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12 décembre 2010

Retour sur terre

 

Chat-poète.jpgLa rencontre intervalle d'automne ELÉMENT TERRE s'est déroulée le 27 novembre dernier à la salle Tempo-Sylvabelle à Marseille.

 

Avant d'entrer dans l'heure du Feu (prochain rendez-vous du Scriptorium en janvier), retour sur ce moment et quelques morceaux choisis.

 

Un intervalle ? Ce n’est pas un atelier, ni une conférence, ni une simple lecture. Mais plutôt un moment à part, prélevé sur la vie quotidienne, fait de partage et d’interactivité où les textes se croisent et se répondent. La rencontre de ce samedi 27 novembre, dans la salle Tempo-Sylvabelle, s’inscrivait  dans le cadre d’un cycle consacré aux éléments, où il était question de «terre». Près d'une quarantaine de participants, dans un bel éventail de générations, avait pris place autour de la table des scripteurs. Comme à chaque fois, l’intervalle a misé sur l’équilibre entre création et transmission, expressions des voix présentes ou représentées, et textes d’auteurs, nourrissant des échanges d'une belle richesse, entre humour, sérieux et émotion.

 

 

L’élément terre, medium de la rencontre, a pu ainsi se décliner en différents itinéraires : terre immédiate et secrète, enfouisseuse et nourricière, sédentaire et nomade, stable et tremblante,  surface et profondeur.  Terre déclinée de mille manières, où il fut question de musique, d'art, de traduction littéraire et de rythme, sans oublier la part d’inconnu qui détermine aussi notre relation à l'élément. On a pu entendre Martial Teboul, à travers deux extraits d'une série de vingt textes dédiés à la terre, scandant ses appels du « je » intime,  Leonor Gnos, en phrasé musical d'un poème-prière, en alternance de ton avec "La terre est couleur marron" de Christophe Tarkos, Patrick Druinot dans son évocation du voyage de l'ombre vers la lumière, Thérèse Basse, contant une légende navajo, chant de "L'esprit de la terre"et Philippe Deniard dans un sonnet dédié à la terre généreuse du cultivateur.


Florence  lit 2.JPGAux côtés des scripteurs se sont jointes au partage des voix nouvelles, comme celles de Florence Gamet prêtant sa latinité à la version originale du poème "La terre" (1) de Pablo Neruda, en écho à Dominique Sorrente pour la version française, Michel Tabau dans sa lecture et sa traduction d'un poème d'Heinrich Lerch, Daniel Labedan, en approche de Terre sous l'angle de l'humanité et de la modernité, et retransmettant la voix singulière de Sophie G. Lucas (2). Entre autres îlots de poésie,  Thérèse Defresne emmenait l'assemblée vers l'horizon de la Grèce et Brigitte Lemaire-Sicre modelait ses mots autour du travail du potier.

 

 

À mi-parcours, Marien Guillé proposait une création originale en compagnie de Mathilde Audin, performance entre lecture et mouvement, à partir de ses mots en consonance avec ceux de l'écrivain Dominique Sampiero.

 

Les absents avaient aussi leur place, dans cette tradition instaurée du groupe qui veut que le partage de parole s'étende aux scripteurs hors les murs, confiée à la voix des présents, donnant à entendre les compositions d'Angèle Paoli, d'Olivier Bastide, de Françoise Donadieu. Une façon pour de nouvelles voix aussi de transmettre les mots d'amis inconnus.

 

Groupe intervalle Script 2 automne.JPG

 

 C’est la terre.

 ne lui demandez rien de plus, avait annoncé le poème de Dominique Sorrente.

 

 

Après trois heures pleines de ces paroles croisées, l’intervalle se refermait, convaincu de la fertilité à vivre à plusieurs l’humus, toujours remuant, qui ici, « entre gouffre personnel et jubilation de nommer » s’appelle poésie.

 

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 Album-photo de la rencontre en cliquant sur l'image du chat-poète : 


  • (1) P. Neruda, extrait du recueil Les vers du capitaine 
  • (2) Moujik Moujik, Sophie G. Lucas (Éditions des États civils, 2010)
  • Quelques poèmes de la rencontre ICI

 

14 septembre 2009

Accostage de rentrée

Septembre, au Frioul

 

 

                Abordage, quarantaine, port d’attache… tout cela à la fois. Les scenarii les plus divers, depuis les boat-people en passant par la fidélité de notre hôtesse, jusqu’à la grippe porcine, auraient pu illustrer le titre donné à l’intervalle du Scriptorium. 

