UA-156555446-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le Scriptorium - Page 135

  • PISTOIA : le temps du jumelage poétique II

    médaillon jumelage2.jpg

    Époque 2  -   Lecture à ciel ouvert  

     

    pavés_souslapluie.jpg 

      © Ph. Olivier Bastide

     

     

     

     

     

     

    Place d'Armes et Forteresse Santa Barbara : quadrilatères approximatifs et jumeaux, dans le coin sud-est, à droite sur le plan.

    Et là, surprise (pour moi qui m’en faisais une autre image) : ce que Piero Bigongiari nommait « Piazza d’Armi » est un jardin public tout arboré, rebaptisé « Piazza della Resistenza ». Déjà pendant l’enfance de Piero, quoique dépouillée de végétation, elle ne devait plus être tout à fait un terrain de manœuvres ou de parades militaires puisque des cirques y paradaient également qui venaient planter là leurs chapiteaux, comme le donne à penser « Stazione di Pistoia », troisième poème du recueil Le Mura di Pistoia. 

    Navacchio où il est né, Pescia et Lucca, étapes de son grandissement. Pistoia : Piero a déjà onze ans quand sa famille emménage via del Vento, au centre ville, avant de s’installer, quelques années plus tard, dans un probable « logement de fonction » accordé à son père employé des chemins de fer. Les lourds convois ébranlent la maison implantée parmi les quais de la gare de marchandises. Un train un matin charriant des appels de bêtes se révèle transporter la ménagerie d’un cirque. L’enfant du poème s’imagine cerné par les tigres, un éléphant pousse sa trompe dans le ciel au-dessus des lilas à la limite du jardin : vision quelque peu surréelle, connectée avec le souvenir d’un autre cirque, hivernal, sur la Place d’Armes où nous arrivons.  

     

    Nous pénétrons dans la forteresse, sous la pluie, encore toute mêlée de soleil. Bientôt l’orage interdira de lire ailleurs que sous les abris ménagés dans le chemin de ronde. Vu d’en haut, un bel espace herbu, surveillé par un seul arbre, m’a fait penser à l’édénique prairie que filmait Pasolini au tout début de son Œdipe-Roi.

    Oui nous avons d’abord invoqué l’esprit de Piero en lisant de concert, Paolo en italien, moi en français, ce poème « Place d’Armes ». Encore retentit l’« aveugle hilarité » - que Piero avait sentie dans l’air de son temps - lorsqu’un coup de tonnerre, d’un proche et invisible héraut jupitérien, salue la fin de notre lecture.

     

    Chacun à son tour aura son moment de gloire, soulignée par les flashes du cosmique orageux. Dominique Sorrente d’abord, le pilote de notre équipée : son « Dit de neige » est relayé en italien par Paolo Iacuzzi, lui-même proposant un extrait de son Patricidio. Giacomo Trinci, discret et pertinent, fait part d’un sien poème avant de nous communiquer une belle traduction personnelle d’une page des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné.

     

    Un peu plus loin, à l’abri d’une casemate, je présente des extraits de ma Rue de la forêt belle, puis le sonnet de Philippe Jaccottet, L’effacement soit ma façon de resplendir, dans la traduction italienne de Fabio Pusterla. Maura del Serra parle à ma suite. Son Opera del vento souligne le jeu des éléments.

    La pluie ne s’est pas arrêtée, qui nous fait gagner rapidement un préau construit sur un large rempart, puis rester, comme des stoïciens, sous le portique où nous entendrons successivement la sextine composée par Angèle Paoli, selon les règles observées chez le troubadour Arnaut Daniel, des fragments du Dopoguerra delle vertebre de Massimo Baldi (jeune poète et chercheur, travaillant sur Celan), le Matamore sous l’étoile d’Olivier Bastide (traduit par Elena Berti), puis un hommage à Char au travers d’un choix d’aphorismes. Enfin il tombe des hallebardes – c’est bien le moins que le ciel pouvait jeter sur la forteresse pour nous prouver la qualité de la bâtisse !– lorsque Martha Canfield  puis Martino Baldi déploient leur talent oratoire devant le rideau scintillant qui les éclabousse. Martino nous fait beaucoup rire avec un poème adapté de Prévert.

