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Le Scriptorium - Page 119

  • La plage des Catalans à Marseille : un rendez-vous pour les poèmes amoureux du monde

     

     

    LA SAINT-VALENTIN AUTREMENT

     

    entrer des mots clefsCe lundi 14 février aura lieu une double cérémonie en l’honneur des poètes du monde. 

    À 11 heures du matin, à Trois-Rivières, au Québec, devant l’Hôtel de Ville, face au monument au poète inconnu, un hommage sera rendu aux poètes, dans la tradition de ce festival international qui réunit depuis 26 ans des poètes venus du monde entier.

    Au même moment, à 17 heures (heure locale), à Marseille, à l’initiative du Scriptorium, se déroulera pour la première fois une cérémonie inédite, plage de Catalans, intitulé Œillets du poète et mots en amour.

      

    Sur le site où fut établi le premier lazaret d’accueil des étrangers, venus par la mer, Marseille deviendra « sœur du monde entier » selon la belle expression de Saint-Pol -Roux, espace d’hospitalité pour la parole poétique de tous temps et de toute époque.

     

    La rencontre se déroulera en deux temps :

    À 17 heures, se succèderont une fondation d'écriture sur sable, une adresse au poète inconnu, l’expression de voix d’amour issues des cinq continents, et une nacelle de mots envoyés à l’air libre dans un lâcher de ballons. 

    À 18 heures, à la Maison de Jeux des Catalans, le public assistera à la joute du poème amoureux, où seront en lice les poèmes reçus du monde entier pour l’occasion, après une sélection faite par un jury d’experts.  

    Une cérémonie de remise d’œillets du poète et autres cadeaux précèdera le partage d’un apéritif, dit verrerie des rimes enlacées.

     

    À l’occasion de cette rencontre, sera lu un poème d’Andrée Chedid, symbole exemplaire de la poésie francophone et méditerranéenne, qui vient de nous quitter.


     

    Mon semblable
    Mon autre
    Là où tu es
    Je suis.

     

    Andrée Chedid, Rythmes [Gallimard,2009]

     

    À travers cette double cérémonie, ce sont les valeurs portées par la poésie, parole libre, circulant, à travers les générations, et les pays,  qui seront célébrées de façon festive. Avec l’improvisation créatrice comme respiration des instants. 

    Une autre façon de vivre la Saint-Valentin, en amitié et synchronie, d’une rive à l’autre. 

    L’événement a lieu en partenariat avec  le magazine Marseille l’Hebdo.

     

     

    entrer des mots clefs

     

     

     

    Ensemble

    Je chemine vers les fonds de toi
    Où le regard est en repos
    Où l'ombre se replie
    Où les murs se descellent

    Quand j'ai appris
    Que ton geste et ton mot
    N'étaient que tes saisons
    J'ai pris sur moi ce pèlerinage
    Pour te franchir porte à porte
    O toi qui me conteras notre histoire

    Andrée Chedid

    [Textes pour un poème 1949-1970, Gallimard, 2009]

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  • Le pardon, par Danielle Berthier

     

    Le pardon_1ecouv_DanielleBerthier.gifLE PARDON

    Danielle Berthier

     

     

     Il y a peu de temps,  lors d’une lecture publique, un auditeur m’a demandé : « À quoi cela vous sert-il d’écrire ? ». Sous forme de boutade, j’ai répondu par une formule cueillie chez George Bernard Shaw : « Quand on enlève tout ce qui ne sert à rien, tout le reste s’écroule ». Et j’y suis allé d’un petit commentaire facétieux : j’écris donc en revendiquant le droit que cela ne serve à rien. À côté de moi, un très cher ami poète a aussitôt proposé sa réponse : « Quant à moi, j’écris parce que c’est une nécessité ». Nous nous connaissons suffisamment, lui et moi, en complicité d’écriture et de vie, pour savoir que nos réponses venues de paysages différents se faisaient naturellement écho.

