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20 février 2018

ISABELLE ALENTOUR

 avril 2014 Toursky.jpg

Je ne fais pas partie de ces personnes qui peuvent dire J’écris de la poésie depuis toujours.

 

Je peux par contre dater très précisément le moment où l’écriture poétique est venue à moi. C’était en avril 2011, c’est-à-dire dans une période charnière de mon parcours professionnel où je faisais le choix de quitter le monde de la recherche scientifique pour me consacrer entièrement à une pratique clinique.

Sans savoir ce que je faisais j’ai commencé à poser des mots sur le blog d’une amie photographe. Chaque jour. Sans chercher à comprendre. Dans un état de douce euphorie et d’étonnement, dont je n’ai compris après-coup qu’il était de ceux qui caractérisent une vraie rencontre.

Dans cette même période je faisais la connaissance d’Angèle Paoli, quelque part sur la côte ouest du Cap Corse. Celle que je considère aujourd’hui comme ma Marraine en poésie m’encourage dans mes premiers pas d’écriture.  A son invitation je fais la connaissance de Dominique Sorrente et j’intègre Le Scriptorium, pour un compagnonnage très fécond qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui.

 Plusieurs années auparavant avait eu lieu ma rencontre avec la psychanalyse et une longue fréquentation, côté divan, puis côté fauteuil. Qui l’a vécu sait combien c’est une expérience forte que de se laisser surprendre par ce que l’on dit, de faire l’expérience que les mots nous précédent. A cet égard je rejoins ici pleinement Caroline Sagot-Duvauroux qui indique qu’en poésie comme en amour il s’agit d’oublier la connaissance et de retrouver une innocence proche de l’ignorance afin que quelque chose que l’on n’attendait pas puisse éclore. 

Ce qui fait la spécificité de cette écoute est la prise en compte du poids des mots, de leur matière sonore et de leur équivocité aux dépens de leurs significations évidentes ; une sensibilité à l’ambiguïté des mots, à leur récurrence, à leurs associations et leurs reprises dans le discours, une attention au travail de métaphorisation, d’allusion, de détournement de la langue.

On voit là qu’on n’est pas bien loin de la poésie. 

 

Je dirais donc que j’écris comme j’écoute, en permanence, dans une attention flottante au monde et à mes semblables qui l’habitent et y parlent, à partir de toute situation vécue qui me touche, me heurte, m’enchante.

À partir de ce qu’il y a de plus singulier en moi aussi, et comme une invitation pour le lecteur à se dévoiler, se révéler ou à reconnaître en lui qui il est. 

 

 

(pour en savoir plus : https://www.terreaciel.net/Isabelle-Alentour#.WkYsgtLiaUk)

 

 

Bibliographie :

 

Depuis 2014 nombreuses parutions en revues papier :

- Décharge, Thauma, Phoenix, Les Archers, Dissonances, La Piscine, FPM, Ecrits du nord (Editions Henry).

Et numériques :

- Possibles, Terre à Ciel, Ce qui Reste, Recours au poème.

 

Des participations à des anthologies et collectifs :

- Anthologie poétique Terra di donne, Angèle Paoli (dir), Eds Les lisières 2017

- Dehors, recueil sans abri,  Eds Janus 2016

- Depuis quand n’avez-vous pas vu une telle lumière, Cécile Silvestri (dir), Editions Couleur cactus, 2016

- Anthologie poétique de Terres de femmes, Angèle Paoli (dir), 2014

 

 

En en 2017 deux recueils :

- Je t’écris fenêtres ouvertes, Editions La Boucherie Littéraire, 2017

- La Fossette, Editions La Porte, 2017

 

 

 

Quelques textes

  

Je ne sais rien de la lettre qui compose le mot qui compose la phrase qui compose l’histoire. Je ne sais rien de l’idée, de l’intelligence ou de la pensée.

Je ne suis qu’un galet.

Mais je suis prêt à tout dire, à tout écrire, je suis prêt à tout lire et tout écouter. Je peux même me risquer à évoquer la mort, la baptiser attente, ou ignorance, la nommer éternité, taire mon propre nom.

