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Le Scriptorium - Page 28

  • INSTANT BATEAU IVRE SALUTAIRE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE LA POÉSIE À MARSEILLE

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                CET ÉLAN QUI NOUS FAIT SIGNE ...

        Le dimanche 21 mars est la date officielle de la Journée Mondiale de la Poésie  selon l'UNESCO. Si le virus et ses variants nous ont fait croire qu'ils pouvaient  affoler la planète entière, comment ne pas vouloir espérer qu'il existe d'autres circulations d'énergie, d'autres élans mieux aimantés, capables, eux aussi,  de faire signe au-delà des frontières?   

        C'est ce signe de poésie que nous entendons réveiller ici, à Marseille, en bord de mer, après une bien longue hibernation des esprits. Et ce 21 mars sera l'occasion pour cela.

       Nous vous convions pour cela à un moment particulier: l' INSTANT BATEAU IVRE SALUTAIRE, premier du nom. 

        Un moment pour vous, les fêlés de mots qui tanguent, de phrases qui volent, des rythmes à faire pâlir les vagues et les djembés... Un moment pour laver, d'un seul coup de mistral, les discours mécaniques, les raisonnements de procédures, les enlisements programmés. Un moment pour retrouver le noyau du langage, l'inconnue qui vit en nous, l'innocence de la part native, la parole toujours hors d'atteinte...

          Il y a un an, le collectif des poètes du Scriptorium avait préparé ses  "Morceaux de bravoure", et puis, une pandémie a passé par là. Je me souviens du jour de cette privation annoncée.  Nous étions devenus ces passagers de la tourmente, soudain immobilisés...qui n'avaient pas eu le temps de se dire au-revoir, ne savaient trop quand ils se reverraient. 

         L'accès au rivage est soudain devenu interdit. On a commandé à chacun de rentrer chez soi, mettre ses rêves amoureux sous cloche, et s'hypnotiser de décomptes sinistres sur écran. Certains ont payé un lourd tribut, d'autres ont tenté de tenir la distance. On a perdu l'usage d'embrasser l'inconnu-e. Les poètes, comme souvent, ont vécu sous les radars une saison, puis deux, puis trois et quatre. Dans la précarité des silences. Un photomontage (réalisé par Paola Leone) rappelle les "morceaux de bravoure" qui se jouèrent en ferveur mais à distance en mars 2020.

     

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               Mais aujourd'hui, la promesse du printemps repasse le plat. Et elle nous dit qu'il ne faut pas se baigner deux fois dans le même cauchemar. C'est le 21 mars, journée mondiale de la poésie - même si personne n'y croit, sauf quelques incorrigibles scribouilllards scripturiens qui persistent à signer entre ciel et mer. C'est le 21 mars que nous serons de ceux qui ont décidé de reprendre le chemin de leur port d'attache: le monument, dédié à Arthur Rimbaud, plage du Prado à Marseille. Il y a plus de 20 ans qu'ils y croient, qu'ils y œuvrent à temps et à contretemps. Chacun sa manie et son luxe de vivre!

     

                  C'est là sur ce promontoire inspiré, dans cette embarcation chaotique, cet assemblage de cérastone, matière inventée par le sculpteur Amado lui-même, en hommage au Bateau Ivre de Rimbaud (mort à Marseille le 10 novembre 1891), qu'ils vous donnent rendez-vous pour un moment à ciel ouvert. Un de ces moments où l'ébriété de vivre fait loi...où les mots fusent à découvert, où l'on peut chanter "j'veux voir ta bouche" pour faire naître un poème inédit.

                        Et nous nommerons ce moment, l'Instant Bateau Ivre Salutaire. L'Ibis qui nous ramène à la mythologie égyptienne, à Thot à la forme mixte, l'inventeur de l'écriture et du langage. Nous apprendrons à notre manière la langue d'Atoum d' Héliopolis, et nous rappellerons notre vocation toujours balbutiante de scribes des dieux.

