24 juin 2009

Poésie chorale aux Estivales de Coudoux

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Aux Estivales de Coudoux

 

dans le sillage de Claude Nougaro 

 

 

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 LE SCRIPTORIUM 

 

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vous invite à une soirée

 

POÈMES POUR GARDER LE TEMPO

 

 

 *

 

Le samedi 4 juillet 2009

 

à 20h15

 

 

 

Parc du château de Garidel,

 

Coudoux (13)

 

- Entrée libre à la Lecture - 

 

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Le 4 juillet sera jour d’indépendance en poésie à Coudoux, entre le chant des olives et les effusions de cigales. Au milieu des arbres de haute futaie du parc, nous fêterons ce temps dans les parages d’un hommage à Claude Nougaro qui a fait semblant de nous fausser compagnie il y a 5 ans.

 

Le Scriptorium, entre jazz et java, réapprendra  à scander les mots pour mettre un peu de sable au bord des blessures du temps. La lecture-rencontre alternera solos de batterie de l’âme et poèmes chorus donnés à plusieurs voix.

 

 

 

Vous y retrouverez un beau contingent de scripteurs du port d’attache : Geneviève Bertrand, la régionale de l’étape, Philomène Anziani, Béatrice Machet, André Ughetto, Dominique Sorrente…

 

Cette soirée sera le point d’orgue de la journée du Chapitre où les poètes et artistes du Scriptorium auront transpiré sur le thème « Ralentir, travaux » en préparation des Dix ans de l’association.

 

 

 

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CINQ ANS, CINQ SYLLABES : CLAUDE NOUGARO

 

 

 

à Claude Nougaro, après cinq ans,

ces mots.

 

 

 

Claude Nougaro, je me souviens de lui comme d’un décasyllabe coupé dans sa belle moitié  qui tangue, et frappe, et verse, et se reprend. Il  plonge sans peine par-dessus bord  dans la vie d’amandes et de cailloux de mes seize ans,  m’enroule en écharpe de belle amie, me déclare mangeur de goyaves et pastèques, pleines mains ; et il  me fait sauter d’un monde à l’autre, par battements, tempos, ruades et ralentis choisis.

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22 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique IV

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Époque 4 -  UNE FERVEUR TOSCANE 
                           Marino Marini : dans la contemporanéité de l'artiste 
 
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Voisine de la gare, installée dans le vénérable Palais du Tau, la Fondation Marino Marini expose des tableaux, des dessins préparatoires, des statues – en marbre ou plâtre – de ce grand sculpteur (né à Pistoia en 1901, mort à Viareggio en 1980). En sortant de ce lieu, j’avais  l’impression d’avoir découvert l’essentiel de l’artiste – sensation que j’avais éprouvée lorsque j’entrai pour la première fois dans l’Hôtel Salé abritant le musée Picasso à Paris ; sans doute  la visite du « Centre de documentation » pistoiese ne dispense-t-elle pas de celle du « Musée Marino Marini » installé dans l’ancienne église de Saint-Pancrace à Florence, mais elle y prépare, dans l’intimité d’une dizaine de petites salles d’exposition occupant deux étages, par sa belle intelligence muséographique, combinant la chronologie et les genres des oeuvres. Tout au long du parcours effectué avec le groupe des voyageurs venus de France, sous l’autorité de Paolo et la conduite d’une employée de la fondation, deux amis italiens -  l’un peintre (Claudio Frosini), l’autre critique d’art, essayiste, nouvelliste que l’on m’a beaucoup loué (Gianfilippo Paganelli) -  m’ont grandement éclairé sur le travail en profondeur de Marini. Si l’archaïsme grâce auquel les Picasso, les Braque, Brancusi… ont construit leur identité artistique était retrouvé par eux dans les  « arts premiers » d’Afrique ou d’Océanie, celui de Marini est alimenté par la mémoire autochtone de la vieille civilisation étrusque, ce pilier enfoui de la civilisation romaine. D’où les « Pomone », déesses-mères de l’inspiration du sculpteur ; d’où les chevaux qui me rappellent Tarquinia et d’autres figures équestres dans l’art funéraire de l’Etrurie. Avec Marini on est ramené – sautons dans le jeu de mots ! – à l’élémentaire de l’élément Terre, dont la représentation symbolique la plus ancienne est le carré, comme chacun sait - tandis que le ciel est désigné par le cercle. Il en est ainsi par exemple dans les pièces de monnaie chinoise, depuis la plus haute antiquité : circulaires, comme le ciel dont l’empereur est le « dragon », mais percées d’un carré central car elles servent aux échanges terrestres. Dans la méditation de Marini, le quadrilatère obsédant de Pistoia joue également sa partie[1]. Son art, ancré au plus profond d’une tradition arrachée à des cimetières, n’en revendique pas moins la liberté moderne de jouer avec les formes, de les abstraire pour atteindre l’évidences dans son noyau. Et comme l’appréhension de l’espace nécessaire aux statues passe d’abord chez lui par une approche picturale, l’acte de peindre et de sculpter sont dans une complémentarité organique[2]. D’où résulte, avec un sentiment de grande unité, un équilibre très apaisant pour celui qui regarde. C’est beau parce que c’est juste : spectacle extériorisé d’une vérité intérieure, interne.

