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Le Scriptorium - Page 146

  • En malle de Légende II

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    Entrés dans La Légende

     

    Ici sévit.jpgEn ce 22 novembre 2112, l’air doux câline le ciel clair. Sans rudesse, Gyptisia pose son aéronef aux reflets métallisés à l’angle du boulevard de la Poésie, anciennement boulevard Cieussa. Curieux prénom celui de cette jeune femme, n’est-il pas ?

              La raison en incombe à la mode marseillaise période 2100 prénommant en référence grecque avec terminaison en a, o  ou en  i.

    Gyptisia, Protiso, Pytéasi claquent à l’envi.

     

    Gyptisia est guide touristique. De son aéronef une dizaine d’aborigènes australiens aux tenues bariolées émergent émerveillés  et tels des confettis un jour de carnaval s’éparpillent sur la placette tiède du tendre soleil de fin d’après-midi.

    Gaiement les visiteurs se sont mis à jouer à saute-mouton. L’aimable guide fouille méthodiquement son immense cabas en fibres de palmier. Où diable est passée son arme sacrée, son minuscule harmonica doré ? Ah, elle l’a trouvé.

     

    Premières notes égrenées, miracle, le groupe sagement se reforme :

    -  Chers touristes, veuillez brancher vos traducteurs s’il vous plaît. Nous voici devant le musée des rimeurs, rimailleurs, auteurs ayant vécu dans notre solaire métropole au début du 21ème siècle. À l’époque ce lieu était une salle de jeux et de rencontres…

    -  Rencontres, olé-olé sexy, yé, s’exclame en français approximatif un aborigène en bermuda de polyuréthane expansé pistache chemise transparente et chapeau mandarine aux plumes vert fluo.

    - Merci ne pas m’interrompre je vous prie, avertit fermement la jeune cicérone avant de poursuivre. Non pas rencontres olé-olé, rencontres li-tté-rai-res. Maintenant nous allons entrer et je vais vous demander un peu de recueillement.

     

    Les hommes et les femmes aux vêtements bigarrés se prennent alors par la main et respectueusement s’inclinent à tour de rôle avant de pénétrer à l’intérieur du petit musée.

     

    Une aventure poétique créée par Dominique Sorrente avait entamé son prélude au passage des deux millénaires, fin 1999, explique Gyptisia aux intonations de soprano. Le Scriptorium, cercle de poètes marseillais était né. Quelques années plus tard, c’est ici même, laissez votre imagination prendre son envol… que les écrivains se retrouvaient. D’ailleurs vous pourrez admirer dans ces superbes vitrines de menus objets ayant appartenu aux versificateurs, le stylo bleu de Patrick, un des crayons de Béatrice, le cahier de notes de Nicolas, l’écharpe de Valérie, une affiche de la première édition de la Transcontinentale…

    Subitement une voix semblant s’échapper des murs résonne : « La vie est introuvable dans un arbre. Et pourtant l’arbre vit. Ainsi œuvre le poète de la coïncidence. »

     

    Vous venez d’entendre Dominique, soupire Gyptisia, un octave plus bas, songeant une fois encore :  vraiment, cet écrivain disparu avait une belle voix .

    Certes, mais l’éphémère pensée vaguement nostalgique pliée au carré, il fallait assurément renouer le fil du discours : ces poètes avaient une particularité, ils avaient inventé un concept de poésie intuitive. Regardez là, vitrifiées sur les murs certaines de leurs phrases. Je vous en lis une au hasard de… Geneviève… Liautard : « L’intuition se situe en amont du poème »

     

    A ce moment précis une pluie de papillons en papier couleur absinthe chute légèrement du plafond vers le sol. D’étonnantes clameurs fusent.

     

    - Chut, chut, dit Gyptisia. Mais les Australiens hilares ne l’écoutent plus et se bousculent promptement pour attraper au vol les copeaux de feuilles vertes. A chaque fragment, ses quelques lignes :

     

    L’homme passe l’homme

    Tissant la filature

    Etirant la ligature (Béatrice Machet)

     

    … Je sors de la mer incessante

    Je sors du ventre de la mer

    Fillette dans une serviette

    Verte

    Verte comme la pomme granny… (Françoise Donadieu)

     

    Le soleil s’étire

    Tel un chat devant le feu

    Longueur de l’hiver (Geneviève Bertrand)

     

    Lon     gueur de l’hiver,

    Cou     leur et lumière,

    Cette               escale en        poé      sie        me      ra   vit,

     

    articule alors avec un accent traînant une aborigène aux cheveux rouges comme l’intérieur d’une pastèque ouverte, rouge comme la courte robe de Gyptisia.

     

     

                                                                                                  Jeannine Anziani

     

  • En malle de Légende I

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    La nuit sous une autre parole : courir,

    l'âme recrue d'anciennes légendes

    et de fruits secs,

    courir encore dans la bruyère à perdre haleine.