Et je peux crier tout ce qui vient à larges goulées, ou à petits mots qui ne font pas plus de bruit que l’albâtre, l’argile ou la lavande, à peine une lèvre dans le silence, la tristesse filtrant sous le prénom qui jamais

n’a pu se poser.

La place de l’absent dans la voix.

La douleur de l’ange.

 

Extrait de Makapansgat, inédit.

 

**

 

Ne rien savoir par avance

Elaguer tous les silences qui encombrent

 

Elle dit J’aime le sable

Elle le dit

 

Lui

ne sait de quel sable il s’agit

ni de quelle sorte d’amour

 

Si elle dit cela pour parler

parce qu’elle aime la sonorité des mots

 

Si elle l’invente en le disant

ou par fidélité aux légendes de coton

qu’on raconte aux enfants

 

 

Elle dit Un horizon de toits et de béton je ne pourrais pas

 

Elle aime le sable

 

Extrait de L’homme des sables, inédit.

 

**

 

Ecrire un mot

en croyant que c’est le dernier

c’est accorder une place au vide

 

à un vide préfigurant un autre vide

 

celui de la distance où il semble que tout se perd

 

mais d’où cela renaît

 

.

 

Un silence en forme d’arbre ou de nudité je ne sais pas Je t’écris fenêtres ouvertes sur la nuit en attendant que s’ouvre l’arbre ou que se dévoile la plaine Cette nuit est trop chaude pour un homme qui marche depuis longtemps trop transparente pour un homme nu trop enveloppante pour un solitaire Le monde ne sera plus jamais le même.

Sans doute en va-t-il ainsi de toutes les mains et de toutes les peaux et de tous les corps qu’on a frôlés ou caressés Il arrive un moment où on ne les a ni frôlés ni caressés Désormais c’est comme si je n’avais jamais frôlé ou caressé Le monde n’est déjà plus le même.

 

Je t’écris fenêtres ouvertes, Editions La Boucherie Littéraire, 2017

 

 

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31 mai 2017

LA SCRIPTOTHÈQUE : quand les poètes ouvrent leur atelier

Ce soir, on inaugure…  

 

Carnet Dom Sorrente île Marguerite.2.jpg                          

 

Depuis sa naissance en 1999, le Scriptorium s’est défini comme un lieu-dit de poésie, ancré à Marseille, ouvert aux éléments, joyeusement inactuel. À travers les années, cet espace a été le point de rencontres et d’échanges entre poètes, artistes, lecteurs, passionnés de poésie.

 

docs lecture.jpg

 

Nous avons fait le pari insolite d’une habitation provisoire à réinventer à chaque rencontre. Nous nous sommes reconnus en « intermittents de la parole ». Et c’est ainsi que nous avons cheminé à plusieurs, d’une page à l’autre, en quête de beaux surgissements.

 

Peu à peu, nous nous sommes appelés « poètes de la coïncidence » pour dire ce qui nous anime : faire de l’instant-poème un « vin de vigueur » qui se donne et se reçoit, avec sa part irréductible d’imprévu rencontré.

 

carnet gâteaux.2.jpg

Les années ont passé depuis la fondation du projet. Nous avons nommé nos actions à travers le temps « intervalles », « caravanes », « transcontinentales », « jumelages »…Quelque chose s’est dessiné sous le vent. Une génération des mots à ciel ouvert, de la circulation des énergies poétiques, un bonheur fragile à tenter à distance gardée des signes distinctifs et des cénacles d’exclusion.

 

livre mains.jpg

 

Aujourd’hui, il nous a semblé opportun d’opérer une sorte d’arrêt-sur-image sur les voix présentes qui participent à la vie de notre aventure commune. Chaque auteur qui participe au Scriptorium a été invité à constituer une présentation de son travail, ouvrir un peu la porte de son atelier.

 

Grâce à Isabelle Alentour qui a piloté ce projet, nous avons pu nous mettre à l’écoute des œuvres en cours.

