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22 mars 2020

CE dimanche 22 mars: NOS MORCEAUX DE BRAVOURE EN POÉSIE SERONT LES VÔTRES

DES ENFANTS ESCALADENT LE BATEAU IVRE.jpg

C'était lundi dernier. Le 16 mars. Des enfants inconnus escaladaient le Bateau Ivre de Rimbaud, sur la plage du Prado à Marseille. Comme nous allions le faire, tous. Poètes du Scriptorium rassemblés ici...Aujourd'hui, 22 mars, nous nous embarquerons donc à distance, mais avec d'autant plus de ferveur sur cet étrange bâtiment qui dit des craintes et des espoirs, des désirs et des manques, des facéties et des silences lourds. 

Ce sera notre temps pour les "Morceaux de Bravoure". Des poèmes vont être dits, lus, envoyés...Ce blog est la partie visible de ces élans qui font tant de bien en ces jours si étranges. Et bien sûr, nous faisons nôtre la solidarité intense avec les soignants, celles et ceux qui sont en "première ligne".  

Dès demain, quand notre temps de ce Dimanche sera achevé, nous proposerons d'autres canaux de rencontres. Pour que le Scriptorium soit ce pour quoi il est fait: un "lieu-dit de poésie" en toute circonstance. Bon Dimanche, en morceaux de bravoure à tous et toutes ! Dominique Sorrente

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***

 

Une fleur.JPG

C'était hier, au retour de ma sortie brève. Une fleur imperturbable, sans personne à l'entour. Confiante. Là à sa juste place. Jouant sa partition de solitude. Je l'ai prise en photo, comme on applaudit la beauté vivante. Juste pour me souvenir de cette présence incomparable. Un "morceau de bravoure" de la nature, défiant tous les malheurs du temps...Dominique  Sorrente

 

 

***

 

                                                     RÉSISTANCE

est une femme
dont la terre est en feu

PERSÉVÉRANCE &
DÉTERMINA TION

sont ses filles

elle est une mère palestinienne
qui lègue à ses enfants un héritage de guerre avec des armes et ses larmes
pour se battre

elle est une femme noire drapée de satin pourpre
qui erre sur une route
et ne permet que l’on vende que les vêtements qu’elle porte

RÉSISTANCE

est la femme « native »
absente
qui mourut dans les mains d’un artiste blanc qui vit en elle
pendant qu’il prospère en moi

RÉSISTANCE

est une enfant
qui témoigne de la mort de sa mère et espère survivre peu importe où mais cachée

elle est une femme battue avec haine                                                                                      par l’homme qu’elle aime
qui décide de se sauver
pour un monde où le toucher                                                                                                    est sacré

 

elle est une femme mise à l’écart
par les barbelés entourant sa maison                                                                                          qui cherche un moyen de s’évader                                                                                      quelles qu’en soient les conséquences

 

                                             Connie Fife,

                              Cree Canadian poet (1961-2007)

 

                                                      ***

JE VEUX JE DOIS IL FAUT QUE JE SORTE D’ICI

 

sortir
sortir vite
sortir par la porte de secours des mots
sortir de cet espace
d’air
sortir de cette cage
d’air
sortir de ce corps
d’air

sortir vite
par la porte de secours des mots

dire autre et que l’autre se révèle dire nuage et que le nuage éclate dire pluie et que la pluie explose

il faut
que je persiste
à dire
il faut
que je continue
de parler
pour pouvoir ainsi bâillonner ce battement incessant et faire taire cet autre qui toujours me conteste m’assiège m’encercle et me crucifie
dans le vide seulement
sans
fixité
immobile
parallèle

sortir vite
par la porte de secours

dire mot
et que celui-ci s’ouvre comme un fruit
manger son noyau
dire eau
et que mon âme s’envole comme un oiseau
boire son chant
dire aile
et déployer mes plumes dans le souffle du vent dire amour
et que l’amour se dessine dans le silence du ciel

                                                             JULIE LAFAURIE

                         (d’après un poème de Pilar Gonzales Bernaldo de Quirós )

