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25 décembre 2017

VEILLÉE DE DÉCEMBRE, le SCRIPTORIUM ENTRE NEIGE ET FEU

Samedi 16 décembre 2017

Se tenait à Allauch le dernier intervalle poétique de l'année…

Veillée entre neige et feu !

 

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Dog Star Man © Stan Brakhage (1961-1964)

 

 

« Mais à gauche, au-dessus de l’horizon,

Mêlé à la cime des chênes,

Il y avait un amas d’étoiles rougeoyantes

Comme un brasier, d’où montait même une fumée. »

Yves Bonnefoy, Début et fin de la neige


 « Et je dirai -le vent est frais,
Le ciel brûle d'étoiles »

Marina Tsvetaieva, Le ciel brûle

 

 

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   Une bien belle assemblée s’était réunie chez Bruno Pellegrini pour cette dernière soirée poétique qui déjà brûlait les derniers feux de 2017 et attisait la flamme de l’année 2018 à venir… Vingt et une personnes pour seulement deux excusés du voisinage et des signaux d'outre-Rhin et de Suisse! La soirée s’annonçait chaleureusement longue et joyeusement enflammée.

 

   Avant d’ouvrir les hostilités festives, et certainement pas l’inverse, Dominique Sorrente en qualité de président... présidait en rappelant brièvement le fonctionnement du Scriptorium, les possibles implications de chacun dans les projets actuel ou futur, ainsi que les précédents épisodes ayant eu lieu depuis le mois de septembre (voir comptes-rendus sur le blog: 12 septembre / 21 octobre / 18 novembre).

 

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   Il rappelait ensuite à l’assemblée attentive des scripteurs les prochaines étapes de 2018 jusqu’à la trêve estivale : Un double intervalle chandeleur « Place Net pour la poésie » et « Le poème dans un état critique » se tiendra le 10 février ; puis le 10 mars ouvrira le Printemps des Poètes autour du thème « L’ardeur poétique » ; le 21 avril (cette année à Saint Gens, 84) se déroulera la traditionnelle et très prisée Caravane poétique, en partenariat avec Pierre sèche en Vaucluse, dans le cadre du festival Trace de Poète, il aura pour thème « Dialogue entre l’eau et la terre » ; le 02 juin, une escapade poétique est à prévoir du côté de Robion (84) ; et enfin pour terminer en beauté, sera jouée la célébrissime sieste poétique, au début de l'été (date à confirmer) au nom comme un titre de film« Et au milieu sieste une rivière ». Lieu encore tenu secret… ou, si vous préférez, à déterminer… Toutes les idées étant bien sûr les bienvenues !

 

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   Isabelle Alentour de rajouter et de nous convier à un événement poétique non négligeable, ami et voisin, Le 3e Cabaret Poétique, organisé chaque année début février dans le Lubéron par la Boucherie littéraire ("Poésie nomade en Luberon"). Il devrait se dérouler les 16 et 17 février au Château de la Tour d’Aigues. Nous en reparlerons…

 

   Voilà qui était dit. Voilà qui était à faire.

 

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   Après quelques discussions à bâtons rompus sur ces grandes questions littéraires : Comment parler des livres que l’on n’a pas lus  ? (Pierre Bayard, éd. De Minuit) … Ou encore, comment ne pas reconnaître un prix Nobel en lisant les cinquante premières pages de son livre ? (Le Palace - sur l’Affaire Claude Simon)… il était plus que temps de passer du chaud au froid et vice versa, entre neige et feu, scintillements et autres étincelles poétiques… « Allumer le feu » pour faire briller dans nos pupilles et exploser à nos tympans mille flocons d’hiver naissant. Quelques voix nouvelles s’étaient pour l’occasion joyeusement mêlées aux voix rompues à la discipline, passant sans frontière de la poésie susurrée, déclamée, au chant, questionnements et autres judicieuses devinettes…

 

   Pour une soirée se côtoyaient en connivence neige/feu les écrits de Shakespeare, Marina Tsvetaeva, Nicolas Rouzet, Dominique Sorrente, Friedrich Nietzsche Jacques Roubaud, Jack London, Lou Raoul Annette Luciani, Lili Frikh, Yves Bonnefoy, quelques jolis hors pistes comme Françoise Héritier ou Lewis Carroll, et quelques autres allumés…

 

« la neige aussi. Elle donne le droit

de traverser le champ,

parce qu’elle a recouvert

les territoires et les limites,

et qu’on marche d’un pas appliqué

sans blesser les pousses. »

Dominique Sorrente, Les gens comme ça va (Cheyne, 2017)

 

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   Une veillée poétique des plus lumineuses qui clôturait cette année 2017 par un rappel, en ces temps obscurs, de l’absolue nécessité de se rassembler envers et contre tout, d’échanger, palabrer sur la vie le monde et l’éphémère dans la chaleur et la fraternité.

 

   Nous vous donnons à présent rendez-vous en 2018 pour la suite des poétiques aventures du Scriptorium !