    Fin de la manifestation. Les nuages se dissipent en même temps que les spectateurs. Je dirai une autre fois les merveilles trop vite vues dans la demi-journée précédant notre départ.

     

     

    André Ughetto

     

     

     

     

    Triptyque_SBarbara.jpg

        

     

    Langues de souffle et vie

     

     

    Il y eut l’intensité des mots souffles de double vie

    Il y eut la table des échanges

    les repas partagés

    Il y eut bien avant

    toi et moi

    mes premiers pas dans ces rues

    le vent dans la rue bien nommée

    Il y eut un poète

    bâtisseur de remparts et de gares

    Il y eut Naples

    Il y eut Paolo

    Il y eut le bonheur d’être en

    fraternelle contrée en

    pointilleux dilemmes

    de jeux de joutes

    de mots en échos sous l’orage

    Il y eut les Pomone

    Il y eut un autre tricolore

    Il y eut Noël

    en avril

    Il y eut l’amitié

    le creuset de poèmes

    en double-dire

     

    Il y a

    toi

    et moi

    nos voix qui s’accompagnent

     

     

     

    Olivier Bastide 

       

     

    FortezzaSB_DS.jpg

     

       

    D’un point à l’autre, les poèmes appellent sur eux l’écorce de l’orage.

     

    Un peuple de confidents s’invente la loi des haltes sans retour

    sur le chemin de ronde du moment.

     

    À ciel fermé, les briques stoïques se laissent faire,

    tandis que les mots crachés au micro tentent de reprendre la main.

     

    J’observe les derniers soubresauts du printemps,

    sa hargne pour sortir de ces murs,

    sa façon de recevoir le dialogue improbable

    que font les mots et des éclairs.

     

    À ciel ouvert,

    une solitude gorgée de vert est le récit du contrebas.

     

     

     

    Dominique Sorrente

     

     

     

    Sturm&Drang.jpg

     

     

    — Poésie —

     

    Mots de passion et mots de lave dissous délavés défeuillés

                                                    tenus serrés dans les réticules de pluie

    orage de mots crépitant sous la foudre vaticinations de feu lancées

    par-delà les remparts

    — labyrinthe noyé —

    flots de feuillages noirs ondoyants de lumière fauve

     

    Je marche clapotis de pas

    — rivée à la parole autre —

    visages offerts à la lenteur de l’air

     

     

     

    — Voix —

     

    éclairs d’échos hissés de lointains intérieurs

    cheminements des mots au long de berges sans mémoire

    passé aveugle des remparts de Pistoia

    j’aborde aux temps égarés de nos voix

    stries d’éclairs de grondements tambours de pas incertains

                             feuillages noirs écumant leur colère au large

    des mots clairs

     

    la pluie volutes de notes enveloppe les rythmes

    scande le temps

    les voix phylactères ténus déroulent d’invisibles anneaux

     

    mots sous la pluie.

     

     

    Angèle Paoli

     

     

    ______________________________________________________

     

    Pages liées : 

     

  • PISTOIA : le temps du jumelage poétique I

     médaillon jumelage2.jpg

    italyflag.gif             

     a Pagine italiane I e II

     

    S_Giorgio_Blog.jpgFin du mois d'avril dernier. Une escouade de poètes du Scriptorium s'achemine vers la ville de Pistoia où leurs homologues toscans et la municipalité, en l'enceinte de la belle bibliothèque San Giorgio, leur réservent un accueil chaleureux. Trois jours durant, au rythme soutenu des différents temps de rencontre, les quatre poètes français, Dominique Sorrente, André Ughetto, Angèle Paoli et Olivier Bastide ainsi que leurs accompagnateurs Elena Berti, Yves Thomas et Valérie Brantôme, vont amorcer un parcours commun en poésie sous le signe de l'Europe en compagnie des poètes italiens Paolo Fabrizio Iacuzzi, Maura del Serra, Martha Canfield et Alessandro Ceni.

