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13 juin 2015

LA CARAVANE DES HAUTEURS, un témoignage

  

                                    Monter le Ventoux

 

 Ce rêve découvert peu à peu : telle cette vue de pierres brillantes, souvent nues, encore distantes et qui s’approchent.

 

 

Le vent à flanc de montagne.jpg

 

C’est grâce au Scriptorium fondé par Dominique Sorrente voici quinze ans, que j’ai pu participer à cette fête poétique collective en ascension paisible, le 14 mai 2015. Caravane poétique conçue en duo par Dominique Sorrente et son complice, Olivier Bastide.


Je remercie le poète de m’avoir confié la mémoire des moments où la Poésie et l’Histoire se croisaient : treize poètes-ami(e)s allant de mètre en mètre gravir cette haute nature de Provence en son printemps.

 

Départ matinal et brumes soudain limpides, ces passionnés se sont retrouvés au bistrot des hauteurs, le Chalet Reynard,  en cette montée. Route surchargée d’autres passions, vélos, 6x6, allant et descendant jusqu’à ce qu’enfin le sentier s’offre à nos pas, libre. Dans l’alternance solaire et feuillue, nos voix s’accordèrent aux pierres, aux arbres, au monde, aux troupeaux, plus loin que l’espace.

 

Dès ces premiers pas, pause, où fut évoqué Jean-Henri Fabre, ce célèbre botaniste qui, au 20ème siècle publié, étudia fleurs boréales, espèces végétales, chants scandés d’oiseaux de la campagne provençale… et les abeilles qui tiennent la vie du monde entre leurs ailes !

 

Le « Rendez-vous des Chimères » accompagna nos pauses, aviva la mémoire de quinze ans du Scriptorium en réunissant les écrits de chaque poète. Ces brèves citations en éveillent les traces : « valse lente des aiguilles", "un arbre qui bat en ralingue", « là est le vif aussi», "sa quinzaine en habits de fête"...Ces "mots qui naissent" » résonnent à nos étapes.

 

Ce fut ensuite la lecture d’une partie du début de « l’Ascension du Mont Ventoux » de Pétrarque. Dès son départ de Malaucène, entreprise sur le versant Nord du Mont Ventoux, Pétrarque s’exprime avec humour : « Je voulais différer la fatigue de la montée, mais la nature ne cède pas à la volonté humaine, et il est impossible pour un corps de gagner les hauteurs en descendant… »

 

Puis la voix de Sophie Leenknegt laissa retentir celle de René Char « Le mont Ventoux, miroir des aigles était en vue ».

 

La troupe ayant franchi les 1000 mètres, Henri Tramoy et Dominique Sorrente rappelèrent la place du Ventoux durant la Résistance (1942-1943) face à l’enfer nazi, et les fusillades que, parmi tant d’autres, endura Laurent Pascal. Aujourd’hui, c’est l’espoir que cette ombre prenne distance, sans l’oubli.

 

Henri Tramoy un lecteur parmi les feuilles.jpg

 

À l’approche des 1428 mètres s’élancèrent les poèmes « A pic » et cet autre poème « Paysages croisés » d’André Ughetto où le Mont Ventoux croise la Butte Montmartre. Lectures de quelques haïkus incisifs et tendres, inventés par Benoît Magnast et d’autres textes s’envolèrent.

 

Dont la voix de René Daumal, dans les dernières paroles du poète, jamais oubliées : « Le poème qui n’est pas écouté est une semence perdue ».

Bientôt l’ombre, le repos. Tapis de feuilles rousses où les corps se roulent et s’enfoncent.

 

Benoit Magnast.jpg

 

Le texte à plusieurs voix du Scriptorium, créé à l’occasion des 15 ans du Scriptorium, avait accompagné chacune des haltes.

Entendu avant que d’être lu.

Car le poème ici au Scriptorium se veut de tous les éléments.

 

Ouvert avec cette adresse « Tout devrait tenir dans le creux d'une main ».

 

Et chacun redescendit, plus libre d’avoir vécu cette singulière caravane !

 

 

                                                Thérèse Dufresne

 

 

Fin de caravane ascension Ventoux 2015.jpg