Ce début de  Groupe Scripteurs (DV).jpgmois de septembre mal nommé septième,  puisqu'en réalité neuvième de l'année, évoque les vendanges, la rentrée des classes, un parfum de nostalgie l'accompagne... Le 5 septembre à Marseille, la nostalgie était balayée par un vent vigoureux tellement que notre hôtesse Adrienne Mequin sur son île de longues heures a craint  qu'il nous faille renoncer à notre traversée.   Les vagues ont salué notre équipée comme il se doit, généreusement, à leur façon pirate de nous narguer. Relever le défi était bien à l'ordre de notre jour, il nous fallait mener à bien plusieurs missions, dont l'assemblée générale de l'association où les bilans, moral et financier, ont été approuvés à l'unanimité. Je ne reprendrai pas le déroulement des opérations (qu’on peut retrouver sur la page de l’agenda), toutes les étapes ont été respectées et chacune nous a apporté son lot d'échanges, de discussions, de propositions, moments denses et concentrés, où chacun a pu faire la preuve de la bonne santé de l'association, chacun acceptant de jouer le jeu, c’est à dire d'assumer une tâche au sein des triades définies afin de piloter les divers chantiers et projets que le Scriptorium a l'ambition de proposer à ses membres comme au public.

 

Me mettant dans la position de celle qui expose et témoigne, une question à présent  me traverse l’esprit : c’est quoi au juste rapporter ? Quelles choses à dire sur les êtres, sur les faits, quelles idées générales dégager de la somme des émotions, des rires, des éclats de voix et des remarques notées-entendues...? Je gage que touchés chacun à notre façon nous l’avons été par la grâce de certains instants ne serait-ce que face au paysage somptueux qu’offre le lieu,  ou par la découverte de trois nouveaux membres de l’association, grâce et privilège des premiers échanges que nous vivons lors d’une rencontre. Mais aussi dire la bonhomie du partage,  l’amitié contenue joyeuse  dans les taquineries ... c'est quoi le courant qui passe, la sensation d'avancer comme jamais peut-être il ne nous avait été donné de le faire depuis dix ans... car le Scriptorium fête cette année son anniversaire,  l'âge de raison est passé, la pré-adolescence pointe son nez à l'horizon du paysage poétique avec son blog né il y a un peu moins d'un an, avec huit directions de projets et chantiers pour que chacun puisse explorer son terrain de prédilection et offrir ce qu’il sait ou aime le mieux.  

 

Cette séance de rentrée aura mis en évidence des potentiels et des ouvertures considérables, capables de soulever l'enthousiasme des plus pessimistes (timorés, réservés ?) ... tous les germes sont là, et nous sommes tous conscients qu'il nous faut à ce stade de la partie,  transformer l'essai. Pour cela  rendez-vous est pris  pour le 3 octobre, un nouvel intervalle nous verra réunis autour des thèmes du mouvement infime de la danse. Les danseurs contemporains japonais comme les traditions japonaises du Haïku et de l’Ikebana nous aideront à poser la question (et ressentir) du mouvement dans l’immobilité, c’est à dire faire l’expérience profonde bien que minimale, de l’essence du vivant. 

 

Béatrice Machet 

 

 

 

 

Autour de la table, les textes en lecture croisée ont restitué pour chaque scripteur sa traduction du thème retenu, avec en supplément cette approche particulière du rapport à la coïncidence, qui qualifie la démarche  des poètes du Scriptorium.   Qu'ils soient célèbres ou  moins connus, la palette des auteurs évoqués en contrepoint des productions personnelles a livré une belle richesse et d'étonnants  contrastes :  Jacques Prévert, clin d'oeil de Jeannine Anziani,  F-R. de Chateaubriand, dont notre hôtesse Adrienne Mequin a choisi de lire un passage du chapitre II des Mémoires d'outre-tombe, Fernando Pessoa en son Accostage, cité par André Ughetto, un extrait de Vents de Saint-John Perse lu par Olivier Bastide.  Ainsi qu'une ouverture sur quelques poètes, dont pour la plupart, nous partagions pour la première fois la parole, tels que José Gers, artiste, écrivain belge du début du XXème siècle, Yannis Ritsos, Jean Bouhier et Déborah Miranda, poète indienne d'origine Esselen, à laquelle Béatrice Machet a tenu à rendre hommage.

