.

 

Et on entendra encore les mots d'Axel Toursky au fil du chemin:

 

"Si je passe mes rues,

si j'accomplis mes actes,

c'est pour suivre des traces

et non pour avancer.

 

Puis-je à présent le dire ?

Ici la poésie

tenait pour nécessaires

les lilas et les roses."

 

 

                                                Anne LOFOTEN

 

 

IMG_1593 2 Sentier dans le Bois sacré copie.JPG

 

MORCEAUX CHOISIS

 

À propos des Cahiers du Sud

 

"Les Cahiers vont et viennent avec ses navires en suivant les pulsations de cette métropole de la mer. Ils publient la même année le Pèse-nerfs écrit par le fils d'un armateur marseillais, Antonin Artaud, et la Liberté des mers, poème de Louis Brauquier, pour ne citer que deux natifs de Marseille. Sous l'Occupation, le perchoir des Cahiers servit de lieu d'accueil aux exilés, réfugiés en zone libre".

  

                      Jean Ballard, fondateur et animateur de la revue

 

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"C'était le dernier asile pour les gens de notre espèce"

                                               Anna Seghers (Transit)

 

 

« De tous les poètes, vous êtes celui dont je voudrais avoir tout  l'œuvre dans le cœur. »

 

                    Joe Bousquet, lettre à Axel Toursky

 

poème de GERALD NEVEU 3ca8fd9-3445-4d72-ba98-730ab583b364.JPG

 

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 FAIRE CARAVANE POÉTIQUE: NOTRE PRIMITIVE PASSION par Dominique Sorrente

PLAQUE CHRISTIAN GUEZ.jpg

« Les rues ont des noms, des numéros. À chaque numéro, aux façades, les noms de ceux qui y vivent. D’autres vécurent, d’autres vivront.
Entre les murs, croisons les fantômes du passé, l’ombre de l’avenir. Les immeubles parfois s’effondrent. Tout comme les civilisations. Faut-il reconstruire ? Est-ce encore possible ?
Avec un peu d’attention, quelques gestes d’humanité ou de langage, on aimerait colmater les brèches, poser des pansements dérisoires sur les plaies ».

 

Devant la revue Sud.jpg

Ce beau témoignage de Nicolas Rouzet à son retour d'Ulysse massaliote, dit fort sensiblement ce qu'a pu être la caravane poétique du Scriptorium le 24 avril à Marseille.

Un pari audacieux, alors que la pandémie continue d'étirer son ombrageux ciel de traîne...Et pourtant un besoin, une nécessité de se retrouver en chair et en os, de réaliser un geste poétique en commun, comme nous le proposons au Scriptorium depuis plus de 20 ans. Ici, pérégriner à plusieurs, dans les lieux de Marseille où vit la mémoire des poètes, aller d'un point à un autre, dire des poèmes à chaque halte, prendre des voix et des voies de traverse, mêler le "pas gagné" de Rimbaud à la magie des mots prononcés à l'air libre. Croire à la confluence entre la chambre d'écriture et la marche à ciel ouvert.

 

Or, dans ce temps de pandémie si souvent délétère, qui fait la part trop belle aux replis, empêchements de toute nature et aux mille raisons de renoncer, dans cette période de vies blessées, bloquées, et qui se perdent de vue si facilement, il m'a semblé, plus que jamais, nécessaire de faire Caravane. Et pour prouver par le réel que cela avait du sens, j'ai conçu un parcours dans Marseille. Marseille-en-poésie, autour de la "rive neuve" et vers la colline de Notre Dame de la Garde. Un parcours pour réveiller la mémoire de nos devanciers. Dire que le poème fait signe tout autour de nos quotidiens, et que, pour nous, si souvent hypnotisés par le saccage et la saturation des écrans, seul manque l'innocence retrouvée des yeux et des oreilles.  Pour aller au poème, et boire aux "fontaines de l'inspiration" comme l'écrivait AE.

 

plaque des Cahiers du Sud.jpg

Le 24 avril, c'est comme cela que tout a commencé. Sur une place minérale à l'italienne, avec des lampadaires à la place des arbres. Un canal disparu. Et la promesse de graines à jeter, de mots à troubler les regards assagis. Un goût d'effervescence.

 

C'est comme cela que tout commence toujours en poésie.

 

Par le vent, seul vrai maître des lieux, qui nous somme de parler haut et fort, par la jubilation de croiser les mots et les instants, par les gens qui se rassemblent et écoutent du fond des âges les voix des poètes qui nous précèdent et nous font signe: il y a du sens infiniment à vivre ainsi.

 

                                 Dominique Sorrente

 

IMG_1566 Les pins près Gerald Neveu copie.JPG

 

     (pins rue Pythagore, au-dessus de l'habitation de Gerald Neveu

        où selon Jean Malrieu se retrouvaient "les poètes de Vauban") 

 

07 octobre 2020

ENTRETIEN EXPRESS AVEC D SORRENTE à LA DIGUE DU LARGE

 

à l'occasion de la sortie de A la digue du large (créé avec le peintre Gilles Bourgeade, édition Tipaza, 2020), Dominique Sorrente trace quelques repères pour la lecture-signature-expo qui se déroulera prochainement à l'atelier Christine Fabre Bourgeois à Marseille. Une mise en condition tonique !

En route pour le déchiffrement...

                                       

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     Dominique Sorrente                Gilles Bourgeade

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AJL : Côté livres, on vous avait quitté en poésie (avec « Les gens comme ça va » (Cheyne, 2017), qui portait toute son attention à l’humain contemporain, étrange et familier, au sortir des attentats de 2015...Ici, on vous retrouve au contact avec les éléments, et notamment la mer, votre proche horizon à Marseille, comme un prolongement de cet autre livre, "Mandala des jours". D’où écrivez-vous aujourd’hui?