 

Le visiteur découvrira ainsi, d’une note à l’autre, quelques repères de notre Scriptothèque qui va s’enrichir peu à peu en contributions.

 

On n’est jamais assez attentif au mystère créatif qui opère en chacun. La Scriptothèque aidera à mieux voir comment bougent les mots ici et là. Sans ornements, sans préjugés. Dans la juste écoute.

 

Ce sera notre façon ici de redire la pratique à la table d’écriture qui a porté notre utopie dès l’origine : respirer en poésie, seuls et reliés.

 

livre scripto.jpg

Soyez les bienvenu-e-s dans ce nouvel espace du Scriptorium qui est le vôtre.

 

                                                                     Dominique Sorrente   

                                                                                                    Portrait HD Dominique Sorrente - par Melika Rocher .JPG

 

PS: Nous noterons avec plaisir que le tout nouveau Dictionnaire des écrivains marseillais de Olivier Boura (éditions Gaussen, mai 2017) mentionne le rôle du Scriptorium, "un effort, en somme, très réel et fécond, pour que la poésie ne s'absente pas de nos vies...la générosité comme mot d'ordre, et cette volonté de faire en sorte que la poésie, sans renoncer à ses exigences, garde droit de cité." (p368).

GERARD BOUDES

 

La notice qui suit, pourrait être un curriculum-vitae sec, avec des tas de choses et des traces de papier, qui ne me semblent pas avoir un grand rapport avec votre esprit éditorial.  

J’exerce un métier intellectuel certes, c’est moins exotique, que garagiste, marin ou coureur à pied. Il n’est toutefois pas nécessaire de vous assommer, avec tous ces détails.

Je vous remercie donc, de bien vouloir accepter ces quelques lignes.

Bien à vous.GBgboudesphotoscripto.jpg

Gérard BOUDES

ou

Edouard BERGS, c’est selon

 

 

 

 

Né à Marseille, à la Toussaint de 1951, après quelques études et des voyages, un peu partout en France et en Afrique, il a travaillé dans plusieurs entreprises et exerce depuis vingt ans, la profession d’expert immobilier.

Ce métier s’effectue assez souvent, à titre de mesure d’instruction, pour le compte des tribunaux. A force de rédiger, le virus de l’écriture de fiction s’est insidieusement installé en lui. Un vieux démon de jeunesse est venu le reprendre, comme un serpent rattrape sa queue.

Avec ses relents d’une formation méditerranéenne, il cultive l’observation de sa ville et de ses environs. Aux confins d’un monde en perpétuel mouvement, un homme a contemplé son nom devant un miroir. En retournant ainsi ces lettres, il a compris qu’il était devenu Edouard Bergs.

Après avoir publié quelques textes courts dans la presse locale ou dans le groupe de poésie « Le Scriptorium », il s’est jeté à l’eau de récits un peu plus longs, des voyages au sein de la cité des voyages.

 

le Fringant boit Jean-Charles Assali.jpeg

dessin Jean-Charles Assali

 

 

QUELQUES TEXTES

 

 

Je suis un chat marin

 

J’habite une barque amarrée au Vieux-Port.

Je suis un chat inquiet : mon bateau boit.

Il est trop accueillant pour les eaux et marées,

Et le sel le grignote.

 

Parfois, sans vent ni vagues ballottantes,

                                                     Il se penche sans raison.                                  

Parfois, il navigue en zig, en zag…

 

Mon bateau boit et le fond de sa cale me mouille les pattes,

De petites vagues me chatouillent le ventre.

Pour aller au Frioul, il s’en va par Gaby.

Pour aller à l’Estaque, il mouille à Morgiret 

Mon bateau boit.

 

Ses vieilles bordées font corps avec la mer.

S’il croit ainsi attirer les girelles,

C’est plutôt le contraire.

 

Je suis un chat marin, qui sera un nageur.

Car mon bateau, à boire sans soif,

Dans un moment d’ivresse

Rejoindra un beau jour, les poissons les coraux.

Les oursins et les poulpes viendront l’habiter.