    Au programme, conférence, ateliers de traduction, lectures en extérieur et à l'auditorium Tiziano Terzani de la bibliothèque, découvertes du patrimoine culturel.

     

    Époque 1 :         Tour de table dans la langue des poètes

     

    Mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 avril - Les Matinales à la « Saletta Bigongiari »  :  dédiée à l'illustre poète italien du même nom, cette salle de la bibliothèque héberge les 5000 ouvrages documentaires du Fonds Bigongiari rassemblés sous l'autorité de P.F. Iacuzzi ; elle sera le théâtre des ateliers de traduction poétique. Fruit de collaborations à la fois bilatérales et collectives, les poèmes objets des traductions * donnent lieu à des débats animés et pointent tout l'enjeu de la justesse de cette pratique de translation d'un idiome vers l'autre : coller au plus près du texte  dans un souci de fidélité, adapter parfois jusqu'à réécrire dans sa langue, se fondre dans la peau du poète étranger pour retranscrire au mieux son style, tels sont les éléments qui ont nourri les échanges des participants assis autour de la table. 

    Quand la donne du jeu et la quête du sens se croisent puis se fécondent, l'aventure peut commencer. **

    Le coeur devenu différent, l'esprit relié **, l'aventure continue...

    Au retour, impressions et poèmes ont fleuri de part et d'autre dans le sillage des rencontres.

     

    Le mura dei poeti.jpg

      

     

    Face à face nos langues

    au commerce de mots,

    regarde au magasin

    LesMatinales_MC_AP.jpgles réserves de sens,

    pèse à leur trébuchet

    le métal de syllabes,

    choisis l’or des vocables

    à leur fine musique.

    Face à face nos corps

    nos amours nos énigmes,

    désir d’identité :

    autrui est-il le même 

    ou suis-je singulier

    derrière mes remparts ?

    Les murailles du moi

    rendraient vaines les flèches

    dirigée vers les cœurs

    que l’on voudrait gagner ?

    Mais l’acte de traduire

    et son vœu de séduire

    rendent heureux le négoce :

    du poème invité

    à franchir les frontières

    un luxe de paroles

    différemment rythmées

    ajoute d’autres moires

    à son éclat premier !

     

     

    André Ughetto

     

     

     

     Avril au damier.jpg

     

     

     

     

     

     

     

    ATELIER 1

     

    Ils ôtent un mot, puis l’autre, en déploient dix, monnaie d’échange,

    forment rayures de tout cela. Ils se partagent à pleines dents

    la phrase livrée  du poème du jour, la placent sur le dos de la table

    pour instruire leurs bricolages minutieux.

     

    L’un s’aventure, l’autre retranche. La formule se cherche, pierre secrète

    à frotter jusqu’au feu.

     

    Ou bien non. Ils ne font  que glisser dans le calque incertain,

    porter l’empreinte à l’athanor.

     

    Dans le peu à peu des propositions, passé les écueils et les manques,

    le poème se dessinera au milieu d’eux

    une manière double.

     

    Une ressemblance équivoque qui, tour à tour, les inquiète, les réjouit.

     

     

     

    ATELIER 2

     

    En marge du désordre promis aux officiants, j’habite désormais

    une vitrine sous laquelle je laisse  les minutes m’envahir.

    Lettre décachetée, je m’expose au temps qui posera ici ses yeux

    en trait d’union.

     

    Le déchiffrement d’un jour

    qui a choisi de se poser  sur cette aile fragile

    me tient lieu de

    plein exercice.

     

    Qui croira que je saurai rester là dans cette enclave de bibliothèque

    sans troubler les passants,

    leur enseigner comment

    attendre l’aube d’un jour de vie depuis longtemps déjà

    révolu ?

     

     

     

    ATELIER 3

     

    Quelque chose s’entreprend qu’on ne sait dire.

    Entre l’intime concision de quelques mots, tressés sur page,

    et l’univers en extension des voix

    qui se prolongent à l’infini.

