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08 octobre 2009

L'infime en résonance

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© Photo Audrey Groult Baschet

 

 

Mouvements infimes

 

 

 

Pose ton regard

sur l’aile de la buse

et n’ouvre plus les yeux

 

 

Fais tien son cri

Emplis ta poitrine

de l’écho répandu

en vibrations sonores

 

 

Laisse l’oiseau

saisir sa proie

et accepte l’offrande

d’une goutte de sang

sur ton front

 

 

Une part de toi-même

danse dans son sillage

porté par le souffle initial

 

 

Corps désamarré

face tendue vers l’inconnu

ton attente immobile

a permis ce miracle :

un saut de l’autre côté du ciel

 

 

D’un battement de cils

tu regagneras la berge

riche d’une joie neuve

comme un rire d’enfant

 

 

 

                    Geneviève Liautard

 

14 septembre 2009

D'une colonne à l'autre... Textes d'accostage

 

 

 

« Accostage : rencontre entre l’embarcation et le bord d’une autre embarcation qui peut être une terre, en 1492 par exemple, passage d’un élément à l’autre, choc de contact ou rencontre aventureuse, alliance de la mer et de l’île…Nous sommes dans un monde d’accostages permanents. Tantôt le geste d’une silhouette étrangère, tantôt le heurt d’un récif invisible. Tout dépend moins, paraît-il, des corps étrangers l’un à l’autre,  que de leur façon de négocier la rencontre. Accoster comme vivre l’autre côté de l’intimité. »

 

Dominique Sorrente

(Notes sur la coïncidence)

 

 

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Port d’attache

 

Ouvert sur le plein ciel       la pleine Etreté 

dans sa mouvance liquide

 

Port… altier – couronné de chênes et de charmes et de saules et d’érables

Royauté première

 

Creusé dans la roche en aplomb du ciel       ce passage utérin

Seuil de l’invisible

 

Attachée la racine           Détaché le regard

Oubliée l’araignée d’enfance      l’obscurité du doute

Vol libre d’épervier

 

 

 

Port d’attache

Ouvert sur l’impossible

Mort détachée au fil de l’eau

Nuée de têtards dans le repli de la rivière

 

 

Marcher / Nager /le sec / l’humide / le rocher /la vallée

Même respir          Même solitude

Même présence dans la fissure hiatale entre l’air et le souffle

 

 

Peau dilatée

Jusqu’aux quatre points cardinaux

Pétrie d’écorces, de cigales  de rides familières

Peau végétale                          

ardente à dissimuler l’envers des apparences

 

 

 

Port d’attache

                Ouvert sur l’illimité

À l’heure de l’effacement

Celle du corps déconstruit cellule par cellule

 

Temps remonté à contre courant          

Énergie des muscles qui exultent dans la puissance vive de l’eau

Force à l’état brut qui n’a pas épuisé son compte

 

 

Port d’attache 

Tache de sang mêlé de sève

Ombilic du monde

Adhérence fibreuse à la matrice première

Lovée à l’envers du rocher

 

Cœur  à vif dans l’éclat calcaire

Regard inversé

 

Falaise de chair

Marquée de ce  sceau d’éternité à l’aplat de la roche

Cercle de mystère serti dans la falaise

 

 

 

Port d’attache

Ouvert sur les arcanes de l’inconnu     

Lieu nourricier de l’âme dans l’odyssée des jours

                 

Faire éclore dans la mémoire des eaux

Un futur en germe à l’envers du geste

 

 

Sortir du temps jusqu’aux cigales

Libre dérive     

Port sans attache

 

                                              

Geneviève Bertrand

  (inédit, août 2009)

 

 

 

 

Entre ciel et colonnes.jpg 

 

 

Chant d’entre les colonnes

 

 

 

Ce soir, je chanterai en accostage au milieu des colonnes.

J’ouvrirai le pont pour des mots qui se préparent

à débarquer en phrases.

Je porterai l’entaille au verbe pour découvrir son sang de troubadour.

