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25 novembre 2008

En malle de Légende I

médaillon intervalle.jpg

 

 

 

 

La nuit sous une autre parole : courir,

l'âme recrue d'anciennes légendes

et de fruits secs,

courir encore dans la bruyère à perdre haleine.

Si nul n'écrit ces mots essoufflés, rien ne paraîtra.

D. Sorrente (Une route au milieu de la nuit, Froissart, 1985)

 

 

 

 

 

Souvent je rêve

d'un impossible retour

dans un lieu

qui n'existe pas

sur les cartes

ou qui y figura,

peut-être...  

 

      pedralum.jpg

 

 

  

Le lierre et la ruine

s'y enlacent.

On y croise peu de monde

dans les corridors

sauf des êtres incomplets

hantés par leurs manques….

 

 

 

 

Ainsi cet homme

qui a oublié son nom,

il tourne en rond

sur des soieries d'Ispahan,

les chaussures pleines de merde.

 

 

Ainsi cette femme

à la nudité presque parfaite

dont la beauté intègre

aurait besoin d'être rectifiée :

elle porte sa tête en pendentif.

 

 

Tous ces êtres m'ignorent

et semblent même ignorer

leur sentiment d'exister :

 

suis-je moi même l'un des leurs ?

 

 

 

 

                   Nicolas ROUZET

 

 

 

 

 

18 novembre 2008

« Pour renverser le mouvement de l'entropie »

 

 

Béatrice Machet - Extraits  de DER de DRE.

  

 

comme der de der, la dernière de toutes les guerres...

et l'on sait bien que depuis cette fameuse guerre le monde

 n'est plus que bombardements, massacres, viols, tortures, déportations,

camps, exodes, murs et frontières, .....

comme dernière époque d'une planète terre habitable

puisque polluée et surpeuplée

 

der de dre pour jouer avec les verbes et les néologismes

qui au delà du jeu donnent force et régénèrent l'usure du vocabulaire

 

der commme ouvert

dre comme fermé

der inaugure

dre répète et décale, offre l'écart dans lequel le sens et

la langue vivent d'une autonomie nouvelle

 

passer de der à dre pour renverser le mouvement de

l'entropie, enrayer son mode de relation qui dévoie.

 

Der et dre pour conserver la capacité de s'insurger et de

s'émerveiller, malgré ce qu'on a vécu, ce  qu'on vit, ce

qu'on sait du monde comme il va.

 

 

 

                                                          I                                   

 

 

fondre et fonder : deux verbes ; premier groupe, troisième groupe, au pluriel se conguguent de manière jumelle, et comme tous bons jumeaux ne sont pas mêmes. Pas de sens à clôner, mais de la fondation à la fusion quand nous fondons, que vous fondez, l'esprit d'amour dans la langue s'essaie   au bien faire....

 

 

 

on voudrait  dé-dier le dire

 

on voudrait dé-lier le lire

 

      le faire vent

 

l'ardeur sans gorge sèche

l'argile et sa chaleur car souffle humide

tendre mousson

 

                               fervente

 

 

n'en pouvant plus de trébucher  la langue en son donn-aime

me refuse un dom-aine

 

                                        et c'est très bien ainsi

 

 

 

plaider               inconnu devant

embrigader        inconnu derrière

 

             poussières poussières            imaginer qu'elles n'aient pas d'âge

 

 

la lumière ne se détourne pas

les lieux voyagent avec elle       qui est passage 

                                n'a pas d'envers       crée du lien sans fixer

 

 

 

mine de fil à plomb

pesanteur au visage

guigne à guigne le regard gagne    et rebondit mollement

tandis que grogne la gorge

des tourbes dans le ventre

                                                  badigeon de sommeil

 

                     goutte grave et de guingois le bégaiement

                                              halo gommant la netteté

                                      à contre courant répare la voie

 

n'en pouvant plus

                          

 

 

                         portion congrue            grandeur nature   

 

et c'est très bien ainsi

 

 

 

 

Descendez la cendre

et scandez la scandre  sans craindre la représaille

la cisailler

 

                          là peindre sans représenter

défier le mythe     barbouiller  façon pastrouille

            le symbole s'en est allé         mironton mironton mirontaine

 

 

s'écaille            et mal calé      tombe     retombe         lourd de sa prétention

 

 

reprendre à partir de répondre       qui donne le la ?

tache d'huile se répand   de der en dre

ça filandre           ça filangue          ça in-fidèle à partir de sa foi

 

 

les usages      les usagés          s'en vont vers la vallée

          là haut    perdu(e)   mais pas mort(e)        sus-pendu(e)  

                        tissu-langué  l'ancêtre-linge  

 

glissade du que au che passe à l'anglois  éternué            tche

postillons d'essentiels                     ils ont soulevé la question

gendre ou gender?           ainsi les faux amis genre der de dre

 

DerdeDRE rouge.jpg

Béatrice Machet

 

DER DE DRE,

publié chez VOIX éditions (2008), dans la collection Vents contraires.

ISBN 2-914640-80-3

 

 

 

 

04 novembre 2008

Le Scriptorium invité de la Maison de la Poésie de Grasse

 

           Une poésie des Intervalles

 

 

 

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          Pas une lecture ordinaire, pas non plus une performance. Ce 31 octobre 2008, les poètes du Scriptorium ont proposé à la Maison de la Poésie de Grasse un temps bien particulier qu’il leur arrive désormais d’appeler « poésie chorale ». Oh certes pas un oratorio ou une cantate, menés à la baguette, il y eut des moments d’incertitude, des jeux aléatoires dans la distribution des rôles, mais à la réflexion, on se demande si cela ne vaut pas mieux ainsi.

          Ils étaient cinq, deux voix d’hommes et trois voix de femmes, à présenter une suite de propositions. Chacun portant son style, on a pu ainsi identifier les accents, parfois véhéments, toujours pleins de présence, de Béatrice Machet, l’intime toucher de phrase de Valérie Brantôme, la bonne terre meuble des mots entreprise par Olivier Bastide, le plaisir de diction de Sophie Monnier, le discours du regard et du corps de Dominique Sorrente. Et on a pu aussi vivre ces temps d’alternance et de voix partagées qui font tout le prix d’une telle rencontre. 

 

          Une première exposition née de poèmes dits par les uns et les autres en résonance, puis des acronymes sur le mot « Scriptorium », un insolite journal composé à plusieurs voix, des instants de voix seules, enfin le poème fondateur du groupe, dit dans un croisement de sons pour finir dans une parole faisant jouer les harmoniques.

 

          Il fallait braver les pluies qui se sont abattues ce soir-là sur les collines grassoises ! A ce titre, on saluera l'auditoire fidèle, hélas un peu  clairsemé en ce week-end de Toussaint,  venu porter cette lecture originale à plusieurs voix.  L'occasion  aussi de rendre compte du chemin en cours dans cette expérience vocale des scripteurs. Quelque chose bouge dans cet ensemble, loin des ronrons routiniers. Quelque chose veut être risqué pour aller à la rencontre du public. Et ce désir, dans sa singularité même, mérite d’être accompagné. La Maison de la Poésie de Grasse et sa directrice éclairée, Catherine Berney, le savent, qui ont  compris qu’une belle aventure poétique se jouait là, dans ce Scriptorium en constante évolution. C’est pourquoi d’une année à l’autre, elle a décidé d’ouvrir ses portes au Scriptorium « hors les murs ». Une belle initiative…

 

 

 Anne Lofoten