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Le Scriptorium - Page 126

  • Un anniversaire sous le triple signe de la rencontre

     

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    À l’occasion de la Journée mondiale de la Poésie (UNESCO), le Scriptorium, groupe littéraire ancré à Marseille, fêtera ses dix ans par trois rendez-vous : une soirée de gala dite « Transcontinentale », la publication d’un livre référence « Portrait de groupe en poésie » et la Caravane poétique entre le port et la vieille ville…

     

     

     

    aff TRANSCONTlight.jpgCe samedi 20 mars, à 20 heures, à la salle Tempo-Sylvabelle à Marseille, le coup d’envoi sera donné avec la seconde édition de la rencontre Transcontinentale dont le thème sera, cette année, « Poésie d’une rive à l’autre ». Cette soirée animée par  Dominique Sorrente aura pour invité d'honneur le poète Amin Khan, sous-directeur général pour l’Administration à l’UNESCO, auteur d’Archipel cobalt (parution chez MLD, février 2010). Le public sera invité à prendre un itinéraire insolite et varié. Il s’agira en effet d’évoquer les rives, les passages et les franchissements, sous l’aspect géographique et culturel, mais aussi entre les arts, d’une génération à l’autre, entre la folie et la sagesse, dans le lien avec les arbres…Tout cela sous le signe de la poésie, fil d’Ariane  de la rencontre. Nathasha Saje, poète américaine d’origine slovène en résidence à La Camargo Foundation à Cassis participera à ce moment, où l’on pourra notamment découvrir le Trio « Grain de Sable » qui, par la danse, la voix et le violon, proposera des improvisations à partir d’une création de Dominique Sorrente « Rebord du monde ».  D’autres moments surprises (variations impromptues harpe et flûte traversière, projection pictodrame, temps de poésie chorus, hommage au poète haïtien René Depestre…) sont au programme. Ils rythmeront la soirée, rappelant qu’à l’écart des conventions, et en toute indépendance de moyens, le Scriptorium continue d’aller de l’avant et de proposer à tous ceux qui aiment les mots en liberté des éclats poétiques à partager. L’entrée est libre, avec libre participation aux frais.    

      

     

       

    Couv_Livr.jpgLe moment sera également marqué d’une pierre blanche, avec la sortie de l’ouvrage « Le  Scriptorium  -  Portrait de groupe en poésie » pour les dix ans du collectif d’auteurs. Ce livre (252 pages) donnera au lecteur une juste idée et la pleine mesure de cette aventure  littéraire fondée par Dominique Sorrente, en 1999, dans le port du Vallon des Auffes, sous le signe de la « coïncidence », aventure revendiquée comme une utopie nécessaire à notre époque, vivant de nombreuses métamorphoses et traçant de plus en plus une voie singulière qui suscite un intérêt grandissant, notamment à l’étranger. Le livre s’articule de façon vivante en quatre parties, Quelque part à l’aube, Écrits de la constellation, Chroniques du futur antérieur, Carnet d’images, où l’on retrouvera en textes et en photos, la genèse du mouvement, les textes de création de près de trente auteurs qui ont participé à l’aventure, et aussi des témoignages sur  les expériences entreprises, telles que la Transcontinentale, la Caravane, les Jumelages, les Intervalles…autant de concepts en action, de gestes de poésie vivante et collective que le Scriptorium a  créés durant ces dix années de vie farouchement indépendante.  L’ouvrage sera présenté pour sa première sortie au cours de la soirée Transcontinentale, avec un temps de dédicace-signature par les « scripteurs ».

     

     

    aff Carav-web.jpgLe dimanche enfin, à 14 heures, c’est au pied du Fort Saint-Jean que la Caravane poétique prendra la route dans un itinéraire dessiné « Entre Lacydon et Panier ». Le parcours comprendra quatre haltes, chacune étant consacrée à un thème, successivement Entre deux rives (Fort Saint-Jean), Raison d’être (Parvis de l’église Saint-Laurent), Parole publique (Place de Lenche), Page de vie (place du Refuge). À chaque halte, sera également lu un poème d’un auteur qui  participe, chacun à sa façon,  à l’imaginaire poétique de la rive nord de la Méditerranée et de Marseille, en particulier : Louis Brauquier, Antonin Artaud, Victor Gelu, Andrée Chedid. La marche dure deux heures environ.

