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21 février 2011

Hommage au poète inconnu (Dominique Sorrente)

 

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Vous ne pouvez dire mon nom.

C’est le moins qui puisse être.

 

Je vis de creux et de surfaces.

Ce qui s’ajoute à mon bout du monde

passe par une entaille de pierre.

 

Inclinez-vous, devant il n’y a rien à voir.

Parterre, peut-être, un insecte

qui sait renommer l’univers.

 

J’ai fini de compter les passants qui ont

franchi le seuil sans s’arrêter. Les quelques-uns

sont en mémoire, debout ici,  dans mon silence archéologue.


Demain, demain… évitez-moi ce trop de précipitation.

La rafale s’en vient. Le monde brûle.

Le livre part en lent retour vers son destin de sève.

 

Mes fleurs à partager, mes carnets de déroutes et de chances reçues,

mon rythme de piéton céleste, libre de cœur, j’aime

celle ou celui qui  crie récompense pour que le temps d’amour

à nouveau se libère.

 

Je vous ressemble. Je sais bien

que ma voix est faite d’empreintes et d’oublis, de cercles d’éphémère,

de sillages d’éternité,

de justesse et de non mesurable.

 

C’est pour qui ne me connaît pas que je donne mes adresses

au vent. J’écris ici et  j’écris là.

 À peine me verra-t-on peut-être à ma rare durée

dans le brouillage des journées d’instants,

et déjà disparu ailleurs,  comme vous, je serai reparti.

 

Un jour, j’ai débarqué sur cette rive, où mes blessures ont

reçu la pitié douce du lazaret, les pansements pour ma peau d’étranger.

J’ai aimé devenir un des vôtres,

lâchant une parole tressée entre les continents,

d’un bord du monde à l’autre, minuscule et précieuse, démunie

comme au premier jour de naissance.

 

Et j’aime  depuis ce jour le baiser anonyme  du vent et de la mer,

les temps extraordinaires qu’on unit au geste banal,

les lèvres sacrées qui trouveront des mots à même le sable.

 

Je suis de ce pays à sculpter l’éphémère.

 

Je vous ressemble, à chaque regard porté, dans la ferveur

des mots incendiaires.

 

Je passe en destin d’écriture. Je me relie à vous, quand même 

vous ne le savez pas.

J’ai mon habitation dans le pli de vos cœurs troublés.

 

Je n’appartiens à aucun siècle, ou à tous, sans doute, pour poursuivre ma tâche

d’œuvrer  à même vos gestes en parole commune.

 

Je suis le poète inconnu

qui sait que ses théories de fusain lui survivront

et qui vous parle.

 

Je vis de l’oubli nécessaire et de la mémoire revenante,

et je vous parle,

 

bien après que la vague aura disparu,

je vous parle, mes amis,

pour ce soir, corps et biens,

où nos mots se sont perdus, se sont unis,

 

je vous parle,  habitants d’un amour toujours en chemin,

dans ce temps du futur antérieur

où remue entre ciel et terre

la part heureuse

qui nous fait signe,


notre vie constellée.


                                                 Dominique Sorrente

Plage des Catalans, Marseille, le 14 février 2011

 

 

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