Je serai chat nageur,

Ma maison sous les eaux, sera loin de mon port.

 

Et je miaule ce soir, ce qui dans la langue des chats, veut dire pleurer.

 

***

 

Adam

 

De ses mains humectées dans le rouge de l’argile

Les formes jaillissent.

A chaque tour, un organe est venu

A la fin, tout entier, il était façonné.

 

De ses mains, tout de rouge imprégnées

Il a déposé cet être sur un lit de feuilles

D’une caresse boueuse, il lui a donné vie.

 

C’est ainsi qu’il a bougé et crié

Et écrit de ses bras agités

Quelques lettres perdues dans les airs.

 

C’est ainsi, qu’il a rendu la terre étalée

Sur ses mains, d’une onde qui jaillit

Et formé de ses paumes une auge remplie

Pour donner au créé, le boire béni.

 

Sur le lit végétal, il a tourné l’être nu

Vers le feu du soleil.

Accompli de ses mains, il croyait réussie

Une œuvre de perfection.

 

***

 

Au commencement était le con

 

Au commencement il y a eu, il faut bien le dire

un con,

qui a bouffé ce qu’il ne fallait pas.

Depuis, nous sommes sur terre.

 

Mais après Adam, il y eut Albert, sa tignasse, sa relativité et autres choses encore.

Et Albert a dit : si les abeilles disparaissent, les hommes n’auront plus que

Quatre ou cinq ans à vivre.

 

Que dire, si nous remplaçons abeille, par con.

Si les cons disparaissent,

Çà pourrait aller mal pour l’homme.

Tout serait si parfait,

Que l’on pourrait se croire revenu au Jardin d’Eden,

Quand tout a commencé.

Mais là, y aurait-il du rire ?

Le propre de l’homme aurait disparu !

Tout serait donc à refaire.

 

***

 

Le géant sacrifié

 

J’étais bien au jardin avec mon Eve.

Puis il y a eu cette affaire de la pomme.

 

Il faisait froid dans ce nouveau pays

Et nous avons découvert la peur.

Peur des animaux, peur des vents des tempêtes

Et peur de l’éclair et du tonnerre.

 

J’étais loin sur cette terre. Eve vivait cachée

Et je courrais la montagne en quête de pitance.

 

L’orage un soir éclata, comme parfois en été.

Devant moi, la foudre emporta un arbre.

Il flambait et mourrait dans un grand manteau

De flammes oranges et crépitait, faute de gémir.

 

J’étais figé sur mes deux pieds, mais j’avais chaud.

Malgré la nuit, je sentais les prédateurs éloignés.

 

 

 

Une main se posa sur mon épaule et l’enveloppa.

Je découvris derrière moi un géant aux longs bras.

Son regard me rassura et m’invita à observer.

Saisissant un bâton, il préleva une flamme.

 

Le feu était outil dans sa main.

Il me le tendit et m’apprit ainsi.

 

Je savais à présent maîtriser cette flamme.

Je pouvais me chauffer, m’éclairer et tenir

A  distance les fauves affamés de ma chair.

 

Le géant disparu, je ne sus que plus tard

Qu’on l’avait sacrifié

A la falaise crucifié,

Il offrait ses entrailles

aux rapaces

 

***

 

INFERNO ROCK

 

Quel est donc ce rocher qui obstrue l’escalier ?

Sur ces marches, pour laisser mon passage j’ai pu voir

Agrippé au caillou encombrant, l'ouvrier

Qui poussait en suant cette pierre du devoir.

 

Dans ces lieux de touffeur, ce désert écrasé,

On m’a dit qu’un nommé Abraham, sur son fils

S’apprêtait à plonger un poignard inconscient.

Il fallait que ma main arrêta le serpent

 

Infectant les esprits de ce père assassin

Dépassant le pousseur de caillou à sa prise,

Je devins comme l’œil dans la tombe de Caïn,

 

Dans ces pierres à nulle eau jaillissant pour jamais,

Suis-je l’ange sauveur d’Isaac appelé ?

Mais là haut, l’ouvrier a lâché son rocher.