 

 

« … tandis que d’autres ont divers mots pour la neige de Laponie et c’est muotta la neige en général et vacca, la nouvelle neige et abbas, la neige non piétinée celle que préfèrent les rennes et ciegar, la neige piétinée et saenas, la neige granuleuse et facile à gratter et skar’ta, la neige gelée en fines couches et cuono, la neige gelée en couches épaisses et caer’ga la neige gelée en plaque et jassa la neige gelée en plaque isolée l’été et sievla la neige mêlée d’eau qui prend la marche pénible au printemps, disent-ils et la peau comme neige qui fond des mains de ta mère… »

Lou Raoul, Sven (Gros Textes, 2011)

 

 

« Et maintenant

Allons contempler la neige

Jusqu’à tomber d’épuisement »

Matsuo Basho

 

Dog Star Man © Stan Brakhage (1961-1964)

Dog Star Man © Stan Brakhage (1961-1964)

 

« Et laisse,

Laisse flamber la neige »

Annette Luciani, Si le feu même

(Terres de femmes, éd. des Lisières, 2017)

 

 

                                                                                                     Emmanuelle Sarrouy

                                                                et les poètes du Scriptorium

30 novembre 2017

Écrire le monde en peinture - l'intervalle de novembre au Scriptorium

 

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Terristoire 10  E.Sarrouy

 

Samedi 18 novembre 2017 

 

 

« Regarde cette tache blanche là-haut, on dirait
une immense fleur mais ce n’est peut-être que l’envers
d’une feuille : il y a si peu de vent.
La nuit ici doit être pleine de trappes, de bruits inconnus.
Mais le plus beau parce que le moins supposable,
c’est encore le lever du jour.
Tout ce qu’on ne se pardonnera pas d’avoir manqué. »

« dialogue créole » entre André Breton et André Masson

(Martinique charmeuse de serpents, éd. du Sagittaire, 1948)

 

« ...l'art est parfait quand on ne signe pas une dernière esquisse. » 

Pierre Dhainaut, Trois études de mains (revue Diérèse # 71)

 

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  Ce samedi 18 novembre  les poètes du Scriptorium, peintres et artistes plasticiens se retrouvaient pour un échange fécond autour des relations entre écriture et image. De questionnements en expérimentations… Plusieurs démarches pour dire le monde. On peut certes opter pour la démarche descriptive qui consiste à redire le monde d’une autre manière, ou bien se lancer dans la riche démarche des équivalences plastiques et textuelles. C’est la pratique qu' Henri Tramoy et Sylviane Werner expérimentent avec conviction. Ils nous ont présenté pour l’occasion leurs collages et textes en échos, travail commencé en 2012, laissé quelques temps de côté, mais qui ne saurait tarder à refaire surface. 

 

  Nicolas Rouzet, pour sa part, nous proposait un très beau texte de Pierre Dhainaut, Trois études de mains paru dans la revue Diérèse # 71 sur le travail de Géricault, Giacometti, et sur l’auteur lui-même aussi… Et de nous déclamer ensuite son poème court et percutant L’Arche russe à propos du film éponyme d’Alexandre Sokourov.

 

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  Isabelle Alentour nous présentait, quant à elle, deux livres peinture et texte –Jean Rustin ou la vie échouée de Michel Bourçon (éd. La tête à l’envers)- et texte et photographie – Parenthèse(s) d’Isabelle Alentour et Zazpi (auto-édition)- avec un petit jeu de devinettes à la clé… Et si à l’inverse on écoutait un texte puis on essayait d’en deviner l’image ? Les imaginaires s’en donnèrent à cœur joie !

 

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  Emmanuelle Sarrouy prit le temps de nous présenter son travail d’artiste hybride, et notamment cette lecture performance dansée Suppléments d’âmes jouée dernièrement à Marseille pour les 30 ans des Instants Vidéo Poétiques et Numériques. Un travail d’allers/retours, équivalences, entre texte danse et image vidéo (tracés lumineux projetés sur le corps d’une danseuse).

 

  Ce fut ensuite à Daniel Vincent  de dévoiler un subtil montage en vidéo de son travail de peintre nommé « les Vanités joyeuses » qui avait su convoquer en son temps une suite de poèmes inédits de Dominique Sorrente.  (Lire la Note "Autant en emporte..." du 14 octobre 2015 ) 

 

  Il était ensuite temps de passer à un atelier pratique autour du magnifique tableau réalisé par Colette Papilleau « La clairière de Robinson » (voir ci-dessous). Un travail d’autant plus créatif et multiple qu’il est déclenché par un inducteur. Et la magie était ici encore au rendez-vous. Sur une même image, il y eut autant de textes différents que de personnes présentes. Car il est toujours question de créer le monde à sa manière… Écrire en ricochet, en résonance, s’attacher à la plasticité de l’œuvre, au motif, traduire un ressenti, une intériorité… L’existence ou la connaissance d’un titre peut également être un élément déclencheur inspirateur ou perturbateur de ce que l’on va dire ou pas de l’œuvre…

 

  Comme le rappelait justement Henri Tramoy, après les étapes du décryptage et du passage à la forme narrative, le moment de lecture collective et plurielle permit de mettre en évidence la richesse même de ces échanges. 