 

 

André Ughetto

 

[1] « Pistoia è la città dove sono nato, naturalmente e umanamente tutti siamo attaccati alla nostra particella da dove siamo nati. Pistoia è in me, anzi, insegna anche qualcosa, un certo ordine gotico, una certa struttura, una certa costruzione medievale. Ci sono delle bellissime cose a Pistoia, di primissimo ordine, cominciando dal Pisano. Certamente l'artista italiano nasce con questa grande tradizione sulle spalle, ed è una grande fatica perché è difficile misconoscerla. »

Marino Marini, Un Aureola di sole, Confessioni sull’arte e otto disegni inediti, Fondazione Marino Marini edizioni, e Via del Vento edizioni, 1991.

« Pistoia est la ville où je suis né, naturellement et humainement nous sommes tous attachés à la parcelle qui nous a vu naître. Pistoia est en moi, bien plus : elle enseigne aussi quelque chose, un certain ordre gothique, une certaine structure, une certaine construction médiévale. Il y a de très belles choses à Pistoia, des œuvres de premier ordre, en commençant par celles de Pisano. Certainement, pour l’artiste italien qui  naît avec ce grand poids de tradition sur les épaule, c’est un énorme labeur car il est difficile de l’ignorer. » (Trad. A. Ughetto)

 

 

[2] Selon L’Arte è un gioco, Pensieri di Marino Marini, Via del Vento edizioni, 2007. 

 

 

 

 

 

 
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Pomona

 

 

à Marino Marini

 

 

 

― Innombrables ―

 

     les sculptures

 

― monumentales ―

 

 

déclinent à l’infini des miroirs leurs ventres

généreux

plis et replis rebonds stéatopyges

fesses cuisses hanches et seins vastes croupes larges

matricielle abondance de chair blanche

courbes du sexe clos

sur son silence lisse

 

 

― Pomone ―

Ô déesse-mère

étrusque de toujours

 

 

tes nudités amples offertes à la caresse

― vierge ―

de mon regard nu

 

 

tu déplies dans l’écho du silence

tes visages lunaires regards absents

ouverts sur l’invisible

 

 

rendu à la pleine lumière par le souffle

 

sculpteur.

  

Angèle Paoli

 

 

 
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La lumière a posé sur le blanc l’insistance charnelle des Pomone. Là, dans leur alignement, elles feignent l’immobilité, mais notre propre frémissement est preuve de vie sous-jacente, de marbre incandescent ! Et les chevaux affirment l’éveil du bronze, l’huile coule ses teintes dans des rectangles stricts. Je tiens un nombril bleu au sein du bleu, l’œil cerclé de rouge n’est pas un œil… il vit cependant d’offrandes en sa pupille. Ce sont matières et forces qui tiennent tête au vide. Se comprend un moment notre utilité.

 

Olivier Bastide

 

 

 

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20 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique III

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Époque 3 -  UNE FERVEUR TOSCANE 
                           Voyage dans la peinture florentine du XVIIe siècle 
  
 
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Pistoia : la « ville rocheuse » (évoquée par Bigongiari[1]) est au final un quadrilatère, qui a repoussé, élargi par trois fois (VIIIe, XIIe, XIVe siècle), les murailles autour de son Duomo planté au cœur : tra i palazzi che la circondano sono stato stupefatto dallo spazio della piazza.  Je ne peux dire cela qu’en italien.

