26 mars 2011
Retour à quai du Bateau Ivre.

LES IMPROVISATIONS DE MARS
Le pari du Scriptorium est double : faire que la vie poétique contemporaine excède la page ; susciter des surgissements de sens à plusieurs. C’est ce goût de l’instant « à part » qui nourrit nos élans, toujours à reprendre, où nous revendiquons la salve de l’éphémère, et la mémoire de la trace. Un rêve de « kairos », en somme, une occasion qu’il faut saisir à temps, pour que chacun participe à l’acte poétique levé de terre. Avec pour maître mot, celui d’Improvisations poétiques.
Ce 19 mars a été l’exemple avéré d’une telle démarche, rythmée en cette saison 2010-2011 par l’évocation des éléments. Clin d’œil de la météo, après la pluie de la Saint-Valentin, c’est le mistral qui s’était invité pour éprouver notre embarcation de plein air.
Un instant Bateau ivre Spontané est né sur un promontoire de la plage du Prado, un de ces éphémères poétiques, vécu à plusieurs, pour défier les habitudes. Comme un poème vivant à dessiner dans la fortune d’une rencontre désirée, entreprise, vouée à la dispersion des heures et gardant les rares témoignages des images et des mots.
Le moment en trois épisodes a conduit le groupe, huit heures durant, entre Bateau ivre et Infinis paysages du bord de mer au centre-ville. Ce fut d’abord le temps des semelles de vent, où sur le monument Rimbaud d’Amado furent distribués au vent les poèmes à plusieurs voix dans une pratique « chorus » où le mégaphone relaya les toniques vibrations des lecteurs. Le poème rimbaldien fut dit, entre autres plaisirs pour l’oreille, par Thierry Offre en langue occitane de Provence.
Plus tard, le Med’s, nouveau restaurant culturel à Marseille, dans le quartier des Antiquaires, fut le nouveau comptoir inédit et favorable pour écrire une lettre à Arthur, sous la forme d’un atelier d’écriture éphémère, puis croiser textes des scripteurs avec les mélodies des musiciens du lieu, venus à notre rencontre.
Enfin, la salle Tempo-Sylvabelle permit de prolonger le voyage en infinis paysages, thème du Printemps des Poètes, mêlant facéties inventives tirées du chapeau, à l’invitation du groupe d’Histoire d’écrire, et géo-poétique de l’instant avec ses paysages ingouvernables.
La journée avait été placée sous le signe de l’Ibis, cet échassier au bec en forme de plume d’écriture, dieu du scribe chez les Egyptiens. Une manière de relier le hasardeux et le signifiant, l’art de l’envol et la déposition des mots.
Une signature de coïncidence à poser au bas de la page de ce jour de mars.
D. Sorrente
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09 mars 2011
Instant Bateau Ivre Spontané, première édition

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LE SCRIPTORIUM
vous convie à venir partager son
Instant Bateau Ivre Spontané
le samedi 19 mars 2011 à partir de 14h30
à Marseille,
Plage du Prado, Med's & Salle Tempo-Sylvabelle *
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent…
Arthur Rimbaud
Marseille est ville pour les mots. À la lettre et dans tous les sens. Mots retranchés ou qui en rajoutent, paroles de faconde ou phrases muettes des roucas. Les écrivains l’ont traversée dans toutes les circonstances, villégiature, exil, patrie d’enfance, expérience mystique, pays d’adieu, vagabondage, et lui ont déposé leurs pages de transit d’un jour, d’un an ou d’une vie. Rimbaud, mort à l’hôpital de la Conception (troublante alliance de ces mots d’avènement et de disparition) à Marseille en 1891, nous a laissé son Bateau Ivre, habité en sculpture par Jean Amado sur la plage du Prado. C’est à partir de ce promontoire inspiré qu’aura lieu, ce 19 mars, la singulière et collective traversée des mots qui nous attend.
