08 juillet 2010

30 ans de Cheyne à l'Orangerie du Sénat

 
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À l’occasion de l’exposition des 30 ans de Cheyne éditeur qui se déroule au Sénat (Palais du Luxembourg à Paris) du 12 au 30 juillet 2010, une série de lectures d’auteurs sera proposée en plein air dans le jardin du Luxembourg, devant l’Orangerie.

 

Dominique Sorrente donnera une lecture le MARDI 13 JUILLET à 18 heures, en compagnie de Patricia Castex Menier.

 

Vous pourrez entendre des poèmes choisis parmi les sept livres qu’il a publiés chez Cheyne (depuis La lampe allumée sur Patmos en 1982 jusqu’au petit Livre de Qo en 2001) et quelques autres nouveaux venus pour la route…

 

Nous vous invitons à partager ce temps de poésie en Orangerie, avant la déferlante des liesses du lendemain.

 

Pour tout connaître sur l’exposition des Trente ans de Cheyne et les lectures qui leur sont liées, vous pouvez vous reporter au site des éditions Cheyne.

 

 

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« La certitude et le doute déferlent. Sur la main originelle, notre vie est tendue,

effervescente.

Elle s’offre et se refuse en ce que chaque chose recèle d’unique.

Elle est l’embrasée au milieu des calmes.

 

                                                               

Notre aujourd’hui est fait de ricochets subtils et de couteaux.

Difficile de dormir au bord de toutes les rives à la fois, comme un sans-visage…

 

 

Pourtant la terre jubile, même sèche. Nous vénérons la terre sans eau

qui nous ressemble, ne nous désaltère pas, celle qui descend des étoiles

et subjugue l’incendie. »     

 

 

                        (extrait de La lampe allumée sur Patmos, Cheyne 1982, nouvelle édition dans Pays sous les continents, édition MLD 2009)

 

 

                                                                      

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ORANGERIE DU SÉNAT, Jardin du Luxembourg - Entrée porte Férou, 19 bis rue de Vaugirard -75006 Paris

Accès : M° Saint-Sulpice, Odéon, Mabillon  / RER : Luxembourg, Saint-Michel. (Bus 58, 84, 89)

05 avril 2010

Jumelage poétique Toscane-Provence - 2ème mi-temps

 

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D’un paysage à l’autre, écrire en mouvement comme on relie des pages inconnues. Le pari de nos mots échangés : celui des couleurs qui s’ignorent encore mais se devinent complémentaires. Notre désir de jumelage poétique est fait de cette matière-là à inventer ensemble.

DS

 

 

 

Pour la deuxième année, après le déplacement en Toscane au printemps 2009 où le Scriptorium avait été reçu par la commune de Pistoia, l'association organise un temps de Jumelages poétiques. Il aura lieu du 13 au 17 avril 2010 en Provence. Le principe de cette initiative est double : tisser des liens de sympathie poétique entre auteurs de différents pays, favoriser des instants de création partagée sur les lieux de vie des poètes.  Et pour cela, vivre des temps forts d’écriture en situation.

 

À cette occasion, le Scriptorium établit un partenariat avec l’association POIEO, sise à l’Isle sur la Sorgue. Sont également parties prenantes du projet la commune de l’Isle sur la Sorgue, l’Accademia del Ceppo de Pistoia, l’Institut culturel italien de Marseille et la Fondation Pro Helvetia.

 

Moulin à eau Isle sur Sorgue 1.jpegLe temps des jumelages se déroulera en deux épisodes : le premier à l’Isle sur Sorgue, le second à Marseille. Il permettra de prolonger la rencontre avec la ville de Pistoia (Italie) et d’ouvrir sur une nouvelle relation avec la ville de Morges en Suisse prévue pour avril 2011 ( Journée internationale du Livre -UNESCO).

 

Le groupe sera constitué des participants suivants :

  • Pistoia/Accademia del Ceppo : les poètes Paolo Fabrizzio Iacuzzi, Maura del Serra, Martha Canfield et  Martino Baldi ainsi que Francesco Dreoni, Ilaria Tagliaferri,  Moreno Fabbri (traducteur et accompagnateurs)
  • Scriptorium : les poètes Dominique Sorrente, André Ughetto, Angèle Paoli, Olivier Bastide et Laurence Verrey (Suisse) ainsi que Valérie Brantôme et Yves Thomas (traductrice et accompagnateur)
  • Mario Passerini, poète (Anagni, Latium) s’associera à la rencontre dans le cadre du jumelage intercommunal entre l’Isle sur la Sorgue et Anagni.

 

Outre les moments de rencontre en écriture et en ateliers de traduction, ce temps de jumelage sera ponctué de deux rendez-vous  publics,  l'un pour une première lecture le jeudi 15 avril à l'Isle sur Sorgue (Salle de la Congrégation), l'autre le lendemain pour un second temps fort à Marseille à l'Institut culturel italien, au cours duquel le professeur Alessandro de Francesco, représentant la revue florentine de poésie comparée Semicerchio, viendra présenter le n°40 de la revue consacrée à Piero Bigongiari et la France.

