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13 novembre 2010

Les doigtés de feu et d'absence de Jean-Yves VALLAT

      

 

JY Vallat.jpeg 

« Je n’augmente rien 

Je n’argumente pas 

Je répète le peu de mots que je sais. » 

 

          

 

 

Ainsi parle Jean-Yves Vallat, tout au bout du tracé qu’il emprunte sous le signe d’un apparent paradoxe, celui de l’Endurance du Météore (MLD, 2010).

 

C’est que la démarche ici n’est pas celle des fulgurants, non plus celle des immobiles.

  

Elle se situe dans un espace d’humanité, un entre-deux de l’existence, qui a les lèvres « effleurées par l’abîme » et qui sait en même temps voir « au bord du ciel bleu » comment « persiste l’avenir pour un enfant calme / aux mains d’herbes et de bois ».

 

Espace douloureux, auquel le poète ne consent pas facilement, mais où il nous entraîne, à pas fermes, mesurés, anxieux mais résolus, avec une forme d’âpre fidélité au seuil de la nuit.

 

Ce qui nous émeut chez Jean-Yves Vallat, c’est bien cette insistance  à  tenter une parole juste « à condition d’habiter les arbres », condition éthique autant que formelle qui se retrouve d’une page à l’autre. La figure de la mort y trouve une place centrale, avec une façon personnelle de laisser entendre, selon la belle formule de Mérédith Le Dez à qui l’on doit la préface,  « un chant psalmodié dans l’obscurité ».

 

 

Une belle voix grave parcourt ce temps qui se sait à l’oubli, le vit déjà par anticipation, ramassant les témoins de la finitude pour nourrir le feu. « Mon absence est un préau où le vent se rassemble avec des feuilles de passage. », prévient le poète qui s’éloigne avec les images du temps, offrant ses lectures d’horizon ou ses carnets de «  l’herbe ardente, quand tu seras sous la neige ».

 

À quoi bon persister en écriture si « rien ne s’ajoute au poème sauf le silence qu’il donne » ? Pour ce silence-là, justement, silence obtenu, partagé, apprivoisé comme cette porte derrière laquelle veillerait une voix », semble répondre Jean-Yves Vallat. Par le travail des "Cendres", et puisque « Les arbres ont un regard », il nous appartient d’entrer dans cet enclos. Peut-être pour ce rare instant d’un dimanche de lumière,  à la dernière page du livre,  où règne le verger dans un regard d’enfant « auprès d’un petit pommier d’un an ».

 

Oui, « Le météore n’explique pas le ciel

il le nomme ».

 

Il n‘en a jamais fini de tenter de le nommer.

 

 

                                                                       Dominique Sorrente

 

 

 

 

Endurance du météore.jpeg  Endurance du Météore est paru aux éditions MLD, 2010

 (http://editions-mld.com/)

 

 Un extrait et notice biographique de l'auteur ICI

 

 

 

 

 

Du même auteur :

  • Cendres, éditions de l’Envol, 1997, prix Yvan Goll
  • Les arbres ont un regard, Le Nouvel Athanor, 2009

 

 

 

 

 

08 octobre 2010

Laurence Verrey aux approches du Seul Geste

 


Cela commence par des touches blanches, des vers de dix-sept syllabes aux allures de cailloux pour baliser la route, à dire le regard à peine fait sagesse :

 

LVerrey-giv.jpg


« flacon du matin 

jeune fille en sa chemise 

lumière de perle » 

 


 

Puis les Matins s’attardent sur l’écriture, la voix s’accorde à plus d’ampleur. C’est un paysage ouvert qui s’invente, un horizon qu’auraient préfacé les figures mûries d’Hölderlin et de Rilke.  Les poèmes sont temps de méditation retenue auprès de celui qui écrit et « sonde le fond des choses » avec « sa langue comme du givre rescapé/ dans l’air trop lourd ». Ils se font exercices  d’allègement et proposent une suite à traverser les forêts et les voûtes, où l’épreuve de l’Effroi et le merveilleux de l’Offrande se font face jusqu’à faire naître une belle foulée du pied dans l’herbe nue.

 

On retrouve alors la présence originelle de la musique, si prégnante chez l’auteur du Cantique du feu, ses jaillissements d’images qui tantôt voltigent et tantôt crient, puisqu’il s’agit aussi de « lâcher les chiens de la colère dans les jambes ». La méditation alimentée par le souffle se transforme volontiers sous des accents bibliques, avec ce désir de dire dans la pulsation du temps, à proximité d’un mystère qui nous rend nomades.

 

Dans l’antichambre des paraboles : c’est bien là que les poèmes de Laurence Verrey viennent s’aimanter, peu à peu, jusqu’à nous inviter autour de ce Seul Geste, ultime séquence de ce chemin fait de six haltes, où s’achève la dialectique du corps en ruines et sauvé, voué à l’oubli et accrochant une trace sacrée.

 

Un itinéraire a pris forme dans les pages rares du livre, comme miroir d’une existence.

