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01 mai 2021

 FAIRE CARAVANE POÉTIQUE: NOTRE PRIMITIVE PASSION par Dominique Sorrente

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« Les rues ont des noms, des numéros. À chaque numéro, aux façades, les noms de ceux qui y vivent. D’autres vécurent, d’autres vivront.
Entre les murs, croisons les fantômes du passé, l’ombre de l’avenir. Les immeubles parfois s’effondrent. Tout comme les civilisations. Faut-il reconstruire ? Est-ce encore possible ?
Avec un peu d’attention, quelques gestes d’humanité ou de langage, on aimerait colmater les brèches, poser des pansements dérisoires sur les plaies ».

 

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Ce beau témoignage de Nicolas Rouzet à son retour d'Ulysse massaliote, dit fort sensiblement ce qu'a pu être la caravane poétique du Scriptorium le 24 avril à Marseille.

Un pari audacieux, alors que la pandémie continue d'étirer son ombrageux ciel de traîne...Et pourtant un besoin, une nécessité de se retrouver en chair et en os, de réaliser un geste poétique en commun, comme nous le proposons au Scriptorium depuis plus de 20 ans. Ici, pérégriner à plusieurs, dans les lieux de Marseille où vit la mémoire des poètes, aller d'un point à un autre, dire des poèmes à chaque halte, prendre des voix et des voies de traverse, mêler le "pas gagné" de Rimbaud à la magie des mots prononcés à l'air libre. Croire à la confluence entre la chambre d'écriture et la marche à ciel ouvert.

 

Or, dans ce temps de pandémie si souvent délétère, qui fait la part trop belle aux replis, empêchements de toute nature et aux mille raisons de renoncer, dans cette période de vies blessées, bloquées, et qui se perdent de vue si facilement, il m'a semblé, plus que jamais, nécessaire de faire Caravane. Et pour prouver par le réel que cela avait du sens, j'ai conçu un parcours dans Marseille. Marseille-en-poésie, autour de la "rive neuve" et vers la colline de Notre Dame de la Garde. Un parcours pour réveiller la mémoire de nos devanciers. Dire que le poème fait signe tout autour de nos quotidiens, et que, pour nous, si souvent hypnotisés par le saccage et la saturation des écrans, seul manque l'innocence retrouvée des yeux et des oreilles.  Pour aller au poème, et boire aux "fontaines de l'inspiration" comme l'écrivait AE.

 

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Le 24 avril, c'est comme cela que tout a commencé. Sur une place minérale à l'italienne, avec des lampadaires à la place des arbres. Un canal disparu. Et la promesse de graines à jeter, de mots à troubler les regards assagis. Un goût d'effervescence.

 

C'est comme cela que tout commence toujours en poésie.

 

Par le vent, seul vrai maître des lieux, qui nous somme de parler haut et fort, par la jubilation de croiser les mots et les instants, par les gens qui se rassemblent et écoutent du fond des âges les voix des poètes qui nous précèdent et nous font signe: il y a du sens infiniment à vivre ainsi.

 

                                 Dominique Sorrente

 

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     (pins rue Pythagore, au-dessus de l'habitation de Gerald Neveu

        où selon Jean Malrieu se retrouvaient "les poètes de Vauban") 

 

23 mars 2021

DANS L'EUPHORIE DES MOTS RETROUVÉE, MARSEILLE BATEAU IVRE...

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"On ne doit jamais manquer de répéter à tout le monde les belles choses qu'on a lues."
  Sei Shonagon

 

         Rappelons-nous. Il y a un an, c'était la dure annonce du confinement. Dans la sidération de ce moment, les poètes du Scriptorium, réuni.e.s autour de Dominique Sorrente, avaient dû renoncer à vivre leurs "Morceaux de bravoure". Frustration de la privation de parole poétique en public. Personne à l'époque ne pensait que ce temps d'empêchement durerait avec toutes ses péripéties...