Celle-ci se déroulera en trois temps :
> À 14h 30, le monument Rimbaud, en bord de mer, nous tiendra lieu d’arche de ferveur à partager. Le poème du Bateau ivre, propice à la variété des rythmes et aux images étonnantes et détonnantes, provoquera des résonances à plusieurs voix, avec improvisations gestuelles, sonores ou parlées.
> À 16h30, le Med’s, nouveau comptoir pour le Scriptorium, en centre-ville dans le quartier des antiquaires, nous accueillera pour un temps d’orient proche, entre pâtisseries et écritures d’instant.
> À 20h30, enfin, nous partirons à la nuit sous le signe de l’inattendu, pour une traversée-lecture, en quête d’Infinis paysages à découvrir, à inventer. Entre salle d’honneur et salle des boiseries du Centre Tempo-Sylvabelle.
Marseille Bateau Ivre, Mars’eye en Rimbaldie, notre commune embarcation de ce jour de mars, sera placée sous le signe de l’oiseau Ibis. L’échassier au bec en forme de plume d’écriture, dieu du scribe chez les Égyptiens, nous accompagnera de ses humeurs lunaires durant tout ce périple de songes, d’inventions et de gestes poétiques.
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Monument Rimbaud (14h30), Plage du Prado
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Le Med's (16h30) : 12, rue Saint-Jacques, Marseille 6e -Tel : 09 81 61 19 08 / 06 83 10 44 17- Participation Buffet 10 € www.lemeds.com / contact@lemeds.com
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Salle Tempo-Sylvabelle (20h30) : 69-71, rue Sylvabelle, Marseille 6e / Tel : 04 91 53 03 69 - Entrée libre
>>> cliquer sur l'image pour agrandir
05:15 Publié dans Agenda, Marseille Bateau Ivre... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : entrer des mots clefs
08 mars 2011
Au commencement, en Infinis paysages

LÀ OÙ SÉJOURNENT D’INFINIS PAYSAGES
Au commencement est le silence de l’épaule
et l’ombre du cou plane sur elle.
Puis vient le sein à la fleur d’amandier pour y boire
et le creux du nombril pour y dormir.
Au commencement est la hanche
qui sait faire balancer les regards
et encore le genou
au rêve danseur,
et la plante du pied docile
pour éprouver les massages du temps.
Puis un sourire invente les lèvres
à peine ouvertes,
et la courbure du dos,
vêtue d’onguents et d’aromates, s’allonge
contre la terre ferme, et les mains
se nouent lentement
devant le pli obscur du sexe.
Et la nuit diamantine
descend
en signe de promesse
tout au bord
du premier corps de l’aimée,
quand le commencement
à peine se retire.
Dominique Sorrente
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Livre d'artiste & Encres Isaure de Larminat
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04 mars 2011
Hors la voix - Michèle Dujardin

hors la voix
lui dire – à toi – à la personne toi, celle-là, s’efforcer de la langue – pour dire toi, tout simplement, pour lui parler
hors la voix – langue vide, au moyen de la langue vide, qui frappe contre le palais – qui retentit, vide
lui parler, à toi de la personne, lui dire aime, te dire dans l’élément souffle, à toi, je t’aime
mais qui dit toi, qui parle, qui touche là, le vivant ? et toi, lui dire toi, de ce visage d’ombre qui m’assiège, par quelle voix ? trop dur pour les lèvres, se séparer, contre la tension des mâchoires, qui scellent
opacité des mots : toucher, la docilité, le moment de la peau, aime – violence d’écrasement, dans le mot : dire toi, parler, t’aime, qui se recourbent dans la gorge, pour déchirer – se souvenir, au cou des morts, la jugulaire : la seule très tard, qui ressasse dans le bout des doigts, solidifiée, une parole