                

                   DEMANDEZ LE PROGRAMME... 

    L'Instant Bateau Ivre Salutaire se déroulera en quatre temps:

    PHOTO DE GROUPE  ( celle-là même, un an plus tard, qui était prévue...mais les protagonistes, n'en doutons pas, auront changé de place, et de visage, et de poèmes...) avec les poètes présents

    - Il y a 200 ans naissait CHARLES BAUDELAIRE...évocation 

    - lecture chorus du POÈME ÉPIQUE par temps de pandémie créé par les poètes du Scriptorium - le texte est constitué de vers dizains rimés, écrits par les uns et les autres, dans une suite insolite qui n'a pas dit son dernier mot...

    - scène de PAROLES LIBRES: elle donnera voix aux lecteurs qui se seront inscrits au préalable* pour partager des poèmes d'ici et de là, au-delà des frontières

     

    Nul doute que la poésie, tout juste sortie du Printemps des Poètes consacré au thème du Désir, saura ici encore nous surprendre, nous orienter et nous désorienter. Sur cette voie étroite qui refuse également les cénacles réservés et les épanchements sans filet.

     

    Nous vous donnons avec plaisir rendez-vous pour ce moment intense à vivre ensemble. À Marseille, ville-monde, encore et toujours...

     

    "J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
    Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur..."

     (Le bateau ivre)

     

                                                Dominique SORRENTE

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    Afin que la fête soit pleinement réussie, voici un 

                             GUIDE DE SURVIE DE LA RENCONTRE...

    1- Les personnes qui souhaitent participer à la scène ouverte "paroles à l'air libre" devront  s'inscrire sur place dès 14h30 pour leur lecture personnelle ou collective    ( 3 minutes chrono par intervenant-e ).

    2- Par sécurité anti-covid et pour assurer la bonne circulation des textes en plein air, chacun-e est prié-e d'apporter un PORTE-VOIX fabriqué maison. Les plus insolites ouvriront le défilé des porte-voix...

    3- La Journée étant placée sous le signe de la poésie du monde, les textes venus d'autres pays, d'autres continents seront mis à l'honneur, les créations personnelles étant également appréciées 

    4- En cas d'affluence excessive (sait-on jamais, songeait la scribe...) , nous procéderons à des déplacements giratoires élargis, tout autour du monument, permettant de faire des poèmes en mouvement les meilleurs des gestes-barrières. 

    5- Si la pluie menace, chacun apportera un parapluie coloré pour apaiser les humeurs du ciel. La rencontre sera maintenue, et nous nous "rapatrierons" ensuite dans un espace abrité en bord de mer.

     

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    Nous vous invitons à retrouver les voix des poètes du Scriptorium et leurs amis sur le thème "Feuillets désirables" sur la chaîne youtube "Le Scriptorium sémaphore de poésie".

     

  • LES FEUILLETS DÉSIRABLES action Printemps des Poètes 2021 du Scriptorium Marseille

     

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    " Le matin comptait ses oiseaux, et jamais il ne se trompait"    Supervielle (Montevidéo)

     

    Le désir est une valeur rare, à revisiter dans la période actuelle...

    À l’occasion du Printemps des Poètes 2021, et en route vers la Journée Mondiale de la Poésie, prévue le 21 mars par l'Unesco, les poètes du Scriptorium proposent une lecture de poèmes créés sur le thème du Désir. Ces poèmes inédits figurent en version écrite sur le blog de l’association : http://www.scriptorium-marseille.fr  

    Ils seront proposés en version audio sur la chaîne Youtube du Scriptorium

     

    La rencontre à voix haute se fera le samedi 13 mars à 18h30 au cours de l’ÉPIQUE BISTROT  que le Scriptorium propose chaque samedi soir, en visio-conférence, depuis novembre 2020. http://www.scriptorium-marseille.fr/archive/2020/11/15/l-epique-bistrot-est-ne-6277384.html

    Les personnes, non-membres de l'association, qui souhaitent participer à l’opération "Les feuillets désirables" sont priées d’adresser une demande par mail à l’association Le Scriptorium: poesiescriptorium13@gmail.com

     Le nombre de participants est limité.

