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14 juin 2018

UNE SIESTE POÉTIQUE AU JARDIN DU PHARO, beau défi du 23 juin à Marseille

Vue sur le port.JPG                                          Anneaux ouverts.JPG

Pinède Pharo.JPG

 

Connaissez-vous un lieu et un moment où vous pourrez suivre des yeux des anneaux ouverts, laisser traîner des oreilles nonchalantes, chuchoter des mots à ciel ouvert et même embrasser un pin parasol en toute intimité ?

Dernière salve avant la dispersion de l'été, le Scriporium invite à partager ces émotions étranges et bien d'autres,  le Samedi 23 juin avec sa SIESTE POÉTIQUE. Elle aura lieu, cette année, au Jardin du Pharo (place Charles Livon). PAF: 5 euros pour les non-adhérents.

Rendez-vous à 12h (midi) pour un pique-nique  à l’ombre des pins, près du jardin des enfants.

Nous enchaînerons par un caffé caldo ou freddo (merci pour les bonnes âmes porteuses de thermos).

Puis viendra vers 13h le moment de la Sieste, attention flottante, paroles chuchotées, découverte de poèmes à faire venir l’été…apportez les textes que vous aimerez partager.

 La rencontre se terminera à 14h30, de façon à ce que ceux et celles qui le souhaitent puissent se rendre à pied à la librairie Saint-Paul (cours d’Estienne D’Orves) où à 15h a lieu une rencontre avec le poète Jean-Pierre Lemaire.

Cette rencontre sera animée par deux anciens du Scriptorium, Geneviève Liautard et André Ughetto. Et ce sera réjouissant de participer à ce moment avec le poète du        «  Pays derrière les larmes » (Gallimard collection poésie).

 La journée promet d’être douce et ardente.

 Pour raison d'organisation, il est demandé une inscription obligatoire par mail (poesiescriptorium13@gmail.com) avant le mercredi 20 juin.

 Et un peu de Jean-Pierre Lemaire pour éclairer la route :

« Le matin, les maisons semblent un peu plus hautes,
debout sur leurs pierres,
ainsi que les arbres étrangement verts
sur leurs vieilles racines
et la mer sombre, rafraîchie,
sur ses abîmes de mémoire.
On dirait qu’ils regardent venir le soleil
promis depuis des siècles
comme une foule ayant passé
la nuit dehors pour l’apercevoir.
Ensuite, au fil des heures,
chacun se rassoit imperceptiblement,
ne voit plus que sa rue,
les galets sur le rivage.
Qu’arriverait-il 
si tout le monde osait suivre aujourd’hui
le soleil levant ?
La ville deviendrait comme un camp de toile
et nous marcherions du matin au soir
sur la pointe des pieds. »

     

              Jean-Pierre LEMAIRE

 

       ( extrait de FAIRE PLACE, édition Gallimard)

 

Embrasse l'arbre.JPG

 

11:28 Publié dans Agenda | Lien permanent | Commentaires (0)

13 juin 2018

IL DIT ENCORE...à Christian Gabriel/le Guez Ricord (1948-1988)

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                                                                       jean marc de samie.jpg

                                         portrait de Christian Guez par Jean-Marc de Samie

 

                                   IL DIT ENCORE…

 

                                                             Je n’ai plus connaissance sinon

                                                           du seul silence qui là-bas m’a reconnu


                                                        Christian Gabriel/le Guez Ricord

                                                                                               

Il dit encore :

c’est ainsi

l’emplacement exact

où j’ai perdu mon chemin

sur la terre de l’insensible.

 

Quelque chose a bougé

pour que se forment en chrysalide

dans cette nuit plus loin

l’exil et la patience.

 

Il dit encore :

la nuit, c’est elle encore, ce pli durable, toute ma vie en quarantaine,

elle dans l’enchevêtrement des pas,

ou bien

l’acte de s’éloigner encore et encore

au paysage des années,

quand on sait de moins en moins dire : « où es-tu ? »

et que pourtant on cherche dans les recoins

le maître de l’insomnie.

 

Il dit encore : continue de manger le petit livre oublié,

qui est fait de présent et d’oubli, dans la dépossession ouverte

où ne se joue plus le temps ni son contraire.

 

Il dit encore : visage toujours pâle,

vêtu de peau arabe, portant sourire hébreu,

et l’habillage des résolutions qu’on retourne,

et les tendresses au milieu des hoquets, et le café

pour saturer le marc de la parole.

