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31 mai 2017

EMMANUELLE SARROUY

Artiste hybride, auteur, poète, vidéaste

Née en 1968 à Lausanne, Suisse, Emmanuelle Sarrouy vit et travaille à MarseilleE.S photo.jpg

 

Elle passe son enfance au bord de la Manche à Dieppe, en Normandie, et s'installe en Provence en 1988. Artiste multimédia, poète, vidéaste, adepte du métissage de toutes sortes, elle pratique l'hybridation des formes et le mélange des genres. Flirte depuis toujours avec le journal intime, l'archivage, la récupération, la compilation, les petites formes, les instants suspendus, la poésie du quotidien. Emmanuelle publie de nombreux articles sur le cinéma et le cinéma expérimental, réalise des vidéos et installations qui sont montrées dans de nombreuses manifestations internationales, et écrit dans plusieurs revues poétiques (La Revue des Archers, Rrose Sélavy). Son livre Séisme(s), long poème du tremblement sur Haïti et l'aventure de l'adoption, est régulièrement présenté en lecture musicale. En parallèle de sa pratique quotidienne du haïku désaccordé, elle travaille aujourd’hui sur plusieurs projets d'écriture ; ils iront la nuit / marcher sur les toits … et grignoter le ciel, dialogue amoureux du nouveau siècle écrit à quatre mains et joué à deux voix ; et prépare une installation multimédia sur la quête de l’enfance : PERSIKOV (… le chemin des fleurs), une généalogie fantasmée entre les images de cinéma, les pages de la littérature, la culture noire d’où viennent ses enfants et à laquelle elle est éternellement liée.

 

Lectures

Si seulement Alice… (projet PERSIKOV… le chemin des fleurs) - 15’

Des oiseaux des anges et des hommes (en accompagnement du film Prototype…) – 15’

Suppléments d’âmes / lecture performance dansée – 30’

Séisme(s) (extraits) / lecture musicale – 60’ / 30’

 

Distinctions

Second prix du concours de nouvelles organisé par Les Rencontres Littéraires À Portée de Mots # 3 – Ville d’Istres/Maison Pour Tous d’Istres, novembre 2016 – pour son texte Si seulement Alice…

 

Mention Coup de Coeur au Festival Po-M “l’Écran des poètes“, Printemps des Poètes, Paris, 14-16 mars 2003 – pour son film Bad Dream Nevermore

 

Prix du meilleur film représentant la (V)idéologie de l’auteur au Festival Videology, Volgograd, Russie, 12 novembre 2004 –  pour son film C'est de l'homme qu'il s'agit !

 

Prix de la Pertinence du propos au Festival du Film de Famille, Bordeaux, France, avril 2002 – pour ses cartes postales vidéo DV Life 2001 (co-réalisées avec Jean-Paul Noguès)

 

Parcourir son univers

Page Facebook : https://www.facebook.com/emmanuelle.sarrouynogues

Vimeo : https://vimeo.com/emmanuellesarrouy

La Vidéothèque / http://lavideothequ5.wixsite.com/la-videotheque/emmanuelle-sarrouy

Collectif {endogene} : http://www.endogene.fr

Membre du Collectif Jeune Cinéma : http://www.cjcinema.org/

Membre du Scriptorium : http://www.scriptorium-marseille.fr/

 

 

QUELQUES TEXTES (AH !) PARUS OU A PARAÎTRE

Quelques partitions-apparitions comme une occurrence de l’être…

 

dans l'air matinal
imperturbable
il chante

et puis entre elles
les tourterelles

la voix des femmes noires de France
la voix des femmes noires
la voix des femmes

un vent de liberté

et l'abeille me chuchote
     au creux de l'oreille
          qu'il est temps

dedansCarton_Terristoire_Recto_1bis.jpg
le chat ronronne
dehors
ils chantent à tue-tête
les œufs sont arrivés
légère fébrilité

brèves secondes
au lever du jour
le chant des hirondelles
silence

extrait de R/ÉCUEIL(S) (au fil du temps) (à paraître)

 

***

 

