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29 février 2016

AU BISSEXTILE PASSANT

 

Dominique Sorrente jeu anglais .jpg

 

jeu calendrier imaginaire- collection particulière- photo Lino Cannizzaro

 

Je salue l’intrus, l’insolite, le trouble-drame,

le jour qui sait se faire attendre,

l’intermittent des cycles,

 

je salue le doux ralentisseur de l’année,

 

le si reconnaissable

parce qu’il sait se cacher,

 

le qui vous dit :

je passe ici, remarquez-moi ou bien

tant pis,

je reviendrai sans doute,

mais ce sera une autre époque,

 

je salue

le petit virtuose des heures incomplètes

avec son art d’arrangements,

celui

qui n’était pas invité

et a trouvé sa place dans le gâteau du temps,

 

le bricoleur créatif des mesures,

 

l’inventeur du quadriennat secret

qui ne se montre qu’une seule fois dans son mandat

pour respirer l’air alentour,

 

le candide du château de sable éphémère

sur le goudron des tas d’urgence,

 

 je salue le bissextile

qui ne demande rien

qu'à glisser son jour anniversaire

dans les failles du temps à vivre.

 

À dans quatre ans, l’ami,

quelque part ici ou là...

 

 

                                   Dominique Sorrente

 

                                    au 29 montée de l’Oratoire,

                                                                                    ce 29 février 2016

 

20 janvier 2016

POURQUOI LE POÈME AUJOURD’HUI

Cercles ouverts au Pharo.JPG

 

    Notre époque, passionnante par bien des aspects et riche de promesses multiples, est en train d’engendrer dans le même temps une galerie de monstres, à la prétention de veaux d’or. Parmi eux, la marchandisation de l’intime et le dévoiement du religieux. La première chasse la gratuité dans les moindres recoins de l’âme humaine pour l'habiller en offre financière. Le second arrache à l’acte de se relier ce qui lui donne sens et mystère et le remplace par un geste de rapt institutionnel.

 

    Dans ce contexte, l’enjeu de la liberté poétique, conscience et parole autonomes, redevient plus que jamais une cause sacrée. Contre les mots de la rhétorique à sang froid (les verbiages des process et autres langues désincarnées des spécialistes), contre les mots des propagandes (il y a, par exemple, en ce moment, une poétesse de Daesh qui fait fureur dans les vidéos d’endoctrinement des candidats djihadistes), nous revendiquons le rôle insolite du poème. Celui de poil à gratter, tension d’une parole ouverte, indocile, espace pour une mise en mots, lacunaire mais fervente, du sensible dans toutes ses vibrations.

 

     Le poème, lieu d’interactions surprenantes et de vraies retrouvailles pour le cerveau humain, dont toutes les recherches les plus récentes nous indiquent qu’il est, à tous les âges de la vie et jusqu’à son terme, en quête de plasticité.

 

    Le poème à l’instinct joueur, comme le savent les enfants de toujours. Capable de lever des mots intenses et prodigieux qui appartiennent à tout le monde. Le poème, passeur des secrets publics, des paroles réfractaires et inventives. Visage de consolateur ou d’insurgé, ami des manques et des chemins de traverse, le poème à l’humeur de pochette-surprise du monde qui naît, avec lui, à cet instant. Poème, toujours sans façon.

 

   Lisez, écoutez, écrivez, parlez, dansez des poèmes.

   La vie, votre vie n’attend pas.

 

                                          Dominique SORRENTE

 

 

photo - copie.JPG

 

 

 

 

 

 

26 octobre 2014

Passage à l’heure d’hiver

 

Heure d'hiver.jpg

 

Ce matin, à huit heures, il était sept heures.

Mon réveil a fait comme si de rien n’était.

Le soleil voilé semblait freiner la sortie des draps du dormeur.

 

Au café, j’ai salué la nouvelle

de l’heure qui fait du sur-place

en arrêtant de respirer.

 

On dit que c’est une mesure pour économiser l’électricité

depuis la crise du pétrole dont personne ne se souvient plus.

On dit beaucoup de choses, mais la crise s’est tellement allongée,

les mesures se sont tellement multipliées

qu’on n’écoute plus rien,

seulement le bruit et le vide étrange de l’instant

quand il est sept heures à huit heures,

comme parfois midi à quatorze heures.

Et on appelle ça remettre les pendules à l’heure.

 

Il y aurait un suspens de souffle,

comme l’enseigne le maître secret.

 

Chacun des habitants en profiterait

pour s’exercer

au rétropédalage du temps.

 

Mon carnet sur oreiller.jpg

                                                Dominique Sorrente

 

 

photos D.S.