 

Mais voilà, mieux qu'une revanche sur le temps empêché, cette fois, quelque chose a eu lieu ce 21 mars plage du Prado Roucas à Marseille. Une vraie promesse tenue de printemps.  Un INSTANT BATEAU IVRE SALUTAIRE sur et autour de ce monument créé pour saluer Rimbaud, à l'occasion du centenaire de sa mort tragique à l'hôpital de la Conception.

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                                                   article du journal La Provence du samedi 20 mars 2021

 

         Pour qui ne le connaît pas, ce Bateau Ivre, en béton de basalte est un massif de pierres rouges qui se laisse escalader par les enfants aussi bien qu'admirer par les passants- quand ceux-là choisissent de de ne pas l'ignorer. Depuis 20 ans, il est devenu le véritable totem des poètes du Scriptorium. Et ce 21 mars, il était investi de bien belle manière.

 

         Convergence des causes : le dernier acte du Printemps des poètes était aussi la  date de la journée mondiale de la poésie (Unesco). Restait à savoir si le public répondrait. Mieux qu'une réponse, une communauté provisoire s'est formée, des gens qui avaient retenu le mot "poésie", le nom "Rimbaud" et qui avaient tout simplement envie de se laisser surprendre autrement qu'en nouvelles déprimantes. Dominique Sorrente, en maître de cérémonie anima la rencontre avec Emmanuelle Sarrouy, alternant les prises de parole vigoureuses ( le poème "J'ai pris ma part") et les invitations à écouter la variété des voix.

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         Un poème "Passagère clandestine" fut dit pour saluer les poètes récemment disparus, Serge Bec, Lawrence Ferlinghetti, Philippe Jaccottet, Joseph Ponthus, Jean-Jacques Viton, ainsi que l'interprète des poètes, Hélène Martin.

 

Puis ce fut le temps d'un bel hommage à Baudelaire ("fringant bicentenaire") qui permit de découvrir ou retrouver les voies classique (Correspondances), ou plus énigmatique (L'étranger), sans oublier les pas de côté (Un poème-épistolaire de Raymond Carver en pélerinage sur la tombe de Charles Baudelaire, lu par Emmanuelle Sarrouy), et aussi les textes de tempérament, véritables coups de sang du poète de Mon coeur mis à nu, l'ouvrage posthume dont certaines formules continuent de faire mouche aujourd'hui.

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Mais sur ce monument, à quelques mètres de "la mer allée avec le soleil", comment oublier Rimbaud ? Le comédien Emmanuel Franval proposa sans appui une interprétation sensible et mouvementée du long poème du Bateau Ivre, histoire de nous rappeler le verbe génial de l'enfant de Charleville. S'en suivit une valse de prises de parole les plus diverses.

 

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Pour certain.e.s c'était le baptême du feu... et zéro sono. Certaines phrases ont dû s'envoler loin des oreilles du public, mais l'important était ailleurs. Une suite de textes personnels (Marjolaine Heeg, Henri Gustin, Charlotte Hamer, Olivier Bastide...), des auteurs du répertoire ( Rutebeuf, Verlaine, Rimbaud encore...), des poèmes venus de pays divers choisis par Wahiba Bayoudia (le Rocher en feuilles de Boukany Dioura, le Naïf et l'Équipe de Malick Fall...), des murmures, des mots chantés, criés... On ressortit même le mot "déclamer", bien loin de la "voix blanche" à la Bresson...Tel est le lot des scènes ouvertes qui ont pour rôle d'accueillir la diversité des expressions à un moment donné. Dans une période si pleine de frustration, on en sent la nécessité.

 

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         Commencée à 15 heures, sans même le quart d'heure de grâce -tant il y avait de l'impatience dans l'air- la rencontre s'est terminée autour des 17 heures 30. Il faut dire qu'était apparu un nouveau participant, le mistral. Discret pendant une bonne partie de l'après-midi, il se fit plus insistant en fin de partie, les derniers résistants se collant à la paroi chaude du Bateau Ivre pour prolonger leurs lectures.