Je m’arrache les cheveux un par un ou par petites poignées derrière la tête les cheveux au niveau de la nuque petit à petit petits bouts de cheveux bien tirés à la racine et méticuleusement je m’efforce de les arracher. Et puis au bout d’un moment il y a un trou même si on sent aussi au bout de quelques jours une petite tonsure agréable au toucher un peu rappeuse mais agréable à tâter sous le bout des doigts il y a un trou. Un trou que je sens du bout des phalanges mais qui ne se voit pas car il est caché par les autres cheveux ceux du dessus ceux plus longs qui cachent le trou. Alors il faut s’arrêter et attendre pour combler le trou. Mais si je m’arrache les cheveux c’est justement en attendant pour combler le vide de l’attente pour penser à autre chose pour faire quelque chose qui me permette de penser à autre chose. Et pour combler le vide je me fais un trou derrière la tête. En attendant des jours meilleurs, en attendant que les larmes sèchent, en attendant que le soleil se lève. Je concentre tout le vide derrière ma tête. Toujours il faut attendre, attendre que ça passe, attendre nos enfants, attendre des nouvelles, attendre une réponse. Attendre. Ça en devient insupportable toute cette attente tout ce temps à attendre. Insupportable. Alors on recommence à s’arracher les cheveux de plus belle et le trou devient bien lisse plus aucun cheveux sur cette petite surface de crâne tellement lisse qu’il en devient effrayant à caresser et le trou s’agrandit vertigineusement ne faisant que dévoiler de plus en plus le vide que je m’efforçai à combler en m’arrachant les cheveux.

 

De la dérive des continents

À la dérive des sentiments

Fulgurance de l’éclair

 

Extrait de Séisme(s) (2011, éditions Thélès)

 

***

 

Elles étaient attablées. Elles étaient là à bavarder, à palabrer inlassablement sous les rayons chauds de ce début d’été. Elles parlaient de leur art, de leur passion et de leur déraison. Elles parlaient de leur pluralité. De leurs casquettes, de leurs têtes, de leur schizophrénie effrénée. Elles étaient face à face. Psyché contre Psyché. Volubiles, elles parlaient de la mémoire des choses passées, de ces infimes traces du quotidien qui veulent ne pas se faire oublier, et de leurs infinies façons de les retenir. Vergiss mein nicht était un peu leur crédo et la mémoire était pour elles comme un cadeau. Épiphanies quotidiennement renouvelées. Elles étaient différentes et elles étaient semblables. Amies avant même de se connaître. Elles parlaient de portes et de fenêtres, elles ouvraient des brèches, creusaient le ciel, trouaient la terre et construisaient des liens. Elles tissaient et métissaient et choisissaient toujours, qu’elles y soient autorisées ou non, de passer par quatre chemins plutôt qu’un.  Toujours sans jamais aucune hésitation. Elles aimaient se perdre pour mieux se retrouver. Sous la mousse au fond des bois elles ne voyaient jamais le temps passer occupées qu’elles étaient à palabrer. Entre les fougères et les armillaires, elles tricotaient elles tricotaient des messages étranges et secrets pour les rois et les reines d’espaces insoupçonnés.

 

Myosotis et Volubilis avec patience et acharnement collectionnaient les perles de rosée comme autant de petits miroirs de la pensée.

 

Extrait de Volubilis et Myosostis (à paraître)

 

***

 

RIEN…

(après tout)

 

Rien

Absolu/ment rien

Absolu du rien

Total /ité du rien

Rien du tout

Tout du rien

Absolu/ment

Infini/ment

 

Rien de rien quoi rien

De rien quoi du tout

Ou rien

Non

Je ne regrette

Quoi

Pas du tout

Tout du Monde

Rien de rien

Un petit rien de rien du tout du Monde

 

Quoi

Tu dis rien

Tout petit rien chuchoté rien chuchoté rien

Tu dis quoi quand tu dis rien

Tu fais quoi quand tu fais rien

 Carton_Comprenne_qui_voudra_Recto_1.jpg

Tu cries

Tu penses le Monde

Tu panses les plaies du Monde

Tu craches des étoiles

à la gueule du Monde

Tu danses sur

Les ruines du Monde

 

Oh trois fois rien

Une danse qui ne rime  à

Tout petit rien chuchoté rien chuchoté rien

 

On y va

Tu viens ?