 

  Et même si le poète ou l’artiste ont parfois du mal à se situer entre inquiétude et ouverture, ils sont toujours infiniment et joyeusement tentés par cette prise de risque, malgré tout nourrissante, comme un basculement nécessaire vers la création de quelque chose de neuf, enrichi… vers la naissance d’un monde éternellement nouveau.

 

« à l’ombre du bois doré

la lumière

te va bien » 

 

               Emmanuelle Sarrouy & les poètes du Scriptorium

 

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                                                      Colette Papilleau et Dominique Sorrente

                                               devant le tableau de l'artiste "La clairière de Robinson" 

 

 

              Et tu songes aux nuées pures sur ton île, quand l’aube verte s’élucide au sein des eaux mystérieuses. »

 

                                                            Saint-John Perse - Images à Crusoe (1904)

 

02 octobre 2017

LE FRIOUL, ENTRE ÎLES ET AILES pour les POÈTES ce 16 septembre

 

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La rentrée poétique du Scriptorium: C’était le samedi 16 septembre 2017 sur l’île du Frioul, côté Ratonneau. Et c’était magique... 

 

Ils s’étaient donné rendez-vous

sur l’île

du Frioul où

Ils et elles

Entre îles et ailes

avaient ouvert les portes sur

l’immensité du Monde

  

Voilà une bien belle destination pour cette rentrée 2017-2018 entre réjouissances et urgences poétiques.

 

Il était temps de s’y remettre, bien que les poètes ne s’arrêtent jamais de poétiser le Monde ! Il était temps de se retrouver, de partager, d’échanger…

Et ce fut fait et grandement fait, et joyeusement fait !

 

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Un bel hommage fut tout d’abord rendu à Joëlle Gardes et à Jean-Marie Berthier, deux camarades poètes partis sous d’autres cieux en cette fin d’été.

 

Une assemblée générale enthousiaste et rondement menée laissait place à un déjeuner où les vivres furent chaleureusement partagés le regard et le cœur tournés à l’horizon des mers du sud. Celles des éternels espoirs et des récents désespoirs. Les discussions tambour battaient sur les nouvelles sorties, livres, revues, projets, tandis que le chat poursuivait le pigeon tel le poète poursuivant au cœur du Monde son action.

 

Et puis, chemin faisant, les lectures en polyphonies se poursuivirent chapelle du Frioul sous le regard bienveillant de la lointaine Notre Dame de la Garde et le passage de quelques mouettes et touristes séduits. Invitée d’honneur, Sandrine Cnudde, artiste-poète-arpenseuse, venue nous raconter ses marches et sa démarche en solitaire et nous lire quelques brillants extraits de son dernier opus Patience des fauves… du journal de bord au poème.

 

Se produisaient ensuite les poètes musiciens Albert Gamotte et son amie Nelly, tous deux accordéonistes, rencontrés fortuitement la veille… et puis Dominique Sorrente et Marie Ginet, nos hôtes improvisés, nous offraient chacun à sa manière le fruit de leurs itinérances insulaires, suivis par les interventions poétiques en voix tour à tour douces et fortes d’Olivier Bastide, Nicolas Rouzet, Juliette Bompard, Thérèse Dufresne, Emmanuelle Sarrouy, Medjina Noguès… et enfin Yolande Touati qui clôturait cette rencontre par quelques vers lumineux du poète syrien Adonis…

 

« Écris. C'est la voie souveraine pour te lire toi-même et écouter le monde. »

 

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D’étincelantes retrouvailles en rencontres fortuites, une dernière lecture de « Notes pour un passage », hommage de Dominique Sorrente à Jean-Marie Berthier avec la version de Carla Mondo lue en italien par Emmanuelle Sarrouy dans la douceur maritime, avec la danse incantatoire d’une fée en exil dans les reflets dorés du soleil couchant. Ce rendez-vous sur l’île fut un beau moment d’ouverture stratégipoétique entre histoire, mémoire, découvertes et infinies promesses.

 

Aujourd’hui et plus que jamais, les poètes et camarades du Scriptorium, comme leurs frères migrants, « suivent non pas les magnétismes terrestres que mobilisent les animaux, pas seulement le sillage des marchandises, le musc des capitaux, les lieux fantasmés où le capitalisme accueille encore des bras de travailleurs… Non. Imaginons ceci : ils suivent aussi les signes d’une intuition qui leur défait les horizons. Citoyens de cette mondialité (qu’ignorent toujours les géographies capitalistes), les voici inclassables – à la fois clandestins bannis expulsés expurgés exilés désolés voyageurs tapageurs réfugiés expatriés rapatriés mondialisés et démondialisés, dessalés ou noyés, demandeurs d’asile, demandeurs de tout ce qui peut manquer aux vertus de ce monde, demandeurs d’une autre cartographie de nos humanités ! » (Patrick Chamoiseau, Frères migrants, Seuil, 2017)

 

Un prochain rendez-vous est donné le 21 octobre 2017 sur…le continent, cette fois : au 3013 (58, rue de la République 13002 Marseille), lieu de toutes les utopies.

Une autre histoire à vivre ensemble…

 

                                                            Emmanuelle SARROUY

 

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