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13 mai 2020

LE HUIT DE SCRIPT: notre atelier de confinement

 

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         Le Huit de Script

    ou la carte inopinée

 

 

Le Huit de Script est une carte à jouer qui était encore inconnue de tous, avant que nous ne la trouvions quelque part au détour d'un chemin, à la faveur d'une expérience commune.

 

Nous (un octette de poètes) nous sommes mis à jouer la création de huit poèmes à distance (au temps du confinement du printemps 2020), à modelages successifs, selon les instructions données par le meneur de jeu.

 

      Après quelques coupes et remises, la partie s'est donnée. Les poèmes sont là. Objets nés de passages au tamis de l'hybridation. Chaque poème est donc à plusieurs voix. On pourra les lire, les parler. L'étrangeté est qu'on ne pourra pas dire le nom d'un auteur particulier lié à tel ou tel poème. Tout au plus, certains trouveront des fragments de leur travail ou de celui d'un autre, comme de petites pièces-pépites de reconnaissance, des bouts infimes d'identité. Histoire de se rassurer ou de s'amuser, en se voyant ainsi happé par le poème en mouvement.

 

L'atelier pose plusieurs questions (idéologie de la pratique, fondements de la création, réflexes langagiers, imitation des formes ou des émotions...).

Le Scriptorium est aussi fait pour cela.

Au-delà de l'écoute des créations et découvertes des uns et des autres, tenter des gestes collectifs. Sans jamais perdre le plaisir natif qu'on éprouve avec les mots, celui de jouer une partie toujours un peu inconnue de soi...

 

Ensemble, avec la carte du Huit de Script !

 

                                                 

Ont participé à cet atelier:

Isabelle Alentour, Olivier Bastide, Wahiba Bayoudia, Elena Berti, Gérard Boudes, Marie Ginet, Emmanuelle Sarrouy-Noguès, Dominique Sorrente

 

                                                                              ***

 

 

Un Atelier d’écriture collective

 

Le poète est le plus souvent un créateur solitaire. Il aspire à une reconnaissance individuelle. Les poètes du Scriptorium ne font pas exception. Ils ont toutefois la particularité d’être du Scriptorium, de se dire Scripteurs, lorsque le moment découle d’un geste du collectif.

L’atelier Huit de Script est exemplaire de la gageure de faire groupe pour des poètes. Si la plupart des membres de l’octette signataire des huit poèmes issus de l’atelier publie habituellement nominativement, tous ont accepté, non le jeu de l’anonymat, mais celui de la signature collective. Ils ont accepté d’être bousculés dans leur écriture, leurs idées, leurs lexiques ; leurs poèmes ont été démantibulés ; ils ont emprunté ce qu’ils aimaient ou aimaient moins dans les textes qu’ils recevaient afin de proposer au poète suivant un poème qu’ils savaient être fugace. Ils ne connaissaient pas à l’avance les consignes de l’atelier, seulement sa destination.

Moi-même, pourtant concepteur de l’atelier, l’ai subi comme mes partenaires. Je ne sais plus ce que j’ai écrit personnellement, quelles bribes de textes seraient issues de ma tête. Je reconnais, et certains de l’octette me l’ont dit, l’hybridation de l’écriture.

Ces huit poèmes sont les nôtres ; ils ont fleuri dans Avril confiné en pied-de-nez à l’isolement.

                                                                 Le meneur de jeu

 

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Poème 1

 

À la Tombée de la nuit

 

Du balcon, la mer est à portée de mains ;

J'en écoute les cris

à la tombée de la nuit.

 

Le ciel remue encore

des îles de lumière.

 

Loin des tourments du monde,

je rêve un saut dans l’inconnu.

 

 

 

Poème 2

Dans le petit matin mes rêves

 

Je cherche dans le petit matin mes rêves ; je suis dans l’entre-deux, ni l'encore vivant ni l’oisillon qui se cogne aux vitres.


Il y a ceux que l’envol fait déjouer, ils vivent l’espace-temps premier ; ils errent aux alentours des feux, sujets aux mirages et aux fulgurances.


