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13 décembre 2016

UNE RENCONTRE DE FEU AU SCRIPTORIUM le 17 décembre

 

Mais non, la nuit ne tombe pas, les poèmes,
mieux que nous, pour nous, entretiennent le feu.

 

                           Pierre Dhainaut

 

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C’est par deux vers de Pierre Dhainaut ( reçu au Scriptorium en mars 2015 dans le cadre de la rencontre Sud-Nord lumières croisées) que nous ouvrons la voie de notre Intervalle de décembre.

 

Celui-ci aura lieu le samedi 17 décembre à 18h sur le thème du feu

au 29 montée de l’Oratoire (13006 Marseille)

 

Comme d’usage, chacun apportera des écrits sur ce thème du Feu tirés de ses lectures, et une création personnelle, à convenance.

 

En guise de préparatifs, pour ceux qui le souhaitent, nous proposons en amont un atelier « Souffle du feu » - écriture et oralité - animé par Marie Ginet (15 euros) entre 16h et 18h Une sorte de mise en bouche d’écriture dont nous partagerons les fruits lors de l’intervalle.

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L’intervalle sera prolongé par un buffet dînatoire avec les ressources tirées du sac …qui auront résisté aux flammes.

 

Pour faciliter l’organisation de la soirée, il est demandé aux participants de s'inscrire  avant le 15 décembre, en précisant s'ils comptent participer aussi à l’atelier.

 

On rappelle que toute personne non membre de l'association peut assister gratuitement à une rencontre du Scriptorium en en faisant la demande. 

Pour faire vivre l'association, l'adhésion annuelle est de 40 euros.

 

                                         ***

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Et pour nous mettre un peu de feu à la bouche...

 

« Allô ! Qui
« Parle ?
« Maman ? »
— C’est maman !
— Maman, votre enfant est malade magnifiquement
Maman !
Il est malade d’incendie du cœur.
À Liouda, Olia, mes sœurs,
Dites qu’il n’a plus où s’en sauver avec sa vie
Toute parole,
Toute drôlerie,
Qu’il crache hors sa bouche d’incendie assiégée
Est comme la prostituée nue qui
D’une maison publique en feu est jetée.

 

Vladimir MAIAKOVSKI, La nue empantalonnée
(extrait)

 


Le signe de feu

Ici, où parmi les mers l’île a surgi,
pierre du victimaire se dressant escarpée,
ici, sous le ciel noir, Zarathoustra
allume son feu des hauteurs, —
signes de feu pour les pilotes en détresse,
point d’interrogation pour ceux qui savent répondre…

Cette flamme aux courbes blanchâtres,
— vers les froids lointains élève les langues de son désir
elle tourne sa gorge vers des hauteurs toujours plus pures —
semblable à un serpent, dressé d’impatience :
Ce signe je l’ai placé devant moi.

Frédéric NIETZSCHE, Dithyrambes à Dionysos, (1888) in Poésies (Mercure de France)

 

 

                                                                 *

 

LE FEU n’est que la singerie ici-bas du soleil. Sa représentation, accrue en intensité et en grimaces, réduite quant à l’espace et au temps.
Le feu, comme le singe, est un virtuose. Il s’accroche et gesticule dans les branches. Mais le spectacle en est rapide. Et l’acteur ne survit pas longtemps à son théâtre, qui s’écroule brusquement en cendres un instant seulement avant le dernier geste, le dernier cri. […]

Francis PONGE, Le soleil toupie à fouetter, III, in Pièces (Gallimard, 1962)

 

                                                                   *

La cendre
À terre
Se demandait
Où était passé
Le feu.
La fumée
Répondit :
« Tu l’as avalé. »

 

            Malcom de Chazal, Sens magique, 1957

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21 novembre 2016

LIRE POUR LIBERER ALSI ERDOGAN

« Je ne me sens chez moi que lorsque j'écris. Vingt ans plus tard, aujourd'hui, je me sens toujours comme une sans-abri. »


« Me voilà aujourd’hui en prison pour avoir cru à des mots tels que vérité et paix »

 

Alsi Erdogan

 

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Le 10 novembre 2016, le parquet d’Istanbul a requis la réclusion à perpétuité pour la romancière Asli Erdogan, grande voix de la littérature turque, incarcérée depuis le 16 août avec huit autres membres de la rédaction du journal prokurde Ozgür Gündem pour "association avec une organisation terroriste". 

Le tribunal a jusqu’au 25 novembre pour accepter ou rejeter cette demande. En attendant, Alsi Erdogan poursuit son combat depuis sa cellule à la prison pour femmes de Bakirköy en transmettant messages et lettres à des visiteurs, parlant de procès kafkaïen et appelant le monde à ouvrir les yeux sur le régime totalitaire qui s’étend aux portes de l’Europe.