 

Texte paru dans la revue PERSONA # 1 (mai 2017)

 

***

 

Si je te dis que la ville à laquelle tend mon voyage est discontinue dans l’espace et le temps, plus ou moins marquée ici ou là, tu ne dois pas en conclure qu’on doive cesser de la chercher…

En relisant ces quelques mots de Marco Polo lancés à Kublai Khan dans Les villes invisibles d’Italo Calvino, Je sens une proximité immédiate…

Marseille, dans mon enfance, était une destination. Un voyage dans l’espace et le temps. Hors du temps. Au moins deux fois par an, nous traversions toute la France pour passer quelques jours à Marseille. Une fois en hiver, une fois en été. C’était le temps des vacances. Nous allions chez mes grands-parents maternels. En hiver pour y fêter Noël, en été nous poussions ensuite jusqu’à Cassis, la plage, la mer… Arrivées, retrouvailles, départs… Et entre deux, ce petit temps suspendu.

Nous faisions souvent le trajet en deux jours. Après une nuit passée à Auxerre, une calzone avant d’aller dormir, le chat sur l’armoire de la chambre d’hôtel… Nous reprenions la route. Après des kilomètres et des kilomètres, quelques étapes, « on arrive bientôt ? », la nuit tombant, c’était l’arrivée à Marseille.

Marseille, on y arrive, on en repart, on y revient…

 

Extrait de MARSEILLE GO IN / GO OUT paru dans La Revue des Archers # 27 sur le thème Nos Méditerranées (décembre 2015)

 

***

 

ACTE I : prendre le vent / et avec lui / s’évader

 

Ça a commencé comme ça. Par un manque.

Une faille

Une brèche

Un creux

 

Elle s’était rapprochée et lui avait glissé

 

Les mots manquent

La voix manque

Les mots et la voix manquent

Et tout est là

Et tout est dit

 

Cette absence

Ce manque infini / définitivement indéfini

 

C’était dit

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Il lui avait répondu qu’il était là

Sa présence au-delà

Sa chance et son drame

Il lui avait répondu comme ça

 

Définitivement

Je suis vivant

(comme un credo)

 

Des âmes entremêlées

S’enflamment

 

Il dit :

Moi je sui celui qui porte l’enfant

Et la vision de l’amour

Je suis sacré

Je suis poète

 

Elle pense :

Enfant sacré poète

 

Elle pense :

Amour secret

 

Des mots enflammés

S’enlacent

 

Texte extrait de ils iront la nuit / marcher sur les toits…  et grignoter le ciel

Dialogue amoureux du nouveau siècle. Pièce écrite à quatre mains et jouée à deux voix.

(work in progress, co-écriture avec Wilfried Salomé)

 

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photogrammes © Emmanuelle Sarrouy

 

LEONOR GNOS

 

Léonor Gnos est née à Amsteg (Uri) en Suisse alémanique.LG photo 2.jpg

 

Diplomée de littérature allemande et française, la culture et les langues européennes tiennent une place importante dans sa vie puisqu’elle a étudié plusieurs langues, séjournant  en France, en Angleterre, en Italie, en Espagne et en Grèce. Avec son mari et ses deux filles, elle vit et travaille à Lucerne comme professeure d’allemand. Après avoir enseigné l’allemand en Langue étrangère à Paris pendant vingt ans, en 2010 elle s’installe à Marseille. Elle écrit de la poésie, des récits et des nouvelles, publiés en Suisse et en Allemagne.

 

En réponse aux sollicitations du Scriptorium, elle traduit ou laisse traduire ses textes (Pascale Auger et Nicolas Rouzet) ou bien elle écrit directement en français. En co-auteure, elle a publié « Ecritures de l’eau », de même dans différentes revues littéraires.

Léonor Gnos est membre de l’association ADS (auteurs suisses) et de Pro Litteris.

 

 

Table d’ouvrages

 

2017   « Lichtfalten », (rides de lumière) poésie, Collection Montagnola,  Isele, Eggingen

2014   « Jenseits von Blau », (Au-delà du Bleu) poésie, édition Isele, Eggingen

2014   « Mäd Book 3, co-auteure, prose et poésie, edition Franz Mäder, Bâle

2013   « Die Schrift der Sonne ist vertikal » (L’écriture du soleil est verticale) Collection         Poésie Suisse, editore alla chiara fonte, Lugano

2012   « Ecritures de l’eau », co-auteure, poésie français/allemand, édition PAP

2012   « Hier ist Süden », (Voici le Sud) poésie, édition Isele, Eggingen

2010   « Nelly N. », nouvelles, édition Pro Libro, Lucerne

2009   « Singende Städte », (Villes enchantées) poésie, édition Wallimann, Alpnach