 

DS : J’écris d’où ça me chante !  "Est-ce ma faute à moi si ce n'est pas le même à chaque fois..."(sourires). Chaque pierre de touche me renvoie à l’autre. Ce n’est jamais le moi raisonneur qui commande les poèmes. Ici, je ne délaisse pas la pâte humaine, loin de là. Mais je réapprends à respirer pleins poumons et j’aimerais donner à respirer face à la mer.

 

AJL : C’est un livre à double entrée. Un poète, Dominique Sorrente et un peintre, Gilles Bourgeade. Comment se passe la  co-existence entre les auteurs ?

 

DS: Complicité, connivence, compagnonnage...espérons que nous n’en restons pas à la première syllabe…! Gilles Bourgeade est un peintre d’une rare agilité, à l’écoute des poètes depuis longtemps. Lorsque je lui ai avoué ma passion pour le ping-pong, aussi bien physique que mentale, il a répondu banco ! Nous avons réalisé un « Carnet à double vue » pendant le confinement de printemps. Ici, avec A la digue du large, la mise en résonance a également opéré. Et Gilles Bourgeade a inventé ses digues en contrepoint des poèmes. Son art est de créer un univers ...parallèle...sans que l’image ne dévore jamais l’aventure des poèmes. Dans ce travail de pastels, il glisse entre Turner et Rothko, si j’ose dire…Et, comme disent les sportifs, il a un gros volume de jeu qui mérite le respect!

 

AJL : Et l’éditeur, Tipaza ? On voit vite que ses livres sont réalisés avec un sens aigu de la forme…

 

DS : Oui, Gilbert Casula et Yvy Bremond sont particulièrement attentifs à la disposition graphique, aux alliances des formes. Et jamais en panne de projets innovants. « A la digue du large » est le premier livre d’une nouvelle collection Nota Bene qui accueillera bientôt un deuxième ouvrage, « Ajouter au désordre », de Jacques Brossard et Roland Kraus. Des ouvrages en série limitée ( et avec quelques rares exemplaires de tête) qui, je l’espère, trouveront leurs lecteurs. Il faut saluer les éditeurs, tels que Tipaza, qui réalisent des livres de poésie dans la conjoncture actuelle.

 

AJL : Comment voyez vous la rencontre avec le public ?

 

DS : J’aime dire qu’écrire, c’est ouvrir une fête. Et pour qu’elle soit réussie, il est indispensable de partager une rencontre. C’est la raison pour laquelle nous avons donné rendez-vous avec les futurs lecteurs, ce dimanche 11 octobre, à Marseille, au 25 cours d’Estienne d’Orves. C’est un immeuble emblématique de la vie artistique, avec au rez-de-chaussée la librairie salon de thé Les Arcenaulx, et aux étages plusieurs ateliers d’artistes. Notre rencontre est accueillie par la relieuse d’art, Christine Fabre Bourgeois, ce qui est réjouissant et correspond bien à la démarche de tissage entre les arts que pratique aussi  notre livre.

 

AJL: Et quel sera le mode d'emploi de la, ou plutôt des rencontres ?

DS: Rencontre au pluriel, vous avez raison. Trois séquences sont prévues pour garder une jauge adaptée compte tenu de l'épidémie en cours et des précautions sanitaires que nous respectons. Une séquence à 16h, une à 17h30, une à 19h. Le public doit juste réserver par mail ou téléphone. Il y aura la partie signature des exemplaires, puis une présentation du livre par les auteurs. Je donnerai une lecture à voix haute de quelques poèmes, ma guitare traînera dans les parages... Sans oublier de jeter un regard sur l’exposition d’oeuvres de Gilles Bourgeade et un échantillon de mon fonds personnel d’auteur.

 

AJL : Le poème pour relier, en somme ?

DS : Oui, plus que jamais, en ces temps de recroquevillement, de frilosité, je plaide pour des moments de rencontre, comme nous le faisons au Scriptorium. La pandémie actuelle n’est pas une parenthèse, elle signe une mutation, selon moi, et nous devons donc trouver des solutions, des pratiques adaptées, sans rien céder de notre ferveur. En aucun cas, nous ne sommes appelés à nous dissoudre ! Vivre sous le signe de la poésie, c’est désirer ardemment nous relier, avec les mots dans leurs capacités de vibration. La poésie est d’abord un creuset, un lieu medium dont nous, les poètes, les artistes sommes les vecteurs privilégiés.

Il y a du bonheur à créer ces moments, et encore plus à les vivre à plusieurs. J'espère que le public répondra à cette invitation à "ouvrir la fête"...

 

AJL : Et j’imagine alors que vous allez lever votre verre ?

DS : (sourire)

Je lève mon verre (invisible)

à la beauté, la clandestine,

la fugitive encore à naître,

 

à celle qui ne demande pas la permission

d’entrer, de sortir, de passer…

 

                                                                             

               Propos recueillis par Anne J.Lofoten

 

                                    ***

Pour participer à la signature-lecture-expo de A la digue du large, trois rendez-vous sont prévus : à 16h, 17h30, 19h.

Réservation obligatoire à poesiescriptorium13@gmail.com ou par téléphone : 0491339331

Adresse : Atelier de reliure Christine Fabre Bourgeois, 25, cours d’Estienne d’Orves, 13001 Marseille

 

                                                     

                                                         DIGUE 8.jpg