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  • Déborah Heissler, quelques éclats imperceptibles

     

     

    On peut croire que la vérité poétique remue souvent d’heureuse façon à vouloir sortir du puits en parure de beau mensonge, comme le suggérait Eluard. Chez Déborah Heissler, on aura raison de penser tout autrement : écrire y est acte de justesse, jeu de nuances et d’harmoniques qui se méfient de l’ingouvernable excès. Ce que le poète détaille relève de la suggestion, des empreintes à laisser à l’esprit, d’un mouvement de lecture pénétrante soulevant un peu de beauté fragile. Il lui importe, me semble-t-il, par-dessus tout, de confier, où elle les a rencontrées, quelques paroles justes, et comme obtenues, qui éclairent le carré du veilleur. « Rien que cela »  pourrait bien en être sa maxime… Si donc il y a des héros dans cette durée poétique qu’énonce le poète, ils se trouveront, à la faveur des éléments, moins hommes que lents gestes de la nature observée, accueillie. Et si des légendes se cherchent, elles se dénoueront à la fortune de nuages ou de « plis de l’herbe », de ces éclats imperceptibles qui révèlent par exemple un corps et son absence.

    C’est à chaque fois donner un peu plus de jour à la part la plus minime, celle qui, paradoxalement, est la plus susceptible de nous montrer le monde que nous nous employons si obstinément à cacher.

    Beau programme alors que d’explorer le verbe japonais akasu, quand la tâche est de susciter ce « quelque chose qui est à la limite de l’informulé, que seuls deux ou trois mots suggèrent et qui pourtant éclate à l’esprit ».

    Pour découvrir Déborah Heissler on peut lire Près d’eux, la nuit sous la neige, (Cheyne), qui a reçu le Prix de la Vocation 2005.

     

    Dominique Sorrente

     

     

    Cerisier du japon.jpg

     

     

     

    C’est un adieu                           dans le ciel

     

    ce sont des fleurs, des  lam-

    beaux de feu, tandis  que le

    lointain  devient  plus  rose,

    plus doré, plus lumineux. Je

    rapporte des fruits sauvages.

    Maintenant, c’est la douceur

    qui   reprend,       tandis que

    l’écho présent est celui   des

    larmes.

     

     

    Combien de jours à présent,

    sur les branches nues avant

    la fleur et le fruit ?

     

     

    Déborah Heissler

     

    Extrait d’Akasu,

     (inédit, à paraître chez Cheyne éditeur, 2010)