24 août 2011

Intervalle de rentrée

 

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L ’assemblée générale annuelle de l’association LE SCRIPTORIUM

se tiendra le SAMEDI 3 SEPTEMBRE à 10h00

à la Maison des Jeux des Catalans, boulevard Cieussa, 13007 Marseille.

 

Selon l’usage consacré, les libations feront suite aux échanges au cours d’un déjeuner ‘pique-nique’ tiré du sac (merci à chacun d’apporter sur la table commune un plat et une boisson de son choix).

 

L’après-midi de 14h à 17h sera consacré au partage poétique lors de l’INTERVALLE de rentrée dont le thème est : Moissons d’été et chant des  sirènes.

 

Comme à chaque fois, nous sollicitons des participants deux contributions, la première, personnelle, pouvant être poème(s), fiction brève, chanson(s) ou autres de nature poétique), la seconde, consistant en un ou plusieurs texte(s) d’auteur(s)  en rapport avec le thème, que vous souhaitez partager avec les autres scripteurs.

La gratuité est de règle pour une première participation-découverte des nouveaux venus.

 

 

Cormoran.jpg

 

 

 

depuis la mer s’amasse une confusion d’hommes

cloués aux

lois pareilles à celles du premier cri

 

mêmes gouffres de temps

sertis d’or et de mythes

 

mêmes consolations

 

les astres sans cesse

accouchent casques héroïques et bouches d’enfer 

vides

 

ensemencés

où l’on croît

d’avenir et d'ailleurs

 

 

effondrements contraints

 par la langue fragile

gravée

 

infini 

 

grands oiseaux d’équinoxe

au bec dévasté de désirs

 

 

Jos ROY 

 

 

 

22 mai 2011

Au lendemain d'une escapade

C’était le Scriptorium aux champs

 

 

Avec : Dominique Sorrente, Olivier Bastide, Valérie Brantôme (Le Scriptorium), Angèle Paoli (revue en ligne Terres de femmes & Le Scriptorium), André Ughetto (revue Phoenix-Poieo-Le Scriptorium), Henri Tramoy (revue Soleils et cendre), et notre hôte, Sylvie Durbec (la Petite Librairie des champs)

 

Matin Au fil de l'eau, dans l'Intervalle de Printemps

 

 

Boulbon3d.jpgDe l’eau coule déjà sous les ponts. L’escapade du Scriptorium dans les abords du Rhône, vergers du pied de la Montagnette, au lieu-dit du Moulin Brûlé, hôte de la Petite librairie des champs, commune de Boulbon, est terminée, la poésie en bien commun.

 

Quelques jours plus tard,  le mistral rudoie les cannes et les piétons. Chacun en sa maison. Je ne sais ce que font mes compères d’hier. Dominique Sorrente se repasse peut-être le film de la journée ; d’abord, l’Intervalle de Printemps Au fil de l'eau. Nous avions plaisanté ensemble des craintes de « basses eaux » pour le public ; l’eau était de bon niveau, puisque nous étions une vingtaine pour la caravane déambulatoire dans les rues du village, accompagnés d’un facteur-joueur de limonaire, d’un Saint-Christophe, les pieds pris dans l’eau-pierre symbolisant les inondations récurrentes dues aux crues du Rhône, des murs majestueux du château médiéval, d’une étape dans un jardin miraculeux à flanc de colline, d’un Boulbonnais saluant Sylvie Durbec durant une lecture, et sans doute de quelques chats…

 

 

Boulbon4.jpgCe jour, Henri Tramoy (en photo ci-contre) m’a écrit son plaisir d’une journée de poésie en « empathie et complicité » ; Valérie a sans doute entamé la nécessaire mise en ligne mémorielle du moment ; Angèle a repris, j’en suis certain, son travail de revuiste inlassable. André, qui nous avait rejoints l’après-midi pour le débat Poésie, vous avez dit collectif ? s’est dit heureux et doit déjà se relancer pour d’autres aventures…

 

 

 

 

 

 

 

*

 

 

"Poésie, vous avez dit collectif ?" :  Après-midi - débat

 

D’emblée, je questionnai l’idée de collectif comme une condition nécessaire de l’existence de la poésie aujourd’hui, enfin m’y essayai-je ; nous étions après la pause pique-nique… Et dans le même mouvement, je relativisai  l’hypothèse en avançant que toute activité de création peut sembler assujettie  à un égal impératif.

En effet, si l’artiste, la plupart du temps, crée dans un cadre solitaire, cette solitude  est écornée par des tentatives de création partagée, assez fréquemment ; plus fondamentalement, tout art n’a de sens que dans un lien social comme source et réceptacle de l’œuvre. Le cadre, poétique, du débat, aurait donc pu paraître de maigre pertinence, à quiconque aurait préféré élargir la réflexion au contexte artistique général. Mais nous étions fervents-férus de poésie, tenions nos poètes-débatteurs ; il nous restait donc à bien vouloir considérer notre débat dans son cadre particulier, celui d’une rencontre entre cinq expériences, celles du Scriptorium, et de ses invités, l’association Poieo de l’Isles-sur-la-Sorgue, de la revue Phoenix,  de la revue Soleils et cendre, de la revue en ligne Terres de femmes.