 

  

Dans l’ancien palais des évêques, entre la cathédrale San Zeno et le Baptistère de San Giovanni in Corte, cette fabuleuse collection de peintres toscans du dix-septième siècle - que Piero et Elena Bigongiari avaient rassemblée – nous fait découvrir, grâce aux commentaires stimulants de notre charmante guide, comment une « morale » pesant sur des artistes est par eux contournée. Comment l’érotique s’exprime à travers le sacré, emprunte le véhicule des tableaux religieux, actualise dans l’allure et la vêture des contemporains les commémorations, histoires et légendes, bibliques et mythologiques. Comment le symbole visuel « parle » mieux qu’un discours.

 

baptêmeChrist_Vignali.jpgD’une intense émotion est le « Baptême du Christ » de Jacopo Vignali, où le Baptiste au  manteau rouge semble déjà comme en un bain de sang ; coquine la toile d’Agostino Melissi : « Pan e Siringa » (Syrinx : une nymphe dont le faune luxurieux apprécie les nudités - et aussi l’instrument musical du genre flûte ) ; sublimes, chez Lorenzo Lippi, les visages de l’Ange Raphaël et du jeune Tobie découpant le poisson dont les organes doivent guérir la cécité du vieux Tobie ; jolie la scène imagée/imaginée par Giovanni da San Giovanni, où Cupidon (putto traditionnel) s’amuse à chausser les souliers rouges de Vénus, qui tolère le jeu de l’enfant - le sien dans une des versions du mythe.

 

Plus bas dans la même montée d’escalier, on avait vu le Christ anticipant son agonie au mont des Oliviers ; une sueur rouge teinte sa face aux longs cheveux bouclés, si parfaitement androgyne dans sa complète humanité ; à sa droite, c’est-à-dire à la gauche du tableau, un ange qui tient un calice ensanglanté, est attentif à un murmure que Jésus n’adresse qu’à lui-même ; il est en train de consentir à son sacrifice ; derrière lui sur son épaule gauche deux autres anges pleurent, connaissant l’imminence de la Passion ; ce chef –d’œuvre, dont Bigongiari a souligné l’« expressionnisme », est d’un Cecco Bravo qui porte bien son nom. Mais encore plus m’a frappé quand s’achevait notre visite, le somptueux tableau de Simone Pignoni, représentant David et Abigaïl, l’épouse du général Nathan que le roi enverra à la mort pour lui prendre sa place auprès de la femme désirée. N’est-il pas significatif que le thème soit si fréquent dans la peinture du siècle ? Les intrigues qui écartent de la Cour de France les maris des favorites de Louis XIV ont dû avoir leur équivalent en de nombreux Etats de l’Italie. Lumineux, tourné vers le sombre profil de son amant, le visage d’Abigaïl est d’une extraordinaire modernité, qui fait songer à celui d’une actrice de cinéma dans un film historique en couleurs dont Cécil B. De Mille aurait signé la mise en scène.
André Ughetto


[1] Piero Bigongiari, Una Città rocciosa, Via del Vento edizioni, 1994.

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Peinture : Jacopo Vignali - Détail du tableau  Le baptême du Christ

[collection Piero e Elena Bigongiari - Cassa di Risparmio di Pistoia e Pescia]

 

 

 

 

 

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L’escalier est antre fantastique. Eux, au sombre des tableaux, veillent le temps et la mémoire. Gravir les marches côtoie d’indicibles secrets. Rance est le sang épaissi des blessures. Deux yeux sont au fond d’une assiette ; leur regard fixe un lieu que je ne définis. Les seins gonflés de vie, elle implore en retrait d’elle-même son devenir. Ce sont proies sacrificielles, enfant qui nous étonne par le jeu de son pied menu dans ce grand escarpin, l’ange et la mort nos confidents. Les corps s’envoûtent, s’enchevêtrent de stupre et de mythes que le poète dit têtes à son chevet.

 

 

Olivier Bastide

 

 

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Capte-moi.

J’épouse tes marches, montée d’escaliers dans le vent et la splendeur, une à une tes salles aux avancées multipliées sous l’écho mesuré de l’objectif.

 

Capte-moi.

Concentration. La bouche se fait mécanique. Passation de langues – elle dit, je redis – translation d’une époque oubliée qui gouverne en convenances  le cérémonial de la brosse et du pinceau.

