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29 mars 2009

Jacques BASSE, portrait d'un portraitiste...


  

MINE DE RIEN  

tout doucement, à Jacques Basse

 

J_Basse_et_D_Sorrente_et_le_double_devenu_trois.JPGL’âme du portraitiste a ceci d’admirable qu’elle vit de déplacements incessants. Elle observe et se met à l’œuvre de retranscriptions attentives. Elle me fait songer dans une chambre de ma mémoire à l’âme du copiste dans le scriptorium qui, voué à une solitude éclairée, entreprend sa tâche journalière. Une tâche réglée de façon remarquablement minutieuse ; et partant de cette contrainte forte et consentie, qui se libère dans un instant toujours original, c’est-à-dire singulier. Oui, tout l’art du copiste est là : copier en unique exemplaire.

 Or c’est bien là le mouvement de l’âme que je perçois chez le portraitiste, dans un rythme en diastole, systole : le temps pour le regard, le geste de transmettre.

 J’aime en profondeur cette démarche de « prime abord », de première ouverture, cette capacité d’aller à l’autre, si menacée à l’époque actuelle alourdie par les débris d’effusion d’elle-même en toute circonstance, j’aime ce désir toujours réactivé de rendre visite à la vie de celui qui n’est pas soi-même en son visage regardé. Se différer de sa propre existence  pour accueillir dans le lien à la personne rencontrée une connaissance du monde est une éthique, tout autant qu’une esthétique. Le temps pour le regard découvre, observe, remarque, admire, peut s’inquiéter. Quelle que soit l’hypothèse, il reçoit.

 Quant au geste de transmettre, il est une forme d’enluminure, au sens premier du terme. Il tient de la décoration qui n’est pas, et n’a jamais été l’art médiocre que certains esprits présomptueux dénigrent ; il fait aussi écho à l’illumination, telle que Rimbaud, nourri par son séjour à Londres de vocabulaire anglais, l’a désirée : comme un surinvestissement de la scène ordinaire dans le fol espoir d’éveiller le « Je est un autre » pour que « le cuivre s’éveille clairon », et qu’il n’y ait rien là que d’ordinaire. L’enluminure est à la fois ceci et cela, et quand elle s’entreprend de façon juste, il me semble qu’elle se tient très exactement à équidistance de ces deux pôles.

 Enluminer, c’est mettre en pleine lumière. Exposer au jour, sans fard et sans effet, sans faux dépouillement, non plus. En somme, se révéler à soi-même. C’est faire acte d’une fidélité au témoignage reçu : ici un manuscrit, là un visage.

 Le portraitiste à présent opère à son atelier. Je l’imagine à son crayon autodidacte, travaillant sur un cache à biseau en jonc blanc.

 À mille lieux de la dictature de l’homogène, il dessine. J’aime ce mot de « dessiner ». Le portraitiste dessine dans la brièveté et la souplesse comme il réaliserait des figures sportives, en patinage sur glace par exemple. Le dessin n’intimera aucun destin, ne visera aucun dessein qui excède ce moment-là. Le portraitiste est prompt ; il s’exécute, comme une partition et non comme une proie ; ici ni chasseur ni gibier, seule la promesse d’un visage. La table, le canson et les boules de gomme. Il se manque parfois, dit-il, mais la plupart du temps, se réalise. Comme on vient à bout d’une réussite. Avec la justesse de la figure obtenue.

 Ainsi la boucle se résout-elle. Après le temps du regard de jadis, le temps du geste, de la mine, de la pointe aiguisée, au prix de quelques effacements, vient le temps du don nécessaire. Le cœur s’apprend dans le deux qui apprend à devenir trois.

 C’est là, dans ce rythme ternaire découvert que l’âme du portraitiste trouve le mieux sa joie pour instruire la nôtre. Voilà pourquoi, me souvenant que son crayon sait aussi devenir rieur, j’offrirai volontiers, avec tous les « portraités » croqués un jour par  sa main agile, cette simple devise, en signe de remerciement  et pour valoir ce que de droit: « à Jacques Basse, mine de rien ». 