 

 

Écrire la montagne, la rivière. Plus tard, écrire la mer riveraine et les ports. Faire de toutes ces péripéties des occasions pour activer nos instincts de lumière

 

 

 

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Les poètes du Scriptorium et leurs hôtes parmi les Pomone du Musée Marini à Pistoia (avril 2009)

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Institutions partenaires :

Voir aussi :

 

 

 

22 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique IV

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Époque 4 -  UNE FERVEUR TOSCANE 
                           Marino Marini : dans la contemporanéité de l'artiste 
 
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Voisine de la gare, installée dans le vénérable Palais du Tau, la Fondation Marino Marini expose des tableaux, des dessins préparatoires, des statues – en marbre ou plâtre – de ce grand sculpteur (né à Pistoia en 1901, mort à Viareggio en 1980). En sortant de ce lieu, j’avais  l’impression d’avoir découvert l’essentiel de l’artiste – sensation que j’avais éprouvée lorsque j’entrai pour la première fois dans l’Hôtel Salé abritant le musée Picasso à Paris ; sans doute  la visite du « Centre de documentation » pistoiese ne dispense-t-elle pas de celle du « Musée Marino Marini » installé dans l’ancienne église de Saint-Pancrace à Florence, mais elle y prépare, dans l’intimité d’une dizaine de petites salles d’exposition occupant deux étages, par sa belle intelligence muséographique, combinant la chronologie et les genres des oeuvres. Tout au long du parcours effectué avec le groupe des voyageurs venus de France, sous l’autorité de Paolo et la conduite d’une employée de la fondation, deux amis italiens -  l’un peintre (Claudio Frosini), l’autre critique d’art, essayiste, nouvelliste que l’on m’a beaucoup loué (Gianfilippo Paganelli) -  m’ont grandement éclairé sur le travail en profondeur de Marini. Si l’archaïsme grâce auquel les Picasso, les Braque, Brancusi… ont construit leur identité artistique était retrouvé par eux dans les  « arts premiers » d’Afrique ou d’Océanie, celui de Marini est alimenté par la mémoire autochtone de la vieille civilisation étrusque, ce pilier enfoui de la civilisation romaine. D’où les « Pomone », déesses-mères de l’inspiration du sculpteur ; d’où les chevaux qui me rappellent Tarquinia et d’autres figures équestres dans l’art funéraire de l’Etrurie. Avec Marini on est ramené – sautons dans le jeu de mots ! – à l’élémentaire de l’élément Terre, dont la représentation symbolique la plus ancienne est le carré, comme chacun sait - tandis que le ciel est désigné par le cercle. Il en est ainsi par exemple dans les pièces de monnaie chinoise, depuis la plus haute antiquité : circulaires, comme le ciel dont l’empereur est le « dragon », mais percées d’un carré central car elles servent aux échanges terrestres. Dans la méditation de Marini, le quadrilatère obsédant de Pistoia joue également sa partie[1]. Son art, ancré au plus profond d’une tradition arrachée à des cimetières, n’en revendique pas moins la liberté moderne de jouer avec les formes, de les abstraire pour atteindre l’évidences dans son noyau. Et comme l’appréhension de l’espace nécessaire aux statues passe d’abord chez lui par une approche picturale, l’acte de peindre et de sculpter sont dans une complémentarité organique[2]. D’où résulte, avec un sentiment de grande unité, un équilibre très apaisant pour celui qui regarde. C’est beau parce que c’est juste : spectacle extériorisé d’une vérité intérieure, interne.

 

 

André Ughetto

 

[1] « Pistoia è la città dove sono nato, naturalmente e umanamente tutti siamo attaccati alla nostra particella da dove siamo nati. Pistoia è in me, anzi, insegna anche qualcosa, un certo ordine gotico, una certa struttura, una certa costruzione medievale. Ci sono delle bellissime cose a Pistoia, di primissimo ordine, cominciando dal Pisano. Certamente l'artista italiano nasce con questa grande tradizione sulle spalle, ed è una grande fatica perché è difficile misconoscerla. »

Marino Marini, Un Aureola di sole, Confessioni sull’arte e otto disegni inediti, Fondazione Marino Marini edizioni, e Via del Vento edizioni, 1991.

« Pistoia est la ville où je suis né, naturellement et humainement nous sommes tous attachés à la parcelle qui nous a vu naître. Pistoia est en moi, bien plus : elle enseigne aussi quelque chose, un certain ordre gothique, une certaine structure, une certaine construction médiévale. Il y a de très belles choses à Pistoia, des œuvres de premier ordre, en commençant par celles de Pisano. Certainement, pour l’artiste italien qui  naît avec ce grand poids de tradition sur les épaule, c’est un énorme labeur car il est difficile de l’ignorer. » (Trad. A. Ughetto)

 

 

[2] Selon L’Arte è un gioco, Pensieri di Marino Marini, Via del Vento edizioni, 2007. 