2007   « Milchstrasse », (Voie lactée) poésie, allemand/français, édition 13/XIII, Paris

2006   « Mohn am Schuh » (Mon âme joue), poésie, édition Wallimann, Alpnach

2004   « fallen und federn », (tomber et rebondir) récit, édition Gisler, Altdorf

2003   « Mit dem Schatten », (Avec l’ombre) poésie, édition Wallimann, Alpnach

2000   « Bristenbitter », (Bristenamère) nouvelles, édition Gisler, Altdorf

 

Leonor Gnos https://de.wikipedia.org/wiki 

 

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QUELQUES TEXTES

 

 

                   Jeu d’amour

 

                   Dans l’intimité de la nuit

                   je joue quand le paysage s’endort

                   chaque chose perd son nom

                   en leur absence je travaille à l’amour

                   j’empoigne la poussière des étoiles

                   leur incandescence

                   pendant que sur les tuiles

                   brûlent les constellations

                   en rêve chutent les étoiles filantes

                   la voie lactée s’accoude à la fenêtre

                  

                   ***

 

                   Macadam

 

                   Un ciel bas tranche sur la mer

                   de son bleu enrobe la ville et les amants

                   qui aspirent l’haleine du      souffle

                   élan des lèvres polies par le vent

                   les oppositions se dissolvent

                   ruissellent dans les caniveaux la peau flamboie

                   une fois la femme une fois l’homme

                   un son diffus pénètre le soir et une odeur de chanvre

                   depuis que je suis où je suis

                   je n’écoute plus mes semblables

                  

                   la masse trébuche s’émmêle dans les accidents

                   une série d’équilibre précaires

                   qui résiste au rythme interrompu

                   tomber et rebondir je connais le modèle

                   et les couleurs perdant leur tenue

                   tantôt je bute sur les bosses d’asphalte gonflée par

                   la chaleur tantôt mon pied emprunte les traces molles

                   y rentre en sort  comme on passe une porte

                   ma main saisit mon front glisse plus bas lisse mon ventre

                   une femme rit d’une gorge rauque

                   renverse la tête sa robe froissée entre les doigts de l’amant

                   la foule se disperse la circulation ralentit

                   je perçois l’odeur des égouts je préfèrerais plutôt danser

                  

                   la mer et l’horizon se mêlent

                   les couleurs et les formes se fondent en harmonie

                   mais je suis trempée de sueur

                   de devoir adapter les mots à mon corps

                   à la ville à la poussière à la saleté et au plaisir

                   sur les murs le vernis de ma peau

                   le ventre pointe le sexe

                   une composition-confetti

                   mon visage se détend comme la terre appelle l’eau

                  

                   ***

 

                   Pour une poète

                  

                   Trouver le portail

                   jusqu’aux lieux des mots

                   leurs failles

                   leurs tailles

                   une forêt de crevasses

                   le poids de la langue

                   sur une balance

 

                   ***

 

                   Transit

 

                   Le soir je suis là

                   quand tu mets ta main

                   sur mon visage

                   et dans mon poème

                   tu veux entrer

 

                   les nuits s’oublient l’une l’autre

                   à la pointe du jour

                   entre nous et les rêves

                   une lueur de cendre

                   l’aurore

                   parmi nous disparue

 

NICOLAS ROUZET

 

Né en 1970. Enfance à Dunkerque.NR photo.JPG

Sa mère enseignante lui transmet le goût des lettres (et le goût du Beau partagé avec son père décorateur). Les parents se séparent vite. Encore enfant, il croise Pierre Dhainaut à des vernissages; se familiarise avec la peinture flamande et l'oeuvre de Paul Delvaux, avale des kilomètres de films dans un ciné-club.

"Quand on aime, il faut partir" (Blaise Cendrars)

A 18 ans Nicolas Rouzet se retrouve matelot à Mururoa. Au retour, études d'Histoire de l'Art à Paris, années de formation esthétique et spirituelle, de deuil aussi. En 2000, s'installe dans les Cévennes avec son épouse, y naîtront deux enfants. Rencontre Jacques Gasc qui l'encourage à écrire.

2006, arrivée à Marseille où il rencontre Dominique Sorrente, Marie-Christine Masset, André Ughetto, Leonor Gnos. Lit les poètes russes et se met à l'apprentissage de leur langue. Publie des notes de lecture dans la revue Phoenix.

