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FLORILÈGE DE POÈMES AU REGARD DE PHOTOS D'OLIVIER BASTIDE - librairie L'ORANGE BLEUE

À l'occasion du dévernissage de l'exposition de photos d'Olivier Bastide, nous avons pu proposer des textes écrits en écho aux oeuvres du photographe et poète. Voici quelques-unes de ces productions qui ont été présentées le samedi mars à la librairie L'Orange bleue qui nous a réservé pour la circonstance un très bel accueil.

   D.S.

le groupe dans l'escalier b5f276c7-8a0b-4c71-955f-3ce1aa454cce.jpg

Patrick Aveline

Passer

Tout en haut de l’arbre un oiseau.

Il n’a pas bougé de la nuit

Noir immobile du radeau

Qui se penche à l’œil de minuit

 

Ce matin d’orage et de peur

Sur le frêle esquif de ses rêves

Consacrés de denses vapeurs

L’oiseau espère la relève

 

Pour s’enfuir sans laisser de trace.

Parce que ce qui fut n’est rien,

Oiseau, enseigne-moi, de grâce,

À passer, à le faire bien

PATRICK AVELINE WhatsApp Image 2026-09-27 at 10.17.13.jpeg

Wahiba Bayoudia

Poésie géométrique en noir et blanc

Le spectateur se trouve sur le seuil d’une heure crépusculaire où la lumière suscite une tension, confère un pouvoir hypnotique.

Il faut un peu de temps pour pénétrer la photo.

Au revers des images les couleurs endormies abandonnent un espace sans objet.

Un enchevêtrement de branches ou une succession de voûtes et d’ogives soutiennent la lumière d’un  ciel absent.

Entre ce qui apparaît et n’apparaît pas les lignes verticales, architecturales, offertes par une succession d’ombres et de lumière sont frontières et structurent l’espace, sans que l’œil ne puisse décider un point d’ancrage.

Entre ce qui se dit et ne se dit pas une topographie angulaire incite à une traduction secrète.

L’œil du photographe choisit comme perspective un point de fuite créée par un rai de lumière.

Ce  point de fuite  soutient le regard comme point d appui et définit un centre

Ce centre permet un mouvement circulaire, établit un dialogue entre l’imaginaire et le réel où l’émotion révèle le vibrant vivant en noir et blanc.

 

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Gérard Boudes

Les pierres ont été assemblées et rangées autour de ce tunnel, galerie ouvrant ses pattes comme un sphynx,

Qui veut aspirer le passant ; celui qui s’en va et traverse ne s’apprête jamais plus qu’à passer.

C’est peut-être seulement cela que de naître.

Et toi ?

Aurais-tu pu passer à regarder en haut ?

Est-ce toi que veulent les nuages là-bas ?

Ils s’en vont dans le blanc, dans le vent au-delà,

Spectateurs, sans pouvoir de créer un tableau.

 

Sur la rue de galets, il s’est figé.

A son tronc, à ses branches, on pourra se tenir,

Mais il n’y a plus de sève.

  • Au moins en bas, ils ont de la lumière. Vous auriez dû m’écouter.
  • Mais non, veuillez monter s’il-vous-plaît. L’arbre est mort, mais il n’a pas d’âme.
  • En êtes-vous sûr ? J’ai l’impression d’être pris dans une main qui va me broyer. Il a vécu et arbre et sève sont montés au ciel.
  • Ici, c’est la sève qui monte au ciel, alors, ce n’est pas l’âme.
  • Bien non, puisqu’elle n’existe pas.
  • Qu’est-ce à dire, elle n’existe pas ! Donc elle n’a pas à vivre, elle n’existe plus, donc elle est morte.
  • Oh moi, vous savez, quand les doigts trempent dans les nuages…

 

  • Le passage est à droite, là, par l’escalier
  • Non ! Il est au fond, là-bas à la lumière
  • Ce n’est pas la lumière, c’est un lampadaire
  • Et alors ? On y voit !
  • Et on voit quoi ? du vide. Autant être aveugle.
  • Il n’est point besoin d’avoir des yeux pour pouvoir passer
  • Alors, tenons la rampe.

 

Car les mains sont une aide à franchir toute voie

Et retrouver les mots égarés en voyage

Retrouver, retrouver quoi ?

La sortie tout au loin, infini de la lampe,

Destinée où vas-tu au brumeux qui s’échappe.