 

           Symbole de cet instant sans frontières : une jeune enfant kurde inconnue est venue se placer, au début de la rencontre, tout à côté de Dominique Sorrente. Elle n'a prononcé aucun mot, mais elle est restée là, longuement, debout, face au public, devant la mer, avec son sourire fier et sa jolie robe de fête. Qui était-elle ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Elle était à sa manière l'incarnation de cette "passagère clandestine" évoquée dans un poème d'À la digue du large ( éditions Tipaza).

 " Mes fleurs à partager,

mes carnets de déroutes et de chances reçues,

libre de cœur, j’aime celle ou celui

qui  crie récompense 

pour le temps d’amour qui viendra."

 

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"J’aurais désiré que cette splendeur durât mille années."

Sei Shonagon, Notes de chevet (1002)

 

                                                Anne LOFOTEN

 

              Les photos sont d'Emmanuelle Sarrouy et de Régis Dallaporta

 

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   Prochain rendez-vous public du Scriptorium :

la CARAVANE POÉTIQUE : samedi 24 avril.  Parcours encore secret... à découvrir prochainement !

                       

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15 mars 2021

INSTANT BATEAU IVRE SALUTAIRE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE LA POÉSIE À MARSEILLE

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            CET ÉLAN QUI NOUS FAIT SIGNE ...

    Le dimanche 21 mars est la date officielle de la Journée Mondiale de la Poésie  selon l'UNESCO. Si le virus et ses variants nous ont fait croire qu'ils pouvaient  affoler la planète entière, comment ne pas vouloir espérer qu'il existe d'autres circulations d'énergie, d'autres élans mieux aimantés, capables, eux aussi,  de faire signe au-delà des frontières?   

    C'est ce signe de poésie que nous entendons réveiller ici, à Marseille, en bord de mer, après une bien longue hibernation des esprits. Et ce 21 mars sera l'occasion pour cela.

   Nous vous convions pour cela à un moment particulier: l' INSTANT BATEAU IVRE SALUTAIRE, premier du nom. 

    Un moment pour vous, les fêlés de mots qui tanguent, de phrases qui volent, des rythmes à faire pâlir les vagues et les djembés... Un moment pour laver, d'un seul coup de mistral, les discours mécaniques, les raisonnements de procédures, les enlisements programmés. Un moment pour retrouver le noyau du langage, l'inconnue qui vit en nous, l'innocence de la part native, la parole toujours hors d'atteinte...

      Il y a un an, le collectif des poètes du Scriptorium avait préparé ses  "Morceaux de bravoure", et puis, une pandémie a passé par là. Je me souviens du jour de cette privation annoncée.  Nous étions devenus ces passagers de la tourmente, soudain immobilisés...qui n'avaient pas eu le temps de se dire au-revoir, ne savaient trop quand ils se reverraient. 

     L'accès au rivage est soudain devenu interdit. On a commandé à chacun de rentrer chez soi, mettre ses rêves amoureux sous cloche, et s'hypnotiser de décomptes sinistres sur écran. Certains ont payé un lourd tribut, d'autres ont tenté de tenir la distance. On a perdu l'usage d'embrasser l'inconnu-e. Les poètes, comme souvent, ont vécu sous les radars une saison, puis deux, puis trois et quatre. Dans la précarité des silences. Un photomontage (réalisé par Paola Leone) rappelle les "morceaux de bravoure" qui se jouèrent en ferveur mais à distance en mars 2020.