 

Le 1er novembre 2016 elle écrit cette lettre ouverte :

 

Lettre de prison 

 

Chères amies, collègues, journalistes, et membres de la presse,

Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde-à-vue. Quatre personnes dont Can Dündar, (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc. Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. 

 

En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la “vérité” et la “réalité”, et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde-à-vue (jusqu’à 30 jours)… Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Ozgür Gündem, “journal kurde”. Malgré le fait que les conseillères n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire. 

 

 Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, a été également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme. Cette lettre est un appel d’urgence ! La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie, s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe. L’Europe est actuellement focalisée sur la “crise de réfugiés” et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, auteur-e-s, journalistes, Kurdes, Alévies, et bien sûr les femmes - payons le prix lourd de la “crise de démocratie”. L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que “l’Europe est l’Europe” : la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression… 

 

Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant. Cordialement. 

 

 Aslı Erdoğan, 

Prison Bakırköy Cezaevi, C-9, Istanbul 

Traduit du turc par Kedistan (3 novembre 2016) Appel initial de Kedistan (12 novembre 2016)

 

Depuis cette adresse initiale, un large appel à lire, dire et faire courir les textes d'Asli a été lancé (https://diacritik.com/2016/11/12/tieri-briet-tribune-pour...). 

Le Scriptorium se joint à ce mouvement en invitant chacun de ses membres à lire, partager et faire vivre les écrits et la sensibilité de cette grande voix de la littérature turque traduite en plus de dix langues.

Un temps sera notamment consacré à la lecture de ses textes lors de notre prochaine rencontre du 17 décembre prochain.

 

Ci-dessous deux extraits du Bâtiment de pierre (2013, Actes sud, traduction Jean Descat) qui dénonce la torture et les conditions de détention en Turquie :

 

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 « Si l'on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable sous la peau... Les mots ne parlent qu'avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie. À condition de ne pas vous tromper dans l'ordre des lettres, de ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l'argile vivante. J'écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant contre ton oreille un coquillage vide. La vie : mot qui s'insinue dans ta moelle et dans tes os, murmure évoquant la douleur, son qu'emplissent les océans.

[…]

Parfois, pourtant, très rarement, j'entends en moi une voix qui ne semble ni émaner d'un être humain ni s'adresser aux hommes. J'entends mon sang qui se réveille, coule de mes vieilles blessures, jaillit de mes veines ouvertes... J'entends des cris qui ravivent mes plus anciennes, mes plus authentiques terreurs et je me rappelle qu'ils sont nés du désir de vivre. Mes plaies ne parlent guère, mais elles ne mentent jamais. Pourtant leurs cris affreux, incohérents, viennent se briser sur des murs infranchissables et retombent en pluie sur ce sol, devenu mensonge, que sont le visage et le verbe des hommes. Leur son s'égare dans les méandres, les recoins, les impasses d'un labyrinthe et se propage dans le vide sans rencontrer un seul cœur. »

 

Une pétition exigeant la libération immédiate de l’écrivaine circule, à signer ici :

https://www.change.org/p/asl%C4%B1-erdo%C4%9Fan-derhal-se...

 

Actualités à suivre sur la page FB Free Alsi : https://www.facebook.com/freeaslierdogan/?fref=ts

17 octobre 2016

2 poèmes-stèles et le vent...

 

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Tu ne m’as pas dit où tu étais.

 

Peut-être ne le sais-tu

plus, toi-même, quand tu tentes

de descendre le long de mes yeux.

 

Mais j’apprends la leçon secrète, au jour le jour.

 

Tu ne m’as pas dit où tu étais pour que j’évite de trop fixer les dalles.

 

Et aussi, pour que je continue de me laisser surprendre

par le vol d’un papillon quand il traversera,

ça ne saurait tarder,

l’autre versant de cette fin d’après-midi.

 

 

                                                                     *

 

Quand tu apparais dans ma vie,

il y a une danse au milieu de la pièce

qui me précède, et toi

qui penches déjà la tête,

tu es au centre du tableau,

tandis que le creux de l’épaule

vient peu à peu vers toi pour t’offrir

tout le repos de tes années.

 

 

Une chanson   

tourne sur son disque

l’introuvable des consolations.

 

Une toile de neige,

un fond d’enfance,

c’est la terre

où la fatigue alors n’a plus de prise,

la terre saisie dans son étoile

qui nous revient.

 

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                                                                    à Patricia, cinq ans après le 17 octobre 2011