 

Il dit encore :

écartez-vous de ceux qui ont morcelé l’innocence,

il y a désormais ce peu d’écorce laissé sur le sol,

ce glyphe d’éphémère malmené par le sable,

 

et dans ma constellation, vous me reconnaîtrez,

je  suis le poursuivant des dernières poussières,

l’ange posté contre le mur,

 

Germain Nouveau en perdant magnifique

est l’ami éprouvé

et le chien s’en souvient

au parvis de la basilique Saint-Sauveur

où tous les amoureux distribuent la monnaie des morts.

 

Il dit encore :

sur le fronton de la rue du sommeil,

on a posé ces vers

Pourquoi le nom du navire

Puisqu’il est l’heure de l’étoile

et l’étoile depuis se poursuit, à la tourne des heures,

et dans le vide maternel, même une mandoline

devient

un corps fébrile.

 

Il dit encore : ne cessez pas de questionner,

qui peut départager

celui qui sait et l’autre, tête-bêche,

dans la sueur amère des nuits que nous formons ?

 

Il dit encore : l’un après l’autre, vous partirez aussi,

tandis que les retardataires vous donneront le geste machinal

comme on allume un feu

de l’autre côté du fossé.

 

Il dit encore : vingt-quatre années plus loin,

c’est si peu sans langage,

peut-être dans vos noms sentirez-vous ma revenue

d’un temps à l’autre, et cette part de trouble

au coin de la rue qui s’absente.

 

Il dit encore : et chacun à son tour devra tomber,

en racontant les fenêtres écorchées,

routes, sœurs perdues, rien ne trompe le temps,

mais ce n’est pas le fin mot de l’histoire,

quand les instants convoient le souvenir

de la fête des morts en lumière

et les deniers de la raison,

 

j’ai vu

une barque qui a quitté le ciel en l’emportant pour toujours avec elle.

 

C’est un long jour parmi les nombres, parmi les eaux ;

où se tient-elle,

celle qui saura en moi

blottie dans mon impasse

prélever la part sauve du temps ?


 Si elle se glisse

en lune autour du cercle,

continue d’écouter

l’heure ouverte

qui jamais ne descend tout à fait.

 

Nous écrirons à quatre mains le psaume,

je te le dis,

et suivrons dans les yeux

la lueur du jour qui ne délivre aucune trace.

 

Il dit encore : éclipse,

le feu caché des circonstances.

 

puis le Seul

nageant au seul amour,

veillant au cœur,

c’est d’ici que toujours

nous partons.

 

       (extrait de Il y a de l'innocence dans l'air, édition L'Arbre à paroles, 2014)

 

 

Ce poème en prolongement de la belle soirée d'évocation partagée le 11 juin 2018 au théâtre de la Casina à Marseille avec des proches et nouveaux amis de Christian G. Guez Ricord.

Parmi eux, la dernière compagne Mireille Mammini, le photographe Jean-Marc de Samie (dont le témoignage de scènes sur le vif est prenant), le sculpteur et peintre André Lauro, ami au temps de Vaudrans, l'écrivain et critique d'art Alain Paire, les poètes André Ughetto, Marien Guillé, Jacques Lucchesi ...

Merci à Martin Kimmel d'avoir accueilli ce moment de ferveur et à Danielle Manoukian d'avoir prêté sa voix. 

L'oeuvre de Christian G. Guez Ricord continue de s'écrire et de se dévoiler grâce à des éditeurs fidèles et obstinés, Anik Vinay (L'Atelier des Grames), Christian Le Mellec (Le bois d'Orion), avec le concours de Bernar Mialet, exécuteur testamentaire, et le remarquable travail de déchiffrement lancé par Ana Maria Girleanu en 2008, lors de sa thèse universitaire « Négation et Transcendance dans l’œuvre de Christian Gabrielle Guez Ricord » ( Paris IV).

À signaler récemment la lecture d'extraits de la Couronne de la Vierge par Caroline Sagot-Duvauroux au Marché de la poésie de Paris.

Egalement la belle présentation faite par Olivier Boura qui figure dans son Dictionnaire des écrivains marseillais (édition Gaussen, 2017).

Et encore le documentaire Devenir Ange réalisé par Stéphane Sinde: http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/28045_1

Pour entendre la voix de Christian Guez Ricord, on peut retrouver la belle émission de Catherine Soulard "Surpris par la nuit" (France Culture): https://www.youtube.com/watch?v=_wqWp1J7hjo

Un voeu (parmi bien d'autres, concernant l'oeuvre de "beauté géante" tant poétique que picturale de Christian G.Guez Ricord : la réédition de l'ouvrage à deux mains "Du fou au bateleur" écrit avec le psychiatre Jean-Pierre Coudray en 1984. Qui s'y collera ?