     

    "Demain, promis, je prendrai tes désirs pour mes réalités". (Dominique Sorrente)

     

                                                                                             *

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    Ont participé à cette anthologie des Feuillets désirables:

    COLINE MARESCAUX, DOMINIQUE SORRENTE, MARIE-PHILIPPE JONCHERAY, DANIEL SCHMITT, WAHIBA BAYOUDIA, LAURENCE VERREY, LEONOR GNOS, OLIVIER BASTIDE, MARIE GINET, GÉRARD BOUDES, HÉLÈNE KATSARAS, MARC ROSS, NICOLAS ROUZET, ISABELLE ALENTOUR, MARC-PAUL PONCET, CHARLOTTE HAMER, EMMANUELLE SARROUY, AMALIA CARDOSO ...ainsi que DANIEL VINCENT et COLETTE PAPILLEAU pour les gestes graphiques

     

    DÉSIR  par Marie-Philippe JONCHERAY

    Un souffle

    un feulement

    à peine murmuré

    a suffi

    à raviver ce brasier

    qui couve

    dans ton ventre

    aussitôt dans les flammes

    tu cours

    te faire mordre

    la nuque

    femelle

    soumise de plus belle

    à ton ventre

    tu perds le sommeil

    tu perds l’appétit

    tu perds la raison

    tu te vautres sur l’asphalte fatale

    à ton espèce

    tu t’enfuis

    oh pas loin

    juste hors de portée

    parfois tu reviens

    en douce

    efflanquée

    écorchée

    ventre creux

    ton regard hier

    si onctueux

    est hébété

    sauvage

    et tu lèches tes morsures

    adorées

    mais bientôt tu seras pleine

    et docile

    pour une saison

    pour un hiver

    tu reviendras

    au coin du feu

    te repaître

    te remettre

    tu oublieras

    un instant

    le plaisir du ventre affamé

    et tu mettras bas

    douleur

    et tu les nourriras

    ceux de ta race

    que d’un coup de griffe tu repousseras

    dès que

    feulements

    peau frissonnante

    narine dilatée

    ventre en émoi

     

                   Marie-Philippe JONCHERAY

                             *

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    Depuis le plus lointain soleil, nous cheminons à pas d’enfant perdu. Nous l’oublions par précaution. Mais toujours nous revient, chape brûlante, notre fin. Si nous étions maître du temps, qu'en serait-il de nos désirs, de nos pleurs et de nos folies ?

     

                                                             OLIVIER BASTIDE

     

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    Corps éperdu de mangue
     
    On me donne le feu

    et la rêverie commence dans le fin fond de mon ventre

    Déshabille-moi 

    que mes os résonnent et s’entrechoquent dans le 

    battement de tes poumons


    On me donne le feu, 

    et l’esprit flanche dans le marché des incertitudes

    Embrasse- moi

    embrasse-moi

    que mes organes chantent et dansent dans le

    tempo de tes viscères nouées


    On me donne le feu 

    et les fluides s’électrisent dans les ruisseaux rouge de mes soifs inassouvis

    Caresse-moi

    que mes cellules goûtent et dégustent les pétales de tes appétits 

    encore inexplorés


    On me donne le feu

    et la rêverie ne cesse d’offrir ton visage 

    une saveur qui n’appartient à rien

    un goût et une odeur de terre humide

    là où les cimes se mêlent à l’extrémité de mes orteils

    là où tout

    tout

    là où tout s’éveille.