Boulbon18.jpg

 

Autour de la table, il y avait maintenant une bonne trentaine de convives, connus, Hélène Sanguinetti, Paul de Brancion (que me pardonnent ceux,/qui tout autant connus /restent ici anonymes /de moi seul méconnus…), inconnus (Ô vous mes frères inconnus / qui comme moi parlez/ mais n’êtes point connus…), tous attentifs, réactifs parfois, aux propos, questions et réponses échangés entre les principaux protagonistes :

 

-          le Scriptorium, ou un poète explorateur des possibles rencontres poétiques, Dominique Sorrente, et un collectif se redéfinissant lors de chaque événement (ce 14 mai, cinq membres), afin de faire vivre la poésie de la manière la plus sensible ;

-          les Solicendristes et Soleils et cendre, un groupe de poètes au service de l’écriture poétique dans le sens politique d’une appropriation de la création par tous ;

-          Poéïô un collectif associé d’artistes et d’amateurs de poésie partageant leur passion au fil de moments divers, riches et conviviaux ;

-          Terres de femmes, une femme, Angèle Paoli, souveraine des mots, deux hommes aux manettes informatiques (Yves Thomas) et photographiques (Guidu Antonietti Di Cinarca), pour un trio revuistique au sein d’un extraordinaire réseau virtuel et humain

-          Phoenix*, fille d’«autres suds», parvenus grâce à un collectif de rédacteurs et de poètes têtus oeuvrant pour l’une des plus belles revues françaises.

 

Alors, Poésie, vous avez dit collectif ? Oui, mais de manières bien différentes comme l’exposent ces cinq projets, tous aussi ambitieux et exaltants, tous aussi parfaits, c’est-à-dire absolument tendus vers leur objectif. Le collectif, tel qu’il se précise chez chacun, en est le moyen et la conséquence.

Ainsi que je le soupçonnais d’entrée, cela n’est peut-être pas le propre de la poésie, mais plus le propre de toute activité à dimension sociale. Le poète n’existe que dans son rapport au monde ; il est en son sein et, partant de là, se doit de faire partie d’un groupe, d’une action, d’un projet, d’un collectif plus ou moins structuré, large, restreint, fermé ou variable, qui l’accepte, qui lui donne sens, qui le tienne en vie….

Vivent les poètes et la poésie !

 Olivier Bastide

 

* Phoenix, héritière de la revue Autre Sud, elle-même dans la suite de Sud.

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  • Album – photo de la rencontre ICI

  • Voir aussi Poèmes Au fil de l’eau

  • Légende des illustrations ci-dessus :  

    1-  Cohorte poétique par les rues de Boulbon & le Capt’ain Dominique Sorrente 

    2-   Henri Tramoy lisant devant la bibliothèque

    3-   À la Petit Librairie des Champs : autour de la table, de G. à D., Angèle Paoli, Dominique Sorrente, André Ughetto, Henri Tramoy, Olivier Bastide

     

     

 

12 décembre 2010

Retour sur terre

 

Chat-poète.jpgLa rencontre intervalle d'automne ELÉMENT TERRE s'est déroulée le 27 novembre dernier à la salle Tempo-Sylvabelle à Marseille.

 

Avant d'entrer dans l'heure du Feu (prochain rendez-vous du Scriptorium en janvier), retour sur ce moment et quelques morceaux choisis.

 

Un intervalle ? Ce n’est pas un atelier, ni une conférence, ni une simple lecture. Mais plutôt un moment à part, prélevé sur la vie quotidienne, fait de partage et d’interactivité où les textes se croisent et se répondent. La rencontre de ce samedi 27 novembre, dans la salle Tempo-Sylvabelle, s’inscrivait  dans le cadre d’un cycle consacré aux éléments, où il était question de «terre». Près d'une quarantaine de participants, dans un bel éventail de générations, avait pris place autour de la table des scripteurs. Comme à chaque fois, l’intervalle a misé sur l’équilibre entre création et transmission, expressions des voix présentes ou représentées, et textes d’auteurs, nourrissant des échanges d'une belle richesse, entre humour, sérieux et émotion.

 

 

L’élément terre, medium de la rencontre, a pu ainsi se décliner en différents itinéraires : terre immédiate et secrète, enfouisseuse et nourricière, sédentaire et nomade, stable et tremblante,  surface et profondeur.  Terre déclinée de mille manières, où il fut question de musique, d'art, de traduction littéraire et de rythme, sans oublier la part d’inconnu qui détermine aussi notre relation à l'élément. On a pu entendre Martial Teboul, à travers deux extraits d'une série de vingt textes dédiés à la terre, scandant ses appels du « je » intime,  Leonor Gnos, en phrasé musical d'un poème-prière, en alternance de ton avec "La terre est couleur marron" de Christophe Tarkos, Patrick Druinot dans son évocation du voyage de l'ombre vers la lumière, Thérèse Basse, contant une légende navajo, chant de "L'esprit de la terre"et Philippe Deniard dans un sonnet dédié à la terre généreuse du cultivateur.


Florence  lit 2.JPGAux côtés des scripteurs se sont jointes au partage des voix nouvelles, comme celles de Florence Gamet prêtant sa latinité à la version originale du poème "La terre" (1) de Pablo Neruda, en écho à Dominique Sorrente pour la version française, Michel Tabau dans sa lecture et sa traduction d'un poème d'Heinrich Lerch, Daniel Labedan, en approche de Terre sous l'angle de l'humanité et de la modernité, et retransmettant la voix singulière de Sophie G. Lucas (2). Entre autres îlots de poésie,  Thérèse Defresne emmenait l'assemblée vers l'horizon de la Grèce et Brigitte Lemaire-Sicre modelait ses mots autour du travail du potier.

 

 

À mi-parcours, Marien Guillé proposait une création originale en compagnie de Mathilde Audin, performance entre lecture et mouvement, à partir de ses mots en consonance avec ceux de l'écrivain Dominique Sampiero.

 

Les absents avaient aussi leur place, dans cette tradition instaurée du groupe qui veut que le partage de parole s'étende aux scripteurs hors les murs, confiée à la voix des présents, donnant à entendre les compositions d'Angèle Paoli, d'Olivier Bastide, de Françoise Donadieu. Une façon pour de nouvelles voix aussi de transmettre les mots d'amis inconnus.