Mon exemplaire unique réclame compagnonnage...

                                        DU FOU AU BATELEUR - COUVERTURE.jpgDédicace DU FOU AU BATELEUR.jpg

 

 

28 mai 2018

26 mai 2018: AU PAYS DES MANGE-COUCOURDES, QUAND LE VILLAGE DE ROBION SE FAIT POÈME

 

entre jasmin et chévrefeuille.jpg

portalet.jpg

 "Au petit matin

le petit jour s'est exilé dans sa propre lumière

comme un astre de misère dans la plaie de sa courbe

 

la lune a poursuivi son parcours nuage après nuage

                                         dedans-dehors

                                         de jour de nuit

                                         ici là-bas

                                         devant et toujours devant

                 entre le silence de la pierre et la fragilité de la fleur"

Gabriel Mwènè Okoundji, Monologue d'un mortel in Vent fou me frappe (fédérop, 2003, 2010)

 

Robion n’est pas « village en poésie » pour rien. Le Printemps des poètes a vu juste en soutenant cette localité et ses habitants dans le désir de partager les mots de mille et une manières.

 

Ce samedi, à Robion, au pied du Luberon, c’était donc Journée poésie pour tous. À l’invitation de l’association Robion & ses passeurs de mots et de la médiathèque intercommunale Luberon Monts du Vaucluse, Dominique Sorrente et le Scriptorium avaient été conviés pour apporter quelques pierres à feu de plus à un parcours fait d’étonnements et de partages.

 

orchestre halilitar.jpg

Lors de la matinée, le poète marseillais s’est livré à une performance originale baptisée « lecture kaléidoscope ».

Cette pratique sur scène ( en cohérence avec son œuvre faisant coexister plusieurs registres d’écriture)  prend le parti de conduire l’auditeur d’un angle de parole à l’autre. Exercice de déplacement pour renouveler l’écoute, la perception. Un peu comme on visite les pièces successives d’un lieu inconnu. Ou comme on voit surgir des scènes superposées dans un rêve. Et cette forme de lecture innovante a été vivement appréciée par le public attentif accueilli à l’étage de la médiathèque.

 guimbarde copie.jpg

A partir de deux espaces, debout derrière un pupitre et assis à une table d’écriture, l’auteur de « Les gens comme ça va » et de « B comme Bran »  a alterné les tonalités et les gestuelles à voix nue ou porté par des instruments divers, tels qu’une guimbarde, un halilitar, une guitare, un harmonica.. Et même une raquette et une balle de ping-pong…poème adressé.jpgLe public a pu ainsi  se laisser surprendre et émouvoir aussi bien par des formes méditatives comme dans le Rebord du monde de « C’est bien ici la terre », que dans le jeu d’une écriture adressée, à la frontière de la formulation magique « comme on tire les cartes ». Gravité et rire, d’un même tenant. On n’oubliera pas non plus le versant en chanson de plusieurs titres de l’auteur-compositeur dont les Ivre vivants ou Mon amazone. Plus d’une heure 15, à rythmes et rebondissements, où chacun a eu l’occasion de sentir l’engagement vital du poète dans les recoins de la réalité vécue.

 Jacques et Janine.jpg

Après un repas partagé à la médiathèque, propice pour faire connaissance, la rencontre s’est prolongée sous la forme d’une Caravane poétique dans les rues de Robion. Sur le thème de « l’entretemps », les participants ont eu l’occasion de partager leurs lectures, et d’écouter le récit des lieux donné par Jack Rey et complété par les anecdotes de certains habitants. Halte à la pompe, « haut lieu de la disette », puis on emprunte les calades, entre jasmin et chèvrefeuille. Le portalet, à l’entrée du village fortifié. Une halte sur les hauteurs où le désir d’être hors-temps fut avoué…puis la scène finale au théâtre de verdure. Là même où la veille, au soir, le footballeur de la légende de 98, Lilian Thuram avait partagé ses convictions avec Michel Wieworka pour éduquer contre les mécanismes de racisme et de domination.lectrice.jpg

 

Les fesses posées sur un peu de fournaise, on eut loisir de jeter un œil envieux vers les escaliers inaccessibles qui mènent à la source, imaginer cette version locale des chutes du Niagara.

