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03 octobre 2009

Salut d'octobre à Jean-Max Tixier

 

Aurai-je encore sur la bouche ce froid de neige quand

 l’aube surprendra mon ombre écartelée ? 

Mon silence me porte. Fort de ce pouvoir le tapis du

        conteur plane au-dessus des choses vivantes inscrites

        dans la terre. 

Et mon regard à son tour emprunte à l’aigle sa promptitude

        de rapace lucide. Cruel, comme une bague cerclée

        à la patte d’un migrateur. 

                        (JM Tixier, La Traversée des eaux,

Sud 1984 )

 

   

Tixier par JBasse.jpgCETTE TRAVERSÉE DES EAUX QUI NOUS RELIE 

 

 

Un « homme chargé d’octobres » nous a quittés à l’orée de ce mois. Un homme truculent, incisif, une alliance de rondeur sociale et d’exigence à l’œuvre. « Je me détache des clartés pour telle mort dont le souffle emporte les cendres », écrivait-il dans La Traversée des eaux. C’est dans cette démarche de lucidité qu’il a accompli tant de pages, sur commande ou nourries de l’intérieur, par une forme d’infatigable souci de peupler l’espace et de vider son air, et de le remplir à nouveau..

Tour à tour et tout en même temps, professeur de lettres, féru de mathématiques et de science, main prêtée pour le superflic Van Loc, novelliste, critique d’art, maire d’arrondissement dans sa ville natale, Marseille, romancier, il se disait écrivain, avec la poésie en lieu d’incandescence pour la part fragile mais si précieuse qui n’en a jamais fini de la faveur d’un mot ou d’une image.

« Marche dans ton absence. Il n’est devant ton pas de mur qui ne recule dans la transparence des choses », disait-il encore.

Cette prolixité qui le caractérisait, en toute circonstance, il en savait à la fois la sève et les dangers. Mais il répondait avec un abattage qui déconcertait ceux qui l’entouraient.

Un poète fécond, gourmand de tout ce qui palpite, et pourtant tout en retenue : est-ce possible ? Dès qu’il prenait parole, dans cette voix si caractéristique où les phrases roulaient en s’échauffant, il n’y avait plus de place pour le doute. Le seul mode d’existence était d’avancer avec lui, dans cette persuasion de l’instant qu’il énonçait. Il aimait le paradoxal dans toutes ses variantes, se méfiant de toute pente idéologique, et toujours prompt à renvoyer la balle pour animer le jeu.

Pourtant au-dedans de tous ces gestes qui payaient de leur personne, Jean-Max Tixier portait en lui une contrée inaccessible dont il connaissait la brûlure et pressentait la destinée. Il écrivait encore : « S’il ne succombe pas aux premières marches, il apprendra cette part de lui-même venue à sa rencontre, depuis les confins opposés. La sagesse longtemps absente, ou courte. Comme l’ombre par les longs jours de canicule où le soleil pèse. Interminablement ».

Rien ne lui importait tant finalement que de se savoir poète au milieu du monde, voué à ce travail de la langue qui n’a de cesse. C’est ce qui le faisait vivre avec passion. C’est ce qui nous donne aujourd’hui l’impression qu’il est à côté de nous, continuant d’explorer cette autre mer qui soulève la phrase.

 

Dominique Sorrente

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Voir aussi l'hommage d'Alain Freixe sur La poésie et ses entours

Image : Portrait de Jean-Max Tixier par Jacques Basse


Commentaires

BOREAL SUD

Un mot suffit
Pour soulever la mer
Le vent en érection
La porte à incandescence
Sur la lumière tranquille
Qui irradie son flux
Comme la palpitation
Du pouls soyeux
Qu'un coin d'oeil
Observe avec amusement

Écrit par : gmc | 04 octobre 2009

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