 

Groupe intervalle Script 2 automne.JPG

 

 C’est la terre.

 ne lui demandez rien de plus, avait annoncé le poème de Dominique Sorrente.

 

 

Après trois heures pleines de ces paroles croisées, l’intervalle se refermait, convaincu de la fertilité à vivre à plusieurs l’humus, toujours remuant, qui ici, « entre gouffre personnel et jubilation de nommer » s’appelle poésie.

 

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 Album-photo de la rencontre en cliquant sur l'image du chat-poète : 


  • (1) P. Neruda, extrait du recueil Les vers du capitaine 
  • (2) Moujik Moujik, Sophie G. Lucas (Éditions des États civils, 2010)
  • Quelques poèmes de la rencontre ICI

 

14 septembre 2009

Accostage de rentrée

Septembre, au Frioul

 

 

                Abordage, quarantaine, port d’attache… tout cela à la fois. Les scenarii les plus divers, depuis les boat-people en passant par la fidélité de notre hôtesse, jusqu’à la grippe porcine, auraient pu illustrer le titre donné à l’intervalle du Scriptorium. 

Ce début de  Groupe Scripteurs (DV).jpgmois de septembre mal nommé septième,  puisqu'en réalité neuvième de l'année, évoque les vendanges, la rentrée des classes, un parfum de nostalgie l'accompagne... Le 5 septembre à Marseille, la nostalgie était balayée par un vent vigoureux tellement que notre hôtesse Adrienne Mequin sur son île de longues heures a craint  qu'il nous faille renoncer à notre traversée.   Les vagues ont salué notre équipée comme il se doit, généreusement, à leur façon pirate de nous narguer. Relever le défi était bien à l'ordre de notre jour, il nous fallait mener à bien plusieurs missions, dont l'assemblée générale de l'association où les bilans, moral et financier, ont été approuvés à l'unanimité. Je ne reprendrai pas le déroulement des opérations (qu’on peut retrouver sur la page de l’agenda), toutes les étapes ont été respectées et chacune nous a apporté son lot d'échanges, de discussions, de propositions, moments denses et concentrés, où chacun a pu faire la preuve de la bonne santé de l'association, chacun acceptant de jouer le jeu, c’est à dire d'assumer une tâche au sein des triades définies afin de piloter les divers chantiers et projets que le Scriptorium a l'ambition de proposer à ses membres comme au public.

 

Me mettant dans la position de celle qui expose et témoigne, une question à présent  me traverse l’esprit : c’est quoi au juste rapporter ? Quelles choses à dire sur les êtres, sur les faits, quelles idées générales dégager de la somme des émotions, des rires, des éclats de voix et des remarques notées-entendues...? Je gage que touchés chacun à notre façon nous l’avons été par la grâce de certains instants ne serait-ce que face au paysage somptueux qu’offre le lieu,  ou par la découverte de trois nouveaux membres de l’association, grâce et privilège des premiers échanges que nous vivons lors d’une rencontre. Mais aussi dire la bonhomie du partage,  l’amitié contenue joyeuse  dans les taquineries ... c'est quoi le courant qui passe, la sensation d'avancer comme jamais peut-être il ne nous avait été donné de le faire depuis dix ans... car le Scriptorium fête cette année son anniversaire,  l'âge de raison est passé, la pré-adolescence pointe son nez à l'horizon du paysage poétique avec son blog né il y a un peu moins d'un an, avec huit directions de projets et chantiers pour que chacun puisse explorer son terrain de prédilection et offrir ce qu’il sait ou aime le mieux.  

 

Cette séance de rentrée aura mis en évidence des potentiels et des ouvertures considérables, capables de soulever l'enthousiasme des plus pessimistes (timorés, réservés ?) ... tous les germes sont là, et nous sommes tous conscients qu'il nous faut à ce stade de la partie,  transformer l'essai. Pour cela  rendez-vous est pris  pour le 3 octobre, un nouvel intervalle nous verra réunis autour des thèmes du mouvement infime de la danse. Les danseurs contemporains japonais comme les traditions japonaises du Haïku et de l’Ikebana nous aideront à poser la question (et ressentir) du mouvement dans l’immobilité, c’est à dire faire l’expérience profonde bien que minimale, de l’essence du vivant. 

 

Béatrice Machet 

 

 

 

 

Autour de la table, les textes en lecture croisée ont restitué pour chaque scripteur sa traduction du thème retenu, avec en supplément cette approche particulière du rapport à la coïncidence, qui qualifie la démarche  des poètes du Scriptorium.   Qu'ils soient célèbres ou  moins connus, la palette des auteurs évoqués en contrepoint des productions personnelles a livré une belle richesse et d'étonnants  contrastes :  Jacques Prévert, clin d'oeil de Jeannine Anziani,  F-R. de Chateaubriand, dont notre hôtesse Adrienne Mequin a choisi de lire un passage du chapitre II des Mémoires d'outre-tombe, Fernando Pessoa en son Accostage, cité par André Ughetto, un extrait de Vents de Saint-John Perse lu par Olivier Bastide.  Ainsi qu'une ouverture sur quelques poètes, dont pour la plupart, nous partagions pour la première fois la parole, tels que José Gers, artiste, écrivain belge du début du XXème siècle, Yannis Ritsos, Jean Bouhier et Déborah Miranda, poète indienne d'origine Esselen, à laquelle Béatrice Machet a tenu à rendre hommage.

 

 

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© Ph. Elena Berti

 

 

 

Port d’attache

 

                Ouvert sur les arcanes de l’inconnu     

                Lieu nourricier de l’âme dans l’odyssée des jours

                 

Faire éclore dans la mémoire des eaux

Un futur en germe à l’envers du geste

 

 

Sortir du temps jusqu’aux cigales

Libre rive     

Port sans attache

 

 

 

Geneviève Bertrand

 

(extrait de Port d'Attache. 