 

                                                PHOTO-2020-03-13-19-39-12.jpg

Ode au Poète

 

 

Tout au dessus des arbres il danse dans la nuit

Alerté par les anges sur cette épidémie

Ses semelles de vent l’emportent à l’infini

Sur le monde en colère et sur les cœurs meurtris

 

Dans les villes les campagnes il fallait réagir

Terre et mer des frontières il fallait s’en sortir

Qu’un virus nous rappelle qu’il fallait s’affranchir

De ce monde inique était à mourir de rire

 

Sur les dunes du temps et les jardins d’été

Les étoiles une à une il va les rallumer

Le poète magicien et le monde arroser

Et sur le cœur des hommes une fleur va pousser

 

Fallait-il une crise pour que le monde change ?

De toutes les époques la vie est bien étrange

 

 

 

Emmanuelle Sarrouy

Marseille, 21 mars 2020

 

                                                               ***

 

                        JUGEMENT

 

Attendu que les soignants dénoncent depuis des mois la précarité de leurs conditions de travail ;

Attendu l’ordinaire de 20 heures de travail d’affilée pour nombre d’entre eux ;

Attendu les heures sups, les week-ends et les nuits à peine payés ;

Attendu qu’ils sont malgré ce contexte toujours restés fidèles à leurs postes au lit des malades ;

Attendu leur dévouement sans faille à leurs frères, leurs sœurs humaines ;

Attendu leurs sourires, leurs petits mots d’encouragement, leurs gestes de soutien ;

 

Attendu le  réarmement permanent de la finance alors que le désastre grossissait dans l’ombre ;

Attendu le lâchage du service public par l’état ;

Attendu la restriction réitérée des budgets alloués à la santé par nos gouvernements depuis vingt ans ;

Attendu la malhonnêteté de notre président qui affiche aujourd’hui la santé comme priorité après avoir organisé avec méthode et acharnement la casse de l’hôpital, de l’université et de la recherche ;

Attendu qu’une ministre de la santé déclarait fin janvier qu’évidemment le virus resterait à Wuhan et qu’il n’y avait aucune chance que nous en voyions jamais la couleur ;

Attendu que voyant la catastrophe se profiler, cette même ministre a quitté son poste en rêvant d’un avenir plus prestigieux ;

 

Considérant la vision des files de camions de l’armée italienne transportant les cercueils des victimes ;

Considérant qu’il y a comme un air de Tchernobyl dans l’air ;

Considérant la pénurie actuelle et pourtant prévisible de masques pour les médecins hospitaliers, les internes, les externes, les infirmiers, les aides-soignants, les ASH, les assistantes sociales, les diététiciennes, les psychologues, les kinés, les dentistes, les médecins généralistes, les ambulanciers, les brancardiers, les techniciens de laboratoires ;

Considérant que le gouvernement a informé les soignants qu’une infection au coronavirus ne sera pas reconnue comme maladie professionnelle ;

Considérant le vol de 20000 masques dans les stocks d’un hôpital marseillais et de 30 000 dans un hôpital montpelliérain ;

 

Attendu les larmes de ma collègue infirmière terrifiée à l’idée de ramener le virus chez elle et d’infecter son mari âgé très malade ;

Attendu ma collègue thérapeute qui coud elle-même des masques à la chaîne avec du tissu de récupération ;

Attendu ma collègue infectée et hospitalisée pour participer à l’essai clinique à la chloroquine ;

Attendu mes collègues cloîtrés de frayeur dans leurs bureaux ;

Attendu la tension et l’angoisse ;

Attendu la peur dans le regard de mes collègues médecins et infirmiers mis en repos chez eux avant de revenir affronter le gros de la vague ;

Attendu que dans ce contexte, les médecins vont devoir assumer la responsabilité de choisir entre deux vies en fonction des chances de survie de chacun –  s’ils ne sont pas fauchés eux-mêmes avant ;

 

Attendu les patients qui vont mourir dans les pires conditions qui soient, je veux dire dans la solitude ;

