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12 juillet 2009

Coudoux : le chapitre est écrit

 

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Un 4 juillet à plusieurs visages: à Monaco, ce sont les premiers coups de pédales du Tour de France cycliste. En Suisse, on apprend la mort du président mécène de l’Olympique de Marseille, Robert Louis-Dreyfus. Les Etats-Unis d’Amérique célèbrent l’Independence Day…C’est ce jour-là que le Scriptorium a tenu Chapitre, à Coudoux, entre cris de cigales, bouffées d’air chaud et jazz nougaresque, en hommage aux cinq ans de la disparition du chanteur.

 

Temps studieux de la matinée propice à la mémoire des années passées, à l’évocation des instants intenses ou précaires, à la qualification des projets en cours, au rassemblement des énergies, en prévision d’une saison prometteuse. Puis ce fut l’heure du gâteau des dix ans où le souffle commun des poètes fut gentiment mis à l’épreuve.

Ralentir-travaux.jpgL’intervalle, cette formule spécifique des réunions intra-muros des scripteurs, qui avait été baptisé « ralentir, travaux » fut l’occasion de croiser lectures et écoutes. « Ralentir, travaux », en clin d’œil à l’exercice commun pratiqué par le trio Char, Eluard, Breton en leurs jeunes années ; « Ralentir, travaux » pour signifier aussi le tempo revendiqué par le Scriptorium, dans son aventure de sémaphore fantasque, alternant fulgurances et retraits, surgissements et décélérations…

 

C’est encore en « Poèmes pour garder le tempo » que fut donné le ton jazzy de la soirée.

Dans le superbe parc du château de Garidel, dévolu aux Estivales, ce temps fort de la vie culturelle de la Commune, le Scriptorium fut invité à proposer ses voix de poésie, en solo ou en chorus, entre timbres de l'ensemble Nougarue et accents d’opérette. Il faut saluer ce beau geste de confiance, préparé de longue date par notre hôtesse coudoucenne, Geneviève Bertrand qui partagea avec les autres poètes (Jeannine Anziani, Béatrice Machet, Patrick Druinot, André Ughetto, Dominique Sorrente ) parole solo et morceaux en chorus. Si la concurrence des cigales fut parfois déloyale, les crapauds limitèrent leurs démonstrations expansives, et les vénérables platanes se joignirent au public pour les applaudissements de rigueur.

 

Le Chapitre à trois temps pouvait se clore sur cette nuit de bel été, ouverte à tous les poèmes.

 

Rendez-vous le samedi 5 septembre à Port-Frioul pour la rentrée.

 

 

 

 

13 janvier 2009

Poésie et convivialité à la table

 
podcast

 

POESIA AL DENTE…

 

Samedi dernier, la neige qui avait transformé le quotidien des Marseillais durant trois jours a fait ses valises. La Corniche retrouve son paysage entre le vert des plages et le dialogue des bleus, mer et ciel. De son imposante salle à l’étage, Le restaurant vénitien, Il Palazzio, sur la Corniche, abrite les scripteurs pour la rencontre-intervalle « Poesia al dente », consacrée à la poésie italienne. Muni pour la circonstance de mon carrousel de drapeaux européens, héritage de conférences passées, j’ai  placé la flamme italienne, vert blanc rouge, au centre du dispositif du moment. Le Scriptorium en ses Intervalles est un lieu-dit fait pour la rencontre de l’autre, la mise en veilleuse des ego, l’appel à la curiosité bien placée, le goût d’une vie hors-les-murs, en quelque sorte…Il Palazzio est propice à cet exercice de dépaysement littéraire.

En ce jour, André Ughetto sera notre guide éclairé pour nous emmener en voyage dans la poésie italienne d’hier et d’aujourd’hui. L’invention du sonnet en Sicile, puis les figures de Dante et de Pétrarque sont les pièces fondatrices du propos, les « deux piliers d’entrée » d’une présence italienne en poésie. Dante ouvre la poésie du récit, le rythme narratif, l’installation d’une architecture du temps ; Pétrarque, au contraire, est approché audacieusement par Ughetto comme le créateur d’une « poésie sérielle », faite de moments qualifiés, même thème et multiples variations.

