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23 novembre 2009

Lecture - Rencontre avec Dominique Sorrente

 

 

 

 

 

 

Les Éditions MLD

 

 

ont le plaisir de vous inviter

à une rencontre - lecture

 

 

avec Dominique SORRENTE

 

 

à l'occasion de la parution de

 

 Pays sous les continents, 

un itinéraire poétique 1978 - 2008

 

 

Samedi 5 décembre 2009

 

18 h 00

 

à la librairie LES ARCENAULX

 

salle Rimbaud
25, cours d'Estienne d'Orves
 13001 MARSEILLE
 
SIGNATURE_LECTURE_PAYS_SOUS_LES_CONTINENTS__SORRENTE.jpg
(cliquer sur l'image)

 

 

 

 

 

 

J' attends cette aube

ajoutée aux pierres,

 

étendue à tous,

 

universelle.

 

J' attends cet arbre,

jumeau du feu,

qui rêve sur l’oreiller d’emprunt

depuis le jour enfoui de ma naissance.

 

 

 

 

 

 

 

NOTE DE L’ÉDITEUR

 

 

 

Sorrente adossé à l'arbre - DIDIER LECLERC atelier N89.JPGNé à Nevers en 1953, Dominique Sorrente vit à  Marseille. À 17 ans, il y a rencontré son « frère aîné en poésie » Christian Gabriel/le Guez Ricord ; plus tard, encore étudiant, il a fondé la revue Avalanche. Dans les années 80, il a été l’un des premiers auteurs de Cheyne éditeur et a trouvé dans la revue Sud un autre lieu d’ancrage. Depuis 1999, il anime l’aventure d’un lieu-dit de poésie, le Scriptorium. Autant de signes qui attestent le goût de susciter  de « petites utopies »  avec les mots à partager.

 

Ce rôle de passeur de poésie que Dominique Sorrente s’est assigné par désir de mettre la poésie en mouvement au cœur de la cité ne doit pas pour autant occulter l’autre versant. Il s’agit du travail de création personnelle qui, à l’écart des modes, se déploie à la façon d’un journal de bord où se consignent ses humeurs insulaires.

Or si celui-ci a donné lieu à de nombreuses publications en France et à l’étranger, a fait l’objet de reconnaissances (Prix GLM, Bérimont Artaud, L.Guillaume...) et éveillé un intérêt critique, il manquait encore un lieu qui permette au lecteur de mieux saisir ce qui fait l’originalité d’une telle écriture.

 

« Pays sous les continents » comble ce manque. Car l’ouvrage ne constitue pas seulement un livre de plus dans le parcours fertile de l’auteur mais une halte signifiante  puisqu’il s’agit ici d’offrir des repères dans une traversée de trente ans d’écriture  (1978-2008).

 

Depuis Citadelles et Mers jusqu’à la Lettre du Passager, le lecteur découvrira ainsi le cheminement d’une voix d’aujourd’hui qui conjugue l’évidence et la complexité, une sobriété classique et des ruptures inventives, l’esprit troubadour et la pratique des sagesses du monde, la forme resserrée de l’instant et l’échappée du rythme. Une écriture en variations, empreinte de surprises, de sourires, de mystères et de ferveurs.

 

Comme Jean-Marie Berthier l’indique dans sa préface : « On ne sort pas intact de la lecture du Pays sous les continents mais l’on se surprend à résonner de mille échos, porteur de chants d’oiseaux perdus et retrouvés, (…) ou bien encore témoin investi du passage de la lumière, en des lieux peu souvent fréquentés par elle ».

 

La poésie ici surgit où l’on ne l’attend pas. Car elle est navigation amoureuse, poussée secrète du désir humain, « pays sous les continents ».

 

Le manuscrit de cette anthologie personnelle a reçu le prix du Conseil général des Bouches-du-Rhône.

 

 

 

© Portrait - photo Didier Leclerc, Atelier N89

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PAYS SOUS LES CONTINENTS

  Un itinéraire poétique 1978-2008

 

Dominique Sorrente

 

MLD Éditions 

 

Pour toute commande :

Mérédith Le Dez

16 rue Beaumarchais - 22000 Saint-Brieuc

editions-mld@orange.fr

Tel/fax : 02 96 60 81 10

 

 

 

 

 

 

 

 

14 novembre 2009

Déborah Heissler, quelques éclats imperceptibles

 

 

On peut croire que la vérité poétique remue souvent d’heureuse façon à vouloir sortir du puits en parure de beau mensonge, comme le suggérait Eluard. Chez Déborah Heissler, on aura raison de penser tout autrement : écrire y est acte de justesse, jeu de nuances et d’harmoniques qui se méfient de l’ingouvernable excès. Ce que le poète détaille relève de la suggestion, des empreintes à laisser à l’esprit, d’un mouvement de lecture pénétrante soulevant un peu de beauté fragile. Il lui importe, me semble-t-il, par-dessus tout, de confier, où elle les a rencontrées, quelques paroles justes, et comme obtenues, qui éclairent le carré du veilleur. « Rien que cela »  pourrait bien en être sa maxime… Si donc il y a des héros dans cette durée poétique qu’énonce le poète, ils se trouveront, à la faveur des éléments, moins hommes que lents gestes de la nature observée, accueillie. Et si des légendes se cherchent, elles se dénoueront à la fortune de nuages ou de « plis de l’herbe », de ces éclats imperceptibles qui révèlent par exemple un corps et son absence.