 

 

 

 

 

 
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Pomona

 

 

à Marino Marini

 

 

 

― Innombrables ―

 

     les sculptures

 

― monumentales ―

 

 

déclinent à l’infini des miroirs leurs ventres

généreux

plis et replis rebonds stéatopyges

fesses cuisses hanches et seins vastes croupes larges

matricielle abondance de chair blanche

courbes du sexe clos

sur son silence lisse

 

 

― Pomone ―

Ô déesse-mère

étrusque de toujours

 

 

tes nudités amples offertes à la caresse

― vierge ―

de mon regard nu

 

 

tu déplies dans l’écho du silence

tes visages lunaires regards absents

ouverts sur l’invisible

 

 

rendu à la pleine lumière par le souffle

 

sculpteur.

  

Angèle Paoli

 

 

 
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La lumière a posé sur le blanc l’insistance charnelle des Pomone. Là, dans leur alignement, elles feignent l’immobilité, mais notre propre frémissement est preuve de vie sous-jacente, de marbre incandescent ! Et les chevaux affirment l’éveil du bronze, l’huile coule ses teintes dans des rectangles stricts. Je tiens un nombril bleu au sein du bleu, l’œil cerclé de rouge n’est pas un œil… il vit cependant d’offrandes en sa pupille. Ce sont matières et forces qui tiennent tête au vide. Se comprend un moment notre utilité.

 

Olivier Bastide

 

 

 

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20 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique III

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Époque 3 -  UNE FERVEUR TOSCANE 
                           Voyage dans la peinture florentine du XVIIe siècle 
  
 
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Pistoia : la « ville rocheuse » (évoquée par Bigongiari[1]) est au final un quadrilatère, qui a repoussé, élargi par trois fois (VIIIe, XIIe, XIVe siècle), les murailles autour de son Duomo planté au cœur : tra i palazzi che la circondano sono stato stupefatto dallo spazio della piazza.  Je ne peux dire cela qu’en italien.

 

  

Dans l’ancien palais des évêques, entre la cathédrale San Zeno et le Baptistère de San Giovanni in Corte, cette fabuleuse collection de peintres toscans du dix-septième siècle - que Piero et Elena Bigongiari avaient rassemblée – nous fait découvrir, grâce aux commentaires stimulants de notre charmante guide, comment une « morale » pesant sur des artistes est par eux contournée. Comment l’érotique s’exprime à travers le sacré, emprunte le véhicule des tableaux religieux, actualise dans l’allure et la vêture des contemporains les commémorations, histoires et légendes, bibliques et mythologiques. Comment le symbole visuel « parle » mieux qu’un discours.

 

baptêmeChrist_Vignali.jpgD’une intense émotion est le « Baptême du Christ » de Jacopo Vignali, où le Baptiste au  manteau rouge semble déjà comme en un bain de sang ; coquine la toile d’Agostino Melissi : « Pan e Siringa » (Syrinx : une nymphe dont le faune luxurieux apprécie les nudités - et aussi l’instrument musical du genre flûte ) ; sublimes, chez Lorenzo Lippi, les visages de l’Ange Raphaël et du jeune Tobie découpant le poisson dont les organes doivent guérir la cécité du vieux Tobie ; jolie la scène imagée/imaginée par Giovanni da San Giovanni, où Cupidon (putto traditionnel) s’amuse à chausser les souliers rouges de Vénus, qui tolère le jeu de l’enfant - le sien dans une des versions du mythe.

 

Plus bas dans la même montée d’escalier, on avait vu le Christ anticipant son agonie au mont des Oliviers ; une sueur rouge teinte sa face aux longs cheveux bouclés, si parfaitement androgyne dans sa complète humanité ; à sa droite, c’est-à-dire à la gauche du tableau, un ange qui tient un calice ensanglanté, est attentif à un murmure que Jésus n’adresse qu’à lui-même ; il est en train de consentir à son sacrifice ; derrière lui sur son épaule gauche deux autres anges pleurent, connaissant l’imminence de la Passion ; ce chef –d’œuvre, dont Bigongiari a souligné l’« expressionnisme », est d’un Cecco Bravo qui porte bien son nom. Mais encore plus m’a frappé quand s’achevait notre visite, le somptueux tableau de Simone Pignoni, représentant David et Abigaïl, l’épouse du général Nathan que le roi enverra à la mort pour lui prendre sa place auprès de la femme désirée. N’est-il pas significatif que le thème soit si fréquent dans la peinture du siècle ? Les intrigues qui écartent de la Cour de France les maris des favorites de Louis XIV ont dû avoir leur équivalent en de nombreux Etats de l’Italie. Lumineux, tourné vers le sombre profil de son amant, le visage d’Abigaïl est d’une extraordinaire modernité, qui fait songer à celui d’une actrice de cinéma dans un film historique en couleurs dont Cécil B. De Mille aurait signé la mise en scène.
André Ughetto


[1] Piero Bigongiari, Una Città rocciosa, Via del Vento edizioni, 1994.

