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Le Scriptorium - Page 121

  • Sous la déferlante des voeux...

     

     

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    QUELQUES SOUHAITS À MINUIT PILE

     

     

                                                                     pour ouvrir l’année 2011

     

     

    Sous la déferlante des vœux,

    je vous souhaite

     

    la liesse de la bulle,

    la grandeur d’âme de la goutte d’eau,

    les honneurs rendus à la flamme

    pour l’ensemble de son œuvre,

     

    le beau geste et l’instant décisif

    d’une page de vent à l’écriture sympathique,

     

    je vous souhaite aussi

    des histoires fabuleuses de limaces

    qui laisseront des traces après l’oubli,

    un oiseau de toutes couleurs à ne plus avoir peur du noir,

    des adieux

    en forme d’antichambres de vie,

     

    je vous souhaite de rencontrer

    le souffle épique du papillon, la bonhomie cajolante du gouffre,

     

    je vous souhaite des rires d’enfants si purs

    que les ennemis ne pourront les atteindre,

    une mélodie de pierres à feu

    à offrir au chant fatigué de la terre,

     

    je vous souhaite d’heureux midis

    à loger la part nécessaire de l’ombre,

     

    je vous souhaite des tournesols cherchant leur astre, toute la nuit,

    et encore des danses qui virevoltent sous terre

    à la bonne fortune du pot,

    et des pensées d’amour qui auront si bon dos

    qu’il leur poussera des ailes,

     

    je vous souhaite de tendre l’arc en ciel

    en plein milieu de la saison des pluies,

     

    mais par dessus tout, je vous souhaite

    de faire de votre rêve

    le vrai héros irréprochable

    qui vous tiendra compagnie, jours fériés

    et même jours ouvrables.

     

    Dominique Sorrente

     

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  • Retour sur terre

     

    Chat-poète.jpgLa rencontre intervalle d'automne ELÉMENT TERRE s'est déroulée le 27 novembre dernier à la salle Tempo-Sylvabelle à Marseille.

     

    Avant d'entrer dans l'heure du Feu (prochain rendez-vous du Scriptorium en janvier), retour sur ce moment et quelques morceaux choisis.

     

    Un intervalle ? Ce n’est pas un atelier, ni une conférence, ni une simple lecture. Mais plutôt un moment à part, prélevé sur la vie quotidienne, fait de partage et d’interactivité où les textes se croisent et se répondent. La rencontre de ce samedi 27 novembre, dans la salle Tempo-Sylvabelle, s’inscrivait  dans le cadre d’un cycle consacré aux éléments, où il était question de «terre». Près d'une quarantaine de participants, dans un bel éventail de générations, avait pris place autour de la table des scripteurs. Comme à chaque fois, l’intervalle a misé sur l’équilibre entre création et transmission, expressions des voix présentes ou représentées, et textes d’auteurs, nourrissant des échanges d'une belle richesse, entre humour, sérieux et émotion.

     

     

    L’élément terre, medium de la rencontre, a pu ainsi se décliner en différents itinéraires : terre immédiate et secrète, enfouisseuse et nourricière, sédentaire et nomade, stable et tremblante,  surface et profondeur.  Terre déclinée de mille manières, où il fut question de musique, d'art, de traduction littéraire et de rythme, sans oublier la part d’inconnu qui détermine aussi notre relation à l'élément. On a pu entendre Martial Teboul, à travers deux extraits d'une série de vingt textes dédiés à la terre, scandant ses appels du « je » intime,  Leonor Gnos, en phrasé musical d'un poème-prière, en alternance de ton avec "La terre est couleur marron" de Christophe Tarkos, Patrick Druinot dans son évocation du voyage de l'ombre vers la lumière, Thérèse Basse, contant une légende navajo, chant de "L'esprit de la terre"et Philippe Deniard dans un sonnet dédié à la terre généreuse du cultivateur.


