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Les feuillets de poésie - Page 7

  • Poèmes Au fil de l’eau

     

    Il y a dans la campagne une pluie qu’on ne sait

    pas lire encore, elle n’a pas commencé à tomber

    mais déjà, elle fait refermer le livre des malheurs

    dont on n’a su qu’effeuiller les pages.

     

    À peine

    cette pluie entrouvre-t-elle

    une ancienne monotonie qui vient avec le soir

    et cela suffit

    aux manières d’oiseaux,

    au chemin qui part devant soi ravir la lumière.

     

     

     

    oiseau de pluie.jpg

    Source 

      

     

    Sous le pont de Peut-être

     

     

    Peut-être écrivons-nous

    sans cesse

    une scène d’avant le déluge,

     

    ou bien un récit

    qui s’emploie nuit et jour

    à déchiffrer la source,

     

    ou bien encore une tribu de fantaisies

    à multiplier les alibis

    au creux des eaux dormantes.

     

    Peut-être écrivons-nous en goutte à goutte

    pour ne pas désespérer de trop

    la liturgie du vert.

     

    Peut-être écrivons-nous

    sous le tumulte des rivières,

    sans faire attention au niveau

    qui descend, qui descend.

     

    Peut-être écrivons-nous en polissons indignes

    pour tirer la nappe phréatique

    à la barbe des prévisionnistes.

     

    Peut-être écrivons-nous

    pour rejoindre l’exact partage des eaux

    entre l’insignifiant et le décisif.

     

     

     

    Peut-être écrivons-nous

    pour atteindre le lac

    dans sa gloire anonyme.

     

    Peut-être écrivons-nous

    pour nous désengorger,

    pour nous désaltérer,

    pour nous offrir la poire

    jusqu’à plus soif.

     

    Peut-être écrivons-nous

    pour ne plus nous baigner deux fois

    avec Héraclite

    dans le même fleuve pollué.

     

    C’est autant de raisons pour quoi

    les fronts des auteurs que nous sommes

    parfois

    ruissellent.

     

    Dominique Sorrente 

     

     

    Partage des eaux.jpg

    Source

    Le Partage des eaux

     

     

    le seuil délivre l’eau en partage le sens de belles stries j’étais ici un soir je me souviens du vent des sorties familiales du poète ses mots ceux qui allaient par barques poussant de longs bâtons dans le courant

    sortie il y a peu du roc en gouffre avide et résurgent en bascules comptables des millénaires et des fournaises nues fumées des matins neufs porte entrouverte vers midi et le soleil crissant d’oiseaux énigmatiques

    hommes qui marchent d’un pas simple qui mangent à leur table qui parlent car il faut dire les distinctions notables de la beauté des eaux en deux cours dévolus être la fonte des massifs des maquis la dilution des fugues en cascades le cours le glissando d’algues et de fraîche envie

    c’est le soleil musqué les renoncules et le doux et le frais et l’ample déraison qui s’ébrouent vivement à l’arrondi des plaines

    c’est moi c’est toi l’aube et le crépuscule l’étoile le désir bleu l’eau sans cesse issue de nous qui délivrent des maux

     

     

    Olivier Bastide

     

     

     

    >> Détour en poésie aussi ICI 

  • Au commencement, en Infinis paysages

     

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    LÀ OÙ SÉJOURNENT D’INFINIS PAYSAGES

     

     

     

     

    Au commencement est le silence de l’épaule

    et l’ombre du cou plane sur elle.

    Puis vient le sein à la fleur d’amandier pour y boire

    et le creux du nombril pour y dormir.

     

    Au commencement est la hanche

    qui sait faire  balancer les regards

    et encore le genou

    au rêve danseur,

    et la plante du pied docile

    pour éprouver les massages du temps.

     

    Puis un sourire invente les lèvres

    à peine ouvertes,

    et la courbure du dos,

    vêtue d’onguents et d’aromates,  s’allonge  

    contre la terre ferme, et les mains

    se nouent lentement

    devant le pli obscur du sexe.

     

    Et la nuit diamantine

    descend    

    en signe de promesse

    tout au bord

    du premier corps de l’aimée,

    quand le commencement

    à peine se retire.

