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30 septembre 2013

Intervalle "Marseille dans tous ses états" 21 septembre 2013

EN SEPT APPROCHES        

 

I

 La lumière est toujours à même de s'ouvrir à l'obscurité; dès le commencement soleil eau et espace. Pauvreté et chômage apportent sur les plages un poids plutôt léger, mais le texte que la ville écrit sur le sable demeure mélancolique, même si les vagues l'effacent aussitôt.

 

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II

 

Vues d'en face, les maisons sur le port semblent inscrites dans le réseau des mâts des bateaux; l'une ne se tient pas sans celle d'à côté et qu'aucun souvenir pris dans une autre perspective n'existe. De jour comme de nuit les mains tendues ne se rencontrent que dans les têtes. Le port a pris possession de l'homme, de son corps et de son âme et les cicatrices tatouent sa mémoire sur la peau.

 

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III

 

Dans la chaleur méridienne la ville se tait, se liquéfie avant le mistral de son souffle ne fouette son visage. Les mouettes volent bas et leur rires ôtent le sourire de la bouche des enfants. Et moi, je recueille le vent sur les dalles rouges pour que la mémoire ne consume pas ses membres dans leur chute.

 

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 IV

 

Les jours de canicule le soleil plombe le marché aux fleurs. Les iris riment avec les lis qui, dans les deux langues, parfument la vie et la mort quand ils sont déposés sur les tombes accompagnés de la cloche funèbre et de la chaleur qui surgit en même temps que l'hortensia, celle qui passionnément casse les pierres, porte fleur et feuille au devant de Sirius comme si elle mâchait le feu pour les défunts.

 

 

 

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 V

 Par les rues en pente, le souffle et l'oppression des drapeaux de linge séchés sous le vent jusqu' à ce qu'une étoile scintille et que la nuit, folle d'espace,  engloutisse les parfums des boutique de savon. Lavande, miel et fleurs d'oranger gratte l'image et l'éclat de la peau écarte la parole de son chemin. Hors "noir" aucun mot n'a sa place et plus rien ne distingue le fragment de la totalité, les désirs des peines.

 

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VI

 La ville marque sa signature sur la haute colline de Notre Dame de la Garde. Sans refléter dans la mer, elle protège tous les marins des épidémies,  du sida,  des naufrages. Les footballeurs montent à la basilique avant les championnats, allument des cierges: Ô Sainte Marie, Mère de Dieu, fais nous gagner, nous respecterons les étrangers, chaque culture de ton rocher à toutes les places, de toutes les rues à la chambre la plus sombre. Les mouettes argentées s'élèvent de la mer tel un pèlerinage.  Une prière gutturale, un rire gémissant: Ô Sainte Marie, Mère de Dieu, sur ta couronne dorée laisse-nous faire nos petits besoins avant de plonger et qu'un éclair rédempteur nous garde dans le droit chemin.

 

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VII

 Derrière le port la ville change de visage. D'un côté marbre, arcade et rosace. Les buissons ardents jaillissent des murailles du fort et les grands personnages de bronze racontent l'Histoire. La foule flâne par les rues, va et vient entre les bancs et les boutiques toujours emplies. Des chanteuses d'opéra sont assises aux terrasses des cafés et les bars s'offrent aux séducteurs.

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 De l'autre coté vers le nord dans la poussière entre murs délabrés et tas d'ordures, le quartier raconte son histoire sur la place du marché : être clandestin ou non, mais renaitre en s'improvisant chaque jour alors que se manifestent la lamentation, l'indignation et la source de pertes. Pour être un homme ici, il ne faut pas courber l'échine, mais parler haut et fort ou battre le tambour ou se battre tout simplement.

 

 

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                                                                Leonor Gnos 

 

                                        ***


MARSEILLE, LUMIÈRE BLANCHE AU COU DE TAUREAU


 

 Marseille

 

Lumière blanche au cou de taureau,

 

Un ciel d’huître se tord sur la ville

 

La mer ressasse éternellement une même histoire

 

Par delà les dômes, les pylônes

 

la ville dort, au bord du vide

 

Nos nuits se peuplent d’oiseaux marins

 

Le flux, le reflux

 

Les eaux polluées de la mémoire

 

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                                               Nicolas Rouzet  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11 mai 2013

Carnet de voyage au pays des formes brèves


 

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"À quoi bon la peine de ne jamais arriver,

nous avons des ailes à nous

et une aiguille dans les mains".


 Leonor Gnos



             Au pays des formes brèves, il y a ceux qui se présentent brièvement (poètes, peintres, humoriste, passeur de mots, animateur d’atelier d’écriture…).

Au pays des formes brèves, il y a des archipels qui amènent des silences, qui créent d’autres archipels, comme des instantanés reliés dans les excroissances de la mer poétique.

 

Au pays des formes brèves, il y a Marthe qui aime bien rire, qui nous ressort des articles anciens du Scriptorium où les Scripteurs « filent aux Auffes » (ou philosophent).

           Au pays des formes brèves, il y a le célèbre adage « Nul n’est censé ignorer la loi » qui devient « Nul n’est censé ignorer la joie (poétique) ».

Au pays des formes brèves, il y a Léonor qui nous chatouille les mains avec une aiguille. Mais est-ce une aiguille à coudre, à tricoter ou celle du boussole pour nous donner un repère ?

 

Au pays des formes brèves, il y a souvent des écarts entre ce qui est lu et ce que l’on entend et des joutes s’engagent entre poètes pour savoir quel est le sens qui correspond.