De mon île de fortune, ce sera le regard de loin

qui me fera pencher au-dessus des saisons.

 

Par une goutte de septembre, j’irai chercher

les bénédictions de la mer en ses prises inconnues.

 

Ce sera bien

le temps, sous cette heure révolue

des arrivées et des départs,

le temps ôté des montres digitales, le point exact

où le séjour s’allume et se dérobe

avec à distance de quelques bords

la grande ville offerte dispersée dans son sofa de lumières.

 

  

Ce sera bien

l’intervalle des dieux

qui font de maintenant

un lieu aux noms multiples, mandala

de l’insaisissable.

  

 

Ce sera bien

une installation pour la nuit

et son rangement

et son dérangement

au rythme des voix des diseurs du vent

et des silences ouverts à l’aimant des oreilles.

 

 

Accostage fervent, pour que s’écrive en sémaphore

notre assemblée de l’éphémère

parmi les vagues. Ce sera bien.

                                                                                           

  

 D. Sorrente

 

 

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POUSSIERE LOINTAINE

 

 

Les chevaliers de chrétienté arrivaient là.

au port de Saint-Jean d’Acre.

reprenaient force.

Se congratulaient d’avoir survécu,

oubliaient le pendule des planches,

la puanteur des entreponts.

Retrouvaient là des amis, en faisaient d’autres,

entamaient quelques rixes ;

au caravansérail couchaient en paille fraîche,

en sursis de combat

dans le nid de la forteresse.

 

Aujourd’hui point de chevaux

émergeant éblouis des gabares.

Aux quais ocres d’Akko

des chats malingres accourus,

première clientèle des pêcheurs,

disputent leur repas aux mouettes criardes.

 

Automnal glaive de midi sans dureté dans les ruelles

mais le gradient du soir l’émousserait bien vite

et le royaume à voir s’offre au delà des portes

 

 

Nous avons voyagé

dans l’espace du Nom

 

L’aridité ceignait

de bure notre vue

 

Nous avons voyagé

dans l’espace du Nom

sur le sentier

des syllabes interdites

ensemble dépourvues

de prononciation

 

Nom de l’Unique sur nos têtes

 

Tétragramme sacré

de secrète acception

 

L’aridité vêtait de bure les collines

dont le reflet marcha sur la rive du lac

 

Lyrique « mer de Galilée » que nourrit le Jourdain,

la montagne où le Fils prononça le Sermon,

l’anse où les rets de la Parole

furent lancés vers les disciples,

restes devinés de Capharnaüm

et port de Tibérias près duquel se prélassent

encore des baigneurs en l’eau jadis

plus au sud baptismale.

 

Nous n’avons guère accosté à cette rive,

nous étions étrangers, nous reprenions la route

en lacets s’élevant à hauteur de Carmel :

Cana, mine de rien, au passage vous vend

le vin des noces et plus loin Nazareth

retient en ses méandres une des cryptes de la foi.

 

Mais le plus beau de cette promenade

ce fut le don de l’amitié entre nous trois.

 

A Yvon Le Men et à Georges Guitton 

 

André Ughetto

02 septembre 2009

Les jeunes visages - Michèle Dujardin

 

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Les jeune visages

 

 

 

 

Les jeunes visages,

posés sur la banquette de ciment,

saluent la vie

de leur silence clair

simplement immobile,

nu et plein comme l’eau

et sans mélange,

régnant seul sur les deltas d’une aube

qui ne doit merci

ni à l’hiver,

ni à la nuit,

et là,

d’une coulée de sable sur l’épaule,

au bord mat et fuyant des glissières hâtives,

là,

sur les accotements

de retaille,

de mâchure,

un songe les adoube,

réfractaire en sa foudre

aux écailles et au plomb,

à la solde et ses marches forcées,

un songe beau et seul

dans son cône dansant de poussière blonde,

et libres, les jeunes visages

fuient par delà

le navire

 

 

 

                                                      Michèle Dujardin

 

 

Extrait de « Personnage au bord, avec nuit » (inédit)

 

 

  

 

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