Texte intégral  ICI )

 

Retour au port

 

 

Bientôt l’échine de la jetée

fixera la fin du périple

L’auréole des collines

camoufle la cible

Finis le plus loin et l’encore

Le ressac broie les mirages

Solidaire du quai

l’anneau guette l’amarre.

 

 

Jean Bouhier

 

(extrait de Fortune de mer,

coll SUD n°14 / supplément à la Revue Sud)

  

*

Pour clore la rencontre sur l'île, les scripteurs et le public invité se sont rassemblés dans l'ultime partage du jour pour une lecture sous les colonnes du temple-chapelle. Dans la lumière du couchant, les voix des quatre lecteurs, Béatrice Machet, Jeannine Anziani, Olivier Bastide et Dominique Sorrente se sont élevées, claires et hardies malgré un Mistral véhément ! Entre Shapeskeare et Leonard Cohen en passant par Paul Fort, les écrits de chacun, présents mais aussi absents du Scriptorium qui avaient confié leurs mots, ont trouvé leur place au grand air de la poésie.

Prochain intervalle le 3 octobre 2009 : " Mouvements infimes " (danse et poésie). Programme et informations bientôt dans la rubrique Agenda du blog.

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  • quelques-uns des poèmes du jour dans la rubrique Feuillets de poésie
  •  album-photo de la rencontre         
     

 

12 juillet 2009

Coudoux : le chapitre est écrit

 

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Un 4 juillet à plusieurs visages: à Monaco, ce sont les premiers coups de pédales du Tour de France cycliste. En Suisse, on apprend la mort du président mécène de l’Olympique de Marseille, Robert Louis-Dreyfus. Les Etats-Unis d’Amérique célèbrent l’Independence Day…C’est ce jour-là que le Scriptorium a tenu Chapitre, à Coudoux, entre cris de cigales, bouffées d’air chaud et jazz nougaresque, en hommage aux cinq ans de la disparition du chanteur.

 

Temps studieux de la matinée propice à la mémoire des années passées, à l’évocation des instants intenses ou précaires, à la qualification des projets en cours, au rassemblement des énergies, en prévision d’une saison prometteuse. Puis ce fut l’heure du gâteau des dix ans où le souffle commun des poètes fut gentiment mis à l’épreuve.

Ralentir-travaux.jpgL’intervalle, cette formule spécifique des réunions intra-muros des scripteurs, qui avait été baptisé « ralentir, travaux » fut l’occasion de croiser lectures et écoutes. « Ralentir, travaux », en clin d’œil à l’exercice commun pratiqué par le trio Char, Eluard, Breton en leurs jeunes années ; « Ralentir, travaux » pour signifier aussi le tempo revendiqué par le Scriptorium, dans son aventure de sémaphore fantasque, alternant fulgurances et retraits, surgissements et décélérations…

 

C’est encore en « Poèmes pour garder le tempo » que fut donné le ton jazzy de la soirée.

Dans le superbe parc du château de Garidel, dévolu aux Estivales, ce temps fort de la vie culturelle de la Commune, le Scriptorium fut invité à proposer ses voix de poésie, en solo ou en chorus, entre timbres de l'ensemble Nougarue et accents d’opérette. Il faut saluer ce beau geste de confiance, préparé de longue date par notre hôtesse coudoucenne, Geneviève Bertrand qui partagea avec les autres poètes (Jeannine Anziani, Béatrice Machet, Patrick Druinot, André Ughetto, Dominique Sorrente ) parole solo et morceaux en chorus. Si la concurrence des cigales fut parfois déloyale, les crapauds limitèrent leurs démonstrations expansives, et les vénérables platanes se joignirent au public pour les applaudissements de rigueur.

 

Le Chapitre à trois temps pouvait se clore sur cette nuit de bel été, ouverte à tous les poèmes.

 

Rendez-vous le samedi 5 septembre à Port-Frioul pour la rentrée.

 

 

 

 

13 janvier 2009

Poésie et convivialité à la table

 
podcast

 

POESIA AL DENTE…

 

Samedi dernier, la neige qui avait transformé le quotidien des Marseillais durant trois jours a fait ses valises. La Corniche retrouve son paysage entre le vert des plages et le dialogue des bleus, mer et ciel. De son imposante salle à l’étage, Le restaurant vénitien, Il Palazzio, sur la Corniche, abrite les scripteurs pour la rencontre-intervalle « Poesia al dente », consacrée à la poésie italienne. Muni pour la circonstance de mon carrousel de drapeaux européens, héritage de conférences passées, j’ai  placé la flamme italienne, vert blanc rouge, au centre du dispositif du moment. Le Scriptorium en ses Intervalles est un lieu-dit fait pour la rencontre de l’autre, la mise en veilleuse des ego, l’appel à la curiosité bien placée, le goût d’une vie hors-les-murs, en quelque sorte…Il Palazzio est propice à cet exercice de dépaysement littéraire.

En ce jour, André Ughetto sera notre guide éclairé pour nous emmener en voyage dans la poésie italienne d’hier et d’aujourd’hui. L’invention du sonnet en Sicile, puis les figures de Dante et de Pétrarque sont les pièces fondatrices du propos, les « deux piliers d’entrée » d’une présence italienne en poésie. Dante ouvre la poésie du récit, le rythme narratif, l’installation d’une architecture du temps ; Pétrarque, au contraire, est approché audacieusement par Ughetto comme le créateur d’une « poésie sérielle », faite de moments qualifiés, même thème et multiples variations.