 

Attendu qu’en cette année 2020, le thème du Printemps des poètes est « LE COURAGE » ;

 

Par ces motifs, et sans qu’il y ait besoin de statuer ou tortiller plus que cela,

JE DECRETE QUE MES COLLEGUES SOIGNANTS EN POSTE SONT LES PLUS GRANDS POETES DE TOUS LES TEMPS

 

Isabelle Alentour

 

Il y a des mots que les pierres n'ont vraiment pas envie d'effacer  PIERRES .JPG

Il y a des mots que les pierres n'ont vraiment pas envie d'effacer.     D.S.

 

21 mars 2020

J-1 DE NOUVEAUX POÈMES DE BRAVOURE pour le SCRIPTORIUM

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Les Bulle de Charlotte

 

Mardi 10 mars 2020 – Bulle de 8h35

 

Eu égard à vos regards

Mon idéal se porte bien

Eu égard à vos blessures

Mon idéal se porte bien

Eu égard à votre vacuité

Il germe et bourgeonne

Sans maux dire

 

 

 

Jeudi 19 mars 2020 – Bulle de 23h57

 

Des egos se promènent

Et se brisent sur la jetée

Du ressac à l’hymen

Un semblant d’éternité

 

 

 

Jeudi 19 mars 2020 – Bulle de 15h12

 

Comme un très long dimanche

Coloré d’une pointe d’appréhension

Des jours et des nuits arrogantes

On lui fait la nique

Gueule de bois virale

Épaules basses et jambes coupées

Brava brava la commedia

 

 

 

Vendredi 20 mars 2020 – Bulle de 22h23

 

Des germes combattants

Musique et inflexions de voix

Tout est bon pour tuer le temps

Printemps par-ci

Printemps parla et dit

Sauvez ce qui reste

Sauvez ceux qui restent

 

Charlotte Hamer

Luynes, mars 2020

 

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ROUGIR VOS ÎLES

 

Le vide m’aspire

l’orage des marées met du chaos
les filles folles n’ont plus peur des loups hissés dans la mémoire épaisse des eaux
brumes et marais de leur visage

bel or, ouvre un bouquet de bruyère allume les peintures
relève
tes jupes sur l’alphabet de tes marines tes langues tes lèvres écumeuses

je sèmerai tant de mots au livre des pages brûlées

sur mes savoirs distincts la mer étale ses fers sa roue s’emmêle
au soleil et aux morsures d’oiseaux lassée des berceuses
des abîmes

et ils porteront mes yeux
sur leur poitrine
et une hache sur leur cou

car l’homme doit mourir deux fois.  

Henri Tramoy

 

***

Au carnaval de la vie

 

 

avait-on besoin d’

un / virus meurtrier

pour nous rappeler

au chant des marées

à la douceur du

printemps naissant

au rythme des sirènes et

des matins dorés ?

 

avait-on besoin d’

un / virus meurtrier

dans la grande gueule

de la vie effrénée

pour amorcer le virage

en plein accéléré

poser nos points de suspension

en toute sidération ?

 

avait-on besoin d’

un / virus meurtrier

pour enfin respirer ?!

 

à Venise on rejoue le lac des Cygnes

la danse est belle et effrénée

d’un air de rien accompagnée

 

dans les miroitements de la lagune

sans un paquebot à l’horizon

sans ces touristes et leurs avions

 

commedia dell’arte dans les rues défigurées

commedia dell’arte dans les rues réanimées

commedia dell’arte de tout un peuple abandonné

 

mais les nantis ont-ils seulement compris

ce qu’est / le carnaval de la vie ?

 

 

 

Emmanuelle Sarrouy

Marseille, 21 mars 2020

 

               IL N'Y AVAIT RIEN À DIRE...