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Peinture : Jacopo Vignali - Détail du tableau  Le baptême du Christ

[collection Piero e Elena Bigongiari - Cassa di Risparmio di Pistoia e Pescia]

 

 

 

 

 

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L’escalier est antre fantastique. Eux, au sombre des tableaux, veillent le temps et la mémoire. Gravir les marches côtoie d’indicibles secrets. Rance est le sang épaissi des blessures. Deux yeux sont au fond d’une assiette ; leur regard fixe un lieu que je ne définis. Les seins gonflés de vie, elle implore en retrait d’elle-même son devenir. Ce sont proies sacrificielles, enfant qui nous étonne par le jeu de son pied menu dans ce grand escarpin, l’ange et la mort nos confidents. Les corps s’envoûtent, s’enchevêtrent de stupre et de mythes que le poète dit têtes à son chevet.

 

 

Olivier Bastide

 

 

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Capte-moi.

J’épouse tes marches, montée d’escaliers dans le vent et la splendeur, une à une tes salles aux avancées multipliées sous l’écho mesuré de l’objectif.

 

Capte-moi.

Concentration. La bouche se fait mécanique. Passation de langues – elle dit, je redis – translation d’une époque oubliée qui gouverne en convenances  le cérémonial de la brosse et du pinceau.

Aujourd’hui, mémoire. À réveiller les silences quémandés à l’esprit dans le défilé des pas, je cherche encore  aux grands murs blancs du palais le secret des ors et des bleus de Madone, celui des regards affranchis qui parlent l’âme du maître. Là où carcans et libertés consomment leur union, la chronique des portraits donne en savants drapés de velours passions andrinoples et véhémences du corps.

Mystère inouï de ce siècle florentin qui peint mâtines ses jouvencelles toutes nimbées de leur sainteté, qui convoque au banquet des regards la grâce toute d’offrande des carnations, dans la célébration des étoffes et des rubans, qui de ciel, qui de corail.  Mais pourquoi, au fait ?

Le temps est celui de vivre. Cette flamme créatrice qui semble dire : de férule, je ne subirai que celle de la couleur.

 

Capte-moi.

Magie des ateliers d’antan où se broie dans l’ivresse voulue la fabuleuse histoire des pigments.

 

 

Valérie Brantôme

 

 

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Peinture : Mario Balassi - Détail du tableau  Santa Reparata

 

 

15 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique II

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Époque 2  -   Lecture à ciel ouvert  

 

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  © Ph. Olivier Bastide

 

 

 

 

 

 

Place d'Armes et Forteresse Santa Barbara : quadrilatères approximatifs et jumeaux, dans le coin sud-est, à droite sur le plan.

Et là, surprise (pour moi qui m’en faisais une autre image) : ce que Piero Bigongiari nommait « Piazza d’Armi » est un jardin public tout arboré, rebaptisé « Piazza della Resistenza ». Déjà pendant l’enfance de Piero, quoique dépouillée de végétation, elle ne devait plus être tout à fait un terrain de manœuvres ou de parades militaires puisque des cirques y paradaient également qui venaient planter là leurs chapiteaux, comme le donne à penser « Stazione di Pistoia », troisième poème du recueil Le Mura di Pistoia. 

Navacchio où il est né, Pescia et Lucca, étapes de son grandissement. Pistoia : Piero a déjà onze ans quand sa famille emménage via del Vento, au centre ville, avant de s’installer, quelques années plus tard, dans un probable « logement de fonction » accordé à son père employé des chemins de fer. Les lourds convois ébranlent la maison implantée parmi les quais de la gare de marchandises. Un train un matin charriant des appels de bêtes se révèle transporter la ménagerie d’un cirque. L’enfant du poème s’imagine cerné par les tigres, un éléphant pousse sa trompe dans le ciel au-dessus des lilas à la limite du jardin : vision quelque peu surréelle, connectée avec le souvenir d’un autre cirque, hivernal, sur la Place d’Armes où nous arrivons.  

 

Nous pénétrons dans la forteresse, sous la pluie, encore toute mêlée de soleil. Bientôt l’orage interdira de lire ailleurs que sous les abris ménagés dans le chemin de ronde. Vu d’en haut, un bel espace herbu, surveillé par un seul arbre, m’a fait penser à l’édénique prairie que filmait Pasolini au tout début de son Œdipe-Roi.

Oui nous avons d’abord invoqué l’esprit de Piero en lisant de concert, Paolo en italien, moi en français, ce poème « Place d’Armes ». Encore retentit l’« aveugle hilarité » - que Piero avait sentie dans l’air de son temps - lorsqu’un coup de tonnerre, d’un proche et invisible héraut jupitérien, salue la fin de notre lecture.

 

Chacun à son tour aura son moment de gloire, soulignée par les flashes du cosmique orageux. Dominique Sorrente d’abord, le pilote de notre équipée : son « Dit de neige » est relayé en italien par Paolo Iacuzzi, lui-même proposant un extrait de son Patricidio. Giacomo Trinci, discret et pertinent, fait part d’un sien poème avant de nous communiquer une belle traduction personnelle d’une page des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné.

 

Un peu plus loin, à l’abri d’une casemate, je présente des extraits de ma Rue de la forêt belle, puis le sonnet de Philippe Jaccottet, L’effacement soit ma façon de resplendir, dans la traduction italienne de Fabio Pusterla. Maura del Serra parle à ma suite. Son Opera del vento souligne le jeu des éléments.