On s’attarde un moment sur une seconde opposition, celle du Tasse de la Jérusalem délivrée et sa veine héroïque contre celle de l’Arioste avec la parodie du poème chevaleresque de l’Orlando Furioso. Les plats de poissons réclamant qu’on leur fasse à leur tour honneur, on remonte l’histoire en un rythme qui s’accélère. André Ughetto insiste sur l’admirable Alfieri au tournant de la période de la Révolution française, puis ajoute à cette constellation la figure décisive des Canti de Leopardi et des Tombeaux de Foscolo, que  l’immense tâche de traduction de Michel Orcel nous a permis de découvrir dans les années quatre-vingt. Avec l’avènement de l’unité italienne, et l’entrée dans le XXème siècle, les poètes surgissent un à un dans l’évocation partagée des convives présents. L’invraisemblable d’Annunzio, le péremptoire Marinetti et ses visées futuristes, et comme une figure inversée en creux, l’œuvre de Sbarbaro. Nicolas Rouzet évoque cet auteur insolite, retiré, spécialiste des lichens, dont l’œuvre est concentrée sur deux ouvrages « Pianissimi » et « Rimanenze » auxquelles  les traductions de Jean-Baptiste Para nous ont fait accéder.

                                           Tablée Al dente.jpg

            La promenade italienne fait une halte circonstanciée en Ligurie et plus particulièrement à Gênes, un des lieux les plus remarquables de la création poétique italienne d’hier et d’aujourd’hui. Qu’on songe à l’ombre tutélaire de Montale, au travail de redécouverte personnelle des mythes de Giuseppe Conte (Villa Hanbury & autres poèmes), aux accents colériques d’un Bruno Rombi (Huit temps pour un présage) et à cette intense activité déployée par Claudio Pozzani, ce « débusqueur de rêves » (selon les mots d’Arrabal), fondateur de la Maison Internationale de Poésie de Gênes et de plusieurs festivals dans le monde.

Rome sera un moment saluée avec le groupe des poètes de la Métamorphose, et le regretté Fabio Doplicher, victime de la canicule de 2003, dont l’hermétisme formel correspond d’abord à un souci de ne pas donner prise au pouvoir de l’ordre fasciste, cet épisode obscur de l’histoire de l’Italie du XXème siècle qui trouble encore sa conscience.

On s’arrête à présent sur deux voix contemporaines de femmes poètes. L’une est Lucetta Frisa,  dont Sylvie Durbec, qui n’a pu participer à notre intervalle, a mis à notre disposition certains poèmes en version bilingue. La voix de l’autre, Antonella Anneda, nous est apportée grâce aux partages d’Angèle Paoli, notre scriptrice du Cap Corse, qui avec beaucoup de pertinence nous ouvre à l’écriture de cet auteur, dont l’île sarde de la Maddalena « un’ isola nell’isola » constitue l’épicentre.

Durant tout ce parcours, c’est Elena Berti, danseuse devenue ici chorégraphe des mots, qui nous fera entendre la présence de la langue italienne, avec une belle justesse de timbre, restituant ce juste équilibre entre l’instinct du chant, le goût de la phrase parlée et ce désir sans cesse de mots qui portent une pensée toujours en mouvement.

L’Italie en poésie ressemble à un territoire de plus en plus immense au fur et à mesure qu’on s’en approche, un continent aux variations dialectales subtiles, une mine pour le lecteur curieux qui aimera croiser l’expérience d’une vie et celle d’un lieu d’ancrage. Le Trieste de Saba, la Sicile de Quasimodo, le Frioul de Pasolini, les stances du Funiculaire de Giorgo Caproni, le trop ignoré Sandro Penna, l’insistant Mario Luzzi, la liste ne cesse de s’étirer comme dans une conversation qui aurait choisi le déploiement plutôt que la maîtrise…

Et d’autres noms qui me sont chers se bousculent dans le plus absolu désordre, l’étonnant Dino Campana de jadis en ses poèmes orphiques, les poètes d’aujourd’hui comme le subtil Fabio Scotto ou le rigoureux Daniele Pieroni, et encore l’inclassable Leonardo Sciascia dans ses Fables de la dictature…On n’arrête pas une poésie qui gagne à être fréquentée  encore et encore.

Le vin blanc, Lacryma Christi, aurait-il délié les pensées ? Un moment, nous tenterons  de cerner  quelques particularités de la pratique poétique dans l’Italie contemporaine. Périlleux exercice…Une attitude est mise en exergue : celle d’embrasser l’actualité, sous toutes ses formes. Et aussi, une poésie où la pensée ne perd jamais ses droits et ses devoirs de former par les mots une véritable pensée du monde, empreinte d’humanité.

La figure de Piero Bigongiari est venue au bout du voyage, comme présence de l’hermétisme florentin,  mais aussi comme lieu d’un séjour attendu vers les Remparts de Pistoia où le Scriptorium projette de se rendre pour une de ses visites « hors les murs »…

Mais « Travailler fatigue » n’est pas que le titre d’un livre de Cesare Pavese sur lequel Nicolas Rouzet s’attarde en parlant de San Stefano. Il est près de trois heures de l’après-midi ; un concert de chant choral est encore au menu du soir à l’église d’Endoume. Nous irons de la voix parlée à la voix chantée, comme naturellement, avec nos façons italiennes d’interpréter la vie.

Daniel Vincent délivre un texte du Balisage de Phoebe, intitulé « Marseille 1950 ». « La plage du Prado était encore à l’état naturel, elle avait le profil que le temps lui avait donné …». Par cette simple évocation, l’adepte de l’amitié, aujourd’hui hospitalisé, se fait ainsi présent parmi nous.  Un dernier verre, et la parade sur la Corniche de l’indispensable vespa d’un scripteur signent la fin de l’Intervalle « Al dente ».

