
De gauche à droite: Véronique Duprat, Dominique Sorrente, Andelu, Yvan Tetelbom - atelier Andelu
Le 1er mai dernier, l'Atelier Andelu, à Vallauris, ouvrait ses portes à une soirée de poésie vivante et plurielle. Dans cet espace habité par les œuvres de Mireille Andelu — peintures en technique mixte, gravures au carborundum, sculptures en grès —, les mots ont pris la lumière. Celle d'une rencontre rare entre deux poètes aux univers bien différents mais à la belle connivence. Les éditeurs de Tipaza étaient présents pour l’occasion.
Dominique Sorrente et Yvan Tetelbom se sont prêtés au jeu des lectures croisées, chacun depuis sa propre rive. Sorrente, poète marseillais à la voix chaleureuse et tonique, qui se définit volontiers comme « passeur de poésie », a interprété deux séquences de ses chansons-poèmes à la guitare, accompagné sur scène de Véronique Duprat, lectrice et chanteuse.
Un duo harmonieux et sensible alternant les formules d’humour insolites avec des passages plus lyriques. Le public a pu partager entre autres les récentes Maximes minimes saison 1 et 2 (Le Scriptorium éditeur), ainsi que Notes de passage, dernier livre de Sorrente publié chez Tipaza, dont plusieurs peintures d'Andelu constituent le contrepoint visuel.

Dominique Sorrente et Véronique Duprat
De son côté, Yvan Tetelbom a fait danser les mots à la façon des scènes slam. Ce natif de Kabylie, exilé en France à l'adolescence au lendemain de la guerre d'Algérie, est aujourd’hui une figure bien connue de la scène poétique de Vallauris où il réside. Sa langue, directe, sans artifices, parfois brute, souvent tendre, dit les fractures du monde et les cicatrices de l'histoire. Là où Sorrente construit une poésie baroque et polyphonique, nourrie de la veine troubadour, Tetelbom interpelle à vif, à voix nue.
Le saxophoniste Dominique Jacoubot a ponctué les lectures de ses interventions musicales, offrant une respiration improvisée entre les textes.

Dominique Jacoubot (Ovni) et Yvan Tetelbom
En fin de soirée, le duo d’OVNI (voix et saxo) a pris possession de l'atelier, dans le registre retro jazz blues, clôturant la rencontre sur une note festive autour d’un verre de l’amitié.

Duo OVNI La Grande Diva Ladivine et Domino
Pour cette occasion, Andelu accueillait également une exposition des peintures et photographies de David Cardoso, l’artiste qui accompagne volontiers ses tableaux abstraits d’un quatrain poétique.
À noter également « le Geste d’Andelu », poème inédit de Dominique Sorrente ( ici reproduit) pour saluer le travail de la peintre en son atelier — ces mondes oniriques aux pigments épais, aux collages de papier de soie et aux éclats de poudre de marbre.

Soirée réjouissante prolongée le lendemain matin d’une rencontre-conversation animée entre les différents artistes venus saluer l’anniversaire de l’un d’entre eux. Un temps pour le témoignage sur le parcours de chacun, entrecoupé de nouvelles lectures de poèmes à la volée. Un bouchon de champagne épargna de peu l’œil d’un des poètes, mais heureusement sans dommage.

Ainsi fut dite en ce début de mai la vie intense à Vallauris : la poésie vécue ici en expérience à plusieurs voix, entre les mots, la peinture et la musique. Un petit miracle, en quelque sorte. À renouveler évidemment.
À signaler les livres suivants:
Jean-Paul Gavard-Perret et Andelu, La princesse et l'errant, Area 2026
Dominique Sorrente, peintures Andelu, Notes de Passage, édition Tipaza, 2024
Yvan Tetelbom, Il fait si froid quand on est assis et que les souliers trempent dans la neige, éd. Le lys bleu, 2025
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LE GESTE D’ANDELU
Ce jour-là, je réclame des jaunes et des bleus
pour mieux entrer encore
dans un monde en apparence disparu.
Andelu répond du tac au tac, dans son geste d’artiste
qui toujours déborde du territoire connu.
Sa signature depuis longtemps est celle d’un village
parti à la découverte du monde.
Elle pose ses silences qui déjà se déplacent.
Elle risque la rencontre. Elle fomente.
Il suffit parfois d’un pluriel
pour que l’on s’aventure dans ce qu’on croyait connaître.
C’est une vie creusée de pigments végétaux, de striures,
gestes hybrides
par lesquels le monde va comme il va
avec ses histoires foisonnantes.
Il y aura du vent, des hommes debout,
une tour de Babel qui à son tour se multiplie.
Plus loin, les chiens gardiens du temple,
gueule ouverte, gueule fermée,
qui conjurent le temps incertain.
Et puis, cette halte d’infini provisoire
où nous nous rejoignons,
une terre à l’envers du ciel
à placer entre les pages d’écriture du poème.
Mes notes de passage
augmentées d’un geste d’Andelu.
Notre mystère commun de peintre et de poète
pour loger dans l’absence
une autre part de soi.
Dominique SORRENTE