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  • Aux quatorze foudres du jour

    Boris Pasmonkov_Mon Plaisir.jpg

    © Photo Boris Pasmonkov

     

     

     

    C’est ainsi que je te voulais

    sur le grand lit écartelée

    et toute pudeur en allée

     

    Je t’ai connue tulipe close

    puis un vent noir nous emporta

    vers de pourpres jardins aux roses

    où tu naquis entre des draps

     

    Souveraine et impénitente

    nue mais plus nue de le savoir

    pour les solennelles ententes

    de nos nuits comme des mouroirs

     

    C’est ainsi que je t’ai volée

    sur le grand lit écartelée

    et toute pudeur en allée

     

    * * *


    Tu es l’odeur d’une fourrure

    du pétrole bleu dans le port

     

    Tous les vents à leur encolure

    le sel et les sables d’Armor

     

    tu es l’oubli d’une coiffure

    la silhouette d’un décor

     

    Le jeu d’une tendre torture

    où le tricheur est le plus fort

     

    Tu es l’invisible fêlure

    du géomètre de la mort

     

    * * *

     

    Fille de Dundee

    qui me sers le thé

    tu es du pays

    des châteaux hantés

     


    Redis-moi redis-moi encore

    cette légende de linceul

    fantômes de Glamis Castle

    et tous les comtes de Strathmore

    qui tremblent d’avoir un secret

    lorsque la mort vient les sacrer

    insoupçonnable vagabonde

    dans ce château le plus hanté

       du monde

     

     

    Fille de Dundee

    en naïveté

    tu es du pays

    des temps arrêtés

     


    Tes histoires sont comme une vieille chanson

    et j’aime dans tes yeux ces ombres de frisson.

     

     

    Louis Calaferte,

    extrait de Londoniennes [Rag-time, Poésie/Gallimard, 2002]