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03 décembre 2014

Intervalle du Scriptorium du 22 novembre 2014 ou comment faire sourire les mots en atelier avec Henri Tramoy...

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                                                                              @photo O.Bastide

 

Quel beau moment que cet intervalle du samedi 22 novembre au cours duquel, une fois n’est pas coutume, nous avons partagé non seulement des temps de lecture, mais aussi d’écriture.


Ce matin-là, nous avons fait éclore le « Sourire des mots » en nous prêtant au jeu et au plaisir d’un atelier d’écriture conduit par Henri Tramoy, en suivant le chemin qu’il avait balisé pour nous avec plusieurs propositions successives :

 

« En premier, entre deux mots choisir le moindre, à moins que l’autre.

En deuxième, sa calligraphie enluminée ; ce qui lui fait escorte, en fragments.

Puis se construisent d’autres mots de ses lettres, de ses sonorités : sa matérialité.

De mon tout, faire effervescence : tu tisses, tu tricotes.

Voici matière à sa réécriture : en un, le faire sourire ; en deux, lui imposer contrainte.

Enfin, livré au polissage. Et sa cerise. »

 

À ce jeu, inédit pour nombre d'entre nous, chacun s’est trouvé engagé dans une expérience singulière, excitante, intrigante, voire quelque peu déstabilisante. Où nous avons pu éprouver in situ ce qui est sans doute au fondement de tout acte d’écriture, la recherche du juste équilibre - parfois de l’ordre d’une lutte, entre production effervescente (où prime le jeu avec la matière du langage plus que la recherche du sens), et structuration du texte.

 

Chacun à son niveau a pu ainsi éprouver cet état particulier de régression du moi qui est à la source de tout état créatif, jubilatoire pour certain, angoissant pour d’autres, qui nous met au contact de notre petit « chaos intérieur », et permet qu’advienne ce qui est ordinairement censuré. Pour dans un deuxième temps, par l’imposition de contraintes, ou de règles d’écriture qui paradoxalement nourrissent la liberté d’écrire, passer de cet « avant-texte » à la production d’un texte inédit.

 

Dernière étape, émouvante s’il en faut dans cette expérience collective, la mise en bouche des mots, le partage par le passage à l’oralité. Après avoir collecté les différents écrits et les avoir redistribués de façon aléatoire entre les différents scripteurs, Henry nous a demandé d’en faire lecture à voix haute, avec la consigne de « le faire aimer » aux autres membres du groupe.

 

Ce fut le cas. Nous avons aimé, nous avons souri, nous avons ri.

 

                                                   Isabelle PELLEGRINI

 

                                         *

 

Voici quelques unes de ces productions :

 

ROUGE SENT

GÉRARD BOUDES

 

 

Rouge de honte, l’étais je en écoutant cette virago 

 

Au verbe haut, égrenant ses ragots de ses lèvres tomate ?

 

Voilà que je rougissait jusqu’au nez.

 

Irrité comme un coq dressé sur ses ergots,

 

Grattant le tapis de mes pieds aux chaussettes écarlates,

 

Observant les couloirs aux tomettes bordeaux,

 

Tentant d’apercevoir le Raminagrobis invisible,

 

Espérant de respirer le fumet chauffé sur les braises rougeoyantes,

 

Ravigoté par la seule odeur, mon impatience montait, je voyais rouge

 

***

 

L’ALLITERATRICE PATENTÉE

MIREILLE DESTANDEAU

 

Si par un soir d'hiver à Tulle

Tu entends hulluler Gudule

C'est qu'il n'est plus, le temps léger

Le temps léger des libellules

 

C'est sûrement la faute à Ursule

Qui toujours ment,

Et ment tellement

Que c'est pour Gudule un tourment

 

S'en est coincé les mandibules,

Pauvre Gudule

Serré crispé tellement il est

Sur ses noyaux de vérité

 

Si par une nuit d'hiver, allez!

Le hullulement de Gudule

Te rappelle des vérités

Pas si faciles à digérer

 

Alors illicico va lever

L'allitératrice distinguée

Qui sait trouver des arrangements

Des agencements inédits

 

De subtiles atermoiements

avec la langue la belle lalangue

Et entourlouper ta pensée

Par des tournures bien lestées

 

Du feu tu n'y verras que

Plus rien ça ne te dira

Et ta vérité dormira

A l'hôtel des libellules

 

De Tulle de Tulle.

 

***

 

LA FIGUE ET LE PRÉ POUR PARTENAIRES

OLIVIER BASTIDE

 

Je suis assis sérieusement et pense.

 

La nappe est bleue !

Bleue pour ludique pâture, marée endimanchée

effeuilleuse de dictionnaire.

 

La nappe est bleue,

par contrainte et choix ;

j'en fais mon sens et mon contresens,

ma vitalité de skieur marmoréen.

 

Je range le blizzard, les volutes

et le stupre,

tout mon méli-mélo.

