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13 février 2019

DANIEL SCHMITT a 90 ans: un PRINTEMPS DES POÈTES en février

                      Au fur et à mesure qu'il avançait dans cette ville trop connue,

                     les rues devenaient nouvelles   

                                     Daniel Schmitt, extrait de Donné par la nuit (Lo Païs)

Le triomphe de DANIEL  S.JPG

Quel bonheur ! J’ai connu à Puryicard, au nord d’Aix-en-Provence un vrai Printemps des Poètes avant l’heure. Un 9 février. Mieux qu’un lever de rideau. Tous ceux qui viendront faire « événement » le mois prochain n’ont qu’à bien se tenir pour être à la hauteur.

 

Le poète Daniel Schmitt vient de fêter ses 90 ans, et nous étions quelques-uns à l’accompagner dans ce geste qui fut aussi celui de croquer dans un gâteau de livres à nul autre pareil, et de compter les bulles de champagne comme tous ces jours traversés.

 

IMG_20190209_132810 La leçon de Daniel copie.jpg

J’ai une immense affection pour le poète de Donné par la nuit ( édité par Lo Païs, 1997). Je partage avec lui  mes initiales ( il est mon aîné dans la famille des D.S.) mais aussi évidemment bien plus que ça. Un homme rare, agile, courtois, capable d’une merveilleuse attention, et qui connaît encore par cœur des poèmes et des pensées qu’il partage à l’envi avec le public du moment. Il se dit « rangé des voitures » et tant mieux. À nous les chemins de traverse où il y a du prodige à trouver.

 

Daniel et Manou.JPG

Ce samedi où nous avons fêté son bel âge, il nous a encore gratifiés du souvenir de sa première rencontre avec Pablo Picasso. Une salve ! C’était en 1958. Son ami Lucien Clergue lui avait demandé un insigne et surprenant service, faire le quatorzième à la table du maître…et Daniel se demandant bien ce que c’était que cette affaire tordue, mais toujours partant pour l’aventure d’amitié, avait accepté. Il avait pris son intrépide solex, fait quelques heures en deux-roues de Cannes-la Bocca au Pont du Gard chez le collectionneur d’art, Douglas Cooper. Le solex et son conducteur s’étaient amusés comme des fous dans l’ambiance guindée des limousines.

Dans la demeure, un Nicolas de Staël traînait par terre. Paulo Picasso servait les apéritifs de son père.  Daniel se souvient qu’il avait bu là son premier whisky et qu’on l’avait installé à côté de Jacqueline et en face du maître.

Fin de l’épisode.

 

À notre dernière rencontre, il y a peu, Daniel nous avait crédité d’autres histoires réjouissantes avec un art consommé de l’effet et une rare précision dans les détails. Comme Marie Ginet lui parlait de slam, irritée de la méconnaissance de nombreux poètes en la matière et capables pourtant de discourir sur le thème (lire son excellent article « Slam, peuple et poésie », publié dans la revue Terre à ciel https://www.terreaciel.net/Slam-peuple-et-poesie-par-Marie-Ginet#.XF_lIs9KjOQ   ), Daniel Schmitt, haut comme deux pommes et demie, était allé se hisser au-dessus d’une bibliothèque et avait brandi avec un grand sourire une coupe, en racontant l’histoire de son trophée. « Ça s’est passé en 1993. Deux américaines qui avaient sans doute connu Marc Kellly Smith, le fondateur du mouvement slam, ont eu l’idée d’organiser un premier concours de slam en France au château de la Napoule. Elles avaient battu le rappel. Et de ce fait, il y avait beaucoup de monde, et notamment toute la poésie qui compte et qui voulait se montrer pour ce moment. Je me suis inscrit. Le concours était mené tambour battant. Je disais un texte différent à chaque fois comme il se doit. Le public votait. Les compétiteurs tombaient petit à petit. Les poètes éliminés faisaient de drôles de têtes. Et c’est moi qui suis resté ! J’ai gagné des t-shirts, devenus des reliques, et cette coupe ». La rencontre pionnière de La Napoule ne fut jamais renouvelée. Fin d’épisode. On en fut quittes pour une photo de fortune.

 

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        Daniel Schmitt et Marie Ginet, Cannes janvier 2019

C’est le même Daniel Schmitt, admirateur de Trenet, qui a souvent côtoyé René Char, André Villers, et plus tard écrit des paroles de chansons pour Henri Salvador.  

Fidèle à sa passion de toujours, la poésie. Sans faux-fuyant, draperies, coteries sociales, avec juste le goût d’enchanter le réel, malgré les malheurs des temps.