     

     

     

     

                                                                                      Dominique Sorrente

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    Livre artiste Isaure1.jpgLivre d'artiste & Encres Isaure de Larminat

  • Hors la voix - Michèle Dujardin

     

    cheveux de feu.jpg

    Source

     

     

    hors la voix

     


    lui dire – à toi – à la personne toi, celle-là, s’efforcer de la langue – pour dire toi, tout simplement, pour lui parler

     hors la voix – langue vide, au moyen de la langue vide, qui frappe contre le palais – qui retentit, vide

    lui parler, à toi de la personne, lui dire aime, te dire dans l’élément souffle, à toi, je t’aime

    mais qui dit toi, qui parle, qui touche là, le vivant ? et toi, lui dire toi, de ce visage d’ombre qui m’assiège, par quelle voix ? trop dur pour les lèvres, se séparer, contre la tension des mâchoires, qui scellent

    opacité des mots : toucher, la docilité, le moment de la peau, aime – violence d’écrasement, dans le mot : dire toi, parler, t’aime, qui se recourbent dans la gorge, pour déchirer – se souvenir, au cou des morts, la jugulaire : la seule très tard, qui ressasse dans le bout des doigts, solidifiée, une parole

    rien pour dire là, murée dans je t’aime – où si grande jamais, l’ouverture, ne l’a été

     cette personne d’aimer, la multiplicité de ses bouches dans l’épaisseur, comme exposée nue, à se perdre – la personne, tout simplement toi, que j’aime, ici absolue, n’entend pas du fait de la langue, rien – n’entend lui dire, que l’autre côté parlé, mon silence – seul vif, manifesté, qui enveloppe toi, bien fermé dans les lèvres de la déchirure

    de mon front sur ton épaule, tout le paysage d’aimer repose, sans repère : t’aimer, cet horizon, entièrement d’amour et vide, qui libère, me démet de la parole

    abdiquer, yeux clos – seul vrai, ce vide de la langue pour toucher, pour marquer territoire de risque, de veille attentive – pour dire, à toi de lui : je t’aime – tout dans la langue, est brûlé

    comment l’interroger, ce ruissellement des eaux jusqu’aux purs brisants de l’être, son être lui, le plus aigu, cette personne lui qui là s’avance, dans un trou de mots envahi de lumière ? transparence infinie où me dépossède, abandonnée de langue, t’aimer

    amoureux de part en part, ce consentement au vide

    et toujours se creusant, toujours sur sa base d’air s’élargissant, ce rien pour dire toi, que j’aime là - lui que j’aime par douleur de peau, par faim et soif, par arrachement, par impuissance des bras – rien pour dire

    corps, toi, tout simplement le sien – rejoint, ramassé, son odeur, sa chair, cheveux et doigts mêlés, circonscrit dans l’espace de mes lèvres, haut porté – pour nourriture, pour respiration – par dessus le monde, ses échos, ses mots à bruit de masse, de maillet, à briser les corps, les noyer

    son corps – à toi, le sien

    tout aimé, toi, de langue morte – avec grande force – toi, cette personne de vie, d’embrassement immense mais dans l’absence de mots, dans la disjonction de la parole

    et dans l’étonnement, qui n’a pas de fin – qui est sans mélange - où, seul, toujours le présent se déploie : vers sa propre éternité, courant, déferlant - avide d’un ciel où la lumière, incessamment succède à la lumière - dans ce même élan, dans ce même sang que rien ne tempère, ni nuit, ni saison

    mais du lourd sol des mots, toujours aimer, a cette nostalgie – cette  inquiétude -  lointaine, comme nul, sans trace vive, un souvenir –  car aimer toi, cette personne-là, lui que j’aime, cela parfois, cherche encore le mot – comment dire à toi, lui que j’aime, d’un mot – je t’aime - quelque chose là, qui cherche – où il n’y a rien, qu’un chant : un oiseau libéré de ses ailes, de son vol, de la terre – et qui là, disparu, n’est plus que son chant

     le silence qui pulse, plein d’attente

     toi, celui-ci que - cette personne-là 

     et plus nue qu’on peut l’être, je, dans cet amour – où rien pour dire toi, lui que l’on aime – rien pour dire – juste, les mains qui s’écartent – dans toute cette eau, accompagnée de soleil

     

    Michèle Dujardin

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