La pluie ne s’est pas arrêtée, qui nous fait gagner rapidement un préau construit sur un large rempart, puis rester, comme des stoïciens, sous le portique où nous entendrons successivement la sextine composée par Angèle Paoli, selon les règles observées chez le troubadour Arnaut Daniel, des fragments du Dopoguerra delle vertebre de Massimo Baldi (jeune poète et chercheur, travaillant sur Celan), le Matamore sous l’étoile d’Olivier Bastide (traduit par Elena Berti), puis un hommage à Char au travers d’un choix d’aphorismes. Enfin il tombe des hallebardes – c’est bien le moins que le ciel pouvait jeter sur la forteresse pour nous prouver la qualité de la bâtisse !– lorsque Martha Canfield  puis Martino Baldi déploient leur talent oratoire devant le rideau scintillant qui les éclabousse. Martino nous fait beaucoup rire avec un poème adapté de Prévert.

Fin de la manifestation. Les nuages se dissipent en même temps que les spectateurs. Je dirai une autre fois les merveilles trop vite vues dans la demi-journée précédant notre départ.

 

 

André Ughetto

 

 

 

 

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Langues de souffle et vie

 

 

Il y eut l’intensité des mots souffles de double vie

Il y eut la table des échanges

les repas partagés

Il y eut bien avant

toi et moi

mes premiers pas dans ces rues

le vent dans la rue bien nommée

Il y eut un poète

bâtisseur de remparts et de gares

Il y eut Naples

Il y eut Paolo

Il y eut le bonheur d’être en

fraternelle contrée en

pointilleux dilemmes

de jeux de joutes

de mots en échos sous l’orage

Il y eut les Pomone

Il y eut un autre tricolore

Il y eut Noël

en avril

Il y eut l’amitié

le creuset de poèmes

en double-dire

 

Il y a

toi

et moi

nos voix qui s’accompagnent

 

 

 

Olivier Bastide 

   

 

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D’un point à l’autre, les poèmes appellent sur eux l’écorce de l’orage.

 

Un peuple de confidents s’invente la loi des haltes sans retour

sur le chemin de ronde du moment.

 

À ciel fermé, les briques stoïques se laissent faire,

tandis que les mots crachés au micro tentent de reprendre la main.

 

J’observe les derniers soubresauts du printemps,

sa hargne pour sortir de ces murs,

sa façon de recevoir le dialogue improbable

que font les mots et des éclairs.

 

À ciel ouvert,

une solitude gorgée de vert est le récit du contrebas.

 

 

 

Dominique Sorrente

 

 

 

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— Poésie —

 

Mots de passion et mots de lave dissous délavés défeuillés

                                                tenus serrés dans les réticules de pluie

orage de mots crépitant sous la foudre vaticinations de feu lancées

par-delà les remparts

— labyrinthe noyé —

flots de feuillages noirs ondoyants de lumière fauve

 

Je marche clapotis de pas

— rivée à la parole autre —

visages offerts à la lenteur de l’air

 

 

 

— Voix —

 

éclairs d’échos hissés de lointains intérieurs

cheminements des mots au long de berges sans mémoire

passé aveugle des remparts de Pistoia

j’aborde aux temps égarés de nos voix

stries d’éclairs de grondements tambours de pas incertains

                         feuillages noirs écumant leur colère au large

des mots clairs

 

la pluie volutes de notes enveloppe les rythmes

scande le temps

les voix phylactères ténus déroulent d’invisibles anneaux

 

mots sous la pluie.

 

 

Angèle Paoli

 

 

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Pages liées : 

 

13 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique I

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 a Pagine italiane I e II

 

S_Giorgio_Blog.jpgFin du mois d'avril dernier. Une escouade de poètes du Scriptorium s'achemine vers la ville de Pistoia où leurs homologues toscans et la municipalité, en l'enceinte de la belle bibliothèque San Giorgio, leur réservent un accueil chaleureux. Trois jours durant, au rythme soutenu des différents temps de rencontre, les quatre poètes français, Dominique Sorrente, André Ughetto, Angèle Paoli et Olivier Bastide ainsi que leurs accompagnateurs Elena Berti, Yves Thomas et Valérie Brantôme, vont amorcer un parcours commun en poésie sous le signe de l'Europe en compagnie des poètes italiens Paolo Fabrizio Iacuzzi, Maura del Serra, Martha Canfield et Alessandro Ceni.

Au programme, conférence, ateliers de traduction, lectures en extérieur et à l'auditorium Tiziano Terzani de la bibliothèque, découvertes du patrimoine culturel.

 

Époque 1 :         Tour de table dans la langue des poètes

 

Mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 avril - Les Matinales à la « Saletta Bigongiari »  :  dédiée à l'illustre poète italien du même nom, cette salle de la bibliothèque héberge les 5000 ouvrages documentaires du Fonds Bigongiari rassemblés sous l'autorité de P.F. Iacuzzi ; elle sera le théâtre des ateliers de traduction poétique. Fruit de collaborations à la fois bilatérales et collectives, les poèmes objets des traductions * donnent lieu à des débats animés et pointent tout l'enjeu de la justesse de cette pratique de translation d'un idiome vers l'autre : coller au plus près du texte  dans un souci de fidélité, adapter parfois jusqu'à réécrire dans sa langue, se fondre dans la peau du poète étranger pour retranscrire au mieux son style, tels sont les éléments qui ont nourri les échanges des participants assis autour de la table. 