 

Il n'y avait rien à dire, ce courage il m'avait manqué et il me manquerait chaque fois que je respirerai cette même odeur ...l'odeur des ports croupissants sous des soleils d'acier, l'odeur du poisson pourri et des coquillages en voie de putréfaction.

bigorneau videla déception du crabe privé de repas

Le matin de la mort de mon homme dans son lit auprès de moi, sont venus dans l'heure qui a suivi d'abord le fidèle infirmier qui s'était occupé de lui durant ces longs mois d'agonie et de souffrances intenses, puis le cercueil et dans la journée ont afflué des dizaines de ses amis qui se sont succédé , 4 jours durant, avant que l'on puisse procéder à sa crémation.

Comment n'ai-je pas compris dès le premier regard, plutôt l'absence de regard, comment n'ai-je pas compris qu'ils voulaient tous ma destruction ?Pourquoi ai- je continué à croire qu'il pouvait en être autrement ?Il fallait que je disparaisse, que je n'existe plus; l'unanimité en avait décidé ainsi.

Pendant des semaines j'avais servi de bouclier pour les empêcher d'approcher, celui qui, moribond, refusé tout contact avec les autres...Mais peut-on en vouloir à un mourant ? Peut-on imaginer que cette personne festive et généreuse puisse désirer mourir sans ceux avec qui elle avait bringué toute sa vie ?

Pour ces gens là, il était impensable, que n'étant plus que l'ombre de lui-même, tordu de douleurs inimaginables, il puisse désirer une seule chose: vivre ces derniers moments entouré des deux seules personnes comptant pour lui, son frère de lutte et son dernier amour.

Nid de busedans le rocher des collines une place pour deux

Douze mètres carrés de salon de cette minuscule maison perchée sur la colline, Son cadavre au milieu.Des ombres allant et venant nuit et jour.La froideur étincelante des ciels d'hiver.

L'odeur de sa dépouille mêlée au parfum épicée d'une bougie Ma tristesse dans l'écho de leur brutalité.La violence d'une indifférence froide.La force de la vengeance d'un groupe.

Et les heures s'ajoutant aux heures , les jours après les jours. L'oppression se mua en hallucinations.La faucheuse sur mes pasJe délirais seule parmi ces visages qui avaient été mes amis.

Par-dessus l'épaulele scintillement fugace de la Mort

Fuir la silhouette des fantômes.Leur laisser son corps en pâture.Ce cercueil ouvert aux hyènes affamées.Laisser derrière soi les ténèbres.Sortir de cette obscurité.Mon travail était terminé.Lui n'était plus rien, une enveloppe en train de pourrir dans une odeur de mer en décomposition. Le courage m'a manqué, j'ai cru que la bravoure était de rester.Ils m'ont mis en pièces et se sont acharnés.Violenter la vivante, ils étaient tous d'accordet jusqu'au soir de la crémation alors que tu n'étais plus que cendres ...

.. Le courage m'a manqué...

Oies sauvagespar-dessus les tuilesla nostalgie des beaux jours

 

CLAUDINE BAISIÈRE

 

 

                                      Le 20 03 20 COURAGE

 

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20 mars 2020

PASSAGERS DE LA TOURMENTE, POÈME Dominique SORRENTE

Ce poème a été écrit en ce premier jour du printemps d'une année singulière. Avec une musique des Doors, revenue d'un autre temps, qui me faisait signe.

 

Version youtube (non répertoriée):

 

fichier son:
podcast

IMG_2366 LE COQUELICOT.JPG

coquelicot solitaire sur la colline

 

PASSAGERS DE LA TOURMENTE

 

 SOUDAIN IMMOBILISÉS

 

 

Passagers de la tourmente, soudain

immobilisés,

nous nous retournons,

la route tout d'un coup n'est plus là,

la mer si proche interdite.

Rentrez chez vous, beugle le haut-parleur.

 

C'est la rumeur qui, cette fois, a les yeux rouges

et ne ment pas,

elle dit qu'il y a un tueur sur la route

qui cache son visage aux vieux qui soufflent,

aux enfants shooters de ballons, aux poignets de portes.

 

Les corps se badigeonnent nus

en gels miracles

comme ils empilent l'une sur l'autre des bouées de sauvetage

qui se dégonflent vite.

