20 octobre 2014

Une après-midi de lectures et de partages au Site-Mémorial du Camp des Milles

 Le 18 octobre 2014

 

LE TRAIN campdesMilles 052.jpg

Il n'y a plus de tour d'ivoire.

La retraite et l'éloignement ne sont plus permis. 

Joan Miró  1939

 

 

L' horizon reste toujours ouvert à l'infini, et nous aussi, nous marchons en avant, toujours en avant.

Joan Miró 1945

 

 

LE REFRACTAIRE campdesMilles 033.jpg

 affiche disponible au Site Mémorial du Camp des Milles

personnage entouré August Landmesser, inauguration d'un vaisseau d'entraînement naval nazi, le Horst Wessel, le 13 juin 1936

 

 

La lumière entre les tuiles et l’étau glacé des fours qui ricanent

 

Les milles raisons d'être ensemble

convoquant la mémoire perdue

et le long silence des coursives cendreuses

répétant le credo du ciel doux qui s'effrite

 

Une jeune inconnue qui rêvait

d'une orange fraîche dans la nuit des camps

et cette flottaison de pudeur qui fait mal à la gorge

 

Un poème au pied de la rouille

comme une brassée de lupins que saisit le vertige du temps.

 

                   Marie Ginet

 

LE GROUPE campdesMilles 005.jpg

Photos de Gratien Messina

17 octobre 2014

La Complainte du Partisan: vous qui le savez, effacez mon passage...

LA COMPLAINTE DU PARTISAN a été écrite en 1943 à Londres.

Les paroles ont été créées par Emmanuel d'Astier de la Vigerie dit "Bernard" , et la musique 
a été composée par Anna Marly (également compositeur du Chant des partisans). 

Vous pouvez retrouver l'interprétation d'origine d'Anna Marly

http://www.youtube.com/watch?v=uTMe6-6VSuQ

 

 En 1969, Leonard Cohen a ré-inteprété cette chanson dans une version bilingue où le second couplet a disparu. Vous pouvez l'écouter ici:

http://www.youtube.com/watch?v=x_223jKXKgQ

 

 

 

Paroles originales de La Complainte du Partisan en français :

L’ennemi était chez moi


On m’a dit résigne toi


Mais je n’ai pas pu


Et j’ai repris mon arme.

 

Personne ne m’a demandé


D’où je viens et où je vais


Vous qui le savez


Effacez mon passage.

 

J’ai changé cent fois de nom

J’ai perdu femme et enfants


Mais j’ai tant d’amis


J’ai la France entière.

 

Un vieil homme dans un grenier

Pour la nuit nous a cachés


Les soldats l’ont pris


Il est mort sans surprise.

 

Hier encore nous étions trois


Il ne reste plus que moi


Et je tourne en rond


Dans la prison des frontières.

 

Le vent passe sur les tombes


La liberté reviendra


On nous oubliera


Nous rentrerons dans l’ombre

 

 

 Paroles de la version bilingue de Leonard Cohen, reprise par 16 Horsepower et Bertrand Cantat :

 

When they poured across the border


I was cautioned to surrender,


this I could not do;


I took my gun and vanished.

 

I have changed my name so often,


I’ve lost my wife and children


but I have many friends,


and some of them are with me.

 

An old woman gave us shelter,


Kept us hidden in the garret,


then the soldiers came;


she died without a whisper.

 

There were three of us this morning


I’m the only one this evening


but I must go on;


the frontiers are my prison.

 

Oh, the wind, the wind is blowing,


through the graves the wind is blowing,


freedom soon will come;


then we’ll come from the shadows.

 

Les Allemands étaient chez moi,


ils me disent : « Résigne-toi, »


mais je n’ai pas peur;


j’ai repris mon arme.

 

J’ai changé cent fois de nom,


j’ai perdu femme et enfants


mais j’ai tant d’amis;


j’ai la France entière.

 

Un vieil homme dans un grenier


pour la nuit nous a cachés,


les Allemands l’ont pris;


il est mort sans surprise.

 

Oh, the wind, the wind is blowing,


through the graves the wind is blowing,


freedom soon will come;


then we’ll come from the shadows.

L'ORANGE en chemin vers une rencontre-lecture au Camp des Milles

 

Un témoignage écrit à partager ce samedi au Mémorial du Camp des Milles.

 

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L’orange

 

Il y a la soif du soir et la soif de la nuit, la plus atroce. Parce que, la nuit, je bois, je bois et l’eau devient immédiatement sèche et solide dans ma bouche. Et plus je bois, plus ma bouche s’emplit de feuilles pourries qui durcissent.
Ou bien c’est un quartier d’orange. Il crève entre mes dents et c’est bien un quartier d’orange - extraordinaire qu’on trouve des oranges ici -, c’est bien un quartier d’orange, j’ai le goût de l’orange dans la bouche, le jus se répand jusque sous ma langue, touche mon palais, mes gencives, coule dans ma gorge. C’est une orange un peu acide et merveilleusement fraîche. Ce goût d’orange et la sensation du frais qui coule me réveillent. Le réveil est affreux. Pourtant la seconde où la peau de l’orange cède entre mes dents est si délicieuse que je voudrais provoquer ce rêve-là. Je le poursuis, je le force. Mais c’est de nouveau la pâte de feuilles pourries en mortier qui pétrifie. Ma bouche est sèche. Pas amère. Lorsqu’on sent sa bouche amère, c’est qu’on n’a pas perdu le goût, c’est qu’on a encore de la salive dans la bouche.

 

                                                               CHARLOTTE DELBO

 

Auschwitz et après I,
Aucun de nous ne reviendra,
Les Éditions de Minuit, 1971