                                                 COLINE MARESCAUX
     

     

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                      Joue de l’accordéon

                      Frappe le tambour

                      Orchestre

                      L’horizon des vivants

                      Étale les motifs obscurs

                      Sur les lieux du supplice

                      Qui fut celui des hommes

                      Joue de l’accordéon

                      Frappe le tambour

                      Joue pour la prochaine danse

                      Enlace la Vénus Céleste

                      Et parle doucement

                      Si tu évoques l’amour

                     

    Leonor GNOS

     

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    J'habite après un long silence

    La maison de Régine Blanc

    Où des pierres venues du ciel

    Sont foules sorcières et fées

     

    Je sais qu'un jour Petit Poucet

    Qu'elle est avec jupon Régine

    Sera rejointe en bonbonnière

    Car déjà en catimini

    Je suis revenu dans l'espace

    Où le temps ladre s'abolit

     

    Où s'est-il caché le rôdeur

    Dans un geste exprès oublié

     

    En attendant en attendant

    Dans ta maison Aurore et Lyre

    Où j'habite un très long silence

    Où dans l'instant précieux

    Je m'occupe petitement

    À vieillir ainsi qu'un enfant

    En cachette comme un enfant

     

     

     

                              Daniel SCHMITT

                               ( Lotissement Régine )

     

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    Un peu beaucoup de tout de rien 
     

    Désir de toi
          Désir de nous 
                Désir de toi dans moi,
    Désir de tout

    Désir d’espaces épicés
           Désir d’espèces très fruitées
                Désir de petite robe noire et bien cintrée

    Désir taffetas de toi
         Désir velours de nous 
                Odeurs de moi pour toi 
      Quand tous tes doigts.....et par en dessous

    Désir d’en rire 
       puis d’en mourir 
                     Dire Oui - et puis ouvrir 
            Désir de tout 
            Désir fragile 
       Désir de loup
          Désir de fou
    Désir de chocolat et de vanille musquée
    Fruits mixés et crème fouettée

    Désir de vents et de marées
         De grands grands vents 
                                   et verts
             Ouverts et largement
    Au loin sur l’horizon où va la mer 

    Désir volatile 
        de petits riens dans un grand Tout 
    Désir de brumes et d’alpaga
       Désir de bains et bien moussants
           Désir d’ombre et  
                        cette caverne 
                        que nos corps creusent sous la couette

    Désir demain mais tout de suite
       Désir levant
          Désir de ce que j’attends 
                                 depuis tant et tant

    Désirs noirs sur satin blanc
    Indicibles désirs qui éclaboussent 
           et inavoués
              à vif 
              désir de peau
              désir de peu

    Désir flagrant 
      Désir devant
              et mors aux dents 
              Désir mordant
    Nuages d’envies perlées de vies

    Désir sans fin 
          et d’infini 
    Désir vivant 
    Et nous  
         dedans

     

                     HÉLÈNE KATSARAS

     

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    Lettres au bien-aimé,
    en hommage à Thierry Metz
     

    Voir tes cils et les croiser à ton regard

    deux petites choses du matin

    pour se construire

    un désir de maison en brindilles.

     

    Le bout de tes doigts

    c’est trop de bord

    je préfère tes phalanges

    et même ta paume

    le plus petit refuge du monde

    et le plus grand.

     

    Je regarde tes gestes se promener

    tes gestes singuliers

    il y a un oiseau dans chacun d’eux

    dont je ne connais pas les noms.

     

    Entre ton coude et l’ombre de ton coude

    un fil

    je le relie

    à la forêt et au sous-bois de mon ventre.