 

Au pays des formes brèves, il y a des images qui tracent le temps : « une cervelle ridée ; un rail sur le front ; des jolis traits sur les jambes ».

 

Au pays des formes brèves, les calembours coulent à flots comme les mots   « Ferry-Boat » de Jean-Marc qui nous concocte une bonne traversée de l’humour : des « vaisseaux sanguins (ou sans gains) qui sont les restos du cœur » à « la drogue qui ne doit pas être l’héroïne du film » ou « la plume en colère qui est de mauvais poil »…

 

Au pays des formes brèves, il y a « la femme qui tourne en rond, qui tourne en rond dans ses habitudes, car tourner en rond est un plaisir pour les enfants ».

 

Au pays des formes brèves, il y a Patrick qui nous ramène aux générations passées, au temps de la machine à écrire et du papier carbone et fait surgir un débat endiablé en rajoutant « du temps où Dieu n’était pas encore une femme »…

 

Au pays des formes brèves, il y a ceux qui savent repérer au quart de tour si une poésie est bonne ou pas : lire la première et la dernière ligne d’un poème.

 

Au pays des formes brèves, il y a Jean-François qui fait jaillir des flammes d’émotions dans une écriture à fleur de peau qui ne se laisse pas facilement déshabiller : « les cuisses serrées de la lumière » ; « la cathédrale inversée de l’ombre ».

 

Au pays des formes brèves, il y a des textes où on sent la phrase d’un texte qui revient comme un rythme et un leitmotiv pour le vivifier, mais qui n’est rien sans les autres mots pour la porter (« je t’aime » tout seul, n’est pas de la poésie).

 

Au pays des formes brèves, il y a Lysey qui trace la gravité de l’instant dans sa sensibilité exacerbée, « comme on gravit une marche d’escalier en pensant qu’un pas de plus vient se poser ».

 

Au pays des formes brèves, il y a Gérard sur son bateau ivre qui va sur les flots, son foc s'étant tendu, le soleil revenu lui a rendu son rafiot.  

 

Au pays des formes brèves, il y a Jeanne qui fait résonner la voix de la sagesse, entre deux brèves incartades où le sens semble se noyer.

 

Et puis, il y a encore le poète nomade qui, pour faire bouger les lignes, préfère "s’en remettre aux pêcheurs de rivière", car au pays des formes brèves, les poissons-poètes font de brèves apparitions et il faut savoir les saisir au vol de notre inspiration éphémère.

 

                                                         Elisabeth H. (Lysey)



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QUELQUES HALTES EN PASSANT...

 


 

Arbre sans importance, qui surprend à l’angle d’un muret.

 

Retour vers mes jeunes pas.

 

 

 

Je t'embrasserai à pleine écorce. J’aurai accepté l’irréel.

 

 

 

 Sur les collines de Judée sourd l’âme complexe des hommes. La jonction des soleils sera le paradis des innocents.

 

 

                                                            Olivier Bastide

 

  

                                    (extrait du recueil collectif Palestines, Sillages 2012)

 


 

 

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 J’écris comme on décide par fragments. Le temps d’une lettre cachée qui me retourne vers ma naissance.

 

  Ce monde est une pluie soudaine par où tout réapprend à respirer. 

 

 Je plaide pour des utilités sans gloire et sans armure, celle des bulles de  savon, par exemple. 


Celui qui ne s’étonne plus et fonce, tête baissée, qu’advient-il de son idée saillante sous le casse-noix ?

 

  

                                                            Dominique Sorrente

 


                              (de Pays sous les continents, MLD, 2009)

 

   

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À suivre... ( voir Anthologie des Poètes de la Coïncidence)

    Poèmes de  Leonor Gnos, Jean-François Picq, Patrick Druinot,

Jean-Marc Bonnel,Gérard Boudes, Dominique Sorrente, Lysey Barrère

 

 

24 avril 2013

Au pays des formes brèves


 Intervalle  du 27 avril 2013 à Marseille

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Se laisser balbutier

par un mot juste ouvert.

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Cette fois, c'est décidé, nous ferons bref.

Et évidemment, ça prendra un peu de temps…celui d’un intervalle avec les mots.

Nous tournerons résolument le dos aux sommes poétiques, odes interminables, et autres morceaux de bravoure épiques (tous aussi admirables les uns que les autres) pour nous rapatrier vers un pays à inventer ensemble : celui du presque rien, de la parole rare, des instantanés…Pierres de ricochets, mots en plume d’ange, phrases logées dans une coque de noix, à chacun ses élans minuscules, ses travaux d’approche « minimaliste ».                                                                                                    


La littérature, et particulièrement la poésie, fourmille d’exemples de ces textes courts qui nous laissent délicieusement en suspens. Micro-fictions, aphorismes, maximes, distiques, épigrammes, vers unique… Selon notre humeur du moment rieuse ou grave, pensive ou facétieuse, à nous d’inventer nos instants de comptoir poétique, de dessiner ensemble le pays des formes brèves qui nous ressemblera, le temps d’un intervalle.

 

 

 Et l’unique cordeau des trompettes marines  - Apollinaire

 

Qui n’aura trouvé le ciel ici-bas

Le manquera là-haut -

les anges louent la maison d’à côté

partout où nous allons –

                           Emilie Dickinson (traduction Charlotte Melançon)

 

         Je voudrais être une petite souris pour voir la tête des choses quand il n’y a personne - Henri-Frédéric Blanc

 

         L'éternité, c’est long. Surtout vers la fin. Woody Allen

 

Pour participer à la rencontre-intervalle, merci de nous écrire à: poesiescriptorium13@gmail.com

 

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