On s’attarde un moment sur une seconde opposition, celle du Tasse de la Jérusalem délivrée et sa veine héroïque contre celle de l’Arioste avec la parodie du poème chevaleresque de l’Orlando Furioso. Les plats de poissons réclamant qu’on leur fasse à leur tour honneur, on remonte l’histoire en un rythme qui s’accélère. André Ughetto insiste sur l’admirable Alfieri au tournant de la période de la Révolution française, puis ajoute à cette constellation la figure décisive des Canti de Leopardi et des Tombeaux de Foscolo, que  l’immense tâche de traduction de Michel Orcel nous a permis de découvrir dans les années quatre-vingt. Avec l’avènement de l’unité italienne, et l’entrée dans le XXème siècle, les poètes surgissent un à un dans l’évocation partagée des convives présents. L’invraisemblable d’Annunzio, le péremptoire Marinetti et ses visées futuristes, et comme une figure inversée en creux, l’œuvre de Sbarbaro. Nicolas Rouzet évoque cet auteur insolite, retiré, spécialiste des lichens, dont l’œuvre est concentrée sur deux ouvrages « Pianissimi » et « Rimanenze » auxquelles  les traductions de Jean-Baptiste Para nous ont fait accéder.

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            La promenade italienne fait une halte circonstanciée en Ligurie et plus particulièrement à Gênes, un des lieux les plus remarquables de la création poétique italienne d’hier et d’aujourd’hui. Qu’on songe à l’ombre tutélaire de Montale, au travail de redécouverte personnelle des mythes de Giuseppe Conte (Villa Hanbury & autres poèmes), aux accents colériques d’un Bruno Rombi (Huit temps pour un présage) et à cette intense activité déployée par Claudio Pozzani, ce « débusqueur de rêves » (selon les mots d’Arrabal), fondateur de la Maison Internationale de Poésie de Gênes et de plusieurs festivals dans le monde.

Rome sera un moment saluée avec le groupe des poètes de la Métamorphose, et le regretté Fabio Doplicher, victime de la canicule de 2003, dont l’hermétisme formel correspond d’abord à un souci de ne pas donner prise au pouvoir de l’ordre fasciste, cet épisode obscur de l’histoire de l’Italie du XXème siècle qui trouble encore sa conscience.

On s’arrête à présent sur deux voix contemporaines de femmes poètes. L’une est Lucetta Frisa,  dont Sylvie Durbec, qui n’a pu participer à notre intervalle, a mis à notre disposition certains poèmes en version bilingue. La voix de l’autre, Antonella Anneda, nous est apportée grâce aux partages d’Angèle Paoli, notre scriptrice du Cap Corse, qui avec beaucoup de pertinence nous ouvre à l’écriture de cet auteur, dont l’île sarde de la Maddalena « un’ isola nell’isola » constitue l’épicentre.

Durant tout ce parcours, c’est Elena Berti, danseuse devenue ici chorégraphe des mots, qui nous fera entendre la présence de la langue italienne, avec une belle justesse de timbre, restituant ce juste équilibre entre l’instinct du chant, le goût de la phrase parlée et ce désir sans cesse de mots qui portent une pensée toujours en mouvement.

L’Italie en poésie ressemble à un territoire de plus en plus immense au fur et à mesure qu’on s’en approche, un continent aux variations dialectales subtiles, une mine pour le lecteur curieux qui aimera croiser l’expérience d’une vie et celle d’un lieu d’ancrage. Le Trieste de Saba, la Sicile de Quasimodo, le Frioul de Pasolini, les stances du Funiculaire de Giorgo Caproni, le trop ignoré Sandro Penna, l’insistant Mario Luzzi, la liste ne cesse de s’étirer comme dans une conversation qui aurait choisi le déploiement plutôt que la maîtrise…

Et d’autres noms qui me sont chers se bousculent dans le plus absolu désordre, l’étonnant Dino Campana de jadis en ses poèmes orphiques, les poètes d’aujourd’hui comme le subtil Fabio Scotto ou le rigoureux Daniele Pieroni, et encore l’inclassable Leonardo Sciascia dans ses Fables de la dictature…On n’arrête pas une poésie qui gagne à être fréquentée  encore et encore.

Le vin blanc, Lacryma Christi, aurait-il délié les pensées ? Un moment, nous tenterons  de cerner  quelques particularités de la pratique poétique dans l’Italie contemporaine. Périlleux exercice…Une attitude est mise en exergue : celle d’embrasser l’actualité, sous toutes ses formes. Et aussi, une poésie où la pensée ne perd jamais ses droits et ses devoirs de former par les mots une véritable pensée du monde, empreinte d’humanité.

La figure de Piero Bigongiari est venue au bout du voyage, comme présence de l’hermétisme florentin,  mais aussi comme lieu d’un séjour attendu vers les Remparts de Pistoia où le Scriptorium projette de se rendre pour une de ses visites « hors les murs »…

Mais « Travailler fatigue » n’est pas que le titre d’un livre de Cesare Pavese sur lequel Nicolas Rouzet s’attarde en parlant de San Stefano. Il est près de trois heures de l’après-midi ; un concert de chant choral est encore au menu du soir à l’église d’Endoume. Nous irons de la voix parlée à la voix chantée, comme naturellement, avec nos façons italiennes d’interpréter la vie.