    Si nul n'écrit ces mots essoufflés, rien ne paraîtra.

    D. Sorrente (Une route au milieu de la nuit, Froissart, 1985)

     

     

     

     

     

    Souvent je rêve

    d'un impossible retour

    dans un lieu

    qui n'existe pas

    sur les cartes

    ou qui y figura,

    peut-être...  

     

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    Le lierre et la ruine

    s'y enlacent.

    On y croise peu de monde

    dans les corridors

    sauf des êtres incomplets

    hantés par leurs manques….

     

     

     

     

    Ainsi cet homme

    qui a oublié son nom,

    il tourne en rond

    sur des soieries d'Ispahan,

    les chaussures pleines de merde.

     

     

    Ainsi cette femme

    à la nudité presque parfaite

    dont la beauté intègre

    aurait besoin d'être rectifiée :

    elle porte sa tête en pendentif.

     

     

    Tous ces êtres m'ignorent

    et semblent même ignorer

    leur sentiment d'exister :

     

    suis-je moi même l'un des leurs ?

     

     

     

     

                       Nicolas ROUZET

     

     

     

     

     

  • « Pour renverser le mouvement de l'entropie »

     

     

    Béatrice Machet - Extraits  de DER de DRE.

      

     

    comme der de der, la dernière de toutes les guerres...

    et l'on sait bien que depuis cette fameuse guerre le monde

     n'est plus que bombardements, massacres, viols, tortures, déportations,

    camps, exodes, murs et frontières, .....

    comme dernière époque d'une planète terre habitable

    puisque polluée et surpeuplée

     

    der de dre pour jouer avec les verbes et les néologismes

    qui au delà du jeu donnent force et régénèrent l'usure du vocabulaire

     

    der commme ouvert

    dre comme fermé

    der inaugure

    dre répète et décale, offre l'écart dans lequel le sens et

    la langue vivent d'une autonomie nouvelle

     

    passer de der à dre pour renverser le mouvement de

    l'entropie, enrayer son mode de relation qui dévoie.

     

    Der et dre pour conserver la capacité de s'insurger et de

    s'émerveiller, malgré ce qu'on a vécu, ce  qu'on vit, ce

    qu'on sait du monde comme il va.

     

     

     

                                                              I                                   

     

     

    fondre et fonder : deux verbes ; premier groupe, troisième groupe, au pluriel se conguguent de manière jumelle, et comme tous bons jumeaux ne sont pas mêmes. Pas de sens à clôner, mais de la fondation à la fusion quand nous fondons, que vous fondez, l'esprit d'amour dans la langue s'essaie   au bien faire....

     

     

     

    on voudrait  dé-dier le dire

     

    on voudrait dé-lier le lire

     

          le faire vent

     

    l'ardeur sans gorge sèche

    l'argile et sa chaleur car souffle humide

    tendre mousson

     

                                   fervente

     

     

    n'en pouvant plus de trébucher  la langue en son donn-aime

    me refuse un dom-aine

     

                                            et c'est très bien ainsi

     

     

     

    plaider               inconnu devant

    embrigader        inconnu derrière

     

                 poussières poussières            imaginer qu'elles n'aient pas d'âge

     

     

    la lumière ne se détourne pas

    les lieux voyagent avec elle       qui est passage 

                                    n'a pas d'envers       crée du lien sans fixer

     

     

     

    mine de fil à plomb

    pesanteur au visage

    guigne à guigne le regard gagne    et rebondit mollement

    tandis que grogne la gorge

    des tourbes dans le ventre

                                                      badigeon de sommeil

     

                         goutte grave et de guingois le bégaiement

                                                  halo gommant la netteté

                                          à contre courant répare la voie

     

    n'en pouvant plus

                              

     

     

                             portion congrue            grandeur nature   

     

    et c'est très bien ainsi

     

     

     

     

    Descendez la cendre

    et scandez la scandre  sans craindre la représaille

    la cisailler

     

                              là peindre sans représenter

    défier le mythe     barbouiller  façon pastrouille

                le symbole s'en est allé         mironton mironton mirontaine

     

     

    s'écaille            et mal calé      tombe     retombe         lourd de sa prétention

     

     

    reprendre à partir de répondre       qui donne le la ?

    tache d'huile se répand   de der en dre

    ça filandre           ça filangue          ça in-fidèle à partir de sa foi

     

     

    les usages      les usagés          s'en vont vers la vallée

              là haut    perdu(e)   mais pas mort(e)        sus-pendu(e)  

                            tissu-langué  l'ancêtre-linge  

     

    glissade du que au che passe à l'anglois  éternué            tche

    postillons d'essentiels                     ils ont soulevé la question

    gendre ou gender?           ainsi les faux amis genre der de dre

     

    DerdeDRE rouge.jpg

    Béatrice Machet

     

    DER DE DRE,

    publié chez VOIX éditions (2008), dans la collection Vents contraires.

    ISBN 2-914640-80-3