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25 septembre 2011

Olivier Bastide ~ Contemplations en ma maison

 

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Contemplations en ma maison

 

 

En préambule, il m’appartient de voir le vent, de saisir d’instinct l’oracle par la foudre. C’est de mon propre fait que j’entendrai l’écho de toute chose. Homme peu doué pour l’aigre et le contrefeux, je choisis l’acte premier et la contemplation. Quiconque me connaît sait mon goût des odeurs, ma langue habile à décider des salaisons. Toi qui là-bas t’embarrasses de l’ombre, fouette de musc leur grise mine, petit conseil simplement dit, envoie-les par-delà le fleuve sur d’autres rives.

 

L’orage s’est avancé discrètement, en douce promenade. De grosses gouttes ont suivi le ciel grisé de midi. Il n’est encore de tempête, de tonnerre et d’éclair.  L’heure est au calme, à l’intime repli sur soi. Face aux mots attendus l’inconstance est une étreinte blême. Il saigne, des conditions, un souci de vindicte, discrédit du soleil. L’arbre feuillu assigne à résidence la fraîcheur et son agrément. En ce jardin, je suis maître et facteur. J’ai la parole vive, le sommeil à mon heure. J’ouvre à tout chant mon vol de passereau. D’une question, j’anime la rectitude des géomètres.

 

Je pense aux escargots, aux petites flaques sur la margelle du puits, à chaque brin d’herbe, encore effarouchés d’un été débutant. Je respire la terre chaude et mouillée. Le bruit de la pluie s’entend du pas de porte, et c’est assez pour dire. L’appel nous trouvera à notre ouvrage, notre établi empoussiéré de belles larmes, de clameurs et de hontes bues, entre équité et doute. L’allée va du lever au soir indépendante  des conspirations.

 

J’ai caressé le mur dans l’escalier. Il est froid comme l’aiment les chaleurs de juin. Quelques pas entre l’une et l’autre ont dessiné mon bonheur. Des carreaux rouge sombre bougent et crissent parfois. Une sieste d’enfant. Une femme endormie. Un homme au pas feutré a repris l’écriture. La pluie a cessé.

 

Au lendemain, j’entends l’escale. De cuisine et d’autres bruissements, elle prévient la nuit déjà présente. Il n’est plus dense recueillement, plus objectif balancement des organes que celui édicté à la nuit. Je préviens les gardiens du Temple de notre envolée païenne. Ils doivent convenir d’une juste échappée. Sans cela, leur destinée serait macabre, bonne seulement à nourrir quelques chiens galeux. Je règle le métronome au besoin propre des amoureux. 

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Ici, les herbes sont farouches à l’églantier. Elles isolent sa morgue pour dire la beauté du chiendent, leur vigilance  à toute approche. Qu’un chien passe et le chat guette l’inimitié. Nous ne sommes pas seuls à refuser le vin et l’eau. Au premier printemps s’envisagent feuilles et fleurs. L’ouvrier a labouré la vigne ; le ciel attend l’heure infinie des bleus et de l’été. Je suggère à ma fille d’arracher quelques herbes avec un outil ; les salades sauvages finissent leur vol sur le talus voisin.

 

Mais le jardin se teint d’amertume. En passe de résolution, la vie par la mort accomplie. L’octave est pleine fleur et l’alambic assène son soupir à l’exhalaison commune. Choisie du vent douceâtre, l’onde des blés assume l’été  et l’indemnisation des coquelicots. Quand on moissonnera, je serai au loin des collines, assigné aux courbes violines. Et ce sera le soir. Le bétail gémira ses revendications, l’enfant sera dans les bras de son père. Ils parleront d’amour, de naissance et de pleurs. La porte, en continu, prêtera jour et fermeture. Ils iront en deux sens vers le même soleil.

 

Pour autant, le lapereau détient le vent d’automne et ses secrets. L’orchestre précipite l’harmonie au ruisseau et se disperse. J’ai plus de questions en tête que tous les grains de vent ; je m’invite à l’oubli et sacrifie  l’oracle. Derrière, peu ou rien ! Alors de mots j’environne mon temps précis. Je dis de gré à gré mon sentiment. C’est simple persuasion des commissures à se comprendre, volonté d’enivrer le décor. Musique devenue, la crainte des soleils s’étrenne au crépuscule. Ta robe déconcerte. Tes lignes, l’infini ! L’infiniment connu, précisé, précipité du quotidien en mes bras.

 

À cet instant, le cyprès tend son être au ciel, et c’est tout son chemin. Son évidence, son abstinence d’autres choses, sa persistance. Doigts dressés, pressés d’immobiles scansions que je n’attribue pas. Entre observation et observance mon éthique s’abreuve à mes veines, par nécessité. 

 

Depuis, le froid a obligé au feu. En deux jours, les feuilles du mûrier sont tombées. Nous avons craint la neige. Enfin, le gris est resté pour représailles du pays. Chacun, en sa maison, le temps s’est replié ; l’escargot, disparu ! Les fossés, dénués d’estime, se chargent de meurtrissures… Le printemps pointe déjà… maintenant l’été s’apprête au souvenir par l’hirondelle alignée avec l’hirondelle. J’ai été négligent. Et donc s’est déroulé le cours des choses, pareillement.

 

Ce soir, comptable du vert et de l’or, j’affirme en deux questions l’absence et l’impossible : en quoi suis-je utile à l’éclosion d’un bourgeon ? Que valent l’œillet, la mûre et le sourire de la Lune sans l’invention de la beauté ?

 

 

Olivier Bastide 

Commentaires

Valérie, tu as raison, ces pans de murs et ces cyprès sont bien aussi ma maison. Dans ce village, ma grand-mère, Alice, était institutrice, mon grand-père, Joseph, vigneron. Merci du choix.

Écrit par : Olivier Bastide | 25 septembre 2011

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