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Le Scriptorium - Page 98

  • Carnet de voyage au pays des formes brèves


     

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    "À quoi bon la peine de ne jamais arriver,

    nous avons des ailes à nous

    et une aiguille dans les mains".


     Leonor Gnos



                 Au pays des formes brèves, il y a ceux qui se présentent brièvement (poètes, peintres, humoriste, passeur de mots, animateur d’atelier d’écriture…).

    Au pays des formes brèves, il y a des archipels qui amènent des silences, qui créent d’autres archipels, comme des instantanés reliés dans les excroissances de la mer poétique.

     

    Au pays des formes brèves, il y a Marthe qui aime bien rire, qui nous ressort des articles anciens du Scriptorium où les Scripteurs « filent aux Auffes » (ou philosophent).

               Au pays des formes brèves, il y a le célèbre adage « Nul n’est censé ignorer la loi » qui devient « Nul n’est censé ignorer la joie (poétique) ».

    Au pays des formes brèves, il y a Léonor qui nous chatouille les mains avec une aiguille. Mais est-ce une aiguille à coudre, à tricoter ou celle du boussole pour nous donner un repère ?

     

    Au pays des formes brèves, il y a souvent des écarts entre ce qui est lu et ce que l’on entend et des joutes s’engagent entre poètes pour savoir quel est le sens qui correspond.

     

    Au pays des formes brèves, il y a des images qui tracent le temps : « une cervelle ridée ; un rail sur le front ; des jolis traits sur les jambes ».

     

    Au pays des formes brèves, les calembours coulent à flots comme les mots   « Ferry-Boat » de Jean-Marc qui nous concocte une bonne traversée de l’humour : des « vaisseaux sanguins (ou sans gains) qui sont les restos du cœur » à « la drogue qui ne doit pas être l’héroïne du film » ou « la plume en colère qui est de mauvais poil »…

     

    Au pays des formes brèves, il y a « la femme qui tourne en rond, qui tourne en rond dans ses habitudes, car tourner en rond est un plaisir pour les enfants ».

     

    Au pays des formes brèves, il y a Patrick qui nous ramène aux générations passées, au temps de la machine à écrire et du papier carbone et fait surgir un débat endiablé en rajoutant « du temps où Dieu n’était pas encore une femme »…

     

    Au pays des formes brèves, il y a ceux qui savent repérer au quart de tour si une poésie est bonne ou pas : lire la première et la dernière ligne d’un poème.

     

    Au pays des formes brèves, il y a Jean-François qui fait jaillir des flammes d’émotions dans une écriture à fleur de peau qui ne se laisse pas facilement déshabiller : « les cuisses serrées de la lumière » ; « la cathédrale inversée de l’ombre ».

     

    Au pays des formes brèves, il y a des textes où on sent la phrase d’un texte qui revient comme un rythme et un leitmotiv pour le vivifier, mais qui n’est rien sans les autres mots pour la porter (« je t’aime » tout seul, n’est pas de la poésie).

     

    Au pays des formes brèves, il y a Lysey qui trace la gravité de l’instant dans sa sensibilité exacerbée, « comme on gravit une marche d’escalier en pensant qu’un pas de plus vient se poser ».

     

    Au pays des formes brèves, il y a Gérard sur son bateau ivre qui va sur les flots, son foc s'étant tendu, le soleil revenu lui a rendu son rafiot.  

     

    Au pays des formes brèves, il y a Jeanne qui fait résonner la voix de la sagesse, entre deux brèves incartades où le sens semble se noyer.

     

    Et puis, il y a encore le poète nomade qui, pour faire bouger les lignes, préfère "s’en remettre aux pêcheurs de rivière", car au pays des formes brèves, les poissons-poètes font de brèves apparitions et il faut savoir les saisir au vol de notre inspiration éphémère.

     

                                                             Elisabeth H. (Lysey)



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    QUELQUES HALTES EN PASSANT...

     


     

    Arbre sans importance, qui surprend à l’angle d’un muret.

     

    Retour vers mes jeunes pas.