     

    Plus l’on fixe et plus l’on déploie. Leçon de la matinée.

     

    Le poète présent regarde avec la curiosité d’un encore vivant

    s’en aller son travail  dans un autre berceau de langage.

     

    Rappelle-moi qui je fus

    quand le monde des regards multipliés

    n’existait pas, dit-il, quand  le monde de l’autre

    se terrait encore dans son premier tremblement ?

     

     

                                                        Dominique Sorrente

     __________________________________________________________________________

    NB : * Les poèmes traduits lors des ateliers seront publiés dans son prochain numéro d'automne par la prestigieuse revue italienne de poésie comparée Semicerchio, partenaire des rencontres du jumelage poétique à Pistoia.

    ** Citations extraites de Parole première, texte fondateur du Scriptorium.

    Pages liées :

    • rubrique Agenda
    • poèmes des ateliers de traduction publiés en partie (Angèle Paoli) sur le site Terres de femmes (ici & ici).
  • Le mura dei poeti I

    médaillon jumelage2.jpg
     
     
     
     
    Mars-Pistoia.jpg

     

    PONTE  MEDITERRANEO  DI  VOCI

     

     

            Portati nel nostro quieto nido toscano da un viaggio nella primavera, siete stati, per noi quattro (Maura, Paolo, Martha, Alessandro), i quattro elementi rinnovati nell'aprile, incarnati con sperata sorpresa nella transalpina lingua sorella: Olivier, la terra e il suo tormentato, virtuosistico Agrimensore; Angèle, l'acqua primordiale balenante di lame ignote sulla soglia del bosco; Dominique, l'aria tesa e attorta in Apocalissi di passione ironica; André, il fuoco sapientemente specchiato nell'arcano del barocco di Roma o nella finesse fiorentina. Quattro più quattro, doppio numero terrestre, a specchio multiplo l'uno dell'altro e gli uni degli altri, in coppie moltiplicate e intersecate per formare a ciascuna delle due lingue, parallele e incongiungibili al modo delle rette, un possibile doppio speculare fatto di paziente intuizione, molato  nell'intueri, nel guardare dentro il corpo delle nostre parole attraverso le parole e la lingua dell'altro, degli altri compresenti. 

     

           Chiusi per il numero evangelico di tre giorni nella piccola cella assolata del grande alveare librario che nutre di memoria e di coscienza europea la nostra città del silenzio, abbiamo lavorato insieme per riconoscerci nelle radici e nelle pietre di fondamento di un'opera comune da far presto svettare, feconda di strade e di torri alberate; per lanciare, con gioiosa pazienza, un nuovo ponte di voci sul sempre vivo Mediterraneo, che è mer e mère, mare e madre unico-unica della multanime nonna Europa e del suo millenario Scriptorium.

     

           E i brindisi conviviali, le svelte passeggiate, le visite d'arte, i libri di poesia scambiati in dono con pudore orgoglioso e quasi impaziente, le confidenze aperte e richiuse in guizzi alla scoperta di affinità elettive; lo sforzo per con-sentire in un'anima reciproca, per verificare dal vivo che tradurre ed essere tradotti è tradere, attraversare il ponte del senso volgendolo dalla sistole della parola alla diastole della vita e viceversa; e il dionisiaco temporale che si scatenò, con l'ironia implacabile di una nemesi, sulla città e sui camminamenti della Fortezza Santa Barbara che accoglievano le nostre letture itineranti di versi amati, i lampi e i tuoni impersonali in gara vittoriosa con le nostre voci d'improvviso fragili e semicancellate... 

     

           E infine il vostro nostos alla volta di Marsiglia, amici, col sole ritrovato, e le poesie e le foto lanciate nell'oceano virtuale come monete augurali nella fontana dello spaziotempo: tutto adesso mi sta nella mente del cuore - e attendo, attendiamo con voi che una nuova famiglia di parole illumini con fedeltà quel ponte.

     

     

    Maura del Serra

     

     

     

     

    cadreBIO_MdelSerra.jpg
    ______________________________________________________________________________