Et cette voix qui ne veut pas crier quand elle me dit : « Je sonderai l’écho pour connaître l’obstacle et, si tu sais m’entendre, nous nous évaderons au-delà des journées. ». 

 

Sur la table de marbre, ce sera l'heure où l'on sirote un café.

 

 

Poème 3

 

Au joli mois de mai...

 

Au joli mois de mai,
les chansons sont parfois idiotes,
mais on les aime ainsi.
Elles aident à tourner les pages,
à avouer sans dose de ridicule excessif
que des cœurs pleurent.
La voix serait une caresse.
Un petit ruisseau suffirait ici
à vaincre la solitude.
On dirait : « Que les fleurs s'ouvrent ! »,
et le printemps viendrait
comme un avènement,
avec les sueurs animales sur le corps.

Les chansons descendent de la vieille tour
pour nous parler.
Et mine de rien, leurs mélodies
sont un défi au temps qui se retient
sous la voûte lactée.

Le mois de mai déjà sur toutes lèvres.

 

 

Poème 4

 

À ma vitre il a frappé

 

Flâner dans l'immensité.

Rêve de sirène,

fait de mer et solitude ;

un miroir dans une bulle de savon.

 

Un oisillon

posé sur des arbres,

à ma vitre il a frappé.

 

 

Poème 5

 

Au diapason des lunes

 

au diapason des lunes
elle s’était subrepticement évaporée

dansons !

lui avait-elle soufflé
sur d’extravagantes ritournelles
aux rythmes parfumés

dansons !

nos baisers pour unique paysage
sur la roue de nos souvenirs
en route vers d’étranges destinations  

comment décrire alors cette échappée
importance d’un geste sans provenance
envolée vers l’azur qui efface les tourments ?

 

 

Poème 6

 

Ivresse

 

Ce que tu contemples à l’extérieur,

azur, grand printemps, étranges paysages,

tu l’absorbes,

baiser d’avril, envol d’hirondelles,

bien un peu rieuses

 

Tant d’oiseaux habitent sous ta peau,

boivent à la source de tes gestes

 et du vent d’après,

éclairent l’Inconnu.

 

Vers l’immense bleu,

 l’alouette et la mésange,

le rossignol ou le faucon

concerto à plusieurs voix

tu parcours les airs…

 

 

Poème 7

 

Dans l'espace-temps domestique

 

Le chant de quel oiseau ? Le cri de quel animal ?
Sorti d’un rêve étrange au milieu de la nuit,
À défaut de plonger dans la mer, dans l’écume, à l’horizon des vagues,
S’éclipser sous la douche, s’envelopper d’un manteau d’eau chaude,
Et soudain retrouver la mémoire ruisselante, réjouie à l’odeur du savon.

Hésitation lente à marcher dans cette énigmatique pénombre
Tel un astéroïde errant sans boussole dans l’espace-temps domestique,
Bousculé au hasard, semble-t-il, celui là même encore une fois
Impossible à convoquer, tant il est capricieux
Au sortir de ses draps, on dirait qu’elle se réveille.

 

 

Poème 8

 

Le parfum d’une nuit d’été

 

C'est une question de regard

ou peut-être d'écoute

ou même de sensation

se placer à l'affût de la vie

dans la contemplation

de l'immensité de l'univers et des petites choses courantes 

non pas se laisser envahir

par les tournitures 

les miroirs et leurs craquelures

non pas évoquer l'idéale éternité

S'attacher aux espoirs éphémères

mais s'émerveiller de ce que l'aurore est venue de

scruter

tâtonner

Sillonner dans la peau 

comme l'argile ou le tournesol 

qui lentement s'ouvrent à l'immensité 

ne pas chercher à vaincre la solitude

mais la chérir comme une intime

part de douceur et de doute

elle est la lumière qui s'attarde

là où nous frémissons

Le parfum d'une nuit d'été après la pluie 

 

 

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                      On reconnaîtra ci-dessus "à vol d'oiseau" les huit participants au Script de pique d'avril 2020.  Merci à Jo pour ces superbes portraits.  