Aujourd’hui, mémoire. À réveiller les silences quémandés à l’esprit dans le défilé des pas, je cherche encore  aux grands murs blancs du palais le secret des ors et des bleus de Madone, celui des regards affranchis qui parlent l’âme du maître. Là où carcans et libertés consomment leur union, la chronique des portraits donne en savants drapés de velours passions andrinoples et véhémences du corps.

Mystère inouï de ce siècle florentin qui peint mâtines ses jouvencelles toutes nimbées de leur sainteté, qui convoque au banquet des regards la grâce toute d’offrande des carnations, dans la célébration des étoffes et des rubans, qui de ciel, qui de corail.  Mais pourquoi, au fait ?

Le temps est celui de vivre. Cette flamme créatrice qui semble dire : de férule, je ne subirai que celle de la couleur.

 

Capte-moi.

Magie des ateliers d’antan où se broie dans l’ivresse voulue la fabuleuse histoire des pigments.

 

 

Valérie Brantôme

 

 

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Peinture : Mario Balassi - Détail du tableau  Santa Reparata

 

 

16 juin 2009

Le mura dei poeti II - Stanze per un incontro

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Non c’è più tempo amici per le cose

 

 

Per andré, angèle, dominique, elena, yves, olivier, valerie

                                                                         dopo il terremoto

 

 

 

I

 

 

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

Fino a quando abbiamo il tempo d’incontrarci

Il tempo è dalla nostra parte per una sera.

 

Ma quando siete venuti qui da lontano ancora

Il lontano ha smesso di essere minaccia vera.

 

Si è fatto calca attorno al tavolo quadrato.

 

Dove le parole scorrono in contraddizione.

 

Alla fine ciascuno di noi sceglie la versione

Che più somiglia al destino che non ha scelto.

 

L’ha avuta in sorte dal padre e dalla madre.

 

 

 

 

II

 

 Non c’è più tempo amici per le cose.

 

Venite da lontano da una terra dove i papi

Sono migranti. Ed i poeti sono uccisi perché

Confessano parole che sono soltanto sussurri.

 

Negli orizzonti limitati da valli di fieno e di lavanda.

 

Simulando gli universi. Invece sono le cornici

Di monti più bassi delle Alpi piene di neve.

 

Siete venuti qui. E per essere arrivati disegnate

Sula carta geografica l’omega immenso della fine.

 

Solo della mia. Sono l’amico della fossa comune.

 

 

 

 

III

  

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

L’ho capito da un colpo di tosse più profondo.

 

Da un cedimento del costato per un colpo di tosse

più aggressivo. Vi sedete per l’ultima traduzione.

 

Siete gli apostoli attorno al corpo dell’Amato.

 

Scegliete le parole per capirci o per non capirci.

 

Ma il vento entra dalla Cattedrale senza porte

Né finestre. Pile di vocabolari. Scatole di biscotti.

 

Hanno parole dolci ma impervie. Sinonimi di verbi.

 

Antonimi di fiori. Siamo fuoco e cenere del senso.

 

 

 

 

IV

  

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

Finché il saggio ha capelli bianchi bastone d’argento

Emette la sentenza. Gli altri sono ammutoliti al fuoco

Di parole comuni e annuiscono subito in silenzio.

 

Siamo tutti così vicini alla stella da bruciarci le dita.

 

Si arrampicano i versi in salita alle svolte delle strade.

 

Nelle discese dal fondo gelato le parole si scostano

Dal significato. Al dolce ritmo si piegano le mani.

 

In applauso ridi forte Dominique e il gesso di bambino

Cade da lavagna mentre scrivi la prima parola neve.

 

 

 

 

V 

 

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

L’ho detto e ripetuto a Valérie. Meritava di leggere.

 

Ha l’asfalto dentro. La parola macchina la parola strada.

 

Guida fino qui. Porta parole da una lingua all’altra.

 

Sembra che per un attimo sia la fidanzata di tutti noi.

 

Speranza di volare. Di sposare due lingue. Farle

Scivolare una sull’altra. Il vento scivola sotto la soglia.

 

Mescola di Piero i libri le dediche i foglietti acronici.

 

A salvare le parole. A consegnarcele immeritate.

 

Mentre Ungaretti ci guarda nella rete a lato opposto.

 

 

 

 

VI 

 

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

André decano delle ampolle a un certo punto quando

Il senso di un poema sembra tutto chiaro. Esplode.