rien pour dire là, murée dans je t’aime – où si grande jamais, l’ouverture, ne l’a été
cette personne d’aimer, la multiplicité de ses bouches dans l’épaisseur, comme exposée nue, à se perdre – la personne, tout simplement toi, que j’aime, ici absolue, n’entend pas du fait de la langue, rien – n’entend lui dire, que l’autre côté parlé, mon silence – seul vif, manifesté, qui enveloppe toi, bien fermé dans les lèvres de la déchirure
de mon front sur ton épaule, tout le paysage d’aimer repose, sans repère : t’aimer, cet horizon, entièrement d’amour et vide, qui libère, me démet de la parole
abdiquer, yeux clos – seul vrai, ce vide de la langue pour toucher, pour marquer territoire de risque, de veille attentive – pour dire, à toi de lui : je t’aime – tout dans la langue, est brûlé
comment l’interroger, ce ruissellement des eaux jusqu’aux purs brisants de l’être, son être lui, le plus aigu, cette personne lui qui là s’avance, dans un trou de mots envahi de lumière ? transparence infinie où me dépossède, abandonnée de langue, t’aimer
amoureux de part en part, ce consentement au vide
et toujours se creusant, toujours sur sa base d’air s’élargissant, ce rien pour dire toi, que j’aime là - lui que j’aime par douleur de peau, par faim et soif, par arrachement, par impuissance des bras – rien pour dire
corps, toi, tout simplement le sien – rejoint, ramassé, son odeur, sa chair, cheveux et doigts mêlés, circonscrit dans l’espace de mes lèvres, haut porté – pour nourriture, pour respiration – par dessus le monde, ses échos, ses mots à bruit de masse, de maillet, à briser les corps, les noyer
son corps – à toi, le sien
tout aimé, toi, de langue morte – avec grande force – toi, cette personne de vie, d’embrassement immense mais dans l’absence de mots, dans la disjonction de la parole
et dans l’étonnement, qui n’a pas de fin – qui est sans mélange - où, seul, toujours le présent se déploie : vers sa propre éternité, courant, déferlant - avide d’un ciel où la lumière, incessamment succède à la lumière - dans ce même élan, dans ce même sang que rien ne tempère, ni nuit, ni saison
mais du lourd sol des mots, toujours aimer, a cette nostalgie – cette inquiétude - lointaine, comme nul, sans trace vive, un souvenir – car aimer toi, cette personne-là, lui que j’aime, cela parfois, cherche encore le mot – comment dire à toi, lui que j’aime, d’un mot – je t’aime - quelque chose là, qui cherche – où il n’y a rien, qu’un chant : un oiseau libéré de ses ailes, de son vol, de la terre – et qui là, disparu, n’est plus que son chant
le silence qui pulse, plein d’attente
toi, celui-ci que - cette personne-là
et plus nue qu’on peut l’être, je, dans cet amour – où rien pour dire toi, lui que l’on aime – rien pour dire – juste, les mains qui s’écartent – dans toute cette eau, accompagnée de soleil
Michèle Dujardin
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- Michèle Dujardin sur Abadôn
- « Où s'arrête la terre », dernière publication sur Publie.net
- voir aussi Les jeunes visages (poème)
12:30 Publié dans Les feuillets de poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
02 mars 2011
Corps - Anthologie poétique aux Editions Sillages
INFO - Lecture, dans le cadre du Printemps des Poètes, à Chateauneuf de Gadagne (84), le mardi 15 mars 2011 à 19 H, bibliothèque Raoul Milhaud.
>> Voir ICI, Dépositions.
