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27 mai 2009

Dalle mura...aux remparts de Pistoia

 

Poèmes extraits de Le mura di Pistoia, de Piero Bigongiari

Compagnons de traduction : Philippe Jaccottet - André Ughetto             

 

 Prison.JPG

Miskolc

  

Il sangue non marcirà la fede,

crede chi crede che il mondo è più grande

di chi lo vuole fare somigliare

nemmeno più al dolore, di chi vuole

che le ore del tempo vivano senza luce,

quasi di un sole, nel carcere

e nello sguardo della morte, nero,

per chi va nei suoi spazi che un confine

non può dire finiti.

 

Ma nemmeno infiniti... Chi piange

attorno alla vostra morte, chi ha forza

ancore di disperare ? I fiumi eterni

che percorrono l’Europa sotto le nebbie e il sole

rampano verso un mare che è uguale

alla salita della vostra morte :

dura salita, ma in cima

l’infinito non ha confini nemmeno umani.

Già uno muore se esce dalla porta

della stanza dove ha udito la condanna.

 

Brumosi opifici rompono il sole del Nord,

il mare rosicchia le coste tirrene,

io di quassù l’odo nel canto allarmato del passero,

le asine zoccalano lente nei borghi turriti

tra le bufere e gli azzurri da cannocchiale astronomico,

sotto, i boschi s’infogliano, s’infiammano, s’inceneriscono,

ma tutto è troppo lento per la vérità indivisa

che gli uomini spezzano in aprole, partiscono in ostie.

 

Miskolc

 

 

Le sang ne fera pas pourrir la foi,

chacun peut croire à son gré que le monde est plus grand

que ceux qui ne veulent pas même

le laisser ressembler à la douleur, que ceux qui veulent

que les heures du temps vivent sans lumière,

comme d’un soleil, dans la prison

et dans le regard  de la mort, noir,

pour qui va dans ses espaces qu’une frontière

ne permet pas de dire finis.

 

Non pas cependant infinis… Qui pleure

autour de votre mort, qui encore a la force

de désespérer ? Les fleuves éternels

qui traversent l’Europe sous les brouillards et le soleil

rampent vers une mer qui est semblable

à la montée de votre mort :

dure montée, mais au sommet

l’infini n’a plus de frontières, même pas humaines.

On meurt à peine a-t-on passé la porte

De la salle où on a entendu le verdict.

 

De brumeuses usines offusquent le soleil du Nord,

la mer ronge les côtes tyrrhéniennes,

moi d’ici je l’entends par le moineau dont le chant s’alarme,

les ânesses font claquer lentement leurs sabots

dans les bourgades ceinturées de tours

entre les ciels d’orage et d’azur calme pour lunette astronomique,

en bas les bois s’enfeuillent, s’enflamment, tombent en cendres,

mais tout est trop lent pour la vérité indivise

que les hommes brisent en mots, fractionnent en hosties.

 

 

Traduction André Ughetto 

 

 

 

Big_Sottile fermento.jpg
 
 

 

 

In una sera di vento e di luna lundo il Mugnone

 

 

Agita la tua tenebra stasera,

grande, più grande nel tuo vuoto, luna,

questo vento argentino che non coglie,

oltre le foglie lapidate a bruno

nei giardini stormenti, altro dolore :

lustra i crateri dei vulcani spenti;

qui il silenzio impietrito delle soglie.           caballo y noche 003.jpg

 

Come al bimbo donò un’addolorata

Allegria la muraglia della Cina,

queste sono le cose, qui è l’evento

che il dolore allegrato ora ravvisa,

messo in forse dal vento come vela

che ne porto hanno alato per salpare.

 

 

Par un soir de vent et de lune au bord du Mugnone

 

 

Agitant ce soir ton obscurité,

lune immense et grandie encore dans ton vide,

le vent argenté ne recueille

d’autre souffrance que celle des feuilles

striées de noir dans les jardins bruissants :

il lustre les cratères des volcans éteints,

le silence ici pétrifié des seuils.

 

De même qu’à l’enfant la muraille de Chine

fit ce cadeau d’une allégresse douloureuse,

telles sont les choses, voici l’occasion

que l’allègre douleur maintenant reconnaît,

querellée par le vent comme une voile

qu’on a hissée au port pour appareiller.

 

 

Traduction André Ughetto 

 

 

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Commentaires

"Mais je veux arrêter l'objectif sur les Bigongiari, Helena et mon ami Piero le poète, parce que si longtemps pour moi aller à Florence, c'était aller chez les Bigongiari, en leur demeure plus encore que les autres « bâtie sur l'Arno », via Cavalegeri à quelques mètres du Musée. De la terrasse nous regardions la rivière, épaisse au printemps, décharnée, presque squelettique en hiver.
Evoquant en octobre 2004, au seuil du n° 109 de la revue Po&sie, toute entière dédiée à sa poésie (et rejoint, au moment où j'écris ces lignes, par sa deuxième moitié, le n° 110), le « voyage en Italie », notre utopie d'Européen, je parlai de cet appartement marbré, aux deux étages de livres et d'art… « dans l'ombre plus fraîche du salon, du bureau, les peintres du 18ème siècle que Piero Bigongiari avait réattribués à Florence.

Je l'avais accompagné dans deux de ses après-midi de recherche d'historien de l'art, l'une aux Uffizi (c'était avant le déluge) et l'autre au Musée national de Budapest. Il se faisait apporter les grands porte-feuilles des réserves concernés, et me commentait des gravures, des estampes, où s'orientait son enquête érudite.
A Paris, ils descendaient chez les Picon. Et puisque je remonte vers les morts, je suivrai les conseils de Tirésias en faisant revenir – par les mots qui ont moins d'odeur – la cuisine d'Helena : quittant la terrasse sur l'Arno, nous commencions le repas du soir par l'immense Pasta. Nul ne retourne en Italie sans passer par la cuisine."

Michel Deguy
http://www.france-italia.it/index.php?menu=3&lingua=it&cont=814&citta=Firenze

Écrit par : Angèle Paoli | 28 mai 2009

Intéressant témoignage, tiens ! Je me demande brusquement si ces tableaux du 18e évoqués par M. Deguy ne sont pas plutôt ceux du 17ème de la fameuse collection ?

Écrit par : VB | 28 mai 2009

Bravo VB, tu es une bonne lectrice. Pour moi, en effet, il ne fait aucun doute que Michel Deguy a un "trou de mémoire", d'autant plus qu'il rajoute "que Piero Bigongiari avait réattribués à Florence." C'est donc à coup sûr de la collection du Seicento fiorentino qu'il s'agit.

Écrit par : Angèle Paoli | 02 juin 2009

Les commentaires sont fermés.