20 février 2020

MORCEAUX DE BRAVOURE du SCRIPTORIUM au MONUMENT RIMBAUD Marseille DIMANCHE 22 MARS à 16heures

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Le dimanche 22 mars est jour de deuxième tour de l'élection municipale. C'est aussi la date annoncée pour le match OM-PSG     ( aujourd'hui plus proche du report que du huis clos...)! On peut imaginer que les palpitants vont se mettre à fonctionner à plein, que les montres vont égrener leur compte à rebours, que le temps de la cité sera suspendu, peut-être en opération d'apnée...

 

Dans cette fébrilité de la vie citoyenne et supportrice, il nous plaît d'inscrire notre événement poétique à ciel ouvert, à quelques mètres du rivage.  

 

Parce que nous participerons ainsi ensemble à la Journée Mondiale de la Poésie et à celle de l'Eau (21 et 22 mars), selon les voeux de l'Unesco.

 

Parce que nous clôturerons la 22ème édition du Printemps des Poètes dont le thème est le Courage.

 

Parce que nous serons, quelques-uns, groupés autour du Bateau Ivre, cette sculpture que Jean Amado créa en 1989 à l'occasion du centenaire du décès de Rimbaud à Marseille ( mort le 10 novembre 1891).

 

Parce que le Scriptorium accueillera avec enthousiasme poètes et lecteurs qui se seront inscrits à cette rencontre à ciel ouvert.

 

Parce que nous défierons ainsi à notre manière les troubles, les tremblements, la sinistrose du moment, et espérons ainsi faire vivre un peu de poésie partagée.

 

Bienvenue à vos morceaux de bravoure!

 BATEAU IVRE RECADRÉ Dom Sorrente.JPG

 

 Modalités:

 

La rencontre se déroule au Monument Rimbaud, plage du Prado, 33 promenade G.Pompidou Marseille 8°.

L'inscription a lieu sur place à 15h45. Les personnes désirant participer aux Morceaux de Bravoure sont priées d'adresser en amont (avant le 18 mars) un mail au Scriptorium.

Chacun pourra intervenir à raison de 3 minutes maximum.

Toutes les formes d'intervention: lectures, chansons, performances etc...sont les bienvenues.

 

Un atelier "porte-voix" est prévu en tout début de rencontre. Apportez de quoi permettre à votre voix de se libérer...Chacun est invité à faire sa proposition, selon l'énergie vocale et l'orientation du vent...

 

Dernière minute: Compte tenu de la pandémie en cours, et pour déjouer les privations de bises, douces embrassades et autres viriles poignées de main,  un "Concours de Salutation Poétique à Distance" est mis en en place. Chaque participant proposera son geste poétique sans contact physique. Le gagnant de la finale recevra un lot de Savons de Marseille.

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La rencontre sonnera aussi le démarrage des séquences de vidéo-vignettes des membres du Scriptorium.  (Voir autre note du blog).

 

Pour toute info et pré-inscription, écrire à poesiescriptorium13@gmail.com

 

Rappel: L'adhésion au Scriptorium est de 30 euros l'an (50 euros pour les couples). Une participation gratuite à une des rencontres durant l'année est offerte aux non-adhérents. L'association ne vit que de cotisations et dons.

 

                                                     ***

 

Les poètes du Scriptorium sur le monument d'Amado à Rimbaud lors du jumelage avec Pistoia avril 2010.jpg

Il y a dix ans, les scripteurs de ce temps-là déjà...

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                  Le Bateau Ivre, sculpture d'Amado, Marseille, plage du Prado

 

 

14 février 2020

RETOUR SUR LES SAUTS PÉRILLEUX DU SCRIPTORIUM !

" Ma vie n'est pas cette heure abrupte

où tu me vois précipité...

 

Je suis l'intervalle entre deux notes

qui ne s'accordent l'une et l'autre qu'à grand peine

car celle de la mort voudrait monter plus haut…

Mais toutes deux, vibrant durant l'obscure pause,

se sont réconciliées.

Et le chant reste beau."