 

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Hélène Chambon

Passage en grand mouvement…

Large passage sous les arcades,

Queue de baleine

Calme apparent. Temps à l’arrêt. Magasins clos.

Tout est ouvert

Plusieurs opportunités

C’est possible, au risque d’être vu,

De l’ombre à la lumière crue

Un pas – deux pas-sagement

Oui il suffit d’un mouvement

Je vais sauter sur un vélo

Glisser sur l’arrondi des pavés,

Fourbe

Sous les courbes

Oui – Courage Fuyons

 

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 ***

Véronique Duprat Rintaud

Devinettes de passage 

  

 1.

Sur la passerelle  la tête déjà dans les nuages  Se faufiler 

Échelle cosmique  Nébuleuse  à géométrie variable  Évasion vertigineuse 

Je lévite 

C'est décidé 

Je pars

 

 

 

 2.

Qui n'a jamais observé la décrépitude d'un mur, des végétaux en décomposition,  ne peut comprendre pourquoi cette porte inconnue au loin, semble si accueillante.

Ne vous hâtez pas de descendre sur ces pavés glissants,

attardez-vous un peu sur ces marches,  polies par le temps,  rongées par le salpêtre,  recouvertes irrémédiablement d'une alliance vivante de mousses et de champignons.

Elles ont tant à vous raconter.

 

 3.

Boule de cristal  volutes et volumes courbes ascendantes

 

marches qui craquent pas feutrés  va savoir où te conduira la rampe…

 

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Joël-Claude Meffre

LA RUE DU CIEL

Dans cette rue on avance la tête levée vers le ciel.

On a l’espoir qu’au bout, elle y débouchera.

Une montée d’escaliers nous y conduira, alors.

Ils seront sans doute sans fin, le ciel nous paraissant toujours inatteignable.

Il nous faudra retenir notre souffle.

 

Finalement, ce ciel n’est-il pas au bout du compte qu’une simple illusion ?

Peut-être n’est-il que le sol sur lequel s’appuient les toits des maisons

Et que de ce fait, nous avançons la tête en bas….

On verra tout au bout de la rue ce qui nous attend.

 

 

Nous avançons là-bas

Vers ce que la rue appelle à nous éclipser

Dans les trouées de lumière

Quand nos regards ont passé outre des piliers d’ombre

 

Ce qui se gagne pas à pas jusqu’à l’issue qu’on n’imagine même pas

 

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Marc Ross

1.

Passage ici bercé

De pauses admiratives

Lumière cramponnée

Et ombre sans béquilles

Vantent l’agilité

Du poème clair-obscur

Valse de demi-lunes

Jouant à la marelle.

 

2.

Passage difficile

Et chemin obligé

Corridor aux grands yeux

D’où l’on ressort perdu

L’ombre dit à la lumière :

Souviens-toi amie

Qu’il est plus que probable

Que tu y passes toi aussi.

 

3.

Pour passer si facilement

Du blanc au gris

Du gris au noir

Incertitude et inquiétude

Ont dû certainement

Faire de longues études

Pour rebondir ainsi

À tout bout de champ.

 

MARC ROSS LIBRAIRIE WhatsApp Image 2026-09-27 at 10.17.13.jpeg

 

Dominique Sorrente

J’aime le verbe « s’incliner ».

Comme on se courbe avec déférence,

Ou après une défaite à la loyale.

J’aime l’expression « n’en faire qu’à sa tête »

Quand on cesse de se soumettre à l’avis du voisin,

Pour exécuter son geste sans repère.

J’aime la formule « ne pas savoir rester en place »

Quand elle m’est soufflée

Par une tribu d’arbres

Qui croit bien plus au dialogue insatiable du vent

Qu’aux procédures d’alignement.

 

Il est une ombre

À repousser la lumière hors des limites.

Il est une loi du temps qui passe sa journée

A modifier les proportions,

A tenter de nouveaux équilibres,

A proposer des exercices de géométrie inédits.

Jusqu’à ce que les jeux soient faits

Définitivement

Jusqu’au lendemain

Où il sera à nouveau l’heure

De regarder le fil invisible

Entre l’ombre et lumière

Trancher le temps.