Nous repartons dans la joyeuse dispersion des moments accomplis en emportant en viatique la citation de Pavese, prélevée par Nicolas Rouzet,  de son journal en date de 1937: « Comme les grands amants, les grands poètes sont rares. Les velléités,  les fureurs et les rêves ne suffisent pas ; il faut ce qu’il y a de mieux, des couilles dures. Ce que l’on appelle également le regard olympien ».

La sculpture d’Amado dédiée à Rimbaud, à quelques mètres de notre rendez-vous n’a rien perdu de toute la scène et de ses propos. En passant devant elle, j’entends comme une injonction riante à l’adresse de ceux qui en appellent au regard olympien et aux couilles dures: «  Travaux pratiques à suivre ».

 

Dominique Sorrente

 

Giorgione La tempesta.jpg

Giorgione, La tempesta (1502-1503)

 Huile sur toile, 82 × 73 cm

Galerie de l'Académie, Venise

 

 

 Tempesta ITA.jpg 

La tempête

 

 

Mon rêve d’aujourd’hui est un décor :

maisons vides plantes peintes

attendent les hommes et le vent.

Il y a un pont qui relie les deux rives

comme le temps dévoile

un regard à un autre.

Dans l’air le mien s’égare s’il n’aborde pas

une lumière de femme, si une guerre

ou une grande chimère ne l’agrippent pas :

alors seulement le paysage,

depuis le fond s’avançant,

se désenchantera, le désordre violera

la grâce immobile des gestes –

et je sombrerai dans un autre rêve.

 

 

Lucetta Frisa

 

Extrait de Punto di fuga / Point de fuite

                      (traduction  Sylvie Durbec)

 

 

 

 

 * * *

 

Quelques lectures et précieuses traductions :

- Dino CAMPANA, Chants orphiques (traduction de Claude Galli, édition Via Valeriano, 1992)

- Hughes LABRUSSE, Renzo MILANI, André UGHETTO, Anthologie Promenades en poésie italienne en 33 auteurs (Sud, 1984)

- LEOPARDI, Chants / Canti [traduit par Michel ORCEL,  Flammarion, Paris, 1995 (rééd. GF, 2005)]

- Bruno ROMBI, Huit temps pour un présage (Autres Temps, 2004)

- André UGHETTO, Le sonnet, une forme européenne de poésie (Ellipses,  2007) ; Les poètes de la Métamorphose (Sud, 1992  )

- Piero BIGONGIARI, Les remparts de Pistoia, traduit par André Ughetto en collaboration avec Philippe Jaccottet (Édition La Différence, 1994)

- sur Antonella ANEDDA, voir pages dédiées sur Terres de Femmes   

- sur Lucetta FRISA (éléments biographiques en italien)

 

 * 

« On ne se souvient pas des jours,

on se souvient des instants.»  

 

 Cesare Pavese (Le métier de vivre)

 

Au moment où nous partagions ce moment de poésie italienne, notre ami Yves Ughes (mais nous ne le savions pas encore) perdait son épouse qu'il avait accompagnée depuis plusieurs mois dans sa terrible maladie.
C'est donc  à Nicole et à Yves, un familier de l'oeuvre de Cesare Pavese, que nous dédions rétrospectivement cet instant italien du Scriptorium.

        Dominique Sorrente

 

02 décembre 2008

En malle de Légende V

 

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Au Scriptorium... de Marseille !

 

 

Depuis l’enfance, je ne connais pas le Vallon des Auffes. Ni les Catalans. Enfin, je ne connais pas… je connais bien un peu. Comme un touriste.

Un de passage. Il y a peu, je me suis assis dans un cabinet de pédiatrie du boulevard Cieussa ; maintenant, je suis, par intervalles, du quartier.

Mon accent vauclusien me fait immanquablement reconnaître pour quelqu’un du nord, moi qui suis du sud jusqu’à la moelle… mais j’ai vu les amarres des pointus depuis le haut du pont, alors… La dernière fois, c’était dans une maison de jeux municipale. Une curiosité. La prochaine, chez des retraités, peut-être… L’écritoire des poètes est  nomade, enraciné dans un périmètre dont l’horizon maritime tranche avec le bitume.

Quelque part, quand je rejoins le Scriptorium, je vais à Marseille, chez Doumé… J’aime ça ! J’attends mon premier pastis sous la Bonne Mère ; mon poème suivra !

 

 

Olivier Bastide

 

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30 novembre 2008

En malle de Légende IV

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Un samedi aux Catalans

sous la houle de novembre

Intervalle gagnant 

 

 

 

On entre. Pas besoin de défalquer ou de disjoindre. On entre, rien de plus. Et ainsi on devient habitant.

 

Il convient ensuite de trouver sa place, veste habillant un dossier de chaise, objets placés en devanture, mots en friche, humeurs pleines. Chacun à sa table, à son plan d’écritoire, son territoire intermittent. Beau désordre… Il fait un temps propice à la déverse, mais pour l’heure, ce qu’on réclame est de la retenue. Un silence à mâcher avant toute profération.

 

Alors survient la première injonction : « Je vous invite à poser la pensée de l’instant qui s’impose à vous à ce moment de la journée. Sans jugement ni crainte, avec ce qu’il faut d’attention aux mots qui vont s’écrire sous votre main. Concédez pour cette pratique improbable et fertile les ratures qui traduisent votre condition, les élans géants et minuscules de la dernière-née de vos visions du monde, votre style, en quelque sorte, parti bravement à la recherche de son ombre. Cette pensée vous accompagnera durant tout le séjour ; de plus, elle rejoindra les autres habitants qui ont fait, chacun à sa main, le même geste du dedans. Ici, pas de cabinet noir définitif, la veilleuse allumée, la bouche en feu, et voilà… »

 

La seconde injonction naîtra un peu plus tard : « À présent, soyez copistes de quelques phrases qui vous ont précédés. Certes, vous êtes de la première importance, mais est-il inconvenant de penser que d’autres vous ont devancés dans cet étrange exercice d’une suite de mots à aimanter ? Graine de précurseurs, vous leur ressemblerez demain. Placez-les donc sous votre main comme si ainsi vous les remettiez en chemin de première création, comme si par vous leur existence en quelques vers se remodelait. Des poèmes jadis vous ont ouvert le pas. L’un vous fait signe ici. Vous avancez dans la  rondeur de ses lettres. Vous pratiquez la main d’écriture qui vous relie à votre enfance, où copie n’était pas geste interdit, mais forme unique de bonheur imagé. Cela se passa avant l’invention de l’imprimerie ; cela se passera après...»