     

                             AMALIA CARDOSO

     

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                                                                        Désirs

                                                                          

    Nous sommes le rêve de notre propre rêve

     

    Charme  du mystère

    une sève irrigue la lumière

                   chair

    dans le sillon des nuits

     

    « Tu dis désir et c’est la vie »

     

    Offrande d’un frisson

     palpite le sang

     

    Et nous allons tremblants

    sur la passerelle du vide

    cueillir une aube

     

    Boire un souffle à pleine bouche

    la soif sous nos pas

    pour le feu d’un songe

     l’azur d’un jour

    les chimères d’un futur

     

    « Tu dis amour et c’est la vie »

     

    Tendre

    la main pour une  caresse

    un sein pour un baiser

    un parfum pour l’ivresse

     

    Brèves lueurs  prémisses  

     sur un visage

     un sourire

     

    les corps insolents

    vers  quelques pas de danse

    Pulsations sous la peau

     

    à l’oreille

    des impromptus sur l’océan

     

    Éphémères  instants

     à la surface du temps

    pour une goutte de miel

    sur la langue

     

    Promesses d’extases

    échos d’un rêve

     

     

                                                       Wahiba Bayoudia

     

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    Comme un arbre dans le ciel

     

     Enfant,

    je désirais l'instant présent,

    la neige dans le jardin,

    les métamorphoses du saule,

    la complicité de Franck qui devait me voir comme un frère

    et plus tard m'épouser.

     

    Une limonade au PMU avec ma tante qui jouait aux courses,

    entourée de voix, de trognes inconnues, de tabac qui faisait tousser,

    joyeusement dépaysée.

     

    L’adolescence était le temps du désir sensuel infini, répétitif, obsessionnel,

    un mantra sexuel qui devait me sauver du fadasse et du vide,

    me préserver de l'étrange et vertigineuse conscience d'un monde

    injuste, immonde et brutal

    dans lequel ma salive et mes larmes n'avaient aucun poids,

    un monde où les camps de concentration perduraient, une dégueulasserie

     

    Je ne rêvais ni fringue, ni bagnole, ni bijoux, ni babioles.

    Je voulais me séparer, m'enfuir.

     

    Adulte est un temps qui s'allonge,

    on a vingt ans, puis trente et quarante,

     

    L'Australie des rêves d'enfance est en feu.

    Moi, nullipare revendiquée,

    j'aimerais que les enfants de demain

    connaissent les baignades en eau douce,

    le chant des rousserolles et des courlis cendrés,

    que les murs à migrants s'effacent

    qu'on n'ait plus besoin d'étiquettes,

    ni de cash, ni de clash

    que l'humain soit plus clairvoyant,

    les couilles moins belliqueuses.

     

    À défaut, je voudrais demeurer poète dans les actes et dans les pensées,

    que la liberté que j'éprouve, dont je n'avais jamais rêvée,

    s'agrandisse avec le temps

    comme un arbre dans le ciel.

                                                             

     

                Marie Ginet

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                                    La Cité céleste…

     

     

    Nos corps ballotés

    sur la nacelle du désir

    étaient dans le courant

    embarqués

    comme des chiffons d’étincelles

     

    Nous avions fait l’amour

    juste en nous caressant des yeux

    mais en cet instant-là

    l’Éternité avait vacillé

    Un instant

                        et les lourdes portes

                                                             menacèrent s’entrouvrir

     

    Toute la cohorte des Kéroubims claironnait son triomphe

     

                                       Nicolas Rouzet

     

        

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    Le désir et l’envie

     

     Le désir…

    Le désir d’emporter le printemps avec moi

    de faire naître la blanche rosée là où

    le baiser promeneur se hâte sur vos lèvres

     

    Celui d’un court poème dérobé à l’étreinte.

    Que de jasmin offert à mes amis proches

    et de vers murmurés à l’oreille du temps !

     

    L’envie…

    L’envie de voler vers les mers du sud

    de former ailés avec les oies sauvages

    en redonnant haleine tiède aux vents portants

     

    Celle d’entendre aussi la viole de gambe

    de Jordi Savall séparée du chagrin

    un air prêt à sourire à l’insomnie profonde

     

    Si les deux s’imaginent éclabousser la page

    l’envie fait grand écart s’étonne encore de voir

    Le désir se tenir sur la pointe des pieds.