 

DOM HERVÉ OLIVIER WhatsApp Image 2026-09-27 at 10.37.52.jpeg

Henri Tramoy

Carcérale aux abysses

 

Que cherches-tu que ce martèlement des issues ce chemin tracé qui n’est pas un chemin cette mise en abyme et la profanation de l’intime

 

L’ombre seule est ultime et tu frissonnes dans la belligérance du lisse et du granuleux dans l’inquiétante perspective issue fatale vers la lumière

 

sonnet du second degré

tu graves tu gravis

le vertige grave du temps

qui lithographie un avenir de lichens

et défie la géométrie des balcons

la perspective absurde des arches des ogives

colonise nos pensées capitales

au chapitre du pire

garde à ce qu’ils ne lâchent pas les chiens

tu as besoin de verticalité

par-dessus les eaux mortes tu marches aux prochaines escales

dans le charme désuet des chapiteaux

lorsque tu accordes licence à la langue

tu cherches l’étonnement du graveur

les raisins ne seront jamais trop verts à ta perspicacité

 

sans plus d’humide été

à Dario

dans le parage radial du silence

nulle issue hors le clos l’emmuré

toutes parois fardées interdites à l’orage

le soleil en sa raideur létale était occupé à luire

midi avait sonné au délit des entrailles

les bouches du dégoût avaient été cousues

un ordre graphique ordinaire profanait la clarté

où la rumeur muette

comme sucrée

suintait

l’univers granitique cédait le pavé aux façadiers

dans la projection des canicules

tout avait la couleur uniforme de l’absence

du silence évoqué et l’ombre essentielle

côtoyait la meulière

tu allais aux italiques à la transpiration des égos

à l’édité du détail

diurne

tourné vers la signature de la lumière

tu aspirais à la blancheur

en espérant la pluie sur tes traits diminués

 

après l’outrage

l’art assagit la mort blanche dans l’esthétique de sa raison graphique

quand s’affine le trait le regard perce les secrets

arase l’autour ravagé

à quoi bon cheminer dans cet essarté de vie orphique

si franche est la coupe l’outrage de son ordre mortuaire

ses amoncellements

si futile le raccourci qui se perd dans l’épars

la courbe épouse l’inconnu pour un nouveau meurtre légal

brise la charte scénique par la simplification des lignes

la poudreuse a mésestimé les pas d’un futur grave

brisé la fraternité des arbres

effacé la voûte au crayon gras

une musique famélique endosse la mémoire des racines

 

polysémie du chemin creux

depuis la berge parreyée du chemin

jusqu’à la créativité inestimable du vent

au risque de tâches équivoques

te voici projeté dans l’éventualité d’un réel augmenté

un chat s’est assoupi au simulacre des nuages

dans la posture du ouistiti

il interroge l’enfilade des voûtes

revendique son attachement aux signes rustiques

tu marches

les mains des arbres se tendent et fraternisent

tu tentes de saisir l’image derrière le signe immédiat

tu éprouves la solidité de l’enrochement

de proche en proche se mesure le lointain qui s’éloigne

tu t’assures de la beauté du ciel de l’autorité des parallèles

tu évoques l’élancement

dans le gris on t’imagine à l’examen du bleu

une crue de beauté convulsive te submerge

tu te sais désormais insolvable

 

question de dépassement

tu dialogues avec les interstices

quand la capillaire tenace s’invite aux fissures

et s’anime à l’étonnement du jour

ouvert sur un horizon tibétain

tu sais la délicatesse bosselée des rampes

la dépression en offrande à l’orage

montée chromatique

tu vas l’amble de ton pas balancé

la blancheur te saisit aux aisselles

et tu comprends l’obstination des parallèles

à vouloir se rejoindre

sous la surveillance chatoyante des noirs

tu ne crains pas l’incendie

 

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Sylviane Werner  

 Impression passagère

 

Moment furtif où les arbres s’enlacent. Franchissement de l’incertain. Décident-t-ils de leur

Prochaine avancée vers l’autre bord ?

Un vent attise la curiosité des nuages, insufflant au regard le chant subtil du silence. Et la lumière

Danse. Elle danse les élancements, les chemins. Elle danse ses évidences.

Tout semble attente dans cette fragilité feinte.

L’écho des voûtes médit du voyage. Où sont les hommes qui le traversent ?

Dans ce territoire inlassable s’enracinent les seuils, les rêves de dentelles tout en haut des

Branches, et le soir s’effiloche dans des effluves de mousse.

Peu importe ce que pressent le crépuscule.

Le soir s’est frayé un passage. Simplement.

 

                      ***

NB : Christian Garaud, Marien Guillé, Monique Marta nous avaient envoyé des poèmes lus durant la caravane poétique. Qu'ils soient ici également remerciés, ainsi que les acteurs et actrices de tous âges qui ont su nous réjouir.

 

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