     

     

     

     

    Lorsque le Scriptorium a lancé il y a deux ans la première Transcontinentale-poètes du monde entier pour faire vivre à Marseille la Journée mondiale de la Poésie créée par l’Unesco, la perplexité était de mise. Aujourd’hui, cette initiative modeste, mais ardente et résolue, suscite un intérêt croissant.  C’est sans doute que dans une logosphère tentée par l’ustensilisation du langage, le pari des poètes demeure, plus que jamais, d’actualité : réveiller des « mots à ciel ouvert », portés par l’énergie créatrice, la beauté des formes, la fulgurance des rencontres. Des mots pour ré-enchanter le monde au quotidien. Tâche que le Scriptorium partagera volontiers avec d’autres initiatives qui se dérouleront dans d’autres villes du monde au même instant. Ce sera notamment le cas chez nos amis italiens de Pistoia dont  les rencontres organisées lors du Tempo del Ceppo, autour de la remise du prix littéraire de l'Accademia del Ceppo, célèbreront également la Journée mondiale de la poésie.

     

     

      

  • Pour saluer Luc Bérimont,

    Un heureux soulignage en rouge

    À l’heure où le soulignage en rouge doit être chassé à tout prix par la seule activité du dictionnaire interne de l’ordinateur, je confesse un plaisir insistant qui peut-être deviendra une rareté pour demain : faire surgir des textes où le soulignage en rouge persiste, sans être dû à l’incompétence inavouable de l’écrivain ou à la pratique d’une langue étrangère. Je crois à cette agilité, qui elle-même plus secrètement, est l’envers d’un trauma d’origine dont « l’enfant muet du langage » (A. Du Bouchet) a appris, comme il a pu, à jouer.

    Aucun volapük « rationnel-légal » (Wax Weber), aucun jargon standard, aucune langue administrative ou marketing d’imitation bois ne résistera longtemps à ces quelques secondes d’enchantement qu’on nomme parfois poème.

    Ce poème malicieux de Luc Bérimont, comestible pour chacun, et déroutant pour tous ceux qui le diront à voix haute, est un bel exemple d’une telle pratique.

    Au moment où les Presses Universitaires d’Angers ont la riche idée de publier les œuvres complètes de l’auteur de Soleil algonquin, il me plaît de partager le bonheur de ces vrais « coups tordus » qui, prononcés en poésie, nous gardent notre part d’innocence.

     

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    J'ai geigné la pirafe

    J'ai cattu la bampagne

    J'ai pordu la moussière

    J'ai tarcouru la perre

    J'ai mourru les contagnes

    J'ai esité l'Vispagne

    Barcouru la Pretagne

    J'ai lo mon vieux vépris

    Je suis allit au lé

    J'égué bien fatitais

    Luc BÉRIMONT

     

    ***

     

    Le Centre poétique de Rochefort-sur-Loire (ville d’élection des poètes de l’école de Rochefort) a l’excellente idée d’organiser le 6 février prochain une célébration de Luc Bérimont dont l’œuvre mérite un nouveau regard d’étonnement. Elle aura lieu en présence de Marie-Hélène Fraïssé-Bérimont et avec le concours du chanteur Jacques Bertin, fidèle ami du poète.

     

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    Pour toute information : Centre poétique de Rochefort-sur-Loire

    ( : 02 41 78 79 14 ou  centrepoetique@wanadoo.fr

  • L'An X à ouvrir

     

     

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    PAS DE SOUCI…PAR CONTRE…

     

     

     

    Ce dialogue au sommet des mots,           

    pour saluer l’année 2010…

     

     

     

    À l’heure où je tente de vous parler, il est évident que c’est bien lui qui occupe le haut du pavé, qui défraie la chronique, qui ponctue nos existences quotidiennes. Et même pour mettre en ébullition les gouvernants qui s’échauffent, au lieu de faire refroidir la planète, il s’invite à la table.   En trois mots comme un seul !

     

    « Pas de souci »  règne en maître à chaque bout de phrase.  Il est le mot de passe semi-conducteur de l’instant. Un sésame pour les conversations. La palme d’or de la réassurance. Bientôt on commencera tout échange ordinaire, non par le banal Bonjour qui perd de plus en plus de terrain, mais  en posant devant soi, avant toute parole, une effigie  de : « Pas de souci ».

     

    À dire vrai,  je ne connais à « Pas de souci » qu’un rival sérieux.