 

Dominique Sorrente

                                                  Aéroport de Nîmes Garons,

ce Vendredi 13 février 2009

 

Aéroport Nîmes un café impromptu.JPG

Une rencontre "en coïncidence" à l'aéroport

de gauche à droite Morelle Smith (Ecosse), Dominique Sorrente,

Jacques Basse, Patricia Little (UK)

 

* * *

         Autoportrait au crayon Jacky blog .JPG                         

                           Quand J.B. se raconte…

 

 

 

Un individu qui est l'égal de bien d'autres.

 

Il est, comme tout un chacun, plein de bosses, de trous, plein de bleus et

rempli de cicatrices indélébiles Un passage tardif et rapide aux Beaux-Arts

lui donne la conviction que là, réside son destin ! Mais les aléas de la vie

en décident autrement ! Les pinceaux un temps assouvissent sa passion :

avec quelques prix glanés ça et là, quelques expositions aux cimaises

incertaines.Puis arriva. le « crayon » et la révélation, avec le portrait.

 

 

Les poètes lui donnent raison, un à un , il les croque. Sa nourriture de

tous les jours depuis plus de dix ans. Devenu boulimique,

il persiste et ne sait s'il s'arrêtera un jour… 

 

 

Ô vous poètes de tous horizons avec quelle humanité, gentillesse,

disponibilité vous l'avez accueilli, à l'égal de vous-mêmes,

comme jadis Horace l'a dit « ut pictura poesis »

 

À la vérité, il n'est qu'un allié substantiel.

 

Par nature, il est adepte des choses faciles. S'il réussit dans ce

domaine, c'est sans mérite. Et, s'il est vrai que l'on récolte

ce que l'on sème, les louanges faites par certains, qui sont de nature

à le considérer comme un « Maître », sont pour lui excessives.

 

Il sait bien que « personne ne survit au fait d'être estimé

au-dessus de sa valeur ».

 

Dernier point, en vérité, nul ne peut lui voler les instants de bonheur pris

à cette tâche. Il y consacre tout son temps avec délice

et aussi avec déraison.

 

Un équilibre bien mystérieux, qui fait penser à un grand écart !

 

Jacques Basse

 

 

  

20 mars 2009

Attention, Caravane en marche !

 Site_caravane_jardin_2.JPG

CARAVANIER DU PRINTEMPS

 

 

 

Le poème aujourd’hui réclame

une autre route.

 

Au pas incertain des voyelles,

dans des consonnes qui brinquebalent,

il avance déhanché

avec des mots de passe  pour l’exil du dedans.

 

Mes amis, vous vivez déjà, le saviez-vous,

dans la ligne de rupture des vagues.

 

Alors, regardez-la, cette caravane de mots

qui sort peu à peu de la page

pour rejoindre l’inaccessible de la mer.

 

Elle avance avec sa  suite dans un intervalle du temps,

minuscule et  précise  

au ruban bigarré des strophes,

au tintement irrégulier des rimes

qui s’entrechoquent.

 

Elle, si longtemps contenue

dans la fabrique des colères, des replis,

elle déborde à présent des cahiers, elle se pare

des chapitres du vent,

elle passe en légèreté par le chas de toutes les aiguilles

des empêcheurs du temps de vivre.

 

Caravanier, nouveau venu de la parole improbable,

fais de ton pas multiplié en bord du jour

l’intrigue heureuse

qui inventera avec nous le printemps.

 

Il suffit de te mettre en route

au chant des verbes à ciel ouvert,

faire écho

à la voix de quelques poètes

pour retourner en mots splendides

le désespoir ou la mélancolie.

 

Caravanier du printemps, grâce à toi,

le secret du monde deviendra, un instant,

public.

 

 

                                 Dominique SORRENTE

 

 

 

 

AUX CARAVANIERS DU PRINTEMPS

    

 

Carav_script_Vous_avez_dit_2.jpg…Il est l’heure de vivre un moment différent. Rare aussi bien qu’intense. Retrouver les énergies que la poésie nourrit : capacité à réveiller, étonner, détourner le cours somnolent ou subi des choses…

 

…Notre façon :  faire se rencontrer sonnet, hai-ku, slam, performance, écriture linéaire ou pratique d’hypertexte, voix chuchotée ou parole déclamée, et toute autre forme d’expression poétique, sans exclusive, en laissant à chacun la liberté d’aller à son pas et de faire son marché inspiré dans ce foisonnement voulu.