 

C’est le temps de l’œuvre aux couleurs, les habitants donnent de leur silence non entendu.

Ils font la courte échelle d’un poème à l’autre. Sourire en coin, sueur en prime, faut-il qu’il leur en souvienne… Les âmes muettes exécutent leur partition.

 

Quand tout cela est fait, vient le moment de rapporter en paroles croisées, découvrir sous l’empan des heures l’écho imprévu du voisin, toutes ces bribes de conversation à ciel ouvert. Les deux encrages, pensée d’instant, poème copié, ont trouvé leur séjour, dans ce petit monde d’intervalle qui glisse à présent à son rythme.

 

Plus tard, les habitants ont redoublé de mots, jeté d’étranges sonorités, appelé l’apprentissage du souffle à la rescousse. Insolite bruitage, chorus de ces périodes. Un beau tapage a fertilisé le hors - champ.

 

Puis quelqu’un a crié le mot « terminaison », et le mouvement du ressac final est venu.

 

- Faut-il partir l’un après l’autre, chacun dans son siècle, ou tous dans un au-revoir d’unisson ? a demandé le plus fugace.

 La réponse s’est perdue dans un coup de vent imprévu.

 

- Mourrons-nous ensemble ou séparés ? a risqué une voix chanterelle entre ferveur et anxiété.

 

- C’est donc l’heure de passer à table ! a fait la boutade assurée, avec son talent de gourmande.

 

Décidément, il est dit en ce lieu éphémère qu’aucune dispersion ne ressemblera jamais à la précédente ni à celle qui vient.

 

Ainsi vont les géométries poétiques.

 

Une mallette ouverte a pris son rôle devant la porte. Chaque habitant, avant de rajuster son chapeau et de franchir le seuil, avant même de tomber dans le caniveau bras dessus bras dessous ou de gagner au loto un soir d’orage, a déposé dans l’urne favorable, autrefois emplie de dives bouteilles, des traces de son passage. Sur le couvercle, les yeux avertis ont appris à lire : « Obole pour la perte ».

 

- N’ayez pas peur de cet adieu. Quelque chose s’est accompli comme une mue de lézard blanc. Un de mes acolytes passera demain pour secouer l’ensemble de vos travaux, voir ce qui peut survivre au tamis de la relecture. Le monde peut à présent reprendre son récit… Faites cependant attention à la marche en sortant du poème,  a ajouté l’ange des parenthèses.

 

 

 

Dominique Sorrente

   

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29 novembre 2008

En malle de Légende III

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Séance de   Wani wetu yi  (lune de l'hiver qui commence)

 

 

Août était venu, et filait vers sa fin abandonnant au soir un peu de fraîcheur, tellement appréciée, quand les dernières cigales, après un dernier adieu au soleil tombé, se taisaient et que la brise parfois venait caresser son épiderme par ailleurs toujours promis, toujours épousé par  les courants de la rivière cévenole qui bordait ses vacances retirées.

Elle s'était mise en route répondant à l'appel du rêve, tendue vers un accomplissement dont l'étape première serait de vivre cette soirée sous l'arbre. Et elle avait gravi le chemin parmi les yeuses jusqu'à l'aire consacrée, accompagnée de ses partenaires, quelques membres choisis du clan du Scriptorium venus de Marseille fêter l'anniversaire de leur ami peintre, héros de cette soirée dédiée à la poésie. Des tables dressées, des livres exposés, attendaient les protagonistes. Octeonda arriva donc, et aussitôt elle entendit :  « Sois la bienvenue ma soeur…»

 

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Une femme mince qu'elle trouva grande et bien campée sur ses jambes se trouvait en face d'elle, qu'elle ne connaissait pas, et qui avec aisance l'accueillait comme si depuis toujours elles s'étaient côtoyées.

« Sois la bienvenue ma soeur » répéta la brune inconnue. « Je suis heureuse de te voir, oui tu es surprise c'est évident, mais nous sommes vraiment soeurs. »

Quelque chose de l'acier dans le bleu de l'oeil d'Octeonda luttait entre le sourire et l'angoisse. Mais elle ne perdait rien de son allure altière et de sa dignité.

«Tu me vois grande ma soeur, mais mesurons nos tailles veux-tu.»

 

 

Dos à dos, elles prirent contact et s'appuyèrent l'une contre l'autre. La brune était la plus petite. «Tu vois  mon aînée, rien de bien impressionnant à la vérité».

Elles finirent par s'assoir côte à côte et la lecture des poèmes démarra.

Octeonda avait le sentiment que la brune captait tous les regards, que sa voix allait toucher profond le coeur de l'auditoire, que rien n'ébranlait sa calme assurance, elle savait, elle parlait, elle souriait, elle riait même, rien ne semblait pouvoir gêner ses mots au sortir de ses lèvres. Octeonda ce soir là avait confié la lecture de ses textes à Tania, comédienne de métier, elle n'oserait jamais ce que la brune lui semblait si bien réussir.

La nuit venue, l'assistance éparpillée, le repas commun consommé, brune et blonde se retrouvèrent dans le même logis, comme il était normal pour deux soeurs. Octeonda cette fois prit l'initiative :

«D'où tiens tu que nous sommes soeurs, comment peux tu le prouver ?»