 

Spariglia le carte all’improvviso. Tutto cambia gioco.

 

Si smarrisce e solo una risata stabilisce il passo. Più

La stessa strada. Il verso in italiano appare sfigurato.

 

Lambisce l’impossibile. Ci dà illusione di possederlo.

 

Spicca il salto difficile a sostenere. Si batte un record

Ogni volta. L’apnea ci secca la gola. Magico André

Illuminato dalla via. Le parole ti siano casa leggera.

 

 

 

 

VII

  

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

Ve lo ripeto credetemi. Mi tradurrete uno per uno.

 

E le parole mi saranno babele di varianti. Io finalmente

Scoppio nei coriandoli. Salto sul primo verso che passa.

 

Faccio l’autostop. Prestatemi un pollice per il viaggio

Che ci faccia più uniti. Sono straniero nel mio paese.

 

Sono con voi in una lingua che ancora non comprendo.

 

Ne capisco il cuore. Ne sento una sola sillaba senza

Il senso della frase. Improvvisa si leva la vertigine.

 

Angèle mi guida in terre delle femmine. Corse-are.

 

 

 

 

VIII

 

 

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

Anche il mio verso sotto il peso delle traduzioni

Ha finito per cedere. Ha creato spazio. Fessura.

 

E’ crepata la parete da scalare. Ormai il verso è solo.

 

Si affigge oppure si tace. E finalmente come ora

Da crisalide si spiegano le ali di bianca sorgente.

 

Spaziarsi rompere il macigno finalmente dopo anni.

La cornice è diventata un libro. Dove il tempo

Degli amici è diventato progetto. Si muovono case.

 

Il terremoto cerca parole tra macerie. Qui si sale.

 

 

 

 

IX 

 

Non c’è più tempo amici per le cose.

 

Ogni mattino discendono Iano con la macchina.

 

Suonano alle curve. Per essere presenti all’atelier.

 

Quando scendono il clacson rimbomba. La curva

Si fa irreparabile. Ma sono salvi. In disparte

Olivier discute contrario sopra una parola rara.

 

Nel frattempo si accumula la polvere su noi statue.

 

Elena paziente nell’amore delle valli. Dalla Sorgue

Sul parallelo 44 fino a Pistoia tira un filo inteso.

 

Tende l’arco. Variante decisiva. Pietra dell’origine.

 

 

 

 

 Paolo Fabrizio Iacuzzi

 

 

 

 

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          © Ph. Dominique Sorrente

 

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15 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique II

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Époque 2  -   Lecture à ciel ouvert  

 

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  © Ph. Olivier Bastide

 

 

 

 

 

 

Place d'Armes et Forteresse Santa Barbara : quadrilatères approximatifs et jumeaux, dans le coin sud-est, à droite sur le plan.

Et là, surprise (pour moi qui m’en faisais une autre image) : ce que Piero Bigongiari nommait « Piazza d’Armi » est un jardin public tout arboré, rebaptisé « Piazza della Resistenza ». Déjà pendant l’enfance de Piero, quoique dépouillée de végétation, elle ne devait plus être tout à fait un terrain de manœuvres ou de parades militaires puisque des cirques y paradaient également qui venaient planter là leurs chapiteaux, comme le donne à penser « Stazione di Pistoia », troisième poème du recueil Le Mura di Pistoia. 

Navacchio où il est né, Pescia et Lucca, étapes de son grandissement. Pistoia : Piero a déjà onze ans quand sa famille emménage via del Vento, au centre ville, avant de s’installer, quelques années plus tard, dans un probable « logement de fonction » accordé à son père employé des chemins de fer. Les lourds convois ébranlent la maison implantée parmi les quais de la gare de marchandises. Un train un matin charriant des appels de bêtes se révèle transporter la ménagerie d’un cirque. L’enfant du poème s’imagine cerné par les tigres, un éléphant pousse sa trompe dans le ciel au-dessus des lilas à la limite du jardin : vision quelque peu surréelle, connectée avec le souvenir d’un autre cirque, hivernal, sur la Place d’Armes où nous arrivons.  

 

Nous pénétrons dans la forteresse, sous la pluie, encore toute mêlée de soleil. Bientôt l’orage interdira de lire ailleurs que sous les abris ménagés dans le chemin de ronde. Vu d’en haut, un bel espace herbu, surveillé par un seul arbre, m’a fait penser à l’édénique prairie que filmait Pasolini au tout début de son Œdipe-Roi.