Quand la donne du jeu et la quête du sens se croisent puis se fécondent, l'aventure peut commencer. **

Le coeur devenu différent, l'esprit relié **, l'aventure continue...

Au retour, impressions et poèmes ont fleuri de part et d'autre dans le sillage des rencontres.

 

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Face à face nos langues

au commerce de mots,

regarde au magasin

LesMatinales_MC_AP.jpgles réserves de sens,

pèse à leur trébuchet

le métal de syllabes,

choisis l’or des vocables

à leur fine musique.

Face à face nos corps

nos amours nos énigmes,

désir d’identité :

autrui est-il le même 

ou suis-je singulier

derrière mes remparts ?

Les murailles du moi

rendraient vaines les flèches

dirigée vers les cœurs

que l’on voudrait gagner ?

Mais l’acte de traduire

et son vœu de séduire

rendent heureux le négoce :

du poème invité

à franchir les frontières

un luxe de paroles

différemment rythmées

ajoute d’autres moires

à son éclat premier !

 

 

André Ughetto

 

 

 

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ATELIER 1

 

Ils ôtent un mot, puis l’autre, en déploient dix, monnaie d’échange,

forment rayures de tout cela. Ils se partagent à pleines dents

la phrase livrée  du poème du jour, la placent sur le dos de la table

pour instruire leurs bricolages minutieux.

 

L’un s’aventure, l’autre retranche. La formule se cherche, pierre secrète

à frotter jusqu’au feu.

 

Ou bien non. Ils ne font  que glisser dans le calque incertain,

porter l’empreinte à l’athanor.

 

Dans le peu à peu des propositions, passé les écueils et les manques,

le poème se dessinera au milieu d’eux

une manière double.

 

Une ressemblance équivoque qui, tour à tour, les inquiète, les réjouit.

 

 

 

ATELIER 2

 

En marge du désordre promis aux officiants, j’habite désormais

une vitrine sous laquelle je laisse  les minutes m’envahir.

Lettre décachetée, je m’expose au temps qui posera ici ses yeux

en trait d’union.

 

Le déchiffrement d’un jour

qui a choisi de se poser  sur cette aile fragile

me tient lieu de

plein exercice.

 

Qui croira que je saurai rester là dans cette enclave de bibliothèque

sans troubler les passants,

leur enseigner comment

attendre l’aube d’un jour de vie depuis longtemps déjà

révolu ?

 

 

 

ATELIER 3

 

Quelque chose s’entreprend qu’on ne sait dire.

Entre l’intime concision de quelques mots, tressés sur page,

et l’univers en extension des voix

qui se prolongent à l’infini.

 

Plus l’on fixe et plus l’on déploie. Leçon de la matinée.

 

Le poète présent regarde avec la curiosité d’un encore vivant

s’en aller son travail  dans un autre berceau de langage.

 

Rappelle-moi qui je fus

quand le monde des regards multipliés

n’existait pas, dit-il, quand  le monde de l’autre

se terrait encore dans son premier tremblement ?

 

 

                                                    Dominique Sorrente

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NB : * Les poèmes traduits lors des ateliers seront publiés dans son prochain numéro d'automne par la prestigieuse revue italienne de poésie comparée Semicerchio, partenaire des rencontres du jumelage poétique à Pistoia.

** Citations extraites de Parole première, texte fondateur du Scriptorium.

Pages liées :

  • rubrique Agenda
  • poèmes des ateliers de traduction publiés en partie (Angèle Paoli) sur le site Terres de femmes (ici & ici).

20 mars 2009

Attention, Caravane en marche !

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CARAVANIER DU PRINTEMPS

 

 

 

Le poème aujourd’hui réclame

une autre route.

 

Au pas incertain des voyelles,

dans des consonnes qui brinquebalent,

il avance déhanché

avec des mots de passe  pour l’exil du dedans.

 

Mes amis, vous vivez déjà, le saviez-vous,

dans la ligne de rupture des vagues.

 

Alors, regardez-la, cette caravane de mots

qui sort peu à peu de la page

pour rejoindre l’inaccessible de la mer.

 

Elle avance avec sa  suite dans un intervalle du temps,

minuscule et  précise  

au ruban bigarré des strophes,

au tintement irrégulier des rimes

qui s’entrechoquent.

 

Elle, si longtemps contenue

dans la fabrique des colères, des replis,

elle déborde à présent des cahiers, elle se pare

des chapitres du vent,

elle passe en légèreté par le chas de toutes les aiguilles

des empêcheurs du temps de vivre.

 

Caravanier, nouveau venu de la parole improbable,

fais de ton pas multiplié en bord du jour

l’intrigue heureuse

qui inventera avec nous le printemps.

 

Il suffit de te mettre en route

au chant des verbes à ciel ouvert,

faire écho

à la voix de quelques poètes

pour retourner en mots splendides

le désespoir ou la mélancolie.