C’est à chaque fois donner un peu plus de jour à la part la plus minime, celle qui, paradoxalement, est la plus susceptible de nous montrer le monde que nous nous employons si obstinément à cacher.

Beau programme alors que d’explorer le verbe japonais akasu, quand la tâche est de susciter ce « quelque chose qui est à la limite de l’informulé, que seuls deux ou trois mots suggèrent et qui pourtant éclate à l’esprit ».

Pour découvrir Déborah Heissler on peut lire Près d’eux, la nuit sous la neige, (Cheyne), qui a reçu le Prix de la Vocation 2005.

 

Dominique Sorrente

 

 

Cerisier du japon.jpg

 

 

 

C’est un adieu                           dans le ciel

 

ce sont des fleurs, des  lam-

beaux de feu, tandis  que le

lointain  devient  plus  rose,

plus doré, plus lumineux. Je

rapporte des fruits sauvages.

Maintenant, c’est la douceur

qui   reprend,       tandis que

l’écho présent est celui   des

larmes.

 

 

Combien de jours à présent,

sur les branches nues avant

la fleur et le fruit ?

 

 

Déborah Heissler

 

Extrait d’Akasu,

 (inédit, à paraître chez Cheyne éditeur, 2010)

 

 

 

12 novembre 2009

Cette recherche qu'on nomme poésie

Lorsqu'un philosophe se met à méditer sur la poésie, il arrive que le poète arrête un moment de parler pour se découvrir un "allié" exigeant qui croit à la vertu de l'échange entre les disciplines, à la rigueur des formules, à la fertilité de l'étude... Michel Nodé-Langlois nous propose ici sa réflexion d'une autre rive où les mots de recherche, de science mais aussi de gratuité communiquent volontiers avec le geste poétique. Esprits zappeurs, s'abstenir...

 

Sculpt_R. Long.jpg

 


 

Recherche se dit en grec méthodos, terme qui révèle par son étymologie que notre moderne concept de méthode renvoie d’abord, comme toutes les abstractions, à une image des plus concrètes, celle d’un chemin (hodos) qu’il faut suivre pour atteindre une destination visée. Certains penseurs contemporains, inspirés de Nietzsche, ont prétendu qu’un concept n’était rien d’autre qu’une métaphore. C’est douteux puisque, pas plus que les grecs, nous ne confondons le concept de chemin avec celui de ce que nous continuons d’appeler, en grec, une méthode. Mais il est clair néanmoins que l’usage de ce dernier terme signifie que nous apercevons, comme les Anciens, et à leur école, la parenté analogique qui existe entre l’opération qui consiste à se rendre d’un point à un autre en marchant, et celle qui vise à découvrir un élément de connaissance, activité qui peut elle-même susciter pas mal de déplacements, mais peut aussi s’exercer, comme on dit, en chambre, ou, comme disait Descartes, dans son « poêle »...

Quelque chose de remarquable apparaît déjà ici, qui mérite d’être souligné. Lorsque nous appelons méthode l’ensemble des démarches qui assurent la fécondité heuristique des disciplines que nous considérons comme des sciences, voire l’efficacité de nos techniques rationalisées, nous effectuons, en l’oubliant, une opération de métaphore, dont Aristote dit qu’elle est essentiellement « poétique » : elle consiste en effet à prendre une activité - le cheminement - comme image d’une autre - l’investi­gation, faisant par là-même apparaître une parenté intelligible entre deux réalités dont nous ne manquerons pas de souligner la différence si nous entreprenons de les définir conceptuellement. Tout se passe comme si le recours au mot porteur d’image était propre ici à rendre manifeste un aspect de la réalité que l’exigence de distinction conceptuelle tendrait à effacer.

Dans la conscience d’un Aristote, c’est donc poétiquement que se laisse désigner un type d’activité que lui-même distingue fortement de cet autre type qu’il appelle en grec poïèsis - par quoi il faut en­tendre non pas seulement l’activité de celui que nous appelons poète, mais bien toute forme de pro­duction. Les Grecs, notamment, regroupaient sous ce terme des activités que nous avons pris l’habi­tude d’opposer, comme techniques d’une part, et artistiques de l’autre : n’ignorant aucunement la distinction entre ces fins que sont l’utile et le beau, ils voyaient cependant que la production de l’un et de l’autre consiste toujours dans une transformation, c'est-à-dire dans la communication d’une nouvelle forme, inédite, à un matériau dont on dispose, qu’il s’agisse du métal pour le forgeron, ou des mots pour le dramaturge.

Ainsi opposées l’une à l’autre, les deux formes d’activité ont toutefois en commun de s’opposer à une troisième forme qui ne vise, elle, aucune sorte de transformation d’une situation ou d’un matériau, mais plutôt, selon l’idée que s’en fait Aristote, une transformation du sujet humain lui-même, en tant qu’il cherche à ajuster sa pensée au réel par le moyen de la connaissance. Il s’agit là de l’ensemble d’activités que le grec désigne par le mot de théôria, terme qui n’est pas moins que celui de méthode une métaphore poétique, puisqu’il désigne originellement l’acte de la vision, voire de la considération attentive. Ici encore, notre propre usage nous fait oublier ce que les grecs avaient aperçu au cœur de ces activités que nous continuons d’appeler théoriques, mettant sous le mot de théorie au mieux une construction intellectuelle à vocation explicative, au pis une spéculation si abstraite qu’elle apparaît oublieuse des réalités les plus communes.

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