Oui nous avons d’abord invoqué l’esprit de Piero en lisant de concert, Paolo en italien, moi en français, ce poème « Place d’Armes ». Encore retentit l’« aveugle hilarité » - que Piero avait sentie dans l’air de son temps - lorsqu’un coup de tonnerre, d’un proche et invisible héraut jupitérien, salue la fin de notre lecture.

 

Chacun à son tour aura son moment de gloire, soulignée par les flashes du cosmique orageux. Dominique Sorrente d’abord, le pilote de notre équipée : son « Dit de neige » est relayé en italien par Paolo Iacuzzi, lui-même proposant un extrait de son Patricidio. Giacomo Trinci, discret et pertinent, fait part d’un sien poème avant de nous communiquer une belle traduction personnelle d’une page des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné.

 

Un peu plus loin, à l’abri d’une casemate, je présente des extraits de ma Rue de la forêt belle, puis le sonnet de Philippe Jaccottet, L’effacement soit ma façon de resplendir, dans la traduction italienne de Fabio Pusterla. Maura del Serra parle à ma suite. Son Opera del vento souligne le jeu des éléments.

La pluie ne s’est pas arrêtée, qui nous fait gagner rapidement un préau construit sur un large rempart, puis rester, comme des stoïciens, sous le portique où nous entendrons successivement la sextine composée par Angèle Paoli, selon les règles observées chez le troubadour Arnaut Daniel, des fragments du Dopoguerra delle vertebre de Massimo Baldi (jeune poète et chercheur, travaillant sur Celan), le Matamore sous l’étoile d’Olivier Bastide (traduit par Elena Berti), puis un hommage à Char au travers d’un choix d’aphorismes. Enfin il tombe des hallebardes – c’est bien le moins que le ciel pouvait jeter sur la forteresse pour nous prouver la qualité de la bâtisse !– lorsque Martha Canfield  puis Martino Baldi déploient leur talent oratoire devant le rideau scintillant qui les éclabousse. Martino nous fait beaucoup rire avec un poème adapté de Prévert.

Fin de la manifestation. Les nuages se dissipent en même temps que les spectateurs. Je dirai une autre fois les merveilles trop vite vues dans la demi-journée précédant notre départ.

 

 

André Ughetto

 

 

 

 

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Langues de souffle et vie

 

 

Il y eut l’intensité des mots souffles de double vie

Il y eut la table des échanges

les repas partagés

Il y eut bien avant

toi et moi

mes premiers pas dans ces rues

le vent dans la rue bien nommée

Il y eut un poète

bâtisseur de remparts et de gares

Il y eut Naples

Il y eut Paolo

Il y eut le bonheur d’être en

fraternelle contrée en

pointilleux dilemmes

de jeux de joutes

de mots en échos sous l’orage

Il y eut les Pomone

Il y eut un autre tricolore

Il y eut Noël

en avril

Il y eut l’amitié

le creuset de poèmes

en double-dire

 

Il y a

toi

et moi

nos voix qui s’accompagnent

 

 

 

Olivier Bastide 

   

 

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D’un point à l’autre, les poèmes appellent sur eux l’écorce de l’orage.

 

Un peuple de confidents s’invente la loi des haltes sans retour

sur le chemin de ronde du moment.

 

À ciel fermé, les briques stoïques se laissent faire,

tandis que les mots crachés au micro tentent de reprendre la main.

 

J’observe les derniers soubresauts du printemps,

sa hargne pour sortir de ces murs,

sa façon de recevoir le dialogue improbable

que font les mots et des éclairs.

 

À ciel ouvert,

une solitude gorgée de vert est le récit du contrebas.

 

 

 

Dominique Sorrente

 

 

 

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— Poésie —

 

Mots de passion et mots de lave dissous délavés défeuillés

                                                tenus serrés dans les réticules de pluie

orage de mots crépitant sous la foudre vaticinations de feu lancées

par-delà les remparts

— labyrinthe noyé —

flots de feuillages noirs ondoyants de lumière fauve

 

Je marche clapotis de pas

— rivée à la parole autre —

visages offerts à la lenteur de l’air

 

 

 

— Voix —

 

éclairs d’échos hissés de lointains intérieurs

cheminements des mots au long de berges sans mémoire

passé aveugle des remparts de Pistoia

j’aborde aux temps égarés de nos voix

stries d’éclairs de grondements tambours de pas incertains

                         feuillages noirs écumant leur colère au large

des mots clairs

 

la pluie volutes de notes enveloppe les rythmes

scande le temps

les voix phylactères ténus déroulent d’invisibles anneaux

 

mots sous la pluie.

