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12 avril 2013

Geneviève Liautard ~ Le champ d'écume

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 © Photo Hugo Colares Pinto

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De la mer à la mer
tu as bâti ta maison
entre deux rivages

Tu t'y sens à l'étroit
repousses les limites 
avec tes maigres bras

Tu attends que le flot t'emporte
vers cette lumière
prépares le cri
qui fendra l'univers
et placera le temps au premier jour

 

Regarde ce qui creuse la confiance
en amont des chutes

Sens tous ces corps que tu habites
et prends la mesure
de cette nouvelle demeure

Espérer dans l'ardeur du commencement
que ce feu nous hisse chaque fois plus haut
sur l'échelle de notre commune présence

 

Faire l'expérience du sable et du vent
Refaire inlassablement le sillon
Ajouter à chaque tentative un peu plus de poids

 

Geneviève Liautard, extrait de Le Champ d'écume
La Bartavelle éditeur, coll. Modernités, 2011 

19 mai 2012

Pierre-Albert Jourdan ~ Ébauche d'un paradis perdu

Très loin, le craquement d'une écorce. Un arbre qui étouffe.


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Il faut grandir. Les rêves sont prohibés. L'immémorial été a franchi les colonnes de la terre. Les saisons neuves déjà se bousculent et plantent leurs blasons. Et cette route infatigable passe par leur corps. Et ils se savent dans le sommeil liés à ce corps délirant, ils n'ont que lui comme miroir. La grande table de la terre !

Il faut grandir ; ils grandissent, mêlés aux touffes de thym, aux romarins vibrants, aux fleurs brutales des grenadiers. Membres épars dans ce massacre, ils savent les liens. Ils se fortifient d'absence. (Les rides sont le langage du dieu).

Il faut grandir encore mais déjà, comme un enfant émerveillé lance les dés, l'aube roule sur les collines. Il y a dans leurs muscles, au réveil, la trace d'un chemin inconnu.

Qu'ils partent ! Qu'ils soulèvent la poussière ! Ô, qu'ils partent et que la poussière se tasse sur leur chemin, que la poussière leur soit douce !

 

*

 

L'homme s'éveille avec peine de cette longue nuit. Il s'arrache aux liens tissés. Il le croit. Il secoue sa compagne, comme si la prière de l'aube résonnait encore dans sa tête. Partir ! Mais il contemple ce corps allongé près de lui. Il lèche cette chair endormie. La chaleur monte dans ses reins. Et le désir s'échappe, glisse dans les terres, frappe l'ombre miroitante et se love dans les collines. Il gonfle la pâte des nuages, étoffe les feuillages, leur donne odeur puissante. Il entaille la terre, l'ouvre aux semences.

L'homme et la femme marchent d'un même pas. La tâche n'est pas remplie, vide est encore l'horizon qu'ils ne foulent pas. Il faut donner un nom à cette beauté éparse, la convaincre d'exister.

Ils franchissent des terres innombrables. Veulent-ils oublier ce lieu sauvage d'éblouissement et de terreurs ? Peuvent-ils fuir ? Ils ne fuient pas. Ils sont ces étranges intercesseurs sans rien connaître de la nécessité qui les porte. Ils longent de grandes étendues et la fatigue voilent leurs yeux. Depuis combien de jours déjà ?

Parfois comme une voix semble raser l'herbe nouvelle : de frêles tiges de sauterelles où bleuissent de petites mousses ; des plaques rousses sur le sol craquelé, l'étendue passionnément grise. Une voix, oui, qui froisse de longues tiges noires et jaunes et d'un duvet la caresse soyeuse, petites crinières de vent.

Et le vent est partout.

Ils s'arrêtent, se logent dans cet abri. Des oiseaux blancs aux longues pattes d'or dessinent les étoiles d'un ciel commun.

[...]

 

Pierre-Albert Jourdan, extrait de Ébauche d'un paradis perdu,

Le bonjour et l'adieu, Mercure de France,1991, pp.275-276

03 mars 2012

Poèmes des Commencements (VI) ~ Yves Ughes

 

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   Source

 

 


La marche s’adapte à l’austérité incandescente du chemin

et l’effort demandé semble bien être le dû

à verser pour se faire accepter dans le martèlement temporaire du lieu

 

j’imagine Moïse suant et crachant illuminé pourtant de ce buisson           qui irradie le ventre

 

dis-moi ce qui peut aller ainsi figé dans les palpitations de la canicule

le temps n’avance plus

ondulations obligés dès lors pistil et pénis

et puis cette force des percussions sur le chemin jamais conquis

quand le sucre du vin vient agir et par sa combustion modifier le pas

il convient de lui donner cette indispensable part

de sainteté celle qui rassemble les pierres

les arbres secs ou foudroyés s’étirent dans la même fureur … 

                       


Yves Ughes

Capharnaüm, Station 6  [L'Amourier,2010]

« As-tu vu Judas se tenant debout dans ton ombre »