 

Déjà enfant, atteint gravement de la scarlatine, il avait inventé dans un délire de fièvre le nom de ses ennemis « les « hangués » pour mieux les convertir en mots.

Et aujourd’hui, il en est de même : face aux monstres de notre époque dont il se sent étranger, s’accorder quelques bulles d’air, ou phrases caressantes. Et partager tout ça, partager avec ses plus intimes, comme sa femme Manou, la « Manou des quatre saisons », ou Lucile, son arrière-petite fille aux coloriages étincelants. Partager encore avec le premier venu.

 

IMG_20190209_154805 Le gâteau.jpg

Ce 9 février, à Puyricard où merveilleusement accueillis par sa fille Nathalie, nous fêtions notre ami, Daniel a refait ce geste que je l’ai vu faire tant de fois : sortir de son sac un feuillet, sa « Besace », et nous en donner à chacun un exemplaire.  On pouvait lire un poème de novembre-décembre 2018, grave comme la conscience du temps. Et l’énigme de ce que nous devenons en « disparus » que tôt ou tard nous serons.

                                                             

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                     A gauche, le photographe et plasticien André Villers - à droite Daniel Schmitt 

 

 

Comment va-t-il se rassembler

Le Dispersé

À qui donc va-t-il ressembler

 

Comment va-t-il se rencontrer

L’Éparpillé

Dans quelle improbable contrée

 

Qui ou quoi va-t-il retrouverL’Introuvable Trouvère

De trous d’air en trous d’air égaré

 

La trace et le reflet d'une chanson.jpg

Avec ma guitare, j’ai chanté la chanson « Petit prince de nonante ans » que j’avais écrite et composé en l’honneur de mon D.S. Et dit un poème « Quand l’année me tourne la tête » qui me semble avoir été écrit par lui. J’ai fait ça du mieux que j’ai pu comme Lucile avec son cadeau coloriage. J’ai été payé d’une embrassade d’évidence. Ici la vie ne ment pas.

 

Oui, l’anniversaire a bien duré jusqu’ à 18h30.

Le temps de la poésie s’étire en douceur. Avec le consentement des convives complices. Dont le peintre aixois Gilles Bourgeade, qui fut le passeur inspiré entre Daniel et moi. Pour ceux qui ne connaissent pas, visitez sans attendre son atelier virtuel: http://gilles-bourgeade.wixsite.com/arts

 

  

Au moment où je devais repartir, j’ai vu Daniel déplacer son auto. Il s’apprêtait à repartir vers Cannes, vers son appartement à double vue montagne et mer. Avec Miro, Cocteau, et tant d’autres dans son coffre à souvenirs.

Avec Manou, dans son silence parlant, « Manou ma saison jusqu’au bout ».

 

Gâteau livre d'anniversaire.jpg

 

 

Un poëte est un sentier

Un chemin de traverse

Parfois même une impasse

Et c’est bien comme ça

 

Avec plein de gens de rencontre

À chaque Besace expédiée

Contre la mort contre la montre

Je fais l’amour ou l’amitié

 

Et que nous dit ici Lucile (qui a 4 ans et demi maintenant) ? :

« Je décide et tout est possible ! ».

 

Même pour Daniel de mettre un tréma sur le e de poète. Sans sourciller.

 

  

                                                     Dominique SORRENTE

 

 

 

11 février 2019

ET LA MAGIE FUT AU SCRIPTORIUM !

"Ne m'attendez pas ce soir

car la nuit sera noire et blanche"

Gérard de Nerval

 

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Petit retour sur la magie qui a opéré au Scriptorium le samedi 26 janvier dernier à l'Oratoire…Nous y étions.

 

Se taire

 

que les voix éteintes

résonnent encore

 

Schweigen

 

die ausgelöschten stimmen

nie verkligen lassen

 

Eva Maria BERG

 

En début d'intervalle, lecture fut faite par Dominique Sorrente (avec également le poème Choeur d'arbres de Nelly Sachs) du poème d'Eva Maria Berg, retenue à Fribourg, pour l'hommage à la cérémonie de libération du camp d'Auschwitz-Birkenau. Le Scriptorium s'était associé à l'événement.

Les voix des "mis au repos" pour cause de grippe furent également écoutées : Gérard Boudes et sa petite mécanique de mitraille en magie minuscule; Henri Tramoy et son Dans la gorge, l'abrasion du brasier.