    Florence  lit 2.JPGAux côtés des scripteurs se sont jointes au partage des voix nouvelles, comme celles de Florence Gamet prêtant sa latinité à la version originale du poème "La terre" (1) de Pablo Neruda, en écho à Dominique Sorrente pour la version française, Michel Tabau dans sa lecture et sa traduction d'un poème d'Heinrich Lerch, Daniel Labedan, en approche de Terre sous l'angle de l'humanité et de la modernité, et retransmettant la voix singulière de Sophie G. Lucas (2). Entre autres îlots de poésie,  Thérèse Defresne emmenait l'assemblée vers l'horizon de la Grèce et Brigitte Lemaire-Sicre modelait ses mots autour du travail du potier.

     

     

    À mi-parcours, Marien Guillé proposait une création originale en compagnie de Mathilde Audin, performance entre lecture et mouvement, à partir de ses mots en consonance avec ceux de l'écrivain Dominique Sampiero.

     

    Les absents avaient aussi leur place, dans cette tradition instaurée du groupe qui veut que le partage de parole s'étende aux scripteurs hors les murs, confiée à la voix des présents, donnant à entendre les compositions d'Angèle Paoli, d'Olivier Bastide, de Françoise Donadieu. Une façon pour de nouvelles voix aussi de transmettre les mots d'amis inconnus.

     

    Groupe intervalle Script 2 automne.JPG

     

     C’est la terre.

     ne lui demandez rien de plus, avait annoncé le poème de Dominique Sorrente.

     

     

    Après trois heures pleines de ces paroles croisées, l’intervalle se refermait, convaincu de la fertilité à vivre à plusieurs l’humus, toujours remuant, qui ici, « entre gouffre personnel et jubilation de nommer » s’appelle poésie.

     

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     Album-photo de la rencontre en cliquant sur l'image du chat-poète : 


    • (1) P. Neruda, extrait du recueil Les vers du capitaine 
    • (2) Moujik Moujik, Sophie G. Lucas (Éditions des États civils, 2010)
    • Quelques poèmes de la rencontre ICI

     

  • Terres en vue, poèmes en novembre.

     

    Cette poudre où l’on plante et qui donne du vent et du grain, 

    Nourrissant végétaux, maternel élément ; 

    Étendues et vallées, par les monts, l’océan, 

    Au soleil, en tournant, éternel est son train. 

     

                                                   Gérard BOUDES 

     

     

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    Chanson de l’esprit de la terre

     

    Cela est beau en vérité, cela est vraiment beau.

    Moi, je suis l’esprit au sein de la terre.

    Les pieds de la terre sont mes pieds ;

    Les jambes de la terre sont mes jambes.

    La force de la terre est ma force ;

    Les pensées de la terre sont mes pensées ;

    La voix de la terre est ma voix.

    La plume de la terre est ma plume ;

    Tout ce qui appartient à la terre est à moi ;

    Tout ce qui entoure la terre me cerne.

    Moi, je suis l’œuvre sacrée de la terre.

    Cela est beau en vérité, cela est vraiment beau.

     

    Lecture par Thérèse Basse (Chant tiré d’une légende navajo.)

     

     

    * * *

     

     

    Compassion

          

       

                Hirondelle de mer et mouette

                une aile à côté de l'autre

    hirondelle_mer.jpg            image de compassion

     

                rien ne tombe dans la balance

                les collines se dressent tour à tour

     

                dans leur chaleur lointaine je marche

                en sortant du cadre  du destin

     

                jusqu' à l'aurore à la lueur violacée

                derrière laquelle s'étend

                le seuil vague de la terre

     

    Leonor Gnos

     

     

    * * *

     