     

    Ce n’est plus depuis des lustres « Par ailleurs », qui a pris un terrible coup de vieux avec ses lunettes d’universitaire sur le retour. « Pour autant », ronfle trop souvent dans son sofa devant son écran  pour faire froncer les sourcils. « Quoique… » tente quelques percées, mais ses bégaiements l’empêchent de s’imposer durablement.

     

    Personne ne saurait miser sur le trop scolaire « Cependant »,  ni sur ce pitre repenti  qu’est « Néanmoins ».

     

    « Cela dit », bien qu’il soit mieux élevé que « Ceci dit », est trop consciencieux pour  répandre de l’inquiétude, au-delà des quelques secondes d’usage.

     

    D’évidence, aucun de ceux-là n’arrive à la cheville de « Pas de souci ».

     

    Non, le seul qui tienne la route aujourd’hui  s’appelle « Par contre ». Quel caractère celui-là ! « Par contre » a damé le pion à « En revanche » ; il a mis un chapeau de clown au latin « A contrario ».  Et maintenant, il se répand, tel une algue langagière, sans que personne ne puisse contrecarrer sa tendance  naturelle à l’expansion.

     

    Bran sent bien qu’une rencontre au sommet doit avoir lieu entre les deux seigneurs du moment. À ma droite, « Pas de souci », avec ses airs d’angoissé qui camoufle… » À ma gauche, Par contre », en empêcheur de tourner en rond. Messieurs, à vous de jouer. Quel match en perspective !

     

    On ne compte  plus les rounds qui eurent lieu entre nos deux héros. Chaque fois que « Pas de souci » annonçait la couleur, « Par contre » renversait les tubes ; quand « Pas de souci » claironnait un monde à sécurité optimale, « Par contre » donnait de la grimace, comme si quelque chose devait inexorablement se gripper. Au jeu de la grippe, justement, « Pas de souci » fut  remarquable  pour distiller les perles d’inquiétude  dans l’enveloppe de sérénité ;  « Par Contre », de son côté, lui tînt la dragée haute, avec ses aimables klaxons d’avertissement et ses doses de culpabilité sucrée.

     

     

    Le pays vécut ainsi dans ce vis-à-vis quotidien et démultiplié qui s’emparait de toutes les conversations dans les chaumières et en dehors.

     

    Pas de souci,  prévenait le chauffeur de bus.

    Par contre, murmurait la petite dame au chien.

     

    Pas de souci,  claironnait le gouvernant.

    Par contre, répliquait en jazzant le peuple.

     

    Pas de souci, dictait la maîtresse à la craie.

    Par contre, objectait l’écolier rêveur.

     

    Pas de souci, annonçait la nuit.

    Par contre, réclamait l’insomnie.

     

    Et peu à peu, c’est à l’intérieur de chaque habitant  que le dialogue au sommet fit entendre sa ritournelle.

    Pas de souci, je suis le meilleur.

    Par contre, je pourrais attraper froid.

     

    Pas de souci, je vais rembourser mon emprunt.

    Par contre, je vais en baver ce qu’il faut.

     

    Pas de souci, la terre est ronde.

    Par contre, elle ne tourne pas trop bien.

     

    Et ainsi de suite en suite, de suite en suite…

     

    Bran se demandait comment tout ce dialogue inlassable  pourrait  un jour finir.

     

    C’est alors qu’il finit par dénicher, dans un coin de sa chambre qu’il n’avait pas dépoussiéré depuis longtemps, une forme sans forme, comme un habit hors d’usage, une sorte de breloque indéfinie, un objet sans carte d’identité, un vocable mou et fier à la fois, inconsistant et sûr de lui, une sorte de mutant sans passé et sans avenir, mais semblant heureux de son sort, une présence en creux narguant tous les usages conformes.

     

    Il convoqua « Pas de souci » et  Par contre »   au centre de la pièce, leur demanda de se regarder les yeux dans les yeux, sans loucher.

     

    Puis défiant toutes les lois de la pesanteur verbale, Bran s’exclama dans son plus tonique charabia local : 

    « Autant pour moi ! »

     

    « Pas de souci » et « Par contre » disparurent sur le champ, honneur perdu et tout le reste. Ce n’est que le matin suivant, profitant de l’amnésie ambiante, que nos héros recommencèrent leur manège routinier, avec quelques écorchures en plus.

     

    Mais ceci  est une autre histoire qui mérite bien de ne pas être racontée.

     

     

     

    Dominique SORRENTE