 

 

Angèle Paoli

 

 

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13 juin 2009

PISTOIA : le temps du jumelage poétique I

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 a Pagine italiane I e II

 

S_Giorgio_Blog.jpgFin du mois d'avril dernier. Une escouade de poètes du Scriptorium s'achemine vers la ville de Pistoia où leurs homologues toscans et la municipalité, en l'enceinte de la belle bibliothèque San Giorgio, leur réservent un accueil chaleureux. Trois jours durant, au rythme soutenu des différents temps de rencontre, les quatre poètes français, Dominique Sorrente, André Ughetto, Angèle Paoli et Olivier Bastide ainsi que leurs accompagnateurs Elena Berti, Yves Thomas et Valérie Brantôme, vont amorcer un parcours commun en poésie sous le signe de l'Europe en compagnie des poètes italiens Paolo Fabrizio Iacuzzi, Maura del Serra, Martha Canfield et Alessandro Ceni.

Au programme, conférence, ateliers de traduction, lectures en extérieur et à l'auditorium Tiziano Terzani de la bibliothèque, découvertes du patrimoine culturel.

 

Époque 1 :         Tour de table dans la langue des poètes

 

Mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 avril - Les Matinales à la « Saletta Bigongiari »  :  dédiée à l'illustre poète italien du même nom, cette salle de la bibliothèque héberge les 5000 ouvrages documentaires du Fonds Bigongiari rassemblés sous l'autorité de P.F. Iacuzzi ; elle sera le théâtre des ateliers de traduction poétique. Fruit de collaborations à la fois bilatérales et collectives, les poèmes objets des traductions * donnent lieu à des débats animés et pointent tout l'enjeu de la justesse de cette pratique de translation d'un idiome vers l'autre : coller au plus près du texte  dans un souci de fidélité, adapter parfois jusqu'à réécrire dans sa langue, se fondre dans la peau du poète étranger pour retranscrire au mieux son style, tels sont les éléments qui ont nourri les échanges des participants assis autour de la table. 

Quand la donne du jeu et la quête du sens se croisent puis se fécondent, l'aventure peut commencer. **

Le coeur devenu différent, l'esprit relié **, l'aventure continue...

Au retour, impressions et poèmes ont fleuri de part et d'autre dans le sillage des rencontres.

 

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Face à face nos langues

au commerce de mots,

regarde au magasin

LesMatinales_MC_AP.jpgles réserves de sens,

pèse à leur trébuchet

le métal de syllabes,

choisis l’or des vocables

à leur fine musique.

Face à face nos corps

nos amours nos énigmes,

désir d’identité :

autrui est-il le même 

ou suis-je singulier

derrière mes remparts ?

Les murailles du moi

rendraient vaines les flèches

dirigée vers les cœurs

que l’on voudrait gagner ?

Mais l’acte de traduire

et son vœu de séduire

rendent heureux le négoce :

du poème invité

à franchir les frontières

un luxe de paroles

différemment rythmées

ajoute d’autres moires

à son éclat premier !

 

 

André Ughetto

 

 

 

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ATELIER 1

 

Ils ôtent un mot, puis l’autre, en déploient dix, monnaie d’échange,

forment rayures de tout cela. Ils se partagent à pleines dents

la phrase livrée  du poème du jour, la placent sur le dos de la table

pour instruire leurs bricolages minutieux.

 

L’un s’aventure, l’autre retranche. La formule se cherche, pierre secrète

à frotter jusqu’au feu.

 

Ou bien non. Ils ne font  que glisser dans le calque incertain,

porter l’empreinte à l’athanor.

 

Dans le peu à peu des propositions, passé les écueils et les manques,

le poème se dessinera au milieu d’eux

une manière double.

 

Une ressemblance équivoque qui, tour à tour, les inquiète, les réjouit.

 

 

 

ATELIER 2

 

En marge du désordre promis aux officiants, j’habite désormais

une vitrine sous laquelle je laisse  les minutes m’envahir.

Lettre décachetée, je m’expose au temps qui posera ici ses yeux

en trait d’union.