 

Liens

www.recoursaupoeme.fr/poètes/nicolas-rouzet

https://sites.google-com/site/revuepaysagesecrits/archives/numero-24

www.cequireste.fr/nicolas-rouzet/

www.scriptorium-marseille.fr/tag/nicolas+rouzet

 

Bibliographie

Au seuil de la demeure, Encres Vives, 2004

Le refuge inachevé, Encres Vives, 2007

L’envers du décor, Encres Vives, 2009

Le voyage sans retour de Juan Martinez, E.V, 2009

Le silence de madeleine, E.V, 2009

La ville est autre, E.V, 2009

La chartreuse de Sélignac, E.V, 2011

La visiteuse, éditions MLD, 2011

Il fait tard dans ma nuit, La Porte, 2013

A l’approche d’Agnès et d’Ermessen, E.V, 2014

Le testament de Qu Yuan, E.V, 2014

Terminus Nord, La Porte, 2016

 

Anthologies

Cent poètes de Méditerranée, Jacques Basse, Rafaël de Surtis

Visages de poètes, tome 2, Jacques Basse, Rafaël de Surtis

Portrait de groupe en poésie, le Scriptorium, éd. BOD

Accordez-on ( 15 ans du Scriptorium )

 

Ma bibliothèque

Pierre Dhainaut - Anna Akhmatova - Ossip Mandelstam - Marina Tsvetaeva - Dostoïevski - Jean Malrieu - Baudelaire - Blaise Pascal - Louis Calaferte - Ivan Bounine

 

 

 

La visiteuse

(extrait)

 

Malheureusement, même en ce lieu où je suis venu tenter de fuir ma "Visiteuse", d'infimes détails, mes itinéraires les plus ordinaires, me ramènent sans cesse à sa pensée et au souvenir du printemps que nous avions passé ici.

Ainsi je n'ai pu m'empêcher de reprendre ce même chemin bordé de ronces, cette année couvert de mûres malgré la saison tardive. Le jus bleu-rouge abandonne sur mes doigts égratignés un arrière-goût amer...

Il y a dans l'air la même douceur que l'année où je me promenais avec elle, sur ce sentier d'épineux où elle allait avec insouciance, dans une robe légère dont la blancheur faisait triompher le hâle de sa peau. Autour de moi, j'observe les mêmes chuchotements intimes, froissements d'ailes parcourant les taillis... Vers les crêtes, on entend la rumeur de troupeaux invisibles : cette année-là, ils partaient; aujourd'hui, ils reviennent.

Alors que nous marchions dans toute cette blancheur, un peu enivrés par la transparence du printemps, nous fûmes surpris par des traînées de corbeaux qui s'ébrouaient en nous fixant de leurs petits yeux insolents; ils s'agitaient dans un mouvement de cendres, d'ailes charbonneuses. Le chemin de ronces aboutissait vers une clairière de buis. Là nous attendait une charogne, un délicieux festin de puanteur. L'animal grouillait, exhibant sa toison vers le ciel, les jambes en l'air comme une femme lubrique. Tout m'apparut alors d'une beauté suspecte, insupportable, dans ce paysage trop vert, d'une douceur hypocrite; je regardais avec dégoût les collines odorantes, les hautes prairies caressées par les vents...

Editions MLD, 2011

 

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Concert de carillons

                                                                           à Jacqueline et Pierre Dhainaut

 

 

          Hors de ses gongs

 

          L’horloge

          sonne encore

          Mais l’ombre se détache

          de son corps

 

          Que l’on se taise

          ou que l’on parle

          tout passe par le silence

 

          Chaque instant s’entraîne

          pour un instant

 

          Mais que craignons nous?

 

          à l’écoute

          de ces beffrois solitaires

          d’où le vent rogne

          les concerts des carillons

 

          Cette mélodie

          l’air y tremble

          qui connaît tout de nos misères

          de la perfection du monde

 

          (paru dans Diérèse numéro 66  merci à Daniel Martinez )

 

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                                                     Je marche de nuit

 

        Je marche de nuit

        sur ce mauvais chemin

        sans repos

 

        Je ne peux dormir

        tant mes rêves

        sont feux de broussailles

        chevaux fous qui renâclent sans trêve

        sous les ordres de ce capitaine cruel

 

        (ma conscience absente)

 

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Crédit photo : Olivier Rouzet