 

Caravanier du printemps, grâce à toi,

le secret du monde deviendra, un instant,

public.

 

 

                                 Dominique SORRENTE

 

 

 

 

AUX CARAVANIERS DU PRINTEMPS

    

 

Carav_script_Vous_avez_dit_2.jpg…Il est l’heure de vivre un moment différent. Rare aussi bien qu’intense. Retrouver les énergies que la poésie nourrit : capacité à réveiller, étonner, détourner le cours somnolent ou subi des choses…

 

…Notre façon :  faire se rencontrer sonnet, hai-ku, slam, performance, écriture linéaire ou pratique d’hypertexte, voix chuchotée ou parole déclamée, et toute autre forme d’expression poétique, sans exclusive, en laissant à chacun la liberté d’aller à son pas et de faire son marché inspiré dans ce foisonnement voulu.

 

Notre méthode : la marche à plusieurs. Parce que la poésie à ciel ouvert et portée par la voix retrouve hors les murs une  nouvelle vitalité citoyenne. Parce que mettre un pied devant l’autre est un acte d’humanité qui ne réclame aucun diplôme, aucune distinction sociale, aucun passeport de conformité. Parce que la parole partagée ne nie aucunement la solitude des auteurs, mais l’empêche de se corrompre en isolement.

 

Notre esprit : celui d’une promenade en nomadie joyeuse et bigarrée, qui pratique les contre-pieds, aime rire et respirer en bord de mer l’appel du large, sans oublier les humeurs parfois périlleuses  du trottoir ! De l’entrée du vallon des Auffes à la plage des Catalans nous irons jusqu’au jardin de la Rade où se tiendra le bivouac final avec ses joutes oratoires et ses confidences publiques.

 

À Marseille, il est temps que la poésie devienne polyphonique. Et déjà un écho inattendu s’est fait du côté d’Alep en Syrie. La caravane des mots est de toutes les rives. C’est le pari de notre aventure de caravaniers poètes. Nous vous invitons à saluer ensemble un Printemps tonique qui défiera les mauvais génies de la crise.

 

À samedi, caravaniers de la belle circonstance !

 

 

   Dominique Sorrente

 

 

(Extrait de la DÉCLARATION DE LA CARAVANE 2009…)

 

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04 novembre 2008

Le Scriptorium invité de la Maison de la Poésie de Grasse

 

           Une poésie des Intervalles

 

 

 

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          Pas une lecture ordinaire, pas non plus une performance. Ce 31 octobre 2008, les poètes du Scriptorium ont proposé à la Maison de la Poésie de Grasse un temps bien particulier qu’il leur arrive désormais d’appeler « poésie chorale ». Oh certes pas un oratorio ou une cantate, menés à la baguette, il y eut des moments d’incertitude, des jeux aléatoires dans la distribution des rôles, mais à la réflexion, on se demande si cela ne vaut pas mieux ainsi.

          Ils étaient cinq, deux voix d’hommes et trois voix de femmes, à présenter une suite de propositions. Chacun portant son style, on a pu ainsi identifier les accents, parfois véhéments, toujours pleins de présence, de Béatrice Machet, l’intime toucher de phrase de Valérie Brantôme, la bonne terre meuble des mots entreprise par Olivier Bastide, le plaisir de diction de Sophie Monnier, le discours du regard et du corps de Dominique Sorrente. Et on a pu aussi vivre ces temps d’alternance et de voix partagées qui font tout le prix d’une telle rencontre. 

 

          Une première exposition née de poèmes dits par les uns et les autres en résonance, puis des acronymes sur le mot « Scriptorium », un insolite journal composé à plusieurs voix, des instants de voix seules, enfin le poème fondateur du groupe, dit dans un croisement de sons pour finir dans une parole faisant jouer les harmoniques.

 

          Il fallait braver les pluies qui se sont abattues ce soir-là sur les collines grassoises ! A ce titre, on saluera l'auditoire fidèle, hélas un peu  clairsemé en ce week-end de Toussaint,  venu porter cette lecture originale à plusieurs voix.  L'occasion  aussi de rendre compte du chemin en cours dans cette expérience vocale des scripteurs. Quelque chose bouge dans cet ensemble, loin des ronrons routiniers. Quelque chose veut être risqué pour aller à la rencontre du public. Et ce désir, dans sa singularité même, mérite d’être accompagné. La Maison de la Poésie de Grasse et sa directrice éclairée, Catherine Berney, le savent, qui ont  compris qu’une belle aventure poétique se jouait là, dans ce Scriptorium en constante évolution. C’est pourquoi d’une année à l’autre, elle a décidé d’ouvrir ses portes au Scriptorium « hors les murs ». Une belle initiative…

 

 

 Anne Lofoten

 

24 mars 2008

Transcontinentale, poètes du monde entier

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Samedi 22 mars, a eu lieu au Centre Tempo-Sylvabelle à Marseille la première édition de la Transcontinentale de poésie, créée par l’association Le Scriptorium. Un pari hors du commun,  relevé de la plus belle manière…

