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07 juillet 2014

Comme un indien un goéland, Daniel Schmitt

 

                                                          dans l’amitié du vent commun

 

 

J’ai envie de dire de Daniel Schmitt

qu’il est un poète comme on n’en fait plus,

un de ces rares et si précieux qui ne regardent pas

à la dépense des mots et des gestes, un qui ne cesse jamais

de faire signe et de lever son verre et celui du voisin,

et celui de la table entière,

à la santé des phrases qu’on a définitivement

perdues dans les tiroirs.

 

Et puis, un homme qui avance, en sautillant comme ses frères oiseaux,

ami des branches et des peintures, et de tout ce qui

se faufile dans les entrelacs de l’horreur pour lui montrer

qu’elle n’aura pas

le dernier mot,

un obstiné qui va son pas, d’une besace à l’autre,

pour nous apprendre à nous lester de tout

sauf de poèmes et de chansons.

 

Ce matin, j’ai reçu une lettre, mêlée d’or et d’exil,

à l’enveloppe dessinée de sa main.

Entre couleuvre et mésange, jeu d’averse et quelques collines,

elle disait sur papier vert

 l’éclat musclé des pierres

dans les parages de René Char

et l’art du toujours enfant

qui apprend à vieillir en cachette.

 

Elle a suffi pour faire voler en éclats le cortège honteux des soucis.

Troquer les tâches  poussives contre des claquement d’ailes.

 

Pour mieux gober ce jour reçu, je suis allé à ma guitare

pour bricoler quelques arpèges.

J’ai dérangé mon agenda

d’une chanson, puis deux, puis d’autres encore,

et de tout ce qui vient en cailloux blancs

pour mieux nous égarer avec l’homme de la Bocca.

 

J’ai envie de dire de Daniel Schmitt

qu’il est un poète comme on en fera encore,

des dizaines,  peut-être des milliers, dans un futur taillé

à sa mesure,

quand on n’aura plus besoin de compter,

quand d’autres viendront grâce à lui

qui le reconnaîtront 

pour simplement gober le jour qui vient en poésie.

 

Arrêtez de chercher le mot « amitié » sous la table.

Troquez-le vite en ce début d’été, contre un vers de Daniel Schmitt,

l’homme à la besace à poèmes

qui allège un peu plus le cœur, chaque fois

qu’il la remplit.

 

J’ai envie de saluer Daniel Schmitt

comme on confie un ami aux immortelles

qui le connaissent déjà bien depuis longtemps.

 

 

                                                         Dominique Sorrente

 

 

Daniel Schmitt.jpeg

 

 

DANIEL SCHMITT PAR LUI-MÊME

 Daniel Schmitt est né le 7 février 1929. 
Deuxième naissance à l’automne 1941 en écoutant «Verlaine» (que je prenais pour un prénom féminin), mis en musique et chanté par Charles Trenet.
 Puis Cocteau (parce qu’il écrivait des articles sur Trenet), puis Prévert (parce qu’il fit avec son frère un film sur Trenet).
Dans un pays où parait-il tout fini par des chansons, pour moi tout a donc commencé par une chanson.
 Je n’ai jamais cessé d’écrire depuis ce temps là (mes douze ans).

Daniel Schmitt - Le Printemps des Poètes

 

À signaler pour l’été 2014 :

-la Besace à poèmes n°71 « Du côté de René Char » disponible chez l’auteur

-plusieurs livres d’artistes publiés aux éditions Tipaza  

ainsi que « Du côté de René Char », l’ouvrage original tiré en 15 exemplaires, avec 4 photos de Lucien Clergue, aux éditions des Cahiers du Museur chez Alain Freixe.  

 

 

 

19:03 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1)