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Le Scriptorium - Page 93

  • De ce silence de deux ans

     

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                                                                           à Patricia, disparue le 17 octobre 2011

     

     

    De ce silence de deux ans

    revient

    la porte à peine poussée,

    tout ce qui vole en éclats,

    soudain le sol

    à quelques mètres du ciel,

    et les doigts de sorcière mouillés

    qui s’agrippent au souvenir,

    et le vertige de l’autre temps,

    flaque inversée

    qui nous sourit.

     

    Désormais, puisque les branches

    ont des petites ailes,

    tu peux aller partout,

    de siècle en siècle,

    de gravier en gravier,

    avec grappes d’enfants ou bien seule,

    et aussi nous tenir en veille

    comme nous ne le savons pas,

    îles en fuite

    promises à l’inventaire du vent.

     

    Désormais, quand tu souris,

    lestée par le secret des feuilles,

    j’ai la manie

    de nous croire en voyage

    avec le laisser-passer de ce jour.



                           Dominique Sorrente


     

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  • SPECTACLE NORD SUD OÙ VONT LES FLEUVES: UNE PREMIÈRE

      

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    La salle était pleine pour la première de « Nord Sud où vont les fleuves », spectacle programmé par la Générale d’Imaginaire, ce samedi 28 septembre, dans le cadre de Dunkerque 2013 au théâtre de la Piscine.

     

    Cette lecture - spectacle créée à partir de textes du poète Dominique Sorrente et de la slameuse Marie Ginet était interprétée par les auteurs, eux-mêmes. Pour mener à bien ce projet, ils avaient bénéficié du regard scénique de la comédienne et metteuse en scène Anne Conti.

     

    Le public où se mêlaient collégiens, amateurs de littérature et simples curieux s’est laissé embarquer dans ce voyage poétique rythmé où alternaient poèmes, slams et chansons.


    Les spectateurs ont été sensibles à la connivence entre les deux interprètes et aux surprises qui ont émaillé cette heure de poésie, qu’il s’agisse de l’incursion de l’halilitar, des mimiques de la taupe, des dialogues impromptus…

     

    Quoi de commun entre une slameuse du Nord, effervescente, pressée d’interpeller, et un poète méditerranéen à l’écriture solaire et multiforme ? Une rencontre, un projet, le goût des mots à partager et le plaisir de dire les fleuves « veines du monde ».

     

    À l’issue de la représentation,  de nombreux spectateurs, discutant une bière à la main, se disaient convaincus que la poésie est bien une présence vivante, capable d’émouvoir comme de faire sourire, entre facéties et tendresses.

     

    Nord Sud où vont les fleuves : en poésie, sans aucun doute.


     

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    NB : Cela s’est passé à Dunkerque ce samedi soir, au cœur d’une soirée proposée par la Générale d’Imaginaire. Le spectacle avait été précédé par le vernissage de l’exposition XX in DK, fruit de la résidence d’auteurs de la plasticienne photographe québécoise Ximena Holuigue et de la slameuse Marie Ginet.  La soirée s’est prolongée par une session micro ouvert, animée de façon malicieuse par Stéphane Gornigowski avec l’intervention de slameuses et slameurs dunkerquois proposant une palette variée de prises de parole.


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  • Intervalle "Marseille dans tous ses états" 21 septembre 2013

    EN SEPT APPROCHES        

     

    I

     La lumière est toujours à même de s'ouvrir à l'obscurité; dès le commencement soleil eau et espace. Pauvreté et chômage apportent sur les plages un poids plutôt léger, mais le texte que la ville écrit sur le sable demeure mélancolique, même si les vagues l'effacent aussitôt.

     

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    II

     

    Vues d'en face, les maisons sur le port semblent inscrites dans le réseau des mâts des bateaux; l'une ne se tient pas sans celle d'à côté et qu'aucun souvenir pris dans une autre perspective n'existe. De jour comme de nuit les mains tendues ne se rencontrent que dans les têtes. Le port a pris possession de l'homme, de son corps et de son âme et les cicatrices tatouent sa mémoire sur la peau.

     

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    III

     

    Dans la chaleur méridienne la ville se tait, se liquéfie avant le mistral de son souffle ne fouette son visage. Les mouettes volent bas et leur rires ôtent le sourire de la bouche des enfants. Et moi, je recueille le vent sur les dalles rouges pour que la mémoire ne consume pas ses membres dans leur chute.

     

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     IV

     

    Les jours de canicule le soleil plombe le marché aux fleurs. Les iris riment avec les lis qui, dans les deux langues, parfument la vie et la mort quand ils sont déposés sur les tombes accompagnés de la cloche funèbre et de la chaleur qui surgit en même temps que l'hortensia, celle qui passionnément casse les pierres, porte fleur et feuille au devant de Sirius comme si elle mâchait le feu pour les défunts.

     

     

     

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     V

     Par les rues en pente, le souffle et l'oppression des drapeaux de linge séchés sous le vent jusqu' à ce qu'une étoile scintille et que la nuit, folle d'espace,  engloutisse les parfums des boutique de savon. Lavande, miel et fleurs d'oranger gratte l'image et l'éclat de la peau écarte la parole de son chemin. Hors "noir" aucun mot n'a sa place et plus rien ne distingue le fragment de la totalité, les désirs des peines.

     

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    VI

     La ville marque sa signature sur la haute colline de Notre Dame de la Garde. Sans refléter dans la mer, elle protège tous les marins des épidémies,  du sida,  des naufrages. Les footballeurs montent à la basilique avant les championnats, allument des cierges: Ô Sainte Marie, Mère de Dieu, fais nous gagner, nous respecterons les étrangers, chaque culture de ton rocher à toutes les places, de toutes les rues à la chambre la plus sombre. Les mouettes argentées s'élèvent de la mer tel un pèlerinage.  Une prière gutturale, un rire gémissant: Ô Sainte Marie, Mère de Dieu, sur ta couronne dorée laisse-nous faire nos petits besoins avant de plonger et qu'un éclair rédempteur nous garde dans le droit chemin.

     

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    VII

     Derrière le port la ville change de visage. D'un côté marbre, arcade et rosace. Les buissons ardents jaillissent des murailles du fort et les grands personnages de bronze racontent l'Histoire. La foule flâne par les rues, va et vient entre les bancs et les boutiques toujours emplies. Des chanteuses d'opéra sont assises aux terrasses des cafés et les bars s'offrent aux séducteurs.

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     De l'autre coté vers le nord dans la poussière entre murs délabrés et tas d'ordures, le quartier raconte son histoire sur la place du marché : être clandestin ou non, mais renaitre en s'improvisant chaque jour alors que se manifestent la lamentation, l'indignation et la source de pertes. Pour être un homme ici, il ne faut pas courber l'échine, mais parler haut et fort ou battre le tambour ou se battre tout simplement.

     

     

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                                                                    Leonor Gnos 

     

                                            ***


    MARSEILLE, LUMIÈRE BLANCHE AU COU DE TAUREAU


     

     Marseille

     

    Lumière blanche au cou de taureau,

     

    Un ciel d’huître se tord sur la ville

     

    La mer ressasse éternellement une même histoire

     

    Par delà les dômes, les pylônes

     

    la ville dort, au bord du vide

     

    Nos nuits se peuplent d’oiseaux marins

     

    Le flux, le reflux

     

    Les eaux polluées de la mémoire

     

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                                                   Nicolas Rouzet