Conduit par le lyrique aveu en faveur de « l’amour de l’été enflammé », il dit avec insistance, mais sans jamais peser :


« j’appelle dans la foudre 

l’instant fulgurant du poème 

dressé sur sa mort » 

 

C’est bien ainsi dans l’approche successive des formes, et dans la ferveur en continu de son  timbre poétique, si particulier, que Laurence Verrey dit la part sauve de notre désir de vivre, pareil à la tige aimantée qui nous ressemble. Comme l’a fort bien saisi Claire Genoux, l’écriture ici « appelle l’allégement, tout en cherchant le vertige, ce balancier du désir. »

 

Car elle sait qu’il y a au fond de notre errance un psaume au jour le jour et toujours à reprendre. Un seul geste comme celui du « volcan insoumis » qui danse sa mutation parmi les flammes. Ce qui fait de cet ouvrage le livre le plus  dense et le plus ouvert du poète. Une somme de vie risquée, entre dessaisissement par les mots et appel à l’absolue étrangeté qui nous fonde.

 

Dominique Sorrente

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Un seul geste est paru aux Editions Empreintes, 2010, (www.empreintes.ch) avec une vignette originale de Louise Beetschen.

  

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 Du même auteur :

  • Chrysalide, poèmes / Ed. de l’Aire, 1982
  •  Le Cantique du Feu, poème / Ed. de l’Aire, 1986 (prix Schiller 1987)
  •  D’Outre-Nuit, poème / Ed. Empreintes, 1992
  •  Pour un visage, poèmes / Ed. de l’Aire, 2003
  •  Vous nommerez le jour, poème / Ed. Samizdat, 2005

  

 Voir aussi :

 

 

 

 

                                                                                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08 décembre 2009

Contre ce mur - Marcel Migozzi

 

Portrait unique parmi d’autres 

 

 

« vigne vierge d'automne      comme

monte à la vie

le sang enflammé d'éphémère »

 

Marcel Migozzi 

 

 

Il dribble. Il prend plume. Il fait des appels de balle. Il aligne ses vers : une passe en profondeur, un contre-pied, il travaille son  droit et son gauche, son jeu de tête, sait-on jamais. Il décroche d’une ligne à l’autre. Il rature, quelques brins d’herbe feront l’affaire. Rien d’oublié, mais il macère pour trouver liqueur à son goût. Match après match, livre après livre, il y va de son corps à corps gourmand, tenace, généreux. Il accroche son obsédante prise au vestiaire , rêve d’une équipe indéfectible. 
 

Mots et ballon : ce sont facettes du même jeu qui n’admet pas de temps mort.   Ah, celui-là, l’affreusement nommé, on le mettra en quarantaine dans un recoin de feuilles. Mais rien n’y fait, dit  le maître éphémère du jardin. Il faudra bien lui consentir, à la sauve-qui-peut. 
 

Alors, que lui dire à ce compagnon d’écriture qu’il n’ait déjà scruté dans ses feux de broussailles ? On est seul et voué. On va dans les griffures. On est tous à genoux à respirer l’herbe de femme. On s’éprouve désorienté. On est en chambre d’observation dans ce mot à mot aléatoire qu’on barbouille volontiers  d’encre et de poisse.

Et pourtant, pourtant… 
 

On écoute en enfants de toujours les voyelles épelées qui nous parlent et nous relient.

On ne repousse pas la nuit et ses saccages ; on la froisse ensemble du regard.

Incapable d’un vin menteur, on s’attable bon prince avec les années. On laisse glisser des larmes sauvages sur les joues. D’une peau de cyprès touché, on peut recommencer le monde.

Sur un bord de rivière, on conjugue le verbe. 

S’émerveiller. 

Marcel est de cette trempe-là. Nous ne lui dirons jamais assez, en réponse à ses mots si précieux qu’il nous confie sur le papier d’écolier de sa vie de toujours enfant. 

Notre terre commune alors n’est pas si loin. 
 

                              Dominique Sorrente 

 

(Une première version de ce texte a paru dans la revue Encres Vives- hommage à Marcel Migozzi) 

 

 

 

 

Jannis Kounellis_couteaux.jpg

 

 

 

contre ce mur

l'échelle en bois couleur de l'os

 

on est tombé

dans un jardin de malemort

 

qu'a-t-on perdu dans une boue

 

 

 

à chaque instant de doute        un mur

comment le franchir sur l'instant

 

en vérité ne se dit plus

qu'avec retard      et seulement

dans la boue murée de l'instant

 

 

Marcel Migozzi

(inédit Scriptorium 2009)

 

 

 

         Marcel Migozzi est né à Toulon en 1936, dans une famille ouvrière d’origine corse. Il vit au Cannet des Maures dans le Var.

Lauréat du prix Jean Malrieu en 1985, du prix Antonin Artaud en 1995, du prix Des Charmettes / Jean-Jacques Rousseau en 2007, il a publié de nombreux ouvrages de poésie chez de nombreux éditeurs, en France et à l’étranger, collaboré à de nombreuses revues, ouvrages collectifs, anthologies.

 

         Parmi les ouvrages les plus récents, on citera : Un rien de terre (L’Amourier), Ensemble d’être (L’Arbre à paroles), Au rouge-gorge suivi de Mottes (Estuaires), Des traces dispersées (L’Harmattan), À qui le corps ? (Tarabuste), Dans les fermes, ça fume encore (Potentille), Dix solitudes (La Porte), Nouvelle histoire de la rosée, en collaboration avec Ludmilla Podkosova (Editinter), Et si nous revenions, sans vieillir (Encres Vives).