 

Avec Lucas Magie.JPG

 

Après une discussion à bâtons rompus sur les prochains événements en préparation et à élaborer… Olivier Bastide, qui avait pu se déplacer pour l'occasion, nous a fait le plaisir de nous apporter les photos et textes du projet collectif  Quinze vues, quinze voix (né avec les quinze ans de notre association). Après l'expo à Oppède le vieux, cet ensemble doit être bientôt présenté dans la revue en ligne Ce qui reste. Quelques textes furent relus pour l'occasion par les auteurs présents (Leonor Gnos, Isabelle Alentour, Nicolas Rouzet, Dominique Sorrente, Thérèse Dufresne) en vis-àvis des images proposées par Olivier. Bon préambule à la magie… qui prit bientôt toute sa place.

 

                                               IMG_5995.JPG

Des textes, des tours de cartes accompagnés d'un joli conte proposé par Francesca Manson, une chorégraphie tout en nuance de sentiments du pantin SEB, l'ami d'enfance de Sophie Leenknegt, accompagné en impro par Nicolas Rouzet, pianiste du moment !

 

                                             SOPHIE et pantin seb.JPG

 

Le petit Lucas (6 ans) formant des écritures de bon coeur au centre de la pièce, tandis que Medjina ( son aînée de quelques années) jouait du timelapse, le télécran de jadis, faisant surgir des silhouettes. Des paroles en questionnements, c'est bien la magie qui était à l'honneur, dans la multiplicité de ses définitions : émerveillement, peur, anxiété, étonnement, "et si", surgissement, "il y a un truc", apparition, "c'est fou"...

 

L'intervalle fut clôturé devant le feu de cheminée par une ronde de crêpes salées, sucrées, toutes plus tentantes les unes que les autres… Et comme c'était le jour, elles se multiplièrent comme par enchantement.

 

Non loin de là, en belle compagnie, la chatte Grisette, lectrice invétérée de Chateaubriand, nous adressait ses salutations du moment en bord de Chandeleur.

                                           L'Hiver chez GRISETTE.jpg

 

                                                                Anne Lofoten

 

 

 

 

 

19 janvier 2019

INTERVALLE MAGIE D'HIVER ce samedi 26 janvier 2019

 ″Comme la magie, la poésie est noire ou blanche, selon qu’elle sert le sous-humain ou le surhumain [...] De fait, toute poésie humaine est mêlée de blanc et de noir : mais l’une tend vers le blanc, l’autre vers le noir″
René Daumal, ″Poésie noire et poésie blanche », Chaque fois que l’aube paraît, I, Gallimard

Cartes_Jeu.jpg

 

Après la veillée au coin du feu qui a fini 2018, venez démarrer l'année par un intervalle poétique qui promet d'avoir plus d'un tour dans sa besace…  Autour de quelques crêpes à multiplier à foison…

Ça se passera :

le samedi 26 janvier 2019 à 14h30 sur le thème « Magie ».

Détourner le réel dans le réel, troubler la perception de l’espace et du temps . À nous, l’expérience des anamorphoses à gogo dans un monde mutant d'illusions…

 

Venez donc avec de quoi nous étonner…et bien sûr, un texte d’auteur, un texte de vous, ou un geste artistique, et un petit quelque chose à boire ou à manger. Et si vous ne pouvez venir, envoyez nous un écrit, une trace, un lapin caché dans un foulard...

 

Nous aurons pour l’occasion quatre invité.e.s ( dont deux plasticiennes) qui participeront à nos exploits, à notre plus grande joie !

 

Merci de confirmer votre présence, avant le 23 janvier 2019, pour aider à l’organisation de la rencontre, à l'adresse ci-dessous :

poesiescriptorium13@gmail.com

 

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À noter déjà sur vos tablettes :

la caravane poétique du samedi 11 mai 2019, au mur de la Peste (Vaucluse).

Une autre date de rencontre en mars ou avril vous sera communiquée lors du prochain intervalle.

 

Merci à ceux qui n'ont pas encore cotisé de le faire, en ce temps d'étrennes...c'est la dernière occasion...(40 euros, adhésion annuelle, 60 euros pour les couples). Comme d'habitude, gratuité pour la "première fois".

 

À vos tours de magie !

Anne Lofoten

 

Sur une grande route,
il n’est pas rare de voir une vague,
une vague toute seule,
une vague à part de l’océan.
Elle n’a aucune utilité, ne constitue pas un jeu.
C’est un cas de spontanéité magique.

Henri Michaux

 

« Vivre

c'est serrer

un trou

dans sa main

jusqu'à ce qu'il

sorte

de l'autre côté

de la main

et rencontre

un autre trou

qui fera

une contre-main

sur le monde. »

Serge Pey