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01 octobre 2014

FRIOUL SEPTEMBRE DERNIÈRES LUMIÈRES VOLÉES

 

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Ici j’ai décidé de souhaiter bonsoir aux figuiers et aux papillons.

 

Je laisse à l'embarcadère la honte de l’autre monde.

 

Il est temps de saisir pleines mains, laisser couler

entre les doigts l’eau de la mer entière.

 

Les pas se suivent, n’arrivent plus à se ressembler.

 

Bientôt one ne dessinera plus l’allongement des ombres

pleine chaleur. Dernier geste de craie

avec ses témoins de hasard et ses brasses coulées.

 

Rien à dire de plus sous le vent. 

 

C’est l’été

qui bascule tout au bout de l’île.

 

Mais après tout, les chats ébouriffés au bout du quai

savent bien tout cela,

sans écrire de poèmes.

 

                                                         Dominique Sorrente

 

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Commentaires

Enquête sur une vieille scène de crime

Raphaël

Pour une fois , il n’y aurait pas de gros trajet terrestre. Les lieux de l’affaire étaient à coté d’une piste d’atterrissage. Raphaël n’eut donc qu’un tout petit parcours pour se rendre là où il était attendu.

Un wagon était là, immobilisé au fond d’une impasse. Il n’y avait que deux types. Il n’avait pas prévu çà ; d’habitude, il y a plus de monde, des équipes de la scientifique, des gradés et même des curieux. Là, il n’y avait que deux types : un vieux et un jeune et même pas le commissaire pour lui expliquer ce qu’il faut faire.

C’était la première fois en effet, qu’il était sur place au moment de la découverte. C’était du moins, ce qu’il croyait.

* *

Le vieux

Pourquoi m’a-t-on demandé de revenir ici, pensait-il ? Cette histoire est si vieille. A quoi cela peut il servir de remuer tout ce passé ? Moi, je n’ai fait qu’obéir. On m’avait ordonné de faire partir les trains à l’heure et je l’ai fait.

Et croyez moi, ce n’était pas facile. Heureusement, aujourd’hui il fait beau. A l’époque, il pleuvait plus souvent et les hivers étaient plus rigoureux.

Me voilà à nouveau ici, devant ce vieux wagon. Quand on m’a demandé de venir, j’ai fait comme avant. J’ai obéi, je suis venu.

Je ne comprends pas non plus pourquoi, c’est un gendarme qui est venu me chercher. Et qui est ce grand gars qui arrive là ? On dirait qu’il n’a jamais vu un wagon. D’où descend il ?


* *




Raphaël

Le jeune était en uniforme, il le salua. Il savait que c’était un collègue, mais que faisait ce vieux ici ? Etait ce lui qui avait fait la découverte ? Il remarqua que le wagon n’était pas exactement sur une voie, mais sur une plate-forme surélevée qui l’isolait ainsi et lui rendait ainsi tout voyage impossible.
Il regarda brièvement le jeune à casquette et sans accorder un regard à l’ancien, il intima l’ordre :

- Ouvrez ce wagon !
- Mais on ne peut pas lui dit le gendarme,
- Mais alors où est ce ?
- Dans le wagon.
- Vous vous foutez de moi, çà s’est passé là à l’intérieur et vous me dites que vous ne pouvez pas ouvrir !
- C’est que…
- C’est que je vais tout faire moi-même ici et ouvrir cette foutue porte. Pouvez vous reculer, le spectacle qui est à l’intérieur ne doit pas être beau à voir.
- Mon lieutenant !
- Oui, quoi encore !
- Il n’y a rien à l’intérieur, c’est vide.
- Alors comme çà, on me fait venir pour des fantômes !
- C’est un peu çà.
- Ecoutez, je suis chargé d’investigations criminelles, je suis là pour vérifier les cadavres des victimes et requérir la police scientifique, qui aurait dû être là depuis longtemps.
- Vous oubliez l’arme du crime.
- Ah ! parce que sans cadavre, vous avez une arme !
- Et oui, elle est là sous vos yeux, dit le gendarme.
- Vraiment, vous continuez à vous foutre de moi, vous !
- Mon lieutenant, l’arme du crime, c’est bien ce wagon et bien d’autres.




* *





Le vieux

Le vieil homme regardait les deux représentants de l’ordre se disputer. Il pensa : « Ah, elle est belle la police, de mon temps, personne ne discutait rien, tout marchait droit ».

Ses yeux se portèrent sur le wagon, il se rappela alors que là aussi il avait longuement travaillé pour que les convois se constituent et que les trains partent à l’heure. C’était souvent sous les assauts du mistral d’hiver, dans des matinées glaciales ou dans les brulantes journées d’été. Il est vrai, que tous ces gens qu’on entassait là, lui paraissaient d’étranges passagers. Parfois, une bouffée de pitié passait en lui, mais il la chassait. Il sentait que cela le conduirait sur la pente de la désobéissance et qui sait, peut-être sur le chemin de ces gens là. Alors, il se ressaisissait et reprenait son travail.

Le travail, c’est cela ! Il fallait se concentrer sur lui, pour oublier, travailler, travailler pour ne pas voir, pour ne pas chercher à comprendre.
C’est ainsi que le temps était passé et qu’il avait presque oublié ces nuits blêmes et ces jours de fracas.

Aujourd’hui, il était très vieux et se sentir envahi d’une grande fatigue. Mais au fond de ses entrailles, il percevait qu’une mauvaise plante était en train de pousser. Quelque chose le brulait et une gêne envahissait tout son être. Il fut pourtant distrait un instant de ce début de malaise : les deux petits jeunes étaient devenus subitement silencieux.

Un groupe de gens s’avançait vers eux.






* *









Raphaël

Raphaël était bien tenté de repartir et de faire un rapport destiné au classement sans suite de l’affaire. Mais il s’arrêta soudain.

Il venait de reconnaître le Commissaire Gabriel qui s’avançait vers eux. Il était accompagné d’une forte délégation. Ah ! pensa-t-il, la scientifique et les équipes du Tribunal arrivent. Si Gabriel est là en personne, c’est que çà doit être du lourd. Il commença à comprendre qu’il venait de faire fausse route, avec ce jeune gendarme.

Il laissa le commissaire s’approcher. Pour se donner contenance, il lui dit après l’avoir salué :

- Nous avons l’arme du crime, mais…
- Ne te fatigue pas, jeune lieutenant, je sais tout. Ce wagon est bien l’une des armes du crime et nous sommes bien ici sur une scène de crime. Une scène de crime contre l’humanité.
Les Commandants Gratien et Dominique, qui sont ici avec moi, vont te conduire et te donner tous les détails.
Quant au vieux monsieur, ici présent, qui était gardien à l’époque, je vais demander à Gratien de s’occuper de lui.

Un type à lunettes avec une barbe poivre et sel, s’approcha alors du vieux et lui tendit un miroir.

L’ancien gardien se regarda et resta figé quelques secondes. Puis il tomba à genou, le regard fixe.

Le miroir se fracassa à terre. Il avait vu son image : celle du pire ennemi de lui-même et de son espèce. La brulure dans sa poitrine devenait insupportable. Il savait qu’elle ne disparaîtrait jamais de ses entrailles, ni de celle de sa descendance. Il était à jamais souillé.

- Pourquoi donc, ai-je obéi ? murmura-t-il, avant de se laisser emmener.


Gérard Boudes
17 octobre 2014

Écrit par : Gérard BOUDES | 20 octobre 2014

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