Alors la brune raconta son histoire qui coincidait avec ce que la blonde savait de sa propre vie, puis elle dit:  «Chantons, veux-tu ?

 

 

Volez, volez mes beaux oiseaux 

toujours plus vite devenez mots

sur  l'herbe verte, sur le sentier

ou sur d'une scène le plancher

toutes deux réunies bientôt

nous tresserons lierons nos mots femme qui change l'a dit,

dans l'harmonie nous irons, dans la beauté nous marcherons, conclua-telle.

 

 

«Mais quel est ton nom» demanda Octeonda

- Je suis Owankte, ta ressemblance secrète, ta soeur qui joue de la différence.

- en qualité d'aînée, je souhaite te voir intégrée au clan du scriptorium

- en qualité de cadette j'accepte avec joie d'y  faire escale.

 

Et c'est ainsi que les deux soeurs désormais font route ensemble pour participer aux cérémonies du Vallon des Auffes, là où le clan du Scriptorium accomplit les rituels sacrés offerts à la coincidence .

 

 

 

Béatrice Machet

 

 

en mémoire d'un jour d'été à Oppède le Vieux

27 novembre 2008

En malle de Légende II

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Entrés dans La Légende

 

Ici sévit.jpgEn ce 22 novembre 2112, l’air doux câline le ciel clair. Sans rudesse, Gyptisia pose son aéronef aux reflets métallisés à l’angle du boulevard de la Poésie, anciennement boulevard Cieussa. Curieux prénom celui de cette jeune femme, n’est-il pas ?

          La raison en incombe à la mode marseillaise période 2100 prénommant en référence grecque avec terminaison en a, o  ou en  i.

Gyptisia, Protiso, Pytéasi claquent à l’envi.

 

Gyptisia est guide touristique. De son aéronef une dizaine d’aborigènes australiens aux tenues bariolées émergent émerveillés  et tels des confettis un jour de carnaval s’éparpillent sur la placette tiède du tendre soleil de fin d’après-midi.

Gaiement les visiteurs se sont mis à jouer à saute-mouton. L’aimable guide fouille méthodiquement son immense cabas en fibres de palmier. Où diable est passée son arme sacrée, son minuscule harmonica doré ? Ah, elle l’a trouvé.

 

Premières notes égrenées, miracle, le groupe sagement se reforme :

-  Chers touristes, veuillez brancher vos traducteurs s’il vous plaît. Nous voici devant le musée des rimeurs, rimailleurs, auteurs ayant vécu dans notre solaire métropole au début du 21ème siècle. À l’époque ce lieu était une salle de jeux et de rencontres…

-  Rencontres, olé-olé sexy, yé, s’exclame en français approximatif un aborigène en bermuda de polyuréthane expansé pistache chemise transparente et chapeau mandarine aux plumes vert fluo.

- Merci ne pas m’interrompre je vous prie, avertit fermement la jeune cicérone avant de poursuivre. Non pas rencontres olé-olé, rencontres li-tté-rai-res. Maintenant nous allons entrer et je vais vous demander un peu de recueillement.

 

Les hommes et les femmes aux vêtements bigarrés se prennent alors par la main et respectueusement s’inclinent à tour de rôle avant de pénétrer à l’intérieur du petit musée.

 

Une aventure poétique créée par Dominique Sorrente avait entamé son prélude au passage des deux millénaires, fin 1999, explique Gyptisia aux intonations de soprano. Le Scriptorium, cercle de poètes marseillais était né. Quelques années plus tard, c’est ici même, laissez votre imagination prendre son envol… que les écrivains se retrouvaient. D’ailleurs vous pourrez admirer dans ces superbes vitrines de menus objets ayant appartenu aux versificateurs, le stylo bleu de Patrick, un des crayons de Béatrice, le cahier de notes de Nicolas, l’écharpe de Valérie, une affiche de la première édition de la Transcontinentale…

Subitement une voix semblant s’échapper des murs résonne : « La vie est introuvable dans un arbre. Et pourtant l’arbre vit. Ainsi œuvre le poète de la coïncidence. »

 

Vous venez d’entendre Dominique, soupire Gyptisia, un octave plus bas, songeant une fois encore :  vraiment, cet écrivain disparu avait une belle voix .

Certes, mais l’éphémère pensée vaguement nostalgique pliée au carré, il fallait assurément renouer le fil du discours : ces poètes avaient une particularité, ils avaient inventé un concept de poésie intuitive. Regardez là, vitrifiées sur les murs certaines de leurs phrases. Je vous en lis une au hasard de… Geneviève… Liautard : « L’intuition se situe en amont du poème »

 

A ce moment précis une pluie de papillons en papier couleur absinthe chute légèrement du plafond vers le sol. D’étonnantes clameurs fusent.

 

- Chut, chut, dit Gyptisia. Mais les Australiens hilares ne l’écoutent plus et se bousculent promptement pour attraper au vol les copeaux de feuilles vertes. A chaque fragment, ses quelques lignes :

 

L’homme passe l’homme

Tissant la filature

Etirant la ligature (Béatrice Machet)

 

… Je sors de la mer incessante

Je sors du ventre de la mer

Fillette dans une serviette

Verte

Verte comme la pomme granny… (Françoise Donadieu)

 

Le soleil s’étire

Tel un chat devant le feu

Longueur de l’hiver (Geneviève Bertrand)

 

Lon     gueur de l’hiver,

Cou     leur et lumière,

Cette               escale en        poé      sie        me      ra   vit,

 

articule alors avec un accent traînant une aborigène aux cheveux rouges comme l’intérieur d’une pastèque ouverte, rouge comme la courte robe de Gyptisia.

 

 

                                                                                              Jeannine Anziani

 

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