     

     

    Marc Ross  -  (Printemps des poètes, 2021)

     

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    Traces du désir

     

    Ce serait le premier mouvement des yeux

    vers la fenêtre vers une salve de pluie

    ou un doigt de lumière qui frappe à la vitre

    l’odeur du café aux narines

     

    Ce seraient les pieds qui s’impatientent

    un vêtement froissé sur le sol le geste de l’enfiler

    à neuf et même celui de porter aux lèvres

    un verre d’eau ou d’ouvrir la fenêtre

    aux impulsions du vent à la neige qui descend

    dans sa fourrure d’hermine

     

    Ce serait un poème récité pour le plaisir

    enroulé dans les draps

    - et qu’importe si la mémoire s’est un peu usée

    sur la meule du temps

     

    Ce petit souffle grisant c’est le présent qui s’en vient 

    – et même si à peine né il doit bientôt

    disparaître

    ne le laisse pas retomber trop vite

    recueille-le  tant qu’il palpite  comme un sourire

    une aile de papillon

     

    Désir enfant de toute promesse

    est-il sur le qui-vive la pierre à feu l’étincelle

     

    est-il cette forêt dont le bois craint qu’on le braconne

    ou cette morsure de la montagne

    qui n’attend que nos pas

     

    À la soif des cimes la cime la plus haute

    crie qu’on vienne la boire

    il est tant d’eau perdue

    au danger du ravin le ravin crie que la chute

    n’est pas une offense à la vie

     

    Mais désir désespoir du poids des choses

    à la surface du monde si peu d’amour semé

    tandis que la lune croît et décroît

    comme si de rien n’était

     

    Cependant désir beau sacre du printemps

    explosions dans le ventre de la terre

     

    et ta main glissée sous ma robe qui fait

    perler l’huître et se dresser la tige

    et n’attend que le frottement de nos corps

    pour mettre le feu aux braises

                                                                     Laurence Verrey 

         

                                                                            8 mars 2021

     

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               Elle

     

    La fumée du tabac

    Ne nous dérangeait pas,

    Ni l’orgueil des motos

    Dans l’or du soir, qui passent

    A deux pas des terrasses

    Des allées Mirabeau.

     

    Un demi, un café,

    Et nos yeux éblouis

    Comme des nouveaux nés.

    Car tous nos mots sont ivres

    Et dans l’alcool des livres

    Il y a l’amour aussi.

     

    D’ailleurs passera-t-elle

    Personne ne le sait

    Et peut-être pas elle

    Alors aucun message

    Dans le ciel d’un portable

    N’aurait pu confirmer.

     

    Et nous restions des heures

    A rêver en silence,

    Seuls devant un café

    Il était doux d’attendre.

    Quand parfois le bonheur

    Avec nous s’attardait.

     

    Puis les temps ont changé

    Starbucks a remplacé

    Les librairies d’antan

    Et la Révolution

    Comme un rouge poisson

    Dans le ciel a filé

     

     

    Nous laissant à nous-mêmes

    Comme au réveil d’un rêve

    C’était il y a dix ans

    C’était il y a vingt ans

    C’était il y a mille ans

    Nous l’avions tant aimée.

     

                        MARC-PAUL PONCET

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    Petit matin tiède

     

    Dans le simple élément de feuillages effleurés, comme une onde fureteuse, la flamme se forme, furtive fontaine et naissance hésitante, lumière sans force à l’humus mouillé, accueillant aux semences endormies.

     

    C’est parfois, une brise légère, un souffle évanoui, à peine levé. Une simple note.

     

    L’appareil ainsi constitué semble s’exprimer au sein d’une complexité sans ordre apparent, chaos n’ayant pour origine que le hasard.

     

    Il est cependant soigneusement calculé et produit un effet. Pourtant, celui-ci n’est pas celui qui était prévu.

     

    La construction réelle n’est pas celle que le plan avait conçue.

