
Les jeune visages
Les jeunes visages,
posés sur la banquette de ciment,
saluent la vie
de leur silence clair
simplement immobile,
nu et plein comme l’eau
et sans mélange,
régnant seul sur les deltas d’une aube
qui ne doit merci
ni à l’hiver,
ni à la nuit,
et là,
d’une coulée de sable sur l’épaule,
au bord mat et fuyant des glissières hâtives,
là,
sur les accotements
de retaille,
de mâchure,
un songe les adoube,
réfractaire en sa foudre
aux écailles et au plomb,
à la solde et ses marches forcées,
un songe beau et seul
dans son cône dansant de poussière blonde,
et libres, les jeunes visages
fuient par delà
le navire
Michèle Dujardin
Extrait de « Personnage au bord, avec nuit » (inédit)
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- Extrait documenté d'Abadôn sur Terres de Femmes


Le vent se lève sur la vague lave brûlante chaleur de plomb la mer lie de vin soulève sa houle jusqu’aux rives oubliées de Naxos c’est là qu’ombrageuse j’aborde aux noces folles de Bacchos couchée à l’abri de la grotte marine une ménade dort lascive blancheur drapée nue de l’ivresse douce des sommeils de la chair volupté tendre offerte à mes regards absents
Une aiguière est levée en l’honneur des amours de Bacchos son breuvage tremblé bruit clarté cristalline du gemme les rires aux râles et aux ruts se mêlent corps vibrants pourpres d'incandescence sons de crotales de cymbales de flûtes folie canaille des bacchantes des silènes des boucs agités de grelots les faunes réjouis éructent une haleine fétide l’incarnat de leur bouche s'exalte des vapeurs hantées aux rictus des démons
Une panthère ocelles d’or veille sur l’ivresse confuse des dieux Hiératiquement
De l’enchevêtrement grappes de chairs avides de liesses éternelles surgit dans l'incarnat pâlissant du visage le souvenir encore vif de Bacchos enfant rondeurs rubicondes promises aux excès chaleureux de la vigne odeur de feu qui rôde depuis l’aube autour du roc battu par la vague brûlante je le vois qui offre son front torsadé pampres et vrilles et me tend bienveillant la coupe translucide calice de fruits mûrs qui scellera la liqueur de nos vœux
Je n’ai d’yeux désormais que pour les ciselures tendues à nos lèvres luisantes des rubis de la vigne céderai-je lassée des pleurs versés pour toi Thésée aux enivrements promis par l'élixir divin bouche entr’ouverte sur le désir Bacchos déjà ferme les yeux sur l'ivresse prochaine l'or du vin roule dans nos veines sang mêlé au sang immortel de la treille ensemble nous rythmons nos sens enchevêtrés au thyrse de l'amour
La mer lie de vin se retire enroulant de ses plis le tumulte des dieux
L'île dérive ivre de ses sourdes détresses
L’antique bacchanale se noie dans ses brumes de feu.
Angèle Paoli
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