 

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           Mais aujourd'hui, la promesse du printemps repasse le plat. Et elle nous dit qu'il ne faut pas se baigner deux fois dans le même cauchemar. C'est le 21 mars, journée mondiale de la poésie - même si personne n'y croit, sauf quelques incorrigibles scribouilllards scripturiens qui persistent à signer entre ciel et mer. C'est le 21 mars que nous serons de ceux qui ont décidé de reprendre le chemin de leur port d'attache: le monument, dédié à Arthur Rimbaud, plage du Prado à Marseille. Il y a plus de 20 ans qu'ils y croient, qu'ils y œuvrent à temps et à contretemps. Chacun sa manie et son luxe de vivre!

 

              C'est là sur ce promontoire inspiré, dans cette embarcation chaotique, cet assemblage de cérastone, matière inventée par le sculpteur Amado lui-même, en hommage au Bateau Ivre de Rimbaud (mort à Marseille le 10 novembre 1891), qu'ils vous donnent rendez-vous pour un moment à ciel ouvert. Un de ces moments où l'ébriété de vivre fait loi...où les mots fusent à découvert, où l'on peut chanter "j'veux voir ta bouche" pour faire naître un poème inédit.

                    Et nous nommerons ce moment, l'Instant Bateau Ivre Salutaire. L'Ibis qui nous ramène à la mythologie égyptienne, à Thot à la forme mixte, l'inventeur de l'écriture et du langage. Nous apprendrons à notre manière la langue d'Atoum d' Héliopolis, et nous rappellerons notre vocation toujours balbutiante de scribes des dieux.

            

               DEMANDEZ LE PROGRAMME... 

L'Instant Bateau Ivre Salutaire se déroulera en quatre temps:

PHOTO DE GROUPE  ( celle-là même, un an plus tard, qui était prévue...mais les protagonistes, n'en doutons pas, auront changé de place, et de visage, et de poèmes...) avec les poètes présents

- Il y a 200 ans naissait CHARLES BAUDELAIRE...évocation 

- lecture chorus du POÈME ÉPIQUE par temps de pandémie créé par les poètes du Scriptorium - le texte est constitué de vers dizains rimés, écrits par les uns et les autres, dans une suite insolite qui n'a pas dit son dernier mot...

- scène de PAROLES LIBRES: elle donnera voix aux lecteurs qui se seront inscrits au préalable* pour partager des poèmes d'ici et de là, au-delà des frontières

 

Nul doute que la poésie, tout juste sortie du Printemps des Poètes consacré au thème du Désir, saura ici encore nous surprendre, nous orienter et nous désorienter. Sur cette voie étroite qui refuse également les cénacles réservés et les épanchements sans filet.

 

Nous vous donnons avec plaisir rendez-vous pour ce moment intense à vivre ensemble. À Marseille, ville-monde, encore et toujours...

 

"J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur..."

 (Le bateau ivre)

 

                                            Dominique SORRENTE

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Afin que la fête soit pleinement réussie, voici un 

                         GUIDE DE SURVIE DE LA RENCONTRE...

1- Les personnes qui souhaitent participer à la scène ouverte "paroles à l'air libre" devront  s'inscrire sur place dès 14h30 pour leur lecture personnelle ou collective    ( 3 minutes chrono par intervenant-e ).

2- Par sécurité anti-covid et pour assurer la bonne circulation des textes en plein air, chacun-e est prié-e d'apporter un PORTE-VOIX fabriqué maison. Les plus insolites ouvriront le défilé des porte-voix...

3- La Journée étant placée sous le signe de la poésie du monde, les textes venus d'autres pays, d'autres continents seront mis à l'honneur, les créations personnelles étant également appréciées 

4- En cas d'affluence excessive (sait-on jamais, songeait la scribe...) , nous procéderons à des déplacements giratoires élargis, tout autour du monument, permettant de faire des poèmes en mouvement les meilleurs des gestes-barrières. 

5- Si la pluie menace, chacun apportera un parapluie coloré pour apaiser les humeurs du ciel. La rencontre sera maintenue, et nous nous "rapatrierons" ensuite dans un espace abrité en bord de mer.

 

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09:39 Publié dans Agenda | Lien permanent | Commentaires (1)