     

    D’une beauté, on dirait convulsive, elle vous prend par surprise et                  Précipite au tapis toute envie de refus.

     

    Vous voilà ainsi terrassé, sans pouvoir espérer de geste rationnel ou de pensée réfléchie.

     

    Vous n’êtes plus qu’un objet attiré par l’aimant de quelque planète aux

    Métaux scintillants et aux yeux hypnotiques

    Que l’on vient subitement dévoiler comme phares dorés sous les cils alourdis

    De charbons promis à la braise du regard enjôleur,

    Invitant à la poursuite légère et prometteuse de volupté.

     

    Sous orbite, perdu de tout guide, il n’y a plus que le hasard de l’aventure.

    Sans espoir d’arracher ce moment aspiré mais sans parapet, il y a on le sait,

    une joie qu’on ne peut qualifier, surtout si elle est interrompue par  

    une insatisfaction, une déception de l’attente rompue, de la progression explosée

     en plein vol.

     

    Et pourtant, quand un tel moment est exhumé des dépôts mémoriels, il y a, à le

    revoir, ainsi tiré de son sommeil, alourdi des poussières de l’oubli,

    un parfum qui ressort épuré de ses gangues plaintives et fielleuses.

     

    Il ne reste, au moment du souvenir, que les couleurs heureuses du tableau

    exposé, chatoyant et merveilleux comme un rêve de petit matin tiède, paisible et

    vigoureux.

     

                                        Gérard Boudes 

     
                                             
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    Et puis c’est quoi ce mot..?
     
    Et puis c’est quoi ce mot, Désir, qui nous précède et dont je ne parviens pas à faire le tour ? Il me fait peur ce mot, il est trop sexuel, tout mon corps se refuse à le prononcer. Et puis de toutes manières, entre désir, séduction, instinct, pulsion, coup de foudre, fièvre amoureuse, amour idéal, fusionnel, grand amour, fascination, manque, dépendance, reconnaissance, peur d’être abandonné, blessures de l’attente, morsure de la jalousie, chantage affectif, amour conditionnel, inconditionnel, désir de possession, délivrance, haine, détachement, paix, routine, habitude… pour moi c’est le grand bazar.
    Tout ce que je peux dire, c’est que depuis le CP j’ai sans cesse été amoureuse d’un garçon, puis d’un autre, voire de deux.
     
    Bon. Au moins, avec vous, je sais ce que je ne veux pas.
     
    L’autre progrès, c’est que j’ose vous le dire.

     

                                ISABELLE ALENTOUR

     

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    POÈME POUR LA TRAVERSÉE DU DÉSIR SANS ESCALE

     

    Tu pars avec moi, mon désir,

    toujours un peu en avance.

    Et moi, je tente de te rejoindre

    et de passer à ta hauteur pour te voir faire.

     

    Tu portes ton bric-à-brac, ton eau-de-vie,

    tes maquillages, tes jeux de cartes.

     

    On dirait que tu as faim de tout,

    de femmes, de feuillages, d'averses passagères,

    d'oiseaux sans nom avec leurs gloires miniatures.

     

    Tu n'as aucune vue sur le monde, mais tu aimes

    toutes les brèches, toutes les passes du vent.

     

    Pourtant, je ne comprends pas bien qui tu cherches

    au coin des rues.

    Tes yeux malmènent mon ventre,

    c'est la loi du genre.

     

    Et tu repars déjà, mon désir,

    tu repars toujours,

    même à bas bruit,

    vers un bout d'infini dont tu ignores le secret.

     

    Je vois l'ombre que nous faisons ensemble

    et je vois la clarté.

    Et tout cela qui me dépasse d'une tête, au moins,

    me fait signe que tu n'es jamais loin.

     

    Tu te poses dans un creux.

    Et puis, vite, tu sautes à nouveau

    parce qu'une nouvelle journée se signale à l'entrée du port.