 

 

« Je vais faire dégringoler la montagne »  lança un téméraire.

assistance.jpg

 

Les mots des poètes se sont réfugiés ensuite au café au centre du village. Une façon de récapituler la moisson du jour, faire provision de conversations sur l’’état du monde ou la rondelle de citron ou les hésitations du ciel à lâcher la pluie.

 

On apprit que les habitants de Robion se faisaient appeler au temps des papes du Comtat les mange-coucourdes.

 

Passeurs de mots ou lézards amoureux, caravaniers ou kaleidoscopeurs, les poètes ici n’ont pas fini de se donner des surnoms pour se tenir l’âme forte. 

 

Tant pis, tant mieux, à la grâce du temps…

 

 

                                                         Anne LOFOTEN

 

traces de marche.jpg

 

                                                                   * 

              Quelques poèmes emportés dans la caravane poétique

sur le thème de l’Entretemps

 

Il est un point où tout s'annule et se suspend, comme un souffle.

Il y a des tiroirs dans l'armoire du temps.

Astronautes de la Venise marchande,

Anonymes enchâssés dans la boue de Verdun,

Ivres à nouveau

Descendre les vastes steppes du temps dans l'étirement d'une seconde

Comme la boule de matière en fusion

Au bout de la canne du verrier.

 

                                        Jeanne Nathan

                         (extrait de Du chant dans les arbres, L'harmattan, 2017)

 

                                                              *

 

Entre chien et loup

plongent les goélands

les ombres folles

charrient le vent nocturne

j’ai une fleur de sable

sur la tempe

une écharde dans ma pupille

ce que les lèvres humectent

je me le demande

et pourquoi l’écume est si rouge

 

                            Leonor GNOS

 

arrtisan de rue.jpg

 

extraits de:

TANT DE VENT NEGLIGE – SO VIEL WIND UNGENUTZT

 

noch etwas landschaft

bitteschön

sie vorzuführen

schmilzt das eis

und tüncht die segel

um zu erspüren wie

sommer aussieht

uferlos dem garten

eden abgeschaut

eine palette bunte

tuben als gingen

nie die farben aus

 

encore un peu de paysage

s´il vous-plaît

pour le présenter

la glace fond

et blanchit les voiles

afin d'imaginer quel air                   

a l´été     

sans bornes copié

de l'Eden

une palette de tubes

bariolés comme si les

couleurs ne finissaient jamais

 

(p.26-27)

 

 

so viel wind

ungenutzt

die menschen

nicht fähig

zu fliegen

die häuser

verankert

niemals

zu versetzen

die energie

zu belastet

sich in luft

aufzulösen

doch die augen

ein leichtes

sie mitzureißen

wohin auch immer

        

tant de vent

négligé

les hommes

incapables

de voler

les maisons

ancrées

jamais

à déplacer

l´énergie

trop polluée

pour se dissoudre

dans l´air

mais les yeux

il est facile

de les entraîner

n´importe où

 

(p.44-45)

 

EVA MARIA BERG 

traduit en collaboration avec Max Alhau,  Editions Villa-Cisneros, 2018

 

 

café gourmand robionnais.jpg

                                                                      *

 

Dans les pages du journal, le temps s’effrite,

glissent les péripéties

aux réponses verrouillées.

 

Tu appelles au secours les fenêtres.

 

Opiniâtre au-dedans,

le feu sacré

travaille.

  

                          *

 

Droit de marcher à contre-époque,

de fréquenter l’inactuel.

 

Droit de laisser le vent ruer

dans les brancards.

 

                                   *

 

Quant ton oreille sera devenue souple,

 il te suffira d’une ritournelle

pour t’affranchir des pesanteurs.

  

                                   Dominique Sorrente

 

                           ( extrait de Comme on tire les cartes , inédit)

 

poème adressé.jpg

ROBION.jpg

 

 "Assis dans la forêt, j'observe la montagne. L'aube

est calme. Avec l'aide du clair

de lune

mon regard

flotte au sommet des arbres. Leur feuillage

perce le ciel serein qui libère

les souvenirs de mon enfance. Enfin

ma pensée trouve refuge

dans un étang de quiétude

 

le cheminement vers la tranquillité de l'âme

est donc chose possible

 

je me lève

rassuré de cette illumination des aurores dans mes yeux

et à nouveau je marche

au rythme de mon cœur, dans les dimensions du monde"

Gabriel Mwènè Okoundji, L'aube est calme in Prière aux ancêtres (fédérop, 2008)

 

                                                                  ***

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