Daniel Vincent délivre un texte du Balisage de Phoebe, intitulé « Marseille 1950 ». « La plage du Prado était encore à l’état naturel, elle avait le profil que le temps lui avait donné …». Par cette simple évocation, l’adepte de l’amitié, aujourd’hui hospitalisé, se fait ainsi présent parmi nous.  Un dernier verre, et la parade sur la Corniche de l’indispensable vespa d’un scripteur signent la fin de l’Intervalle « Al dente ».

Nous repartons dans la joyeuse dispersion des moments accomplis en emportant en viatique la citation de Pavese, prélevée par Nicolas Rouzet,  de son journal en date de 1937: « Comme les grands amants, les grands poètes sont rares. Les velléités,  les fureurs et les rêves ne suffisent pas ; il faut ce qu’il y a de mieux, des couilles dures. Ce que l’on appelle également le regard olympien ».

La sculpture d’Amado dédiée à Rimbaud, à quelques mètres de notre rendez-vous n’a rien perdu de toute la scène et de ses propos. En passant devant elle, j’entends comme une injonction riante à l’adresse de ceux qui en appellent au regard olympien et aux couilles dures: «  Travaux pratiques à suivre ».

 

Dominique Sorrente

 

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Giorgione, La tempesta (1502-1503)

 Huile sur toile, 82 × 73 cm

Galerie de l'Académie, Venise

 

 

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La tempête

 

 

Mon rêve d’aujourd’hui est un décor :

maisons vides plantes peintes

attendent les hommes et le vent.

Il y a un pont qui relie les deux rives

comme le temps dévoile

un regard à un autre.

Dans l’air le mien s’égare s’il n’aborde pas

une lumière de femme, si une guerre

ou une grande chimère ne l’agrippent pas :

alors seulement le paysage,

depuis le fond s’avançant,

se désenchantera, le désordre violera

la grâce immobile des gestes –

et je sombrerai dans un autre rêve.

 

 

Lucetta Frisa

 

Extrait de Punto di fuga / Point de fuite

                      (traduction  Sylvie Durbec)

 

 

 

 

 * * *

 

Quelques lectures et précieuses traductions :

- Dino CAMPANA, Chants orphiques (traduction de Claude Galli, édition Via Valeriano, 1992)

- Hughes LABRUSSE, Renzo MILANI, André UGHETTO, Anthologie Promenades en poésie italienne en 33 auteurs (Sud, 1984)

- LEOPARDI, Chants / Canti [traduit par Michel ORCEL,  Flammarion, Paris, 1995 (rééd. GF, 2005)]

- Bruno ROMBI, Huit temps pour un présage (Autres Temps, 2004)

- André UGHETTO, Le sonnet, une forme européenne de poésie (Ellipses,  2007) ; Les poètes de la Métamorphose (Sud, 1992  )

- Piero BIGONGIARI, Les remparts de Pistoia, traduit par André Ughetto en collaboration avec Philippe Jaccottet (Édition La Différence, 1994)

- sur Antonella ANEDDA, voir pages dédiées sur Terres de Femmes   

- sur Lucetta FRISA (éléments biographiques en italien)

 

 * 

« On ne se souvient pas des jours,

on se souvient des instants.»  

 

 Cesare Pavese (Le métier de vivre)

 

Au moment où nous partagions ce moment de poésie italienne, notre ami Yves Ughes (mais nous ne le savions pas encore) perdait son épouse qu'il avait accompagnée depuis plusieurs mois dans sa terrible maladie.
C'est donc  à Nicole et à Yves, un familier de l'oeuvre de Cesare Pavese, que nous dédions rétrospectivement cet instant italien du Scriptorium.

        Dominique Sorrente

 

02 décembre 2008

En malle de Légende V

 

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Au Scriptorium... de Marseille !

 

 

Depuis l’enfance, je ne connais pas le Vallon des Auffes. Ni les Catalans. Enfin, je ne connais pas… je connais bien un peu. Comme un touriste.

Un de passage. Il y a peu, je me suis assis dans un cabinet de pédiatrie du boulevard Cieussa ; maintenant, je suis, par intervalles, du quartier.

Mon accent vauclusien me fait immanquablement reconnaître pour quelqu’un du nord, moi qui suis du sud jusqu’à la moelle… mais j’ai vu les amarres des pointus depuis le haut du pont, alors… La dernière fois, c’était dans une maison de jeux municipale. Une curiosité. La prochaine, chez des retraités, peut-être… L’écritoire des poètes est  nomade, enraciné dans un périmètre dont l’horizon maritime tranche avec le bitume.

Quelque part, quand je rejoins le Scriptorium, je vais à Marseille, chez Doumé… J’aime ça ! J’attends mon premier pastis sous la Bonne Mère ; mon poème suivra !

 

 

Olivier Bastide

 

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