* * *
SILLAGES
Au pays des Sorgues, entre Rhône et Vaucluse, Benoît Chérel (alias Benoît-Léon Rebichet, lorsqu’il s’affiche poète) conduit les éditions associatives Sillages. Treize livres parus depuis 1999 témoignent d’un souci de rencontre, du goût de l’image et de l’attrait de la poésie. Les premiers ouvrages, plus ouverts à la photographie, ont laissé la place à des recueils dans lesquels le texte est prééminent. Si des contraintes budgétaires sont à l’origine de cette évolution éditoriale, les poètes sollicités peuvent s’en réjouir. Ils sont divers et nous citerons, sans exhaustivité ni ordre aucun, André Ughetto, Dominique Sorrente, Marc Rousselet, Jean-Claude Xuereb, N.S. Montebello, Henri Tramoy, Sylviane Werner, Misette Falt-Bedot… tous invités sous les auspices, entre autres, de René Char, mais aussi de Julien Gracq, de Pierre-Albert Jourdan pour citer quelques poètes majeurs présents par courts extraits dans les divers ouvrages.
L’anthologie Corps, dernière parution (2010), reflète parfaitement la nature des recueils de Sillages : un bel assemblage de textes poétiques écrits autour d’un thème avec des illustrations (photographies, gravures, dessins et autres représentations artistiques). La facture des livres est toujours de qualité, ce qui témoigne du soin, de l’attention, prêtés par Benoît Chérel à son travail ; la qualité de plasticien (peintre, sculpteur et fabriquant d’objets) du poète-éditeur, parfois libraire encore, n’y est pas étrangère.
De l’aventure qu’est Sillages, Benoît Chérel nous dit ceci : « Que la poésie naisse au pays de CHAR, quoi de plus normal après tout et que nous marchions dans son sillage, cela allait de soi. Tout a commencé pour nous dans les années quatre-vingts quand un sidérurgiste en rupture de ban avec la Lorraine déstructurée décida d’investir sa prime de départ dans la création d’un local de vente de livres d’occasion tout au fond de la place de l’église de L ‘Isle sur la sorgue. C’est ainsi que naquit, dans un merveilleux hommage à l’immense Julien GRACQ, « La Presqu’île ». C’est là que nous nous rencontrâmes , apprîmes à nous connaître et découvrîmes que nous étions quelques-uns à écrire nos envies d’être et nos révoltes à travers des textes qui resteraient à jamais emmurés si nous ne décidions pas de les éditer nous-mêmes».
A partir de là, les choses deviennent simples. Créer une association loi 1901, lui donner comme but d’encourager la culture sous toutes ses formes et tout particulièrement à travers l’édition d’ouvrages de poésie, lui trouver un nom : « SILLAGES », chercher des financements publics voire privés et partir pour notre aventure. Après quelques soirées-lecture organisées pour trouver les premiers deniers nous éditons « SOURCES » en 1999, petite plaquette originelle écrite à trois mains avec l’appui généreux de Gaston PUEL. Douze ans plus tard notre catalogue compte treize titres et a réuni pour cela presque une centaine d’auteur(e)s, photographes et plasticien(ne)s dont voici le cheminement :
1999 : Sources
2000 : L’Isle insolite
2001 : Au pays des Sorgues et Monts de Vaucluse (épuisé)
2002 : Le décagone suivi de La fête d’amour
2002 : Mars1961 Piaf en studio
2002 : Chemins (épuisé)
2003 : Solitudes
2004 : Sorgues des brumes
2004 : Enfances
2005 : Traces (épuisé)
2006 : Femmes (épuisé)
2008 : Résistances
2010 : Corps
2012 : à paraître Palestine »
En conclusion, nous laisserons parler le poète Benoît-Léon Rebichet dans Corps :
« On se dit qu’il sera sans gouvernement possible. Mais à la nuit tombée, une fenêtre voisine s’éclaire comme un démenti. Une scène unique s’offre pour peu de temps devant un seul spectateur mesurant sa chance. Ce soir il y aura bien une étoile ; lentement filante, elle sera d’ordre terrestre. »
Olivier Bastide
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Corps (Sillages 2010) / ISBN 2-915945-03-9 / 15 euros
Editions Sillages,
Le Haut-lieu,
2 bis, rue saint Paul
84470 Châteauneuf-de-Gadagne
11:03 Publié dans Du côté des livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note