Qui sait que l’année 2008 a été déclarée par l’ONU l’Année  Internationale des langues  ? Objectif : favoriser l’échange et les traductions, et maintenir la diversité linguistique des 6700 langues parlées dans le monde dont une bonne moitié est aujourd’hui menacée de disparition.  Preuve que la langue est un bien précieux, au-delà des outils, un bien par lequel nous découvrons ce que nous sommes, nous préservons notre part de parole vraie et intense.  À Marseille, cette réalité n’aura pas échappé aux poètes du Scriptorium qui depuis près de 10 ans, à l’entrée du vallon des Auffes, travaillent les mots dans leurs vibrations, leurs façons de dire ce qui ne peut être dit autrement…

Alors l’association fondée et animée par le poète Dominique Sorrente, il y aura bientôt dix ans, avait  décidé de fêter la Journée mondiale de la poésie  créée par l’UNESCO par un nouveau projet, nommé « La Transcontinentale - poètes du monde entier ». Défi audacieux pour une association indépendante qui compense l’absence de moyens par un fort engagement de groupe. Et le pari fut tenu dans la belle salle décorée du centre TEMPO: réunir à Marseille des voix de différents continents pour faire entendre la poésie d’une rive à l’autre.

Un public dense (pour cette fois, la belle salle des réunions n’était pas assez grande) s’était mis à la hauteur de l’événement. Trois heures durant, chose rare voire exceptionnelle par les temps qui courent, on a vu se succéder les lecteurs évoquant et faisant entendre  des noms qui résonnent dans les mémoires à travers les lieux et les moments de l’histoire (plusieurs furent des prix Nobel en leur temps) et qui chacun à sa façon portent l’aventure des mots : le chilien P.Neruda, le mexicain O. Paz, l’indien R.Tagore, la russe M. Tsvetaeiva, le tchèque V.Seifert, les persans Hafiz et Khayyam…Une lecture polyphonique, mêlant langue d’origine et traduction française. Les voix des poètes disparus ont pu ainsi rencontrer celles des poètes contemporains invités pour l’occasion, dans un  itinéraire qui a conduit le public de l’émouvante voix argentine de Vivian Lofiego au brillant poète et astrophysicien Jean-Pierre Luminet. qui fit un choix saisissant de poèmes interrogeant le Cosmos en passant par l’iranien P. Albogassemi, dont la lecture profonde en persan, à la lumière d’une lampe de chevet nous plongea dans une parole immémoriale, ou encore ces poètes « native american » amérindiens, dont Béatrice Machet leur traductrice et leur porte-parole sut faire entendre les cris et les mots de sagesse.  D’une lecture à l’autre ( une quinzaine de lecteurs prêtèrent leur voix à ce périple), dans le rêve, la douleur le rire, souvent l’étonnement, chacun a ainsi pu découvrir la dimension universelle de cette « autre voix » qu’est la poésie, autre et proche, tout à la fois.   

« Voilà donc notre humeur transcontinentale de poètes intuitistes,avait  annoncé Dominique Sorrente qui fut le maître de cérémonie de cette singulière aventure poétique.,  Une humeur  qui se joue de l’unité des lieux et des époques à seule fin de nous relier pour un soir sur la terre. La poésie n’est-elle pas contre les murs de langage  un chemin de traverse de l’universel ? » Tel le était le mot d’ordre de la soirée où la cause de trois femmes écrivains tibétaine  et chinoise emprisonnées ne fut pas oubliée. 

L’UNESCO et  P.E.N. CLUB, réseau international d’écrivains, représentée ici par la poète suisse Laurence Verrey, qui œuvre justement pour les écrivains emprisonnés, ne se sont pas trompés sur la qualité et l’engagement de cette initiative née d’un rêve associatif marseillais. Ils avaient choisi de l’accompagner, dès sa première édition, bien qu’elle manque encore du concours des collectivités publiques sollicitées. Ils lui ont reconnu l’énergie et l’enthousiasme des pionniers qui défrichent.

Le rendez-vous est pris pour la seconde édition de la Transcontinentale. Mais d’ici là, on devine que le Scriptorium, dont la faim de poésie est contagieuse aura encore fait parler de lui.

Et déjà le 29 mars avec son nouveau rendez-vous « Poètes phares et poètes voisins » dans son local à l’entrée du petit port de pêche du Vallon des Auffes de Marseille, dans le 7ème arrondissement, cette fois…

Nul doute, les poètes intuitistes du Scriptorium croient comme  l’écrivain St Pol Roux que Marseille est « sœur du monde entier » (c’est d’ailleurs une des formules de la charte de l’association) ; et ils savent qu’ils auront toujours leurs mots à inventer, y compris dans le projet de « Marseille, capitale européenne de la culture ».

Dans un environnement bruyant où les mots sont si souvent dévalués, les poètes, comme les langues, demeurent une espèce fragile.  Le lancement réussi de « La Transcontinentale - poètes du monde entier » est de ce point de vue une bonne nouvelle pour la bio-diversité de ces mots en liberté qui continuent  de naître sur toutes les rives.
                                                                                                       
                                                                                                         

Anne Lofoten