    Petite terre

     

    au tout début

    la terre est une banlieue

    elle est marron foncé

    découpée en jardinets

    parcourue de rues plutôt propres

    ponctuée de centres commerciaux

    et de zone d’activités

    on y a bâti aussi des maisons

    et dans les intervalles en friche

    poussent des pommiers tristes

    des sureaux des troènes

     

    un jour au-dessus de cette terre passe le Concorde

    et mon père dit

    il est beau cet avion mais il fait beaucoup de bruit

     

    cette terre initiale s’étend ensuite

    devient une forêt striée de troncs rectilignes

    bourrée de genêts

    de Père Noël

    de caresses

    de marchand de sable

    d’amour sans condition

     

    puis la terre

    devient la mer

    et une plage de 140 kilomètres de long

    et les vagues

    le surf

    la transgression

    les filles

    la nuit

    le Velvet

    Alan Vega & Suicide

    les baisers

    le sexe

    tout ça

    se mélange sur cette terre

    pour en faire

    une sorte de lieu

    à la fois sacré et répugnant

    où je t’enterre

    un jour de mai

    où je vais autant que possible

    retrouver ton fantôme

    au détour d’un parfum

    de bruyère

     

    puis la terre devient

    plus abstraite

    elle s’envole

    vers l’apprentissage

    des textes

    des langues

    des sciences humaines ou exactes

    des systèmes complexes

    et de l’histoire

    où se cachent

    les mythologies

    et les monstres

     

    et cette terre devenue aérienne

    et sans contours définis

    se pose parfois

    au Palace

    au Rose Bonbon

    à la Nouvelle Eve

    se peuple d’étranges personnes

    qui érigent

    des mobiles gracieux

    qui jouent des airs dansants avec

    des instruments bricolés

    qui  montent sur une chaise

    chantent des chansons de Joe Dassin

    m’invitent à des barbecue-parties

    ou à des soirées costumées

    animent des groupes de parole

    m’ initient à l’incertitude

    puis à l’abandon

     

    et

    ensuite

    la terre fait grève à Radio France

    regarde Mars du coin de l’œil

    épuise son énergie

    réduit ses distances

    calcule mieux sa position

    invente le tgv

     

    et encore ensuite

    la terre se couvre

    d’une population considérable

     

    et encore

    encore ensuite

    cette population considérable

    regarde le ciel

    jaune et chargé de poussières

    et espère la venue

    d’un crétin spatial

    à moitié à poil

    et auréolé de lumière

     

    et

    encore

    encore

    encore ensuite

    sur la terre

    ma mère m’appelle

    pour savoir si avec mon amie Princesse Stella

    on vient la voir à Noël

    et quand je lui dis oui

    elle répond

    tu ne peux pas savoir comme tu me fais plaisir

     

    Daniel Labedan


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    La terre est un vivant secret, mon paquetage sous les pieds, la déréliction des canailles, la roublardise du couchant. Elle enveloppe et outrepasse, l’or, le miel et la boue en stupre à la collerette. J’en suis fils, père et étrange présent, astreint aux peurs et vertiges divers.

    La terre est mon Etat de droit et d’indignation. J’en transpire le mal que se donnent impies et forçats à espérer. J’aime chaque matin voir le Ventoux. Cela ne suffit pas, mais cela embellit.

    La terre est offrande et hasard. J’envie le prêtre et l’agriculteur pour leur compréhension des choses.

    La terre est partance commune. Au bastingage déluré, j’apprends à contempler, je décline l’incertitude en mots et dits soudains. Je vis.

     

    Olivier Bastide

     

     

    * * *

     

    Pour ce jour qui va naître encore   (extrait)

      

    "Et aucun pas irréprochable 

    pour se précipiter

    ou tenter de lever encore la chimère des forêts.

     

    Et rien qui ne pressente

    l’irrémédiable fatigue des graines muselées.

     

    Respiration

    sans issue et sans borne.

     

    Respiration, éboulement,

    la rumeur au son rouge qui glisse.

     

    C’est bien ici,

    la terre que récitent

    les cœurs battants

    à la transparence du bleu.

     

    Elle fuit au noir,

    elle échappe au regard,

    elle est la grande métisse du dedans

    qui ouvre au chant vertical."

     

    Dominique Sorrente (inédit)