 

Ponce Pilate n'est plus le seul à se laver les mains,

et plutôt trois fois qu'une.

 

Et les vagues  continuent  

mais sans nous

à lécher nos plages.

L'été, ce sera pour demain. Ici, on le raconte en rêve.

 

Étranges, nos soucis

de passagers de la tourmente

qui tirent sur imprimante le laisser-passer

de sortie.

Rentrez chez vous, répète le mégaphone.

 

 

Sur les branches de l'acacia,

les deux moineaux n'y entendent rien,

ni les mésanges, ni les goélands voleurs,

ni les guêpes qui font leur premier nettoyage de printemps.

 

Le buis est d'une forme insolente dans son exposition

de plein air.

 

On voit des chiens qui tirent leurs maîtres de compagnie.

 

Et les questions errent dans les rues.

La rumeur qui rôde remontera-t-elle la pente?

Comment respirent-ils, les poumons envahis ?

Que deviennent les morts sans sépulture ?

Comment dans l'appartement

régler la journée des enfants et les chamailleries ?

Ici une maman apprend à se faire appeler "maîtresse"

par son fils. Elle en sourit et se demande combien

de temps durera le rôle.

 

On dit qu'à Wuhan, ce fut un temps de pain bénit

autant pour les divorces et que les naissances.

 

Alors les zélés travaillent, il y en a toujours eu,

ceux qui se jettent à corps perdus sur les instants,

plus que jamais les zélés dévorent leurs écrans

qu'ils trouent de plus en plus

pour inventer des tunnels, des sas, des passerelles.

 

Tandis qu'aux fenêtres à huit heures,

à côté des linges qui pendent,  les casseroles

inventent un orchestre de bruits

en hommage aux gens masqués et aux soldates en blanc.

 

Et toi, passager de la tourmente, soudain

immobilisé, tu entends

des hurlements dans tes oreilles:

qui viendra prendre le dessus ?

 

Fini l'ouest,

fini l'autobus bleu.

 

Finis cinoche et troquet,

les embrassades de peau à peau.

 

On s'encapsule.

On se parcourt de baume.

On se met camisole de distance

et on découvre à tous petits feux

les lettres du mot: cellule d'isolement.

 

Passager de la tourmente. Et alors ?

Tu es chanceux.

Infiniment.

Pour le moment.

 

Apprends juste les couloirs,

le bout de table,

la pomme à croquer,

la poussière dans l'œil du tiroir.

 

Et ce n'est pas la fin d'en rire!

 

Apprends

l'incroyable silence

qui avait déserté la place.

Et pourquoi faudrait-il en avoir peur ?

 

Après tout, dans cet habitacle de fortune,

jeté avec les autres,

c'est l'heure de reconnaître

des tas de choses qui n'avaient pas de noms.

 

Tous les enfants

ne deviendront pas fous

dans l'attente des pluies espérées.

 

Allez, chanceux, tu ne pourras pas disparaître

d'une dose de trop

dans les toilettes sordide d'un bar.

 

Fais quand même gaffe à ta baignoire trop pleine

ou au court-jus.  Aux engueulades qui cognent trop,

aux vengeances des monstres de l'intérieur.

 

Pose doucement ta tête absente

sur mon drap blanc teinté de rouge.

Lançons-nous des signaux,

à la façon des autochtones.

 

Les choses ne sont pas ce qu'on pourrait croire,

mon docteurs demain aura retrouvé son visage.

 

Agrippons-nous au mot "confiance"

qui s'amuse de tout et voit pousser

sur la butte blanche de calcaire

les premiers pissenlits.

 

On se donne rendez-vous,

mes passagers de la tourmente.

Une coupe de champagne à la main.

 

On va traverser la dalle et les cristaux liquides.

 

Slainthe ! comme on dit en Irlande.

Santé! Prosit! Prost ! Cheers! Plus que jamais.

 

Et jusqu'à ce que Vie s'en suive.

 

 

                                  Dominique SORRENTE

 

                                            20 mars 2020