21 septembre 2014

LEONARD COHEN, sous le chapeau: un nouvel album et 80 ans

 

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Ralentir, ralentir encore, Leonard Cohen revient, 80 berges sous le chapeau qu’il porte si bien, et encore et toujours cette rare élégance de beau-perdant magnifique.

Et là, voilà un retour autrement plus réjouissant que d’autres.

 

On partagera les « popular problems » de son dernier album, à partir du 22 septembre. Et tant pis si ça ne pulse pas comme éclats sur la vitre, si ça ne fait pas sauter au plafond comme les « Happy »  de la joyeuse humeur marketée.

 

Ici, la voix se fait plus caverneuse encore s’il est possible que dans les précédents albums, accompagnée du renfort indispensable  de ses deux inséparables voix sensuelles de choristes gospel qui lui collent à merveille, défi de l’éternelle jeunesse.

 

Folk dépouillé, pop synthétique, blues traînant sur le trottoir ou dans un rocking-chair, Leonard Cohen chante comme on fait récit d’un poème à celui, à celle qui vous tend un verre. Il y a tant à raconter sur les dérives du monde et sur le tempo du temps à vivre.

Il porte des légendes intimes qui nous parlent étrangement. Érotisme, mystique, humour ont chacun, tour à tour, et parfois en même temps leur place dans les petites leçons qu’il nous offre.

 

Face aux brutalités du monde, aux veaux d’or de la consommation et à l’accélération productrice de vide, ces chansons sont un petit défi salutaire.

 

On laissera aux corps le temps de se découvrir, à l’oreille de s’habituer, aux mélodies de loger dans leur rythme. Jeff Buckley ou Madeleine Peyroux, après Nina Simone et Graeme Allwright, ne s’y sont pas trompés dans leurs émouvantes interprétations de certaines chansons-cultes. Dance me to the end of love, Hallelujah, Suzanne…

 

La voix de Leonard Cohen, dans son adresse biblique, est toujours en appel. À la croisée du doux-amer et de la confiance dans le seuil.

Avec la part de mystère qui lui est propre, « je vis au milieu de vous, bien déguisé » dit-il.

Show me the place, montre-moi la place. You got me singing, tu me fais chanter.

 

Alleluia, oui, on chante ou on écoute Leonard Cohen comme du « déjà entendu » qui n’aurait de cesse. Une forme de basse continue sur la courbe de vie. Un baume sur les fêlures du temps.

Ça peut être lassant comme les psaumes pour les corps ou les cœurs qui ne tiennent pas en place.

Mais lui-même  l’a dit en son temps en souriant. Rien de grave si ses chansons aident aussi à faire la vaisselle ou  servent de toile de fond à la romance.

 

Dominique SORRENTE

 

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Album Popular Problems  (Columbia Records)

 

Un avant-goût avec la chanson Slow :

http://www.franceinter.fr/evenement-en-avant-premiere-le-...

 

Je ralentis le tempo

Je n’ai jamais aimé la vitesse

Tu veux arriver en premier

Moi, je veux être le dernier…

 

 

 

17 septembre 2014

FUITE

 

C’était cela notre amour ;

Il partait, revenait, nous rapportait

Une paupière baissée, infiniment lointaine,

Un sourire figé, perdu

Dans l’herbe du matin ;

Un coquillage étrange que notre âme

Essayait de déchiffrer à tout moment.

 

C’était cela notre amour, il progressait lentement

À tâtons parmi les choses qui nous entourent,

Afin d’expliquer pourquoi nous refusions la mort

Si passionnément.

 

Nous avions beau nous accrocher à d’autres tailles,

Enlacer d’autres nuques, éperdument

Mêler notre haleine

À l’haleine de l’autre,

Nous avions beau fermer les yeux, c’était cela notre amour…

Rien que le très profond désir

De faire halte dans notre fuite.

 

                                                            GEORGES SÉFÉRIS, Cahier d’études

 

 

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La rentrée du Scriptorium aura lieu ce samedi 20 septembre sur le thème "CORPS À CORPS".

 

07 juillet 2014

Comme un indien un goéland, Daniel Schmitt

 

                                                          dans l’amitié du vent commun

 

 

J’ai envie de dire de Daniel Schmitt

qu’il est un poète comme on n’en fait plus,

un de ces rares et si précieux qui ne regardent pas

à la dépense des mots et des gestes, un qui ne cesse jamais

de faire signe et de lever son verre et celui du voisin,

et celui de la table entière,

à la santé des phrases qu’on a définitivement

perdues dans les tiroirs.

 

Et puis, un homme qui avance, en sautillant comme ses frères oiseaux,

ami des branches et des peintures, et de tout ce qui

se faufile dans les entrelacs de l’horreur pour lui montrer

qu’elle n’aura pas

le dernier mot,

un obstiné qui va son pas, d’une besace à l’autre,

pour nous apprendre à nous lester de tout

sauf de poèmes et de chansons.

 

Ce matin, j’ai reçu une lettre, mêlée d’or et d’exil,

à l’enveloppe dessinée de sa main.

Entre couleuvre et mésange, jeu d’averse et quelques collines,

elle disait sur papier vert

 l’éclat musclé des pierres

dans les parages de René Char

et l’art du toujours enfant

qui apprend à vieillir en cachette.

 

Elle a suffi pour faire voler en éclats le cortège honteux des soucis.

Troquer les tâches  poussives contre des claquement d’ailes.

 

Pour mieux gober ce jour reçu, je suis allé à ma guitare

pour bricoler quelques arpèges.

J’ai dérangé mon agenda

d’une chanson, puis deux, puis d’autres encore,

et de tout ce qui vient en cailloux blancs

pour mieux nous égarer avec l’homme de la Bocca.

 

J’ai envie de dire de Daniel Schmitt

qu’il est un poète comme on en fera encore,

des dizaines,  peut-être des milliers, dans un futur taillé

à sa mesure,

quand on n’aura plus besoin de compter,

quand d’autres viendront grâce à lui

qui le reconnaîtront 

pour simplement gober le jour qui vient en poésie.

 

Arrêtez de chercher le mot « amitié » sous la table.

Troquez-le vite en ce début d’été, contre un vers de Daniel Schmitt,

l’homme à la besace à poèmes

qui allège un peu plus le cœur, chaque fois

qu’il la remplit.

 

J’ai envie de saluer Daniel Schmitt

comme on confie un ami aux immortelles

qui le connaissent déjà bien depuis longtemps.

 

 

                                                         Dominique Sorrente

 

 

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DANIEL SCHMITT PAR LUI-MÊME

 Daniel Schmitt est né le 7 février 1929. 
Deuxième naissance à l’automne 1941 en écoutant «Verlaine» (que je prenais pour un prénom féminin), mis en musique et chanté par Charles Trenet.
 Puis Cocteau (parce qu’il écrivait des articles sur Trenet), puis Prévert (parce qu’il fit avec son frère un film sur Trenet).
Dans un pays où parait-il tout fini par des chansons, pour moi tout a donc commencé par une chanson.
 Je n’ai jamais cessé d’écrire depuis ce temps là (mes douze ans).

Daniel Schmitt - Le Printemps des Poètes

 

À signaler pour l’été 2014 :

-la Besace à poèmes n°71 « Du côté de René Char » disponible chez l’auteur

-plusieurs livres d’artistes publiés aux éditions Tipaza  

ainsi que « Du côté de René Char », l’ouvrage original tiré en 15 exemplaires, avec 4 photos de Lucien Clergue, aux éditions des Cahiers du Museur chez Alain Freixe.  

 

 

 

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