     

                 En lisant Le Pardon de Danielle Berthier,  je n’ai pu m’empêcher d’inviter à la tourne des pages ce dialogue aussi souriant que tragique qui donne au livre ainsi porté par son auteur sa place si particulière parmi les vivants et les morts.  Combien de haltes, combien de retours  et de questions auront été vécus pour qu’un tel ouvrage soit lâché par son auteur comme la plus précieuse des embarcations de fortune ? Nous l’ignorons, mais ce que nous sentons est l’empreinte du temps  éprouvé,  dans un texte tout en pudeur, en énoncés qui procèdent par étapes, par séquences du regard comme des angles de vue choisis pour rendre compte de la vie  qui se cherche après l’insupportable, ici l’accident mortel dans la nuit à peine éclairée qui emporte un fils. 

     

                On songe aux phases du deuil, identifiées en profondeur par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross (souvent hélas dénaturées par la psychologie fast-food de notre époque), ici comme revisitées par Danielle Berthier à travers les planches  successives du récit.  Le lecteur participe ainsi à l’épreuve dans son cheminement, et dans la relation unique avec cet autre, homme anonyme dans sa caverne devenu présence obsédante, interlocuteur décisif, parce que sa voiture a percuté la vie d’un enfant. C’est de ce travail de l’ombre que Danielle Berthier témoigne, de ce processus de dépassement qui ne fait l’économie d’aucun geste, qui se fraie un récit entre colère, désarroi, révolte, apaisement et besoin de savoir. Et il nous semble alors assister à une scène, la plus pure du théâtre antique, où se déplacent  et prennent sens les figures sacrées qui ont pour nom le Jeune Homme, Charly, la Mère, le Chœur, le Père, l’Ami, ceux du Chalet, l’écureuil, le Mékong, l’Océan même…Où le pardon serait la voie cathartique menant à l’album des mémoires partagées, dans le Chalet en retrouvailles avec les saisons par quoi le livre s’achève :        

     « Ils étaient redevenus  nos semblables

        De nouveau, ils étaient vivants ». 

      

    Doué juin 2009 Jardin de la rose treille métal.jpg

     

     

                Il faut être une femme, dans le secret de la douleur méditée, écrivain, portée par un désir de justesse de tous les instants, pour donner à un tel sujet des mots saturés de silence et qui pourtant  nous conduisent, d’une page à l’autre, avec conviction, insistance, dans la simplicité ouverte qui ne trompe pas. S’il consent à entrer dans cette traversée née d’un malheur brutal, promise à l’errance et appelant pourtant la paix des jours réconciliés, le lecteur sentira alors cette main qui à son tour l’accompagne, mue par des vibrations d’amour, symbole d’un parcours terrestre qui n’a pas renoncé à capter à même l’absurde l’indicible lumière.

     

                 Cela ne sert à rien, bien sûr, d’écrire ainsi, me direz-vous. Ou alors pour empêcher que tout le reste s’écroule. Mine de rien, voilà donc un petit miracle accompli qui opère par ce récit du Pardon. Le sait-elle, Danielle Berthier nous emmène loin,  au fond de notre conscience de vivre, dans une  langue sûre et dépouillée qui sait le prix des espaces intérieurs, le pouvoir des sapins sous leur écorce, l’enfance qui fait toujours signe derrière l’hiver, le besoin de comprendre et, plus encore, de recevoir et de faire pardon. Alors, autant signer ainsi : cela qui s’appelle écrire fait bien ici nécessité.

     

    Dominique Sorrente

     

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     Le Pardon, récit (automne 2010) - Danielle Berthier

    Editions MLD

    ISBN (13) : 978-2-917116-20-3, 78 p, 13 euros

     

    

  • On se souvient - Geneviève Bertrand

     

     

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    © Photo Claude Chuzel

     

     

     


     

    On se souvient

    Des ailes repliées

    Qui résistent à la musique implacable

     

     

    On se souvient

    De la joie vive

    Collée à l’avers du mouvement

     

     

    On se souvient

    Du corps épuisé

    À l’heure silencieuse

     

     

    On se souvient

    De l’évidence d’un mot

    Appelé par le regard de l’autre

     

     

    On se souvient

    De l’étonnement

    Du geste juste

                                        Jailli de l’étincelle       

                                                à la brisure de l’instant

     

     

    Danse de l’âme

    Audace du cœur

    Intensité du chemin 

     

                  

                                                                                        

                                                                             Geneviève Bertrand