     

    Dis, mon désir, dans quel état serons-nous  à la fin de l'histoire ?

     

    Quand arriverons-nous

    ensemble

    à la maison de l'heure bleue ?

     

                               DOMINIQUE SORRENTE

     

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    Au bout du rêve j'ai posé mes valises

    Emplies d'au cas où...

    Débordantes de temps additionnel

    Jusqu'à l'horizon flou

    Les chemises en ribambelle se sont fait la malle

    Insolent délit de fuite quand le désir chancelle.

                                                                              Charlotte Hamer

     

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    LEURS DÉSIRS FONT DÉSORDRE


    Elle le serre dans ses bras
    Leurs âmes se touchent parfois
    Transcendantes et pures
    Leurs corps sensibles
    Sur l’état du monde
    Vibrent
    En cordes sensibles

    Ils s’envoient des signes 

    Leurs désirs font désordre
    Comme un leit-motiv
    Comme un désir d’éternité

    Leurs désirs font désordre
    Dans la froidure du monde asphyxié
    Leurs désirs font désordre
    Et enflamment ce qu’il reste de leurs âmes
    Et embrasent ce chemin qu’ils avaient
    Décidé d’habiter
    Leurs désirs font désordre
    Et couvrent de douceur toutes les terres esseulées
           
    Ils se laissent par les étoiles
    Éternellement guider
           
    Et se donnent comme toujours
    Rendez-vous
    Sur la lune juste à côté

    Ils iront la nuit
    Marcher sur les toits
    Et grignoter le ciel
           
    Questionner les étoiles
    Cracher la poussière
    Vomir leur misère
    Transmettre la flamme

    Ils iront la nuit
    Marcher sur les toits vers
    Quelque chose de beau
    (dans l’éclairante moitié du sommeil)

    Ils iront la nuit 
    Au centre du monde
    Par-dessus les toits 
    Au-delà des frontières
    Dans les marges

    Ils iront la nuit
    À pas feutrés
    En équilibre
    Iconoclastes idoles

    Ils iront la nuit
    Ils nous l’ont dit
    Et avec eux / ils nous l’ont promis
    Ils nous embarqueront
    Dans la VIE

    Ils s’aiment dans la douleur du monde
    Dans la douleur du monde
    Et les larmes de sang
    Ils s’aiment éternellement

    Ils iront la nuit
    Marcher sur les toits
    Et dévorer le ciel 
    Cracher des étoiles
    (et enfin inventer / de nouvelles danses interstellaires)

    Au milieu des ruines
    Leurs désirs font désordre
    Et pourtant

    Ils iront la nuit marcher
    Dans les forêt d’or et
    Les fils argentés
    Sur les cendres du temps
    Dans les clairières abandonnées 
    Dans les champs dévastés et
    Les villes esseulées

    Ils iront la nuit
    Chanter et danser
    Ils iront la nuit
    Marcher en poésie

    Alors
    Ils décident d’être
    Des cicatrices à cœurs ouverts
    Les cicatrices de toutes les plaies 
    Du monde à vif
    Du monde en larmes
    Du monde en flammes

    Ils décident d’avancer toujours vers
    Quelque chose de beau

    Silencio

    Ils s’envoient de l’énergie pure
    Ils créent comme ils respirent
    Et se maintiennent mutuellement
    En vie

    Énergie créatrice
    Pulsion de vie
    Fulgurance

    « Ils parlent du bonheur, ils croient que le bonheur…
    l’amour vous dis-je. »
    Leur crie Aragon

    Ils le savent à présent
    Ils sont des colporteurs d’amour
    Définitivement
    Vivants

    Et même si
    Leurs larmes saignent et leurs cœurs s’enflamment
    Leurs désirs font désordre
    Éternellement


    (extrait d’
    ils iront la nuit 
    marcher sur les toits
    et grignoter le ciel)


     Emmanuelle Sarrouy

     

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