Rainer Maria Rilke

 

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En ce début février, l'hiver mimosas avait regroupé quelques membres actifs et enthousiastes pour des retrouvailles pleines de rebondissements. Partager ces moments entre anciens et fidèles compagnons et nouveaux / nouvelles arrivés l'ambiance crêpoétique était asssurée !…

 

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"Car la beauté, ce don qui nous est offert sans réserve, est omniprésente. Il faut savoir en capter les plus humbles manifestations. Ces fleurs anonymes qui poussent dans les fentes d'un trottoir, ce rayon de soleil qui soudain fait chanter un vieux mur, ce cheval pensif au milieu d'un pré après la pluie, cet enfant qui offre un caillou coloré à un vieillard sur son banc, ces fragrances et saveurs que la mémoire réveille..."

François Cheng, Œil ouvert et cœur battant


 

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Lectures de textes personnels travaillés en ateliers, extraits de lectures en cours, cahiers ouverts sur des étapes de travail, chansons, marionnette, piano et acrostiches rédigés au cours des retrouvailles ! Ping-pong performance sans table mais avec texte généreusement soufflé, dialogue bilingue franco-italien… Il s'agissait bien là à n'en point douter d'une rencontre pleine de rebondissements !!!

 

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Les questions furent également lancées sur les améliorations à apporter au blog, sur les prochains rendez-vous, l'imminent Printemps des Poètes…

"Morceaux de Bravoure", rencontre prévue au pied du monument Rimbaud le 22 mars 2020 ! (on en reparle très vite)

 

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Pour la suite des événements…

Paola Leone propose son savoir faire sur la fabrication d'images, cartes postales, dessins…

Emmanuelle Sarrouy va inaugurer pendant le Printemps des poètes des Portraits de poètes en vidéo : les Vignettes Vidéo Poétiques seront des portraits courts, filmés en un plan séquence tourné-monté d'une minute et vingt secondes. Chacun partira sur le choix d'un jour de la semaine et poétisera à sa guise…

Histoire de faire de manière ludique et poétique un état des lieux des poètes et poétesses contemporain.e.s. Ces Vignettes Vidéo Poétiques seront ensuite visibles sur le net… Affaire à suivre donc !

 

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Allez, encore quelque notes envolées avant de nous quitter…

 

Fish felt flowing time
Attablés aux terrasses incertaines
du soir qui chavire
Insouciants rêveurs
tels nous veut la vie
que nous chérissons
l'ivresse à la main
jusqu'au petit matin


Loin des mahones amarrées aux pannes
sur les rives du même
Loin des jeunes filles voilées
affichant leur vertu


Insouciants rêveurs
Immergés dans le temps fluorescent
des poissons
sans mémoire
sans adresse
et sans lieu
Marc-Paul poncet

 

Au Mikado
Au café Mikado
Trois place Castellane
Ça plane sous les platanes
A l’heure de l’apéro


On fume du tobacco
On joue à qui perd gagne,
Et ce n’est pas le bagne
De bader les badauds


- Vise un peu cette fille
En négligé du soir
Comme elle est belle à voir,
Dans la soie qui scintille.


Mais comme il fait très chaud
Terrasses Castellane
On passe du coq à l’âne
A l’aune des punchs coco.


Le jour où je mourrai
Mais ce n’est pas prouvé
Je veux qu’on dise de moi
Respect pour ce mec là


C’était un pro du Mikado
Un vrai il n’y a pas photo.

Marc-Paul Poncet

 

Et pour finir, quelques acrostiches composées pendant la rencontre par notre cher et fidèle Gérard Boudes :

 

Partir en mer

Initié par les vagues

Nager du sommet des rouleaux

Gagner la côte et l'éther

 -

Plonger dans le bleu

Ondoyant dans le jeu

Naissant dans les fonds

Gravité abolie

 

 

Piano

Inoubliable

Nocturne et

Guitare

 -

Poète

Oratoire

Notoirement

Gamin

 

Restaient encore quelques crêpes, bugnes, oreillettes et autres "merveilles" à partager avant de se quitter … Jusqu'à la prochaine !

 

"mots lancés, mots rebonds

et ping

et pong

 

alors enfin on peut sortir

du cercle qui n’a de cesse

et sans raison

 

et ping

et pong

 

alors enfin

la vie la mort

la mort la vie

 

d’un seul coup

 

d’un seul"

Dominique Sorrente

 

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crédit photos N/B © Marc Ross