     

     

     

    Je t'embrasserai à pleine écorce. J’aurai accepté l’irréel.

     

     

     

     Sur les collines de Judée sourd l’âme complexe des hommes. La jonction des soleils sera le paradis des innocents.

     

     

                                                                Olivier Bastide

     

      

                                        (extrait du recueil collectif Palestines, Sillages 2012)

     


     

     

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     J’écris comme on décide par fragments. Le temps d’une lettre cachée qui me retourne vers ma naissance.

     

      Ce monde est une pluie soudaine par où tout réapprend à respirer. 

     

     Je plaide pour des utilités sans gloire et sans armure, celle des bulles de  savon, par exemple. 


    Celui qui ne s’étonne plus et fonce, tête baissée, qu’advient-il de son idée saillante sous le casse-noix ?

     

      

                                                                Dominique Sorrente

     


                                  (de Pays sous les continents, MLD, 2009)

     

       

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    À suivre... ( voir Anthologie des Poètes de la Coïncidence)

        Poèmes de  Leonor Gnos, Jean-François Picq, Patrick Druinot,

    Jean-Marc Bonnel,Gérard Boudes, Dominique Sorrente, Lysey Barrère

     

     

  • Au pays des formes brèves


     Intervalle  du 27 avril 2013 à Marseille

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    Se laisser balbutier

    par un mot juste ouvert.

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    Cette fois, c'est décidé, nous ferons bref.

    Et évidemment, ça prendra un peu de temps…celui d’un intervalle avec les mots.

    Nous tournerons résolument le dos aux sommes poétiques, odes interminables, et autres morceaux de bravoure épiques (tous aussi admirables les uns que les autres) pour nous rapatrier vers un pays à inventer ensemble : celui du presque rien, de la parole rare, des instantanés…Pierres de ricochets, mots en plume d’ange, phrases logées dans une coque de noix, à chacun ses élans minuscules, ses travaux d’approche « minimaliste ».                                                                                                    


    La littérature, et particulièrement la poésie, fourmille d’exemples de ces textes courts qui nous laissent délicieusement en suspens. Micro-fictions, aphorismes, maximes, distiques, épigrammes, vers unique… Selon notre humeur du moment rieuse ou grave, pensive ou facétieuse, à nous d’inventer nos instants de comptoir poétique, de dessiner ensemble le pays des formes brèves qui nous ressemblera, le temps d’un intervalle.

     

     

     Et l’unique cordeau des trompettes marines  - Apollinaire

     

    Qui n’aura trouvé le ciel ici-bas

    Le manquera là-haut -

    les anges louent la maison d’à côté

    partout où nous allons –

                               Emilie Dickinson (traduction Charlotte Melançon)

     

             Je voudrais être une petite souris pour voir la tête des choses quand il n’y a personne - Henri-Frédéric Blanc

     

             L'éternité, c’est long. Surtout vers la fin. Woody Allen

     

    Pour participer à la rencontre-intervalle, merci de nous écrire à: poesiescriptorium13@gmail.com

     

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  • Geneviève Liautard ~ Le champ d'écume

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     © Photo Hugo Colares Pinto

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    De la mer à la mer
    tu as bâti ta maison
    entre deux rivages

    Tu t'y sens à l'étroit
    repousses les limites 
    avec tes maigres bras

    Tu attends que le flot t'emporte
    vers cette lumière
    prépares le cri
    qui fendra l'univers
    et placera le temps au premier jour

     

    Regarde ce qui creuse la confiance
    en amont des chutes

    Sens tous ces corps que tu habites
    et prends la mesure
    de cette nouvelle demeure

    Espérer dans l'ardeur du commencement
    que ce feu nous hisse chaque fois plus haut
    sur l'échelle de notre commune présence

     

    Faire l'expérience du sable et du vent
    Refaire inlassablement le sillon
    Ajouter à chaque tentative un peu plus de poids

     

    Geneviève Liautard, extrait de Le Champ d'écume
    La Bartavelle éditeur, coll. Modernités, 2011