 

Le déchiffrement d’un jour

qui a choisi de se poser  sur cette aile fragile

me tient lieu de

plein exercice.

 

Qui croira que je saurai rester là dans cette enclave de bibliothèque

sans troubler les passants,

leur enseigner comment

attendre l’aube d’un jour de vie depuis longtemps déjà

révolu ?

 

 

 

ATELIER 3

 

Quelque chose s’entreprend qu’on ne sait dire.

Entre l’intime concision de quelques mots, tressés sur page,

et l’univers en extension des voix

qui se prolongent à l’infini.

 

Plus l’on fixe et plus l’on déploie. Leçon de la matinée.

 

Le poète présent regarde avec la curiosité d’un encore vivant

s’en aller son travail  dans un autre berceau de langage.

 

Rappelle-moi qui je fus

quand le monde des regards multipliés

n’existait pas, dit-il, quand  le monde de l’autre

se terrait encore dans son premier tremblement ?

 

 

                                                    Dominique Sorrente

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NB : * Les poèmes traduits lors des ateliers seront publiés dans son prochain numéro d'automne par la prestigieuse revue italienne de poésie comparée Semicerchio, partenaire des rencontres du jumelage poétique à Pistoia.

** Citations extraites de Parole première, texte fondateur du Scriptorium.

Pages liées :

  • rubrique Agenda
  • poèmes des ateliers de traduction publiés en partie (Angèle Paoli) sur le site Terres de femmes (ici & ici).

Le mura dei poeti I

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PONTE  MEDITERRANEO  DI  VOCI

 

 

        Portati nel nostro quieto nido toscano da un viaggio nella primavera, siete stati, per noi quattro (Maura, Paolo, Martha, Alessandro), i quattro elementi rinnovati nell'aprile, incarnati con sperata sorpresa nella transalpina lingua sorella: Olivier, la terra e il suo tormentato, virtuosistico Agrimensore; Angèle, l'acqua primordiale balenante di lame ignote sulla soglia del bosco; Dominique, l'aria tesa e attorta in Apocalissi di passione ironica; André, il fuoco sapientemente specchiato nell'arcano del barocco di Roma o nella finesse fiorentina. Quattro più quattro, doppio numero terrestre, a specchio multiplo l'uno dell'altro e gli uni degli altri, in coppie moltiplicate e intersecate per formare a ciascuna delle due lingue, parallele e incongiungibili al modo delle rette, un possibile doppio speculare fatto di paziente intuizione, molato  nell'intueri, nel guardare dentro il corpo delle nostre parole attraverso le parole e la lingua dell'altro, degli altri compresenti. 

 

       Chiusi per il numero evangelico di tre giorni nella piccola cella assolata del grande alveare librario che nutre di memoria e di coscienza europea la nostra città del silenzio, abbiamo lavorato insieme per riconoscerci nelle radici e nelle pietre di fondamento di un'opera comune da far presto svettare, feconda di strade e di torri alberate; per lanciare, con gioiosa pazienza, un nuovo ponte di voci sul sempre vivo Mediterraneo, che è mer e mère, mare e madre unico-unica della multanime nonna Europa e del suo millenario Scriptorium.

 

       E i brindisi conviviali, le svelte passeggiate, le visite d'arte, i libri di poesia scambiati in dono con pudore orgoglioso e quasi impaziente, le confidenze aperte e richiuse in guizzi alla scoperta di affinità elettive; lo sforzo per con-sentire in un'anima reciproca, per verificare dal vivo che tradurre ed essere tradotti è tradere, attraversare il ponte del senso volgendolo dalla sistole della parola alla diastole della vita e viceversa; e il dionisiaco temporale che si scatenò, con l'ironia implacabile di una nemesi, sulla città e sui camminamenti della Fortezza Santa Barbara che accoglievano le nostre letture itineranti di versi amati, i lampi e i tuoni impersonali in gara vittoriosa con le nostre voci d'improvviso fragili e semicancellate... 

 

       E infine il vostro nostos alla volta di Marsiglia, amici, col sole ritrovato, e le poesie e le foto lanciate nell'oceano virtuale come monete augurali nella fontana dello spaziotempo: tutto adesso mi sta nella mente del cuore - e attendo, attendiamo con voi che una nuova famiglia di parole illumini con fedeltà quel ponte.

 

 

Maura del Serra

 

 

 

 

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