 

Silence !

 

***

 

VATI-CINER

ISABELLE PELLEGRINI

 

Vaticiner ?

Présent !

Que faites-vous Vaticiner ?

Je m’en vais.

Comment ça vous vous en allez ? Vous êtes pourtant sensé être ici, parmi nous, bien ancré sur le socle de la réalité et du sens pour nous pour pouvoir nous prédire l’avenir !

Certes, mais je ne vois plus les choses ainsi. C’est à cause de cette petite faille qui s’est faite jour en moi depuis hier. Une faille infime, jusque là passée inaperçue, et qui s’avère dorénavant incommensurable.

Vaticiner je n’y comprends rien. Depuis le XVème siècle vous nous parlez comme un oracle, tout le monde est suspendu à vos lèvres pour entendre vos prophéties…

Je vais continuer à parler, oui, mon ami, je vais continuer à m’exprimer, mais plus comme vous vous y attendez. Car cette petite faille, survenue entre deux de mes lettres, elle m’a fissuré, elle m’a fait vaciller, et finalement m’anime d’un souffle neuf.

Au début je doutais : « Va-t’y, va-t’y pas… », me demandais sans fin. Et puis la faille m’a répondu : « Si, si, va bene, va, vis et reviens ! »

Alors je me suis élancé. Porté par la curiosité et ma nouvelle légèreté je me suis envolé, haut, très haut au-dessus du vide. Loin de la lourdeur ancienne et de la gravité je file, je vole, je virevolte.

Et depuis de là-haut j’invente l’avenir qui donnera sens au passé.

 

***

 

PETIT FRONCEMENT DE LA LANGUE

HENRI TRAMOY

 

Où la vie s’ébouriffe

se retourne la source le cercle la toile

au loué de l’étoile

 

La langue a l’âme du violon

langue joufflue alerte en ses rondeurs

partage de méandres et mésanges

 

Rire dedans silencieux

geste ourlé de la lèvre

au bord joyeux du trou

du trou joyeux de la langue

            que le décor déroule

            dont il lâche les cordons

            et la fronce de gorge et d’orge

épouse sa courbe ses robes et la dérobe

 

Menue elle menuise elle s’amuse

et roule et claire elle claironne

ou tonitrue

se désaliène sous des mots roux.

 

                                                           ***

 

ERIANEGANON OU LA VIE COMME ELLE VA  

 

                                                 DOMINIQUE SORRENTE 

 

                                                                       à ma mère entrée dans la neuvième dizaine

                                                                       avec une sagesse renversante

 

Navrante histoire où j'en reviens toujours, celle de ce garage

Où son entreposés les

Nerfs  Ils sont là en train de ronfler

À côté des nonnes quinquats.

Génésis en statue

Érigé à l'entrée.

Nuit survient alors de la voix d'al-Hallaj, nuit passée

À proférer la sentence du jour

Irradiant: "Centenaire à Gênes, millénaire à Tokyo!"

Réponse sobre et décisive d'Erianeganon: la vie décidément est un

Éternuement de sauterelle..."

 

 

19 novembre 2014

SOURIRE DES MOTS du 22 novembre (saison 2)

En guise de hors d'oeuvre à l'intervalle Le Sourire des mots du 22 novembre :


podcast

 

Zut, à la fin...

 

(poème de D.Sorrente interprété par les enfants de l'école du Chêne vert à la Trinité)

+

Quelques minutes avec Stéphane de Groodt, virtuose du jeu de mots et du calembour héritier de Raymond Devos

 

http://www.canalplus.fr/c-divertissement/de-groodt-une-fois/pid7304-le-prime.html?vid=1094010#

 

Sans compter les pensées du jour à venir qui déferleront sur l'atelier animé par Henri Tramoy. Un vrai régal...

 

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26 octobre 2014

Passage à l’heure d’hiver

 

Heure d'hiver.jpg

 

Ce matin, à huit heures, il était sept heures.

Mon réveil a fait comme si de rien n’était.

Le soleil voilé semblait freiner la sortie des draps du dormeur.

 

Au café, j’ai salué la nouvelle

de l’heure qui fait du sur-place

en arrêtant de respirer.

 

On dit que c’est une mesure pour économiser l’électricité

depuis la crise du pétrole dont personne ne se souvient plus.

On dit beaucoup de choses, mais la crise s’est tellement allongée,

les mesures se sont tellement multipliées

qu’on n’écoute plus rien,

seulement le bruit et le vide étrange de l’instant

quand il est sept heures à huit heures,

comme parfois midi à quatorze heures.

Et on appelle ça remettre les pendules à l’heure.

 

Il y aurait un suspens de souffle,

comme l’enseigne le maître secret.

 

Chacun des habitants en profiterait

pour s’exercer

au rétropédalage du temps.

 

Mon carnet sur oreiller.jpg

                                                Dominique Sorrente

 

 

photos D.S.