 

Notre méthode : la marche à plusieurs. Parce que la poésie à ciel ouvert et portée par la voix retrouve hors les murs une  nouvelle vitalité citoyenne. Parce que mettre un pied devant l’autre est un acte d’humanité qui ne réclame aucun diplôme, aucune distinction sociale, aucun passeport de conformité. Parce que la parole partagée ne nie aucunement la solitude des auteurs, mais l’empêche de se corrompre en isolement.

 

Notre esprit : celui d’une promenade en nomadie joyeuse et bigarrée, qui pratique les contre-pieds, aime rire et respirer en bord de mer l’appel du large, sans oublier les humeurs parfois périlleuses  du trottoir ! De l’entrée du vallon des Auffes à la plage des Catalans nous irons jusqu’au jardin de la Rade où se tiendra le bivouac final avec ses joutes oratoires et ses confidences publiques.

 

À Marseille, il est temps que la poésie devienne polyphonique. Et déjà un écho inattendu s’est fait du côté d’Alep en Syrie. La caravane des mots est de toutes les rives. C’est le pari de notre aventure de caravaniers poètes. Nous vous invitons à saluer ensemble un Printemps tonique qui défiera les mauvais génies de la crise.

 

À samedi, caravaniers de la belle circonstance !

 

 

   Dominique Sorrente

 

 

(Extrait de la DÉCLARATION DE LA CARAVANE 2009…)

 

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02 mars 2009

Pour ouvrir le Printemps des Poètes «en rires»

 

  Et à part ça…

 

                                                              à ceux qui vous demanderont

 

 

 

 

Et à part ça, 

qu’est-ce que vous faites dans la vie ?...

 

- Oh dans la vie, vous savez, pas grand-chose, j’ai fait à tout hasard,

j’aurais peut-être pas dû faire, mais enfin,

c’est plutôt  en dehors de la vie, tout en dehors, si vous saviez,

mais là, pas vraiment fait, plutôt défait,

expérimenté des défaites, votre mine de maintenant en est une,

par exemple, mais moi, c’est en dehors de la vie,

pas le petit

dehors 

de l’autre côté de la porte et qu’on entend dedans,

non le vrai, enfin un début de vrai, au-delà même du dehors,

quand dehors en prend de la graine, celle des oiseaux, par exemple qui sont postés au-dessus de leur cage,

qu’il ne se retourne plus, dehors,

pour compter les cailloux,

si vous saviez le nombre des cailloux,

 

au dehors du dehors, ça commence à faire loin à vue de nez,

c’est toujours drôle de tenter « à vue de nez », ça vous met de la brouillade

dans les sens, ça vous rend perplexe, presque comme vous en ce moment de maintenant,

 

au dehors du dehors, on va si dehors qu’on en est tout retourné en fait,

il y aurait comme un retournement, le dehors d’avant

pas vraiment gaillard, souffreteux, coincé on dirait,

pas espacé pour deux sous, pour tout dire, trop en dedans,

le dehors sortirait de ses gonds, dans un état pareil,

second est le mot, avec le c qui se prononce g, allez savoir pourquoi,

sans doute justement parce qu’il est dans cet état-là,

ce con, ça serait pas correct de dire,

 

à longueur de journées de ces dehors-là, on finit bien

par perdre une ou deux dents, n’est-ce pas,

on se met à prendre part à tout ce qu’on ignore, et on mesure le démesuré

avec un pied à coulisse,

étrange ce pied qui s’allonge, s’allonge, s’arrondit aussi,

se rétracte, se dilate,

souple et centré comme on est dans les coulisses avant de faire la scène,

dans le dehors à donner son avis,

comme on fait, à soi tout seul, bande à part,

et ça peut vous tenir lieu de vie sur l’agenda troué du temps, vous savez,

chacun ses marottes

 

et à part ça, vous, Monsieur le banquier, vous,

mais il n’y a pas de sot métier,

je vous l’assure,

qu’est-ce que vous faites dans la vie ?     

 

                                                              

 

                                                                    Dominique Sorrente,

                          (tiré des Contre-Performances, inédits mars 2009)

 

 

DSenScène.jpg

 

 

 

A l'affiche à Marseille, au Théâtre des 3 ACTES,

le mercredi 4 mars 2009 à 20h30.

 

(voir rubrique blog Marseille Bateau Ivre)