 

 

Frioul_photo Elena.jpg
© Ph. Elena Berti

 

 

 

Port d’attache

 

                Ouvert sur les arcanes de l’inconnu     

                Lieu nourricier de l’âme dans l’odyssée des jours

                 

Faire éclore dans la mémoire des eaux

Un futur en germe à l’envers du geste

 

 

Sortir du temps jusqu’aux cigales

Libre rive     

Port sans attache

 

 

 

Geneviève Bertrand

 

(extrait de Port d'Attache. 

Texte intégral  ICI )

 

Retour au port

 

 

Bientôt l’échine de la jetée

fixera la fin du périple

L’auréole des collines

camoufle la cible

Finis le plus loin et l’encore

Le ressac broie les mirages

Solidaire du quai

l’anneau guette l’amarre.

 

 

Jean Bouhier

 

(extrait de Fortune de mer,

coll SUD n°14 / supplément à la Revue Sud)

  

*

Pour clore la rencontre sur l'île, les scripteurs et le public invité se sont rassemblés dans l'ultime partage du jour pour une lecture sous les colonnes du temple-chapelle. Dans la lumière du couchant, les voix des quatre lecteurs, Béatrice Machet, Jeannine Anziani, Olivier Bastide et Dominique Sorrente se sont élevées, claires et hardies malgré un Mistral véhément ! Entre Shapeskeare et Leonard Cohen en passant par Paul Fort, les écrits de chacun, présents mais aussi absents du Scriptorium qui avaient confié leurs mots, ont trouvé leur place au grand air de la poésie.

Prochain intervalle le 3 octobre 2009 : " Mouvements infimes " (danse et poésie). Programme et informations bientôt dans la rubrique Agenda du blog.

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  • quelques-uns des poèmes du jour dans la rubrique Feuillets de poésie
  •  album-photo de la rencontre         
     

 

12 juillet 2009

Coudoux : le chapitre est écrit

 

lect_Coudoux.jpg

 

Un 4 juillet à plusieurs visages: à Monaco, ce sont les premiers coups de pédales du Tour de France cycliste. En Suisse, on apprend la mort du président mécène de l’Olympique de Marseille, Robert Louis-Dreyfus. Les Etats-Unis d’Amérique célèbrent l’Independence Day…C’est ce jour-là que le Scriptorium a tenu Chapitre, à Coudoux, entre cris de cigales, bouffées d’air chaud et jazz nougaresque, en hommage aux cinq ans de la disparition du chanteur.

 

Temps studieux de la matinée propice à la mémoire des années passées, à l’évocation des instants intenses ou précaires, à la qualification des projets en cours, au rassemblement des énergies, en prévision d’une saison prometteuse. Puis ce fut l’heure du gâteau des dix ans où le souffle commun des poètes fut gentiment mis à l’épreuve.

Ralentir-travaux.jpgL’intervalle, cette formule spécifique des réunions intra-muros des scripteurs, qui avait été baptisé « ralentir, travaux » fut l’occasion de croiser lectures et écoutes. « Ralentir, travaux », en clin d’œil à l’exercice commun pratiqué par le trio Char, Eluard, Breton en leurs jeunes années ; « Ralentir, travaux » pour signifier aussi le tempo revendiqué par le Scriptorium, dans son aventure de sémaphore fantasque, alternant fulgurances et retraits, surgissements et décélérations…

 

C’est encore en « Poèmes pour garder le tempo » que fut donné le ton jazzy de la soirée.

Dans le superbe parc du château de Garidel, dévolu aux Estivales, ce temps fort de la vie culturelle de la Commune, le Scriptorium fut invité à proposer ses voix de poésie, en solo ou en chorus, entre timbres de l'ensemble Nougarue et accents d’opérette. Il faut saluer ce beau geste de confiance, préparé de longue date par notre hôtesse coudoucenne, Geneviève Bertrand qui partagea avec les autres poètes (Jeannine Anziani, Béatrice Machet, Patrick Druinot, André Ughetto, Dominique Sorrente ) parole solo et morceaux en chorus. Si la concurrence des cigales fut parfois déloyale, les crapauds limitèrent leurs démonstrations expansives, et les vénérables platanes se joignirent au public pour les applaudissements de rigueur.

 

Le Chapitre à trois temps pouvait se clore sur cette nuit de bel été, ouverte à tous les poèmes.

